Jean Emile VANDERVOODE (aussi orthographié VANDERWOODE) est mort en déportation loin de sa famille et de son pays un jour de février 1944. Ce site a pour but de raconter son histoire, l'histoire de tant d'autres.
Pour ne pas oublier, pour que cela n'arrive plus !
Avant la guerre :
Jean Emile est né à Vendin-le-Vieil (Pas de Calais) le 21 mai 1913.
Sa dernière adresse connue: 72 Rue de la Justice - Fosse 8 à Vendin le Vieil.
La rue de la justice à Vendin
Jean Emile travaillait comme beaucoup de gens dans la région pour les Mines de Lens (dossier en cours de demande).
La guerre :
Le 1er Septembre 1939, l'Allemagne Nazie envahit la Pologne; c'est le début de la Seconde Guerre Mondiale. Jean a-t-il été rappelé sous les drapeaux, s'est-il battu?
En mai 1940, l'Allemagne lance son offensive à l'Ouest. Après avoir envahi la Hollande et la Belgique, elle jette ses troupes sur le Nord de la France où celles-ci commettent de terribles exactions sur les populations, à Aubigny-en-Artois, à Courrières, à Oignies, à Ostricourt...
Le Nord et le Pas de Calais sont immédiatement rattachés au commandement militaire de Bruxelles et les deux départements confiés à l'OKF 670 (Oberfeldkommandantur) de Lille dirigée par le général Niehoff. Après l'armistice, ces départements sont déclarés "zone interdite", coupé du reste de la France par la ligne de la Somme, ligne de démarcation qui constitue une véritable frontière.
C'est qu'en effet, la région très industrialisée, présente un intérêt économique important pour les allemands qui vont s'employer à remettre rapidement l'appareil de production en marche . Les compagnies minières e transforment en précieux auxiliaires de l'occupant. Les mines sont réouvertes dès le 15 juin 1940 et retrouvent une activité normale dès le mois de septembre.
Afin d'accroitre les rendements, les journées de travail sont rallongées, les pauses sont supprimées tandis que les salaires restent bloqués. La situation est matériellemnt d'autant plus difficile pour les mineurs et leurs familles que les difficultés de ravitaillement se font cruellement ressentir; les cartes de ravitaillement et le marché noir font leur apparition. La disette atteint son point culminant au cours de l'hiver 1940-1941.
Les conditions de vie et le travail ne cessant de se dégrader, le mécontentement des mineurs augmente. Dès les premiers mois de l'occupation, grèves et arrêts de travail se développent. Ces grèves, partielles mais répétées, entraînent une baisse sensible de la production.
L'occupant décide alors, le 1er janvier 1941 d'allonger la journée de travail d'une demi heure sans augmenter les salaires .Cette décision ravive l'exaspération des mineurs.
Les responsables communistes, par la voix des militants,syndicats clandestins constitués à la suite de l'interdiction des centrales syndicales par Vichy, saisissent l'occasion de ce mécontentement pour engager les mineurs à l'action.
Dès le lendemain, les mineurs entament une série de grèves perlées, en procédant à des arrêts de travail d'une demi-heure au début ou en fin de service. Malgré les injonctions et les mesures prises par les autorités françaises et allemandes, le mouvement se poursuit jusqu'à l'arrestation de près de deux cents mineurs. Confrontés à une nouvelle grève en mars, les Allemands font occuper les puits par leurs troupes.
Toutes les conditions sont ainsi réunies pour que le premier mai devienne une journée marquante. Inscriptions, drapeaux tricolores et drapeaux rouges apparaissent, des tracts circulent. La grève s'étend jusqu'en Belgique, où 100 000 mineurs et sidérurgistes cessent le travail. L'industrie textile est également touchée. La situation devient de plus en plus tendue. Dans ce climat explosif, les communistes s'organisent pour que le prochain mouvement donne lieu à une manifestation importante.
Tickets de rationnement
Affiches de l'autorité allemande
L'occasion se présente quand surgit un nouveau motif de mécontentement. À la carence du ravitaillement et au blocage des salaires, à l'allongement de la journée de travail d'une demi-heure, vient s'ajouter la décision des compagnies d'imposer le paiement des ouvriers par équipe, ce qui risque de représenter une perte de salaire pour certains mineurs.
Parti de la fosse 7 de Dourges, au puits dit le Dahomey, le mouvement s'étend rapidement à l'ensemble du bassin minier. Le matin du 27 mai, alors que les porions (les contremaîtres) relancent le débat pour imposer le salaire par équipe, tout le puits se met en grève. Un cahier de revendications demandant des augmentations de salaire, de meilleures conditions de travail, l'amélioration du ravitaillement en beurre, viande rouge, savon… est présenté à la direction et communiqué aux mineurs des autres concessions. Le 29 mai, le mouvement gagne Courrières, Ostricourt puis Carvin, l'Escarpelle le 30, Anzin le 31. En cinq jours, la
grève devient générale dans le Nord – Pas-de-Calais et atteint son apogée les 4, 5 et 6 juin. Ce sont plus de 100 000 mineurs, sur un total de 143 000, qui cessent le travail. Les industries annexes sont touchées (cokeries, centrales électriques) puis, à son tour, l'industrie textile. Largement soutenu par les femmes, le mouvement s'étend rapidement. Un peu partout, elles forment des rassemblements, barrent l'entrée des fosses et exhortent les mineurs à la grève. Elles manifestent devant les bureaux des compagnies, à Liévin, à Hénin-Liétard, à Billy-Montigny...
Pour les disperser, les Allemands n'hésitent pas, dans certains cas, à faire usage de leurs armes. Confrontées à cette situation, les autorités d'occupation constituent un état major de crise. Des mesures de répression sont mises en oeuvre. Les premières arrestations interviennent dès le 28 mai, effectuées à partir de listes établies par les compagnies minières sur des rapports faits par les ingénieurs et gardiens des mines. Menace et persuasion sont tour à tour employées, sans résultat. La situation se durcissant, des renforts de troupes sont amenés sur place. Le 3 juin, le général Niehoff lance par voie d'affiche deux avis aux mineurs, le premier les sommant de reprendre le travail, le second annonçant la condamnation de onze grévistes à cinq ans de travaux forcés et celle de deux femmes à trois et deux ans de travaux forcés. La grève se poursuivant, les troupes allemandes occupent les puits.
Soldat allemand gardant un puits de mine
(Archives du Pas de Calais)
Les lieux publics, cafés, cinémas… sont fermés et les rassemblements de personnes interdits. Le paiement des salaires est suspendu, les cartes de ravitaillement ne sont plus distribuées. Les arrestations se multiplient.
Hommes et femmes sont emmenés dans les prisons de Loos, Béthune, Douai et Arras. La caserne Kléber à Lille et la caserne Vincent à Valenciennes sont transformées en camps d'internement. Le bilan est lourd : plusieurs centaines de personnes sont arrêtées.
270 mineurs sont déportés en juillet en Allemagne ; 130 y laisseront la vie. D'autres seront fusillés comme otages au cours de l'année 1941. Ceux qui peuvent échapper à l'arrestation choisissent de passer dans la clandestinité .Le climat de terreur et la faim entament la résolution des grévistes. Les mineurs reprennent le travail le 10 juin. La grève se solde par la perte de 500 000 tonnes de charbon pour la machine de guerre allemande.
Le "Train des Mineurs" (convoi I.6) parti le 13 juin 1941 à destination de la citadelle de HUY.
Pendant la grève des mineurs, la Feldgendarmerie et les gendarmes français ont procédé à près de 450 arrestations. 273 hommes, pour la plupart des communistes, sont transférés à la citadelle de Huy, en Belgique. Le 23 juillet, 244 d'entre eux sont déportés au camp de concentration de Sachsenhausen, sans avoir été jugés. Il s'agit du premier grand convoi de déportation de détenus français arrivant dans le système concentrationnaire nazi. Les hommes du "train des mineurs" ont ensuite été dispersés dans divers camps (Dora, Natzweiler-Struthof, Buchenwald, Auschwitz, Dachau, Mauthausen, etc.). Cependant, 65 détenus ont, cas rare dans l'histoire des camps de concentration, bénéficié de mesures de libération, entre décembre 1941 et décembre 1943, après avoir signé un document certifiant qu'ils n'intenteraient pas d'action en justice contre leurs gardiens et resteraient muets sur leurs conditions de détention... Un avis de libération leur fut remis, leurs effets personnels rendus, et ils purent rentrer chez eux. L'origine et le motif de cet élargissement sont inconnus. Pour les autres, moins chanceux, le bilan est très lourd : au moins 140 des hommes du "train des mineurs" ont péri dans les camps nazis. La déportation des mineurs constitue le premier épisode d'une lutte sans merci contre les communistes.
Liste des déportés du "Train des Mineurs"
Arrêté le 6 juin 1941, Jean VANDERVOODE sera interné à Huy jusqu'au 27 juillet 1941.
la citadelle d'Huy
La déportation :
Le 28 juillet 1941 (cf carte de déporté politique plus bas) , Jean Emile est déporté au camp de Sachsenhausen en Allemagne . Il aura connu quatre camps à sa mort le 10 février 1944.
1- SACHSENHAUSEN.
Oranienburg-Sachsenhausen dit « Sachso » fut un camp de concentration nazi implanté en 1935 à 30 km au nord de Berlin. Il succède au camp d'Orianenburg, ouvert en 1933 et fermé deux ans plus tard.
De 1936 à 1945, on estime que 200 000 personnes y ont été internées et que 100 000 y sont mortes. En août 1941, un massacre de masse y a eu lieu avec l'exécution de plus de 13 000 soldats soviétiques, prisonniers de guerre.
C'est Sachsenhausen qui reçoit le premier convoi de Français déportés en Allemagne, le 25 juillet 1941. Ce convoi comprend les 244 mineurs ayant participé à la grande grève patriotique des bassins houillers du Nord et du Pas-de-Calais, 244 seulement car 26 ont été tués par les SS pendant le transport.
Entre 8000 et 9000 français y ont été déportés.
http://fr.wikipedia.org/wiki/Sachsenhausen
http://pagesperso-orange.fr/moulinjc/Camps/Textes/sachsen.htm
http://www.campsachsenhausen.org/
Sites sur Sachsenhausen : http://www.jewishgen.org/ForgottenCamps/Camps/SachsenhausenFr.html
Entrée du camp de Sachsenhausen - Mirador et barraquements
Appel quotidien - Mémorial - Déportés au travail
2- GROSS ROSEN
Gross-Rosen était un camp de concentration nazi, construit en 1940 en tant que satellite de Sachsenhausen. Il s'agissait au départ d'un camp de travail dont la main-d'œuvre était employée dans les carrières des environs. Il devint indépendant en 1941. Il fut libéré le 14 février 1945 par l'Armée rouge. L'une des dépendances de Gross-Rosen était située dans la ville tchécoslovaque de Brunnlitz, camp qui abrita les Juifs de Schindler qui survécurent à l'Holocauste.
Une centaine de sous-camps situés principalement en basse-Silésie dépendaient du camp de Gross-Rosen.
Un total de 125 000 prisonniers ont été internés dans ce camp et 40 000 d'entre eux y moururent.
Gross-Rosen est situé en Pologne (depuis 1945) à quelques kilomètres au sud du village de Rogoźnica.
Entrée du KL Gross-Rosen
Potence, crématoire et mémorial
Image d'époque : vue du camp
3- DACHAU
Jean Emile est transféré à Dachau le 9 aout 1942, il est désigné comme "Schutzhaft" (Prisonnier en préventive) et porte le matricule 33970.
Ce fut le premier camp de concentration important construit en Allemagne : 31 mars 1933.
De l'extérieur, le camp semblait un banal poste militaire entouré d'un haut mur de briques. Des tours de garde bordaient l'ensemble. À l'entrée, sur le portail noir (cf. image ci-dessous), on peut aujourd'hui encore, lire l'inscription Arbeit Macht Frei (le travail rend libre). Mais le but ultime de cette opération nazi était la mort. S'y trouvaient en garnison un corps de SS ainsi que des agents de la Gestapo. Les prisonniers étaient entassés dans des baraquements (il y avait 34 baraques), chacune devant contenir 208 prisonniers, mais, du fait du surentassement, au moment de l'arrivée des soldats américains, certains baraquements contenaient 1 600 détenus dont la plupart dans un état cadavérique, ne portant que la peau sur les os. Le camp reçut ainsi plus de 200 000 prisonniers venus de plus de 30 pays. Ils étaient confrontés à l'enfer : travaux forcés dans les pires conditions (froid, chaleur, etc.), sévices sur le corps, manque de nourriture, manque d'hygiène, suicides forcés,...( plus )
Carte de détenu à Dachau
Vues de Dachau
4- MAJDANEK
Le 3 janvier 1944, transfert à Majdanek :
document du camp de Dachau stipulant le transfert à Lublin-Majdanek
Le nom administratif était « Konzentrationslager Lublin » (camp de concentration de Lublin), mais sa localisation — un lieu aujourd'hui à 4 km au sud-est du centre ville nommé Majdan Tatarski, ou Le Majdan tatar (Majdanek, Le petit Majdan) — lui a donné son nom actuel.
Contrairement à de nombreux camps nazis, Majdanek n'était pas enfoncé dans une forêt éloignée, caché à la vue par des barrières naturelles ni entouré par une zone tampon dite de sécurité. Il fut établi en octobre 1941 suivant les ordres de Heinrich Himmler, à la suite de sa visite à Lublin en juillet de la même année. En février 1943, il fut transformé en camp de concentration.
Le camp fournissait une main-d'oeuvre d'esclaves pour l'usine de munitions et la fabrique d'armes Steyr-Daimler-Puch.
Au plus fort de son activité, il a accueilli 50 000 prisonniers. Dans les premiers mois de 1942, des plans furent établis pour agrandir et quintupler sa capacité. Entre avril 1942 et juillet 1944, des chambres à gaz et des crématoires furent mis en place et utilisés massivement, participant ainsi à la Shoah.
Sites sur le camp d'extermination de Majdanek : http://www.jewishgen.org/ForgottenCamps/Camps/MajdanekFr.html
https://secure.ushmm.org/wlc/article.php?lang=fr&ModuleId=88
vues du KL Majdanek
Crématoire et foursdans lesquels Jean a été incinéré
après son décès le 10 février 1944.
Mémorial et mausolée en hommage aux victimes de Majdanek
Acte de décès de Jean Emile le 10/20/1944 à 14h 20 d'une "tuberculose pulmonaire"
DOCUMENTS :
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