Suite SIDA 1

Act-Up Paris n'était pas le nombril du SIDA et son ouverture aux autres groupes, associations et courants était absolue, sous réserve d'une acceptation pleine et entière des principes libertaires de base, comme la démocratie directe dans des assemblées souveraines. Act Up a même donné gracieusement des cours de démocratie directe aux anarchistes "officiels" qui gravitent entre FA, CNT et autres dinosaures gauchistes (encore vaillants sur le marché officiel parisien). Rapidement les gens d'ASUD sont venus à nos AG et nous leurs avons rendu visite  à leurs différents  locaux.  Curieux mélange de "fils-de-riches et célèbres"  mais aussi, c'est une denrée rare,  de "proches du pouvoir" associés à quelques  pointures du milieu classique et même en quelques occasions  a des hommes-de-mains...
L'approche directe, malgré des réticences devant nos méthode de "punition publique" de quelques coupables menottés devant les caméras de la presse, se révélera fructueuse. Voir 15 mecs tomber a bras-raccourci sur un médiatique  les avaient choqué, bon, mais apprendre les intentions du "Ministre de l'Intérieur"  de l'époque" nous avait surpris...
D'entré de jeu notre interlocuteur d'ASUD nous aborda par un direct "Vous êtes des Autonomes" qui indiquait qu'il savait exactement a qui il avait à faire et acceptait ce point de départ comme base de la discutions qui allait suivre. Il s'agissait du fils d'un ancien hiérarque gaulliste (la principale plume du Général). Lui avait joué enfant à saute-mouton sur les genoux du ministre de l'intérieur... Bref ses infos étaient probablement fiables et nous apprenaient que rien ne serait tenté contre "Nous" dans la cadre de la "Lutte contre le SIDA". Un genre de Condé nous arrivait du plus haut de la hiérarchie policière...
Ce qui nous donnerait une marge de manœuvre plus importante pour la suite.
Il n'est pas besoin d'être devin pour comprendre que que le SIDA frappait tous les milieux et que même l'entourage d'un ministre était peuplé de malades qui défendaient notre point de vue sur les défaillances de la "Politique de Santé Publique" et sur la nécessitée des "Drogues de substitution" comme seule solution pour décriminaliser les Toxicos et leur rendre leur statut de "patient" ou "Malades". La suite fut rapide: La baisse quasi-instantanée (de 30%) de la délinquance liée aux drogues dures tranchait avec la progression générale du phénomène tel qu'il est présenté médiatiquement pour manipuler l'opinion publique.
Après quelques échauffourée suite aux interventions intempestives des flics des stups qui ne comprenaient plus le scénario (l'habitude de cogner sur les toxicos pour cacher leur incapacité à lutter contre l'augmentation exponentielle du trafic...) la maison poulaga s'habitua à la nouvelle donne qui finalement s'avérait plus efficace encore que toutes les prévisions. Seule une partie des toxicos les plus désocialisés continue à vivre une galère sans nom malgré nos actions dans leur direction. (nous allions sur place dans les squats et lieux de deal de paname avec une crédibilités réelle du fait de notre statut d'anciens toxicos, amis de tronches connues dans ces lieux.)
Si le prix Nobel de médecine a rendu un hommage tardif aux activistes d'Act-Up, rien ne fut simple avec le "corps médical"  même l'assos des Médecins Gays qui se réunissait pourtant dans les mêmes lieux (AGECA) pris soin de se cacher de cette bande de furieux et il fallut forcer leur porte pour attirer leur attention...
Les pires de tous étaient les praticiens-charlatant (mais salariés par le système...) de l'ANIT (un monopole de pseudo-psy organisés en syndicat corporatiste) ces gens nuisibles et incapables, d'une bassesse incroyable, étaient littéralement propriétaires du "Marché des toxicomanes" et tentaient de garder leur monopole et leur gagne-pain par toutes les manœuvres possibles. Face au danger de perdre leur place, spontanément et comme un seul homme ils changèrent leur point-de-vue et rallièrent les solutions de "substitution" qu'ils avaient tant combattu et tant contribué à ralentir, entraînant la mort de milliers de malades...
Parmi toute cette incompétence bornée qui caractérise l'infâme profession des "Intervenants en Toxicomanie" on trouve un personnage singulier: Le docteur Claude Olievenstein. Cet idéologue dément c'était  vu confier le principal centre pour toxicos de Paris, Marmottan. Le méchant bougre, non-content d'accuser nos camarades Punk d'être des NAZI, refusait toute politique de Substitution aux drogues. (ce qui prouve en soi son insondable connerie...). Même le site de désinformation Wikipedia se sent obligé de rappeler ces tristes vérités: "...
Avant que le fléau du SIDA ne soit identifié, il était vivement opposé au traitement par méthadone et aux dérives sectaires de certaines communautés "thérapeutiques" (lesquelles ?) , bien qu'il ait participé activement à la création de l'association "Le Patriarche" au côté de Lucien Engelmajer ; il était aussi opposé à la vente libre des seringues. Il considérait que, d'une certaine façon, les communautés thérapeutiques mal gérées par des non-professionnels étaient de nouvelles formes d'aliénation. Il change d'avis en 1984, au début de l'épidémie de sida en France et se prononce pour la dépénalisation du cannabis, mais réfute les bienfaits de la méthadone. Il reproche aux substituts, méthadone, Subutex (buprénorphine), leur caractère accoutumant qui peut en faire un traitement à vie..."
. Bref il est directement responsable de milliers de morts inutiles.
Son successeur, le docteur Marc Valleur
(qui devait attendre patiemment que la place se libère sans prendre de risques...)  accepta après de laborieuses négociations téléphoniques d'évoquer sur une radio publique les deux organisation naissante Act-Up Paris et ASUD. Sans désavouer son triste mentor il acceptait enfin le nouveau rapport de force avec des patients impatients et organisés au début des années 1990. Nous avons souvent croisés les pauvres bougres de la secte "Patriarche" (sponsorisée par Olive donc...) déposés ici ou là sur les routes pour placer leur torche-cul: "Antitox", sans perdre de temps à discutailler avec ces cerveaux-lavés on leur donnait des exemplaires d'ASUD journal ou d'Action, le bulletin mensuel d'Act-Up. Nos imprimés circulaient alors partout à commencer par les centre méthadones et autres lieux médicalisés, squats, manifestations, Teufs et Festivals.
Parmi les "populations à risque" on désignait alors quatre cibles principales à la vindicte publique et aux gémonies de Dieu: Les PD, les drogués, les africains noirs et les prostité(e)s. Effectivement ces quatre "groupes" étaient représentés à Act-Up Paris mais il fallut aussi prendre en compte: Les transfusés, les hémophiles, les "handicapés", les sortant de prison (Taulards)...
Les sourds étaient particulièrement touchés par l'épidémie et très présent à Act-Up. Laissés sans informations les "mal-entendant" c'étaient trouvé abandonnés par leurs autorités de tutelle qui n'avait pas prévu d'information ou de prévention pour ne pas avoir à aborder les questions sexuelles et de drogues dans ce milieux qu'ils imaginaient sans doute pieux et irréprochable.  Au point de ne pas avoir droit à la moindre information sur ces sujets... Mais heureusement les temps changent et les dits "handicapés" ont pris le gout de la lutte pour défendre leurs droits bafoués mille fois par jour par la fusion économico-étatique et sa valeur totalitaire.
Le nombre d'actions publiques ou non entreprises pendant ces années 89/94 est vertigineux
, sans parler de la difficile intrusion dans le Spectacle obligeant certains des nôtres à apparaitre sur le terrain miné de l'ennemi médiatique. Mais pour des condamnés-a-mort il n'y a plus de compromissions qui tiennent...

Beaucoup d'autres, les minoritaires, les exclus, les affreux sont venue spontanément apporter leur soutient: les anciens du FHAR, les lesbiennes pourtant peu touchées par la maladie, les hémophiles condamnés à mort à 80%, les transfusés et les sourds, prostituées des deux sexes (voir plus), les Trans et les anciens taulards...

Bref Rappel: 1993
Garretta : Act-Up réagit
.

Hier à 16 heures, une centaine de militants de l’association de lutte contre le SIDA Act-Up ont assiégé les paisibles locaux du Conseil national de l’ordre des médecins, à Paris.

    Leurs cris : « L’ordre des médecins complice de Garretta, l’ordre des médecins complice du SIDA. »

    Des poches de faux sang ont été jetées au milieu de la grande table de la salle feutrée, éclaboussant dossiers et médecins réunis pour ce qui devait être une simple séance de routine.

Ce « zap » ( action rapide et symbolique dans le jargon d’Act-Up ) avait deux buts :

    - d’abord protester contre la décision de réduire à deux ans la radiation du Dr Garretta de l’ordre des médecins ;

    - ensuite s’opposer à la nomination du Dr Habibi pour représenter la France au Congrès européen de Barcelone sur la transfusion sanguine, du 13 au 16 juin, la responsabilité du Dr Habibi dans la contamination des hémophiles étant établie par le Conseil de l’ordre lui-même.
    .

Quelque peu affolé par l’arrivée bruyante de ces visiteurs impromptus, le président du Conseil national de l’ordre des médecins, le Pr Glorion, a accepté de recevoir le président d’Act-Up, Clews Vellay.

    Ce dernier était accompagné de Joëlle Bouchet, auteur du livre « J’accuse médecins et politiques ».

    La tête haute, regardant droit dans les yeux le Pr Glorion, Joëlle Bouchet commence le dialogue : « Vous avez en face de vous la mère d’un jeune hémophile de dix-sept ans contaminé depuis 1985. Avec Ludovic ici présent, nous demandons justice. Comment pouvez-vous être clément avec ceux qui sont responsables de l’empoisonnement de mon fils ? »

    « Il n’est pas question de dire que nous avons contaminé qui que ce soit, répond le Pr Glorion. Nous reconnaissons les fautes déontologiques des Prs Garretta et Habibi. »

« Mais alors, pourquoi avez-vous réduit sa peine à deux ans ? », s’exclame Clews Vellay.

    « La décision a été prise en toute indépendance sans que je ne sois consulté. Je n’y suis pour rien », répond le Pr Glorion.

    « Démissionnez ! », scandent en chœur les militants.

Ces derniers, écœurés par ce qu’ils appellent la « complicité du corporatisme médical », décident de quitter la salle.
  Suite SIDA 2



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