Homo economicus sanitatis: médecine et théories de la rationalité

Motivations, rationalités et incitations: néo-managérialisme, néo-libéralisme et "santé au public"
Du culte de l'idiot rationnel à la fabrique du crétin utile - Bertrand Kiefer "difficile motivation"

Proposition d'une équation biopolitique : Homo economicus sanitatis = homo economicus + homo medicus

La construction de la société vise à fabriquer un homme idéal qui réalise la fusion d'homo economicus, l'idiot rationnel calculateur et égoïste de l'économie classique et d'homo medicus, ce crétin irrationnel cible des incitations du principe de prévention et de l'économie des comportements. L'article sous ce lien explore le concept d'homo oeconmicus sanitatis en opposant deux visions: empowerment et capital social

«L’alliance entre des entreprises qui pensent avoir le droit moral de faire ce qu’elles veulent et une théorie économique qui les conforte en érigeant en dogme le mythe du marché efficient nous a conduits à la catastrophe»  Henry Mintzberg

«L'homme purement économique est à vrai dire un vrai demeuré social. La théorie économique s'est beaucoup occupée de cet idiot rationnel, drapé dans la gloire de son classement unique et multifonctionnel de préférences. » Amartya Sen

  Abraham Maslow
Motivations - Abraham Maslow

"La pyramide de Maslow est l'un des modèles de la motivation les plus enseignés, notamment en formation au management. Ce modèle possède l'avantage d'être immédiatement compréhensible et frappant, mais il possède de nombreuses limites qui ont conduit à sa réfutation pratiquement totale." (W
Trois essais sur la naissance de la 'Pataclinique




Néolibéralisme, néomanagérialisme, politiques de santé au public

Le néo-libéralisme peut être défini comme une technique de gouvernement, historiquement située, qui fonde l'intégration de la société sur le postulat d’efficacité économique de la compétition régulée, dès lors généralisée à toutes les sphères de la vie publique et privée.

La société apparaît comme principe d'auto-limitation de l'Etat, en interface paradoxale entre l'Etat et l'individu, gouvernement et population, au nom de la liberté qui exclut toute forme de dirigisme et de la promotion de la "santé bonheur". Autrement dit, ce nouveau "Biopouvoir" ou "Biopolitique" prend en charge non les individus afin de les assujettir par des techniques disciplinaires, mais la population afin de réguler ses processus biologiques. 

Le néo-managérialisme assure la régulation de la compétition, le managérialisme étant défini comme l'extension des techniques du management à toutes les sphères de la vie publique et privée. 

Le Nouveau Management Public est un patchwork idéologique qui intègre, de façon très variable selon les pays, l'ensemble de ces mythes rationnels dans l'action publique. L'action publique est aujourd'hui sous contrainte internationale de la "faisabilité politique de l'ajustement". Les systèmes de santé sont une des variables d'ajustement essentielle des déficit publics. Force est de constater avec Raymond Massé que « La prévention devient, entre les mains de l’État, un outil de gestion des déficits budgétaires générés par les soins curatifs »

Le "service territorial de santé au public " est bien l'autre nom d'une politique de santé qui sert de variable d'ajustement aux dépenses publiques


Foucault, la société ordolibérale et la biopolitique


L'ordolibéralisme allemand - Aux sources de l'économie sociale de marché. Patricia Commun (dir.) : L'ordolibéralisme allemand. 2003.(CIRAC)

Extraits édifiants : aller au chapitre écrit par Michel Sellenart: Michel Foucault et la critique de la Gesellshaftpolitik ordolibérale.

Michel Foucault Audio Archive - Naissance de la biopolitique, 1979


Foucault s'est intéressé aux thèses de l'Ecole de Fribourg dans le contexte de l'Allemagne d'après guerre.

Michel Sellenart: Michel Foucault et la critique de la Gesellshaftpolitik ordolibérale.

"L'enjeu pour lui n'est pas de dénoncer l'illusion libérale mais de montrer en quoi le libéralisme constitue depuis le XVIIIème siècle une technologie originale de gouvernement, productrice sans doute de formes nouvelles de domination, mais ouvrant également, dans son exercice même, de nouveaux espaces de liberté."
"La société représente le principe au nom duquel le gouvernement libéral entend s'autolimiter. Elle forme la cible d'un intervention gouvernementale permanente, non pour restreindre sur le plan pratique les libertés accordés formellement, mais pour produire multiplier et garantir ces libertés dont a besoin le système libéral."
"Consommateur de liberté, le libéralisme en est également le gestionnaire."

Ce "paradoxe d'une liberté principe d'autolimitation de la pratique gouvernementale et objet d'un vigilance active du gouvernement" se retrouve dans l'homo medicus, l'objet des politique de prévention, sommé d'être à la fois un peine-à-jouir vertueux, entrepreneur de lui-même, en même temps qu'un consommateur libre et éclairé par les politiques d'empouvoirement et d'activation qui le rendent aussi imputable de ses choix.
Dans "le principe de prévention", les auteurs montrent qu'il n'y a pas de différence entre homo medicus des préventeurs et l'homo economicus des économistes orthodoxes.

Il n'est pas certain que les corps intermédiaires chers à Montesquieu trouvent encore une place, une disposition des choses qui permet de ne pas abuser du pouvoir en permettant au pouvoir d'arrêter le pouvoir.

Le libéralisme selon Foucault
  • s'inscrit dans une histoire discontinue conflictuelle et non finalisée, et doit être pensé lui-même dans sa dimension d'événement,
  • doit se comprendre non comme une théorie ou une idéologie mais comme une forme de réflexion critique sur l'art gouvernemental. Quand gouverne-t-on déjà trop?
  • est inséparable d'une problématique de société comme espace régulé par le jeu des intérêts individuels. L'idée de société constitue l'interface entre le gouvernement et la population dont le "bonheur" exclut toute forme de dirigisme. C'est pourquoi Foucault voit dans le libéralisme le cadre général du "biopouvoir" ou de la "biopolitique", ce pouvoir, autrement dit, qui prend en charge non les individus afin de les assujettir par des techniques disciplinaires, mais la population afin de réguler ses processus biologiques.
  • le libéralisme n'est pas lié à une théorie économique particulière et ne naît pas avec la richesse des nations d'Adam Smith. Si le libéralisme ne se réduit pas au naturalisme c'est en raison des se rapports de consommation/production qu'il entretient avec la liberté, condition de ce nouvel art.
Différences entre libéralisme classique et néolibéralisme allemand selon Foucault

"Alors que le libéralisme classique exerçait une fonction critique par rapport au modèle de l'Etat de police, le néolibéralisme, confronté à l'absence d'Etat suite à l'effondrement du nazisme, se trouva investi d'une fonction constructive et programmatrice. Pour la première fois, la question du libéralisme n'était pas de limiter l'Etat mais de savoir comment le faire exister. De là une problématique radicalement nouvelle: non plus celle de l'Etat minimum au nom des mécanismes du marché, mais celle de l’Étatisation à partir de l'économie. La liberté économique comme amorce pour la formation d'un souveraineté politique, vecteur d'une fondation légitimante de l'Etat."

"Ni l'anarchie ni l'Etat-termite ne sont des formes de vies valables. Seul un Etat établissant à la fois la liberté et la responsabilité de ses citoyens peut légitimement parler au nom du peuple." Ludwig Ehrard 21 avril 1948

"La seconde différence se situe dans le déplacement qu'effectue le néolibéralisme de l'échange à la concurrence dans le principe du marché. Alors qu'au XVIIIème siècle le marché se définit par l'échange entre deux partenaires, la plupart des libéraux au XIXème siècle affirment qu'il repose avant tou sur la concurrence, seul capable d'assurer la rationalité économique par le mécanisme des prix. La priorité de la concurrence n'induit pas selon eux le principe du "laisser-faire", commun aux libéraux du XVIIIème et du XIXème siècles en dépit de leurs divergences, mais la nécessité d'un gouvernementalité active de la part de l'Etat.
La concurrence pure ne pouvant être qu'un objectif, elle suppose une politique indéfiniment active. Elle est donc un objectif historique de l'art gouvernemental."



"Ces nouveaux questionnements ne doivent pas faire oublier l’existence de certains dérapages dans les pratiques de santé publique. Il est évident que :
  • la santé publique doit être analysée comme outil de promotion de la valeur santé et le lieu d’un discours visant à justifier l’accroissement et le développement du « marché des soins et services de prévention et de promotion de la santé » ;
  • elle renforce le pouvoir biomédical à travers le créneau de la prévention ;
  • les interventions préventives entraînent des empiètements sur l’autonomie des personnes, sur leur libre-arbitre ou sur leur vie privée ;
  • la prévention devient, entre les mains de l’État, un outil de gestion des déficits budgétaires générés par les soins curatifs.
Nous pouvons, en revanche, déplorer la polarisation qui s’installe dans les débats éthiques entre, d’un côté, les professionnels de la promotion de la santé qui n’ont de préoccupation que pour une evidence-based preventive medicine et qui invoquent l’objectivité des données épidémiologiques et des devis d’évaluation des programmes pour nier les enjeux éthiques de leurs interventions et, de l’autre, un discours déconstructiviste en sciences sociales qui fait de la santé publique un régime de pouvoir voué à la régulation et à la surveillance des citoyens ou encore un pouvoir occulte qui soumet les individus postmodernes à une tyrannie du devoir-être et du devoir-faire."


« Le risque en santé publique : pistes pour un élargissement de la théorie sociale » Raymond Massé Sociologie et sociétés, vol. 39, n° 1, 2007, p. 13-27.


Le principe de prévention: le culte de la santé et ses dérives


La nouvelle économie politique de la santé

Usagers, élus, professionnels de santé, seriez vous prêts à faire confiance à des politiques publiques de santé qui s'appuient sur de telles suppositions?

"Nous n'attendons pas notre guérison de la bienveillance du médecin, de l'infirmière ou du directeur de l'hôpital, mais de ce que ceux-ci considèrent leur propre intérêt. Ce n'est pas à leur humanité que nous nous adressons, mais à leur égoïsme; nous ne leur parlons jamais de nos propres besoins mais de leur avantage."  Adapté d'Adam Smith.

Guy Vallancien, l'auteur en vue de nombreux rapports sur la santé ne répète-t-il pas bien souvent:
"Un chirurgien qui a faim est un chirurgien dangereux"?

Et pourtant, c'est bien ce modèle qui constitue le coeur de la Nouvelle Gestion Publique en santé. La force de ce modèle, si étranger aux valeurs du soin, c'est que nul médecin, nul soignant, ne peut parvenir à croire que les managers censés les diriger puissent seulement y adhérer. C'est pourtant ce modèle que promeut la novlangue entrepreneuriale qui déferle depuis quelques décennies sur le monde de la santé, et qui semble prendre avec la loi HPST la force d'un tsunami .

Voir une explication de la théorie de l'agence en santé.

André Grimaldi et Emmanuel Hirsch sur France-Culture

Le marché de la santé et la reconstruction de l’interaction patient-médecin par Philippe Batifoulier

Passer tout de suite à la fabrique économique du crétin sanitaire


Pascal et les trois ordres

Pascal fait partie des moralistes français pour qui "le moi est haïssable" et rend suspect tout sentiment altruiste et tout souci de l'autre. Michela Marzano montre comment ces moralistes ont fait le lit de l'économie classique. Toutefois est aussi un partisan de la discontinuité radicale qui rend impossible toute tentative de construction d'une "échelle de Jacob" telle que promue par le constructivisme sanitaire et social par certains organismes internationaux (charte d'Ottawa).

La discontinuité chez Pascal: les trois ordres - "L’ordre des corps, l’ordre des esprits, l’ordre de la charité"

http://jm.nicolle.pagesperso-orange.fr/jmn/philomaths/discontinuite.htm


Adam Smith 

L'oeuvre de Smith expose les fondements, même s'il n'en fut pas l'inventeur, du libéralisme classique, de la théorie de l'agence et de la gouvernance d'entreprise, mais il justifie aussi, à y bien regarder, les services publics, l'analyse de la souffrance et de la perte de sens que peut entraîner la division du travail.

"Nous n'espérons d'autres avantages que d'être remarqués et considérés, rien que d'être remarqués et considérés, rien que d'être regardés avec attention, avec sympathie et approbation. Il y va de notre vanité, non de nos aises ou de notre plaisir."

"Nous n'attendons pas notre dîner de la bienveillance du boucher, du brasseur ou du boulanger, mais de ce que ceux-ci considèrent leur propre intérêt. Ce n'est pas à leur humanité que nous nous adressons, mais à leur égoïsme; nous ne leur parlons jamais de nos propres besoins mais de leur avantage."Recherches sur la nature et les causes de la richesse des nations, livre Ier, chapitre II

Ainsi, selon Smith et la pensée libérale en général, le mécanisme du marché, par son caractère autorégulateur et harmonieux – c’est cela qu’il appelle en définitive «la main invisible» – fait de la poursuite égoïste par chacun des échangistes de son seul intérêt particulier la condition et le moyen de la réalisation de l’intérêt général.

Accès aux citations d'Adam Smith


Weber et la rationnalisation des activités sociales

textes et lien sur Max Weber



Rationalité matérielle et formelle chez Max Weber

"La rationalité formelle et la rationalité matérielle (quel que soit l'étalon de valeur qui leur serve d'orientation) ne coïncident par principe jamais, en aucune circonstance, même si cette coïncidence peut se présenter empiriquement dans tous les cas d'espèce" MaxWeber, Économie et société
"L'intervention des intérêts étrangers à l'exploitation dans la marche de celle-ci par la mainmise sur les postes dirigeants et, dans les cas extrêmes, par la rationalité formelle de leur sélection, est une autre irrationalité matérielle spécifique du régime économique moderne (car la marche de l'entreprise – par la voie de la nomination de son chef – peut être commandée par des intérêts financiers sans aucun rapport avec l'entreprise et par le jeu de la spéculation des propriétaires de parts)"
Max Weber, Économie et société

Max Weber, la théorie économique et les apories de la rationalisation économique
http://ccrh.revues.org/index212.html#bodyftn28

Max Weber et la rationalisation des activités sociale
http://www.dolimpio.com/cours/spec/ch1/main.htm

Max Weber - Rationalité axiologique et téléologique (ou instrumentale) Boudon 
http://www.erudit.org/revue/socsoc/1999/v31/n1/001082ar.pdf


Extrait de Wiki: notion d'idéal-type

Le concept d'idéal-type doit à la base se comprendre par l'action sociale et ses déterminants. L'action sociale est dans l'optique weberienne une action à laquelle l'homme donne un sens, c'est une action dont le sens est orienté vers autrui (autrui singulier, pluriel ou même indéfini), et celle-ci est mise en évidence par quatre déterminants qui passent par les formes les moins conscientes, celles qui sont à peine sociales, vers celles qui sont les plus conscientes, les plus sociales. On distinguera donc :

  • l'action traditionnelle : sa motivation peut être la tradition, les habitudes (cas des sociétés traditionnelles, toutefois c'est le cas de la plupart de nos actions)
  • l'action affectuelle ou affective : elle est déterminée par la pression, les émotions, donc a priori quelque chose d'irrationnel
  • la rationalité en valeur (degré supérieur de conscience) : on choisit la finalité et le but de son action en fonction de son système de valeurs et ensuite on compare les moyens entre eux pour optimiser une décision. (ex : le capitaine qui coule avec son navire alors qu'on aurait pu le sauver).
  • la rationalité en finalité : c'est l'action où l'individu compare avant d'agir les fins qu'il poursuit entre elles, compare les différents moyens dont il dispose pour parvenir à une même fin et enfin analyse les conséquences subsidiaires de l'action.

La fabrique économique du crétin sanitaire

Voir la section de la page "iatrogenèse managériale intitulée"

L'économie des comportements appliquée à la médecine


Refonder l’assurance-maladie. Les notes du conseil d’analyse économique, n° 12, avril 2014. Brigitte Dormont, Pierre-Yves Geoffard et Jean Tirole
Deux options sont décrites: option publique et concurrence régulée. Du point de vue de l'autonomie des médecins, cette vision des économistes de santé, c'est bonnet blanc et blanc bonnet. Ce sont deux variantes de la fabrique du crétin sanitaire prônée par le New Public Management. En revanche au regard du Droit européen, l'option publique permet sans doute d'éviter le classement de notre système de santé dans les régimes de protection sociale dits "économiques" et le cumul des défaillance du marché des assureurs avec celles du management low cost des offreurs.
  1. Dans l’option publique, le pilotage de l’offre de soins serait confié aux ARS, comme proposé dans la Note du CAE n° 8 : ce sont elles qui devraient contractualiser avec les offreurs de soins, en développant des choix stratégiques diversifiés entre régions ou à l’intérieur d’une même région en matière de conventionnement et de systèmes de paiement. Un système d’information centralisé devrait produire et diffuser des indicateurs sur les performances des ARS en matière de santé publique, de qualité des soins et d’accès aux soins, afin d’évaluer leurs choix stratégiques pour l’offre de soins. Les indicateurs seraient homogènes sur le territoire, afin de permettre une comparaison des ARS.
  2. L’option de la concurrence régulée entre assureurs implique, elle, la définition d’un contrat standard correspondant au panier de soins solidaire, l’interdiction de la sélection des risques, assortie d’un mécanisme de compensation des risques et l’absence de tarification au risque. La contractualisation avec les offreurs de soins serait assumée par les assureurs. Un système d’information centralisé devrait produire et diffuser des indicateurs sur leurs performances en matière de santé publique, de qualité des soins et d’accès aux soins, afin de permettre une comparaison des assureurs et un choix éclairé des citoyens.
"La régulation publique doit favoriser la mise en concurrence effective des établissements de santé, en appliquant les principes de transparence, de responsabilisation de la puissance publique et d'envoi de signaux appropriés pour une gestion efficace."


Herbert Simon et la rationalité procédurale

Les Introuvables en langue française de H.A.Simon .(Document n° 5 ) - Document disponible sur le site MCX-APC
 


Prudence des experts

Extrait du site de Didier Coccolo, professeur d'économie et gestion relatif à Herbert Simon

"Son ouvrage le plus célèbre est " administrative behavior " (1947). Ainsi " l'homme administratif " de SIMON se distingue de " l'homo oeconomicus ", car il ne maximise pas, économiquement, son utilité, il ne connaît pas tous les paramètres indispensables à la prise de position rationnelle, et il n'a pas une fonction de préférence stable et durable. Le but de la théorie dite " de la rationalité limité " est donc de mettre en lumière les limites pratiques de la rationalité humaine et de s'efforcer trouver les moyens (entraînement, formation, adhésion à de nouvelles valeurs) de repousser ces limites.

Ainsi, le décideur navigue souvent dans le brouillard car :

· Les informations dont il dispose ne sont pas complètes.

· Ses capacités d'abstraction, de synthèse ou d'analyse sont limitées

· Il est influencé par des émotions et des événements extérieurs (professionnels ou privés), étrangers à la décision qu'il doit prendre rationnellement.

Ainsi SIMON oppose à la rationalité absolue, la rationalité " procédurale " qui va consister à une succession de décisions itératives, qui cherchent, en fonction des erreurs passées, à s'approcher de la moins mauvaise solution possible."


Aristote: médecine et politique

Aristote, médecine et politique

Hippocrate contre Machiavel

La médecine est une "teknè architectonique": un art accompagné de raison et dont l'action porte sa propre fin en elle même. Elle ne peut donc être assimilée à une production dissociée de sa conception. Le paradigme entrepreuneurial et la notion de production des soins sont donc radicalement opposés à sa nature même.

Autonomie et rationalité professionnelle

Voir la page consacrée à cette thématique

Et la section intitulée: Sociologie des professions - Freidson, Abbott, Sennett, Champy...


La question du care - souci de l'autre et comportements coopératifs

« Pourquoi l'économie orthodoxe a-t-elle tant recours aux mathématiques ?
Parce que son hypothèse fondatrice est que la société est une mécanique constituée d'individus qui se comportent comme des automates calculateurs rationnels et égoïstes, ou d'idiot rationnels, c'est-à-dire de gens qui passent leur vie à tout calculer en termes d'avantages monétaires, et qui n'ont ni liens sociaux, ni histoire, ni règles collectives, ni valeurs. » 
Guy Minguet (sociologie du travail et de l’emploi)


L'article suivant fonde la concurrence encadrée dans les systèmes de paiement à l'activité (medicare)
A Theory of Yardstick Competition Andrei Shleifer The RAND Journal of Economics, Vol. 16, No. 3. (Autumn, 1985), pp. 319-327.
http://pascal.iseg.utl.pt/~carlosfr/ses/shleifer_yarstick.pdf

Yardstick competition vs. individual incentive regulation: What the theoretical literature has to say? Eshien CHONG .

Au contraire Amartya Sen remet radicalement en cause cette conception
Amartya Sen. Des idiots rationnels, critique de la conception du comportement dans la théorie économique" (pp. 88-116), in Ethique et économie, Paris, PUF, 1987. 
http://www.scribd.com/doc/7259984/Sen-Rational-Fools-a-Critique-of-the-Behavioral-Foundations-of-Economic-Theory

Le don
Les bonnes raisons de donner

Gérard Reach -  Une théorie du soin - Souci et amour face à la maladie
L'inertie clinique et les modèles de relation médecin - patient en 4 diapos 

Les neurones miroir contre le darwinisme social

La découverte des neurones miroirs


Réseaux sociaux et structures relationnelles

L'analyse des réseaux sociaux - bref panorama - Alain Degenne
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/flux_1154-2721_1993_num_9_13_965

Cognition réseaux sociaux et changement organisationnel

Rationalité discipline sociale et structure - Emmanuel Lazega

Des poissons et des mares: l'analyse de réseaux multi-niveaux - Emmanuel Lazega

Management et réseaux sociaux Jeux d’ombres et de lumières sur les organisations - Christophe Baret

Réseaux et capacité collective d’innovation : l’exemple du brainstorming et de sa discipline sociale

De l'effet des normes sur la dynamique des structures
(normes comportements et structures évoluent ensemble)
http://stat.gamma.rug.nl/lazega_publie.pdf

Analyse des réseaux et sociologie des organisations

Arrangements contractuels et structures relationnelles

Le phénomène collégial: une théorie structurale de l'action collective entre pairs

Analyse de réseaux d'une organisation collégiale: les avocats d'affaires
(cohésion des relations entre membres et équivalence structurale entre membres)


La pièce manquante de la sociologie du choix rationnel. Olivier Favereau
http://www.cairn.info/revue-francaise-de-sociologie-2003-2-page-275.htm

Management et réseaux sociaux (voir les cliniques, le modèle de la toupie...)
http://hal.archives-ouvertes.fr/docs/00/02/85/34/PDF/Lazega_CISM_02.pdf

Structural holes: the social structure of competition

Concurrence et coopération (voir la coopétition)

Théorie de l'activité

Théorie de l'activité sur la page "Ubulogie des modèles"


Savoirs tacites

Savoirs tacites: "si les salariés savaient tout ce qu'il savent" Mémoire de Master - Ariel Doulière
Définition des "savoirs tacites" et "savoirs procéduraux"
Et en pdf:

Activités, connaissances et organisation

Trois dynamiques de gestion sont à l'oeuvre dans les organisations complexes comme la santé et doivent être conciliées:
1. Les activités reposent sur des experts qui sont les opérationnels ("bureaucratie professionnelle" de Mintzberg). Ce sont les professionnels et équipes soignantes au contact du public dans les micro-systèmes cliniques. Ce sont aussi les "ressources" de l'organisation, qui se différencient en une gamme de service en réponse aux besoins de soins. Pour MIntzberg les activités (la gamme de services)  dans les hôpitaux ou dans les université se différencient à la fois par "fonction" (regroupement de compétences, aptitudes et méthodes de travail) et par "marché" (types particuliers de patients présentant à un moment donné des problèmes cliniques similaires).  La dynamique évolutive des activités est guidée par la technologie et les méthodes ou "procédés de travail" (70% tacites - 30% explicites)
Les concepts de motivation, de comportement, de décision, d'incitations peuvent être manipulés de façon délétère à partir de considérations trop exclusivement macro-organisationnelles
Il convient de distinguer 3 niveaux: opérations, actions, et activité (voir théorie de l'activité: distinguer les buts  et les objectifs (le sens)  de l'action professionnelle qui vise l'efficacité et des objectifs assignés à "l'activité collective" dans le cadre d'une grille de lecture construite d'un "portefeuille d'activités" et/ou des besoins de santé publique selon une planification et qui peut s'analyser en terme de performance.
2. Les processus qu'il faut analyser pour résoudre certains problèmes transversaux, réduire certains risque inacceptables, mieux intégrer les activités différentiées. Penser tout gérer "d'en haut" par l'analyse des processus est illusoire en raison du poids des "savoirs procéduraux" et de leur dynamique propre
3. Les connaissances qui font la richesse, voir "l'avantage compétitif" de l'organisation et dont il faut favoriser la création, la combinaison et la transmission, bref "l'intégration" qui ne supprime pas la question clé des stakeholders et shareholders si elle est trop descendante et/ou guidée par des considérations de rentabilité  court terme: celle des objectifs partagés ou non entre parties prenantes.
Voir les modèles du CEFRIO et HEC Montréal

Activités connaissance et organisation

Modèles d'HEC Montréal et du CEFRIO

Stratégie d'intégration des connaissances - Réal Jacob

Transformation réseau, nouvelle gouvernance - Alain Rondeau

Comment concevoir une organisation qui respecte la pluralité des logiques, énoncées par John Maynard Keynes, dans l'abord de tout problème politique: efficacité économiqueliberté (créatrice de valeur, autonomie professionnelle et des usagers)  et justice sociale (dans l'accessibilité aux soins)?


Systémique et notion de fonction


http://acifonction.free.fr/Colloque2008.htm

Les biologistes ont-ils besoin du concept de fonction ? Perspective philosophique Comptes Rendus Palevol, Volume 5, Issue 3, Pages 479-487 J. Gayon
http://linkinghub.elsevier.com/retrieve/pii/S1631068305001910
"Les énoncés fonctionnels font problème du point de vue de la méthodologie des sciences de la nature : ils semblent expliquer les causes à partir de leurs effets. Les philosophes des sciences contemporains ont tenté de résoudre ce problème en montrant que les énoncés fonctionnels peuvent être traduits en formules causales ordinaires, sans perte de sens. Sont examinées successivement la solution d'Ernest Nagel (1961), la théorie « étiologique » (Wright, 1973) et la théorie systémique (Cummins, 1975). Ces conceptions sont examinées du double point de vue de leur cohérence et de leur signification pour la pratique biologique.Pour citer cet article : J. Gayon, C. R. Palevol 5 (2006)."

Systémique: fonction et triangulation systémique

Approche systémique

Systémique et complexité sur le site de Claude rochet
http://claude.rochet.pagesperso-orange.fr/systemique.html

La notion de fonction: des sciences de la vie à la technologie 


De quel concept de fonction la philosophie de la médecine peut-elle avoir besoin ?

La notion de 'fonction' de la biologie à la philosophie de l'esprit

Remettre un peu d’ordre physico-chimique dans l’exubérance fonctionnelle du vivant

La notion de fonction dans les sciences humaines biologiques et médicales.

La notion de fonction en rééducation: en rééducation tout est fonctionnel

Livre
Jean-Michel Wirotius, Sémiologie des handicaps en médecine physique et de réadaptation, Limoges, Editions Lambert-Lucas, 2011, 227 pages


Théorie cognitive de la rationalité

Lien entre savoirs et motivations


Raymond Boudon et l’individualisme méthodologique


La profession au temps de la flexibilité Vers une approche pragmatique de la notion (voir aussi Richard Sennett et la sociologie des professions)


Mancur Olson - La logique de l'action collective (la loi d'airain de l'oligarchie)

Motivations, incitations, et contrôle des comportements

Des motivations - régulation et théories de la motivation
Difficile motivation
http://revue.medhyg.ch/article.php3?sid=30689999
 

Motivations des médecins
 
Prévention médicalisée: les médeins généralistes sont ils sensibles aux motivations intrinsèques
 
Médecine et MBA

L'approche par les « motivations de service public » : un éclairage particulier sur la motivation au travail des agents publics
http://www.snphar.com/data/A_la_une/phar42/le-point-sur-phar-42.pdf

http://www.medecinedelapersonne.org/pub/2006/hendersonsmith_2006_fr.pdf

Lettre PHAR n°50 - Septembre 2009 Cliquer ici
La performance hospitalière: la théorie de l'agence en question
 
Crise de confiance et crise de vocation - une lecture sociologique de la crise hospitalière

Connaissances et compétences

Savoirs, savoir-faire et savoir-être

L’ensorcelante ambiguïté de « savoir, savoir-être et savoir-faire »
http://www.pedagogie-medicale.org/10.1051/pmed:2001009

SAVOIR, SAVOIR-FAIRE ET SAVOIR-ETRE REPENSER LES COMPÉTENCES DE L'ENTREPRISE
http://www.strategie-aims.com/montreal/durand.pdf

Savoir-être et compétences (1/2 et 2/2) mercredi 16 janvier 2008, Charlène Durand
http://www.cadredesante.com/spip/spip.php?article365

http://www.cadredesante.com/spip/spip.php?article366

La performance comme dispositif de gestion ou la construction sociale de l’insignifiance Par Jean-Luc METZGER
en pdf: http://www.cairn.info/load_pdf.php?ID_ARTICLE=RES_134_0263
http://www.cairn.info/revue-reseaux-2005-6-page-263.htm

Les paradoxes de la notion de compétence en gestion des ressources humaines. Anne Dietrich 
http://www.univ-lille1.fr/bustl-grisemine/pdf/rapports/G2000-172.pdf
 
Rappel du lien entre régulation et théories de la motivation
LES MECANISMES DE REGULATION DE LA QUALITE  DEFINITION D’UNE TYPOLOGIE GENERIQUE ET APPLICATION AU SERVICE HOSPITALIER
http://ifr69.vjf.inserm.fr/compaqh/data/05documentation/52biblio/2006-1-Mecanismes%20Regulation%20Qualite.pdf
 
Conséquences psycho-sociales de la perte de sens

Voir aussi autorégulation professionnelle - généalogie de la perte de sens - bréviaire médico-économique

Reconsidérer le « bien vieillir »
 
Au Québec mais nihil novo sub sole (voir l'excellent schéma systémique en cocarde)
Satisfaction professionnelle et conditions de pratique deux éléments qui ont leur importance
http://www.fmoq.org/Documents/MedecinDuQuebec/septembre-2009/055-061DrPr%C3%A9vost0809.pdf

Schémas relatifs au savoirs tacites (tirés du mémoire d'Ariel Doulière)

Schéma du mémoire de Doulière
Commentaire : Le savoir tacite est une connaissance procédurale qui rend compte d’une intelligence pratique.
Schéma 2 : Les deux catégories de connaissances de l’entreprise

Schéma 3 : les quatre modes de conversion de connaissances (I.Nonaka et H.Takeuchi)

Selon la théorie de la création de connaissances organisationnelles de I.Nonaka et H.Takeuchi Ibid{16} (page 81) le savoir tacite et le savoir explicite ne sont pas totalement séparés mais sont des entités mutuellement complémentaires. Elles interagissent et se transforment dans les activités créatrices des êtres humains.

I.Nonaka et H.Takeuchi posent l’hypothèse selon laquelle la connaissance est créée par l’interaction entre connaissance tacite et explicite ce qui leur permet d’identifier quatre modes de conversion de connaissances :

  • Socialisation : la conversion d’une connaissance tacite vers une connaissance tacite.
  • Extériorisation : la conversion d’une connaissance tacite vers une connaissance explicite.
  • Intériorisation : la conversion d’une connaissance explicite vers une connaissance tacite.
  • Combinaison : la conversion d’une connaissance explicite vers une connaissance explicite.





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