LES FORGES DU PLESSIS BARDOULT
 sur
la commune de Pléchâtel
sont le dernier site archéologique industriel de Bretagne
à montrer

un haut fourneau à charbon de bois




« Il est bien difficile pour un aristocrate en notre temps de tirer suffisamment de revenus de ses terres pour tenir correctement son rang » devait penser Anne-Marthe Roland, comte Onffroy seigneur du Plessix-Bardoult, lorsqu'il déposa à la préfecture en 1827 le projet de créer sur ses propres terres une « usine à fer ».


En ce début du 19ème siècle, la France, épuisée par l’aventure napoléonienne, manque de métal et se trouve largement devancée par l’industrie anglaise. Des petites unités de production vont donc être établies, notamment dans la région de Châteaubriant.

Le comte Onffroy, en faisant bâtir une forge à la place d’un vieux moulin à blé, suit en cela l’exemple de plusieurs de ses pairs du 18ème siècle comme le comte de Buffon, le célèbre naturaliste, qui créa un modèle avec ses forges de Montbard en Bourgogne.

L’usine du Plessis Bardoult trouve son plan dans
« l’encyclopédie » de Diderot et d’Alembert achevée en 1772. Le projet est donc déjà archaïque en 1828. Les trois éléments nécessaires à l’ouvrage sont alors le minerai, le bois et l’eau.

L’eau de l’étang du Fourneau, dont la capacité est augmentée en haussant la digue et plus tard complétée par l’étang de la Grande Fontaine en amont, fait tourner une roue à augets qui actionne les soufflets activant les feux.

Le bois calciné sous forme de charbon de bois, provient des forêts et taillis des terres du comte. Ce matériau fera vite défaut, car à raison de 50 à 70 cordes pour produire une tonne de métal, il faudra bientôt aller chercher du bois de plus en plus loin jusque dans la région de Redon 40 ans plus tard.

  Le minerai provient de la lande de Bagaron (La Renoulais) à environ 3 km. L’industrie du fer est attestée là depuis l’époque celtique jusqu’au Moyen-âge ; des tas de scories issues de fontes primitives sont encore décelables dans les bois du Plessis. Une part de l’exploitation peut se faire à ciel ouvert. Une petite voie ferrée supportant un train de wagonnets tirés par un cheval sera établie vers 1860 entre la mine et les forges, longeant le nord des étangs et menant les matériaux à l’arrière des granges.

La castine (calcaire que l’on mêle au minerai pour en baisser la température de fusion et épurer le métal) est exploitée au sud de Rennes, à Chartres de Bretagne.

L’installation des forges profite de la déclivité de la colline : minerai, castine et charbon sont engrangés par l’arrière et le haut des entrepôts construits contre la colline, où des ouvertures s’ouvrent au raz du sol. Ces matériaux sont ensuite brouettés par couches successives dans le gueulard au sommet du fourneau, lui-même construit en contrebas des granges. La combus-
tion porte le métal à 1200° ; celui-ci s’écoule dans les ateliers au point le plus bas du site.

En 1830, le comte Onffroy, solidaire de Charles X dans sa chute, s’exile et cède son usine à Pierre Richard de la Pervanchère. Ce nouveau propriétaire ne se contente pas de produire des gueuses de fonte de première fusion, mais adjoint au haut fourneau trois feux pour affiner le métal (réduire le taux de carbone) et mouler certaines pièces.

Le haut fourneau est reconstruit à l’identique en 1847 comme il est inscrit dans la fonte d’une cornière de façade.

La Pervanchère vend ses biens et la forge en 1851 à Eric de Béru qui diversifie la production (400 à 500 tonnes de métal par an) en manufacturant charrues, pièces mécaniques, produits de fenderie (faux, pelles, etc.).

Il faut noter aussi qu’ Éric de Béru, comme La Pervanchère, exploitent également la minoterie de Macaire sur la Vilaine, modernisée par le comte Onffroy en 1828.

Les « livrets ouvriers » rédigés en mairie de Pléchâtel en 1855 révèlent que cette usine
  emploie 18 ouvriers à la fonderie, 15 mineurs à la Renoulais et environ 30 bucherons et charbon-niers (sous-traitance). Parmi les ouvriers, les jeunes ont tous plus de 14 ans (la loi de 1841 interdit le travail des moins de 8 ans) et ceux-ci n’effectuent « que » 8 heures de travail par jour l’hiver et 12 heures l’été. L’âge moyen des employés directs de la forge est de
30 ans, leur taille moyenne de 1,53 m ; 2 savent écrire.

Seul le maître fondeur (Jean-Marie Franco, responsable de la production durant 18 ans jusqu’en 1855) dispose d’une maison surplombant le site. L’hébergement de la population ouvrière s’effectue dans les fermes
environnantes. La campagne de fonte dure 7 à 8 mois. On occupe l’été, période de basses eaux des étangs, à refaire le parement de briques réfractaires du fourneau. La plupart des ouvriers sont alors débauchés.

Malgré la crise de 1860 engendrée par le développement de la fonte à la houille (forges de Basse-Indre et d'Hennebont) et le libre échange avec l’Angleterre, le propriétaire du Plessis-Bardoult fait construire vers 1860 deux habitations destinées à loger des travailleurs : sur le barrage, profitant des soubassements de l’ancien moulin, et (en 1862) le long de la route de Bain de Bretagne. Ces maisons, abritant chacune 4 à 6 ouvriers, sont toujours reconnaissables avec leurs fenêtres en plein cintre caractéristiques. Les granges à minerai sont aujourd’hui en partie converties en habitation.

En 1863, la gestion des forges passe aux Établissements Guy-Mancelle de Rennes qui déménageront une partie des machines. L’usine subira de longs moments d’inactivité.

Les Forges du Plessis-Bardoult, bien que produisant une fonte, un acier et des outils réputés dans la région, ne pourront s’adapter aux profonds changements de l’industrie dans la deuxième moitié du 19ème siècle. En août 1878 elles ferment définitivement leurs portes, scellant la disparition d’une technique de transition (la fonte au charbon de bois) entre la société agraire du 18ème siècle et la civilisation industrielle du 20ème siècle.


RECETTE DE LA FONTE

FAÇON PLESSIS BARDOULT


Déposez en couches alternées dans le fourneau :
    ― 6 mesures de charbon de bois
    ― 2 mesures de minerai de fer

Patientez 3 à 4 jours et augmentez les proportions jusqu’à :
    ― 6 mesures de charbon de bois
    ― 1 pincée de pierre à chaux
    ― 2 mesures de minerai de fer

Faire couler le long des parois un peu d’argile.
Accélérez la cadence des soufflets jusqu’à 10 coups minute.
Maintenez la température à 1200°
Éliminez le laitier (scories de silice)

Coulez 2 fois par jour la fonte liquide accumulée dans le creuset

Production = environ 800 kg par 24 heures.
Pertes à la réduction :
    ― du minerai à la fonte = 1/3 du poids
    ― de la fonte au fer = 1/3 du poids

LE TAUX DE CARBONE
fait la différence entre fonte - acier - fer
    Fonte : 2 ,1 % à 6,67 % (saturation)
    Acier : 0,025 % à 2,1 %   
    Fer :  moins de 0,025 % (extra doux)

L’art du fer et de l’acier consiste à doser ce pourcentage (opération de réduction - 2ème fusion) à partir de la fonte disponible.
   
 
Les Forges en ruine / carte postale vers 1900

Quelques dates  :

1828 — Création du haut fourneau et de la
            minoterie de Macaire par le comte Anne
            Marthe Roland Onffroy
1830 — Propriétaire : Pierre Alfred Richard de
            La Pervanchère
1835 — La Pervanchère adjoint au fourneau une
            affinerie wallonne et une fenderie
1847 — Reconstruction à l’identique du fourneau
1851 — Propriétaire : Éric de Béru

1855 — Le maître fondeur Franco quitte la Forge
            (décès de Béru ?)

   

1856 — Propriétaire : Madame veuve de Béru
1860 — Traité de libre échange avec l’Angleterre
            Concurrence de la fonte au coke
1863 — Gestion de la production par les
            établissements Guy-Mancelle & Co à
            Rennes - Propriétaire du site du Plessis
            Bardoult : Simon (?)
1865 — Déplacement d’une part du matériel aux
            établissements Guy
août 1878 — Arrêt définitif des feux

 













Plaquette éditée par Qui Vive à l'occasion des Journées du Patrimoine de Pays — le patrimoine caché — les 18 et 19 juin 2011

LE PATRIMOINE HISTORIQUE du Plessis Bardoult / Le Château, Les Forges et le Moulin de Macaire
événement soutenu par la commune de Pléchâtel