Horacio Salgán nous à quitté le 19 aout 2016

Le mois d'août c'est du tango à Buenos Aires.  
Depuis   2009, se déroule le Festival Mondial du Tango. Du 18 au 31, plus de 40 salles, situées dans différents quartiers de la ville accueilleront un public venu du monde entier.
Lors de son ouverture un hommage a été rendu à l'une des plus grandes figure du tango argentin :  Horacio Salgán, qui fêta en juin dernier ses cent ans.
Aujourd'hui un ruban noir entoure ce Festival et le tango tout entier : ce grand pianiste, compositeur et arrangeur, nous a quitté.   Le dernier des grands maestros s'est éteint à Buenos Aires, vendredi dernier, 19 août.
Celui qui figure parmi les figures incontournables du "tango de vanguardia" (tango d'avant-garde) a marqué, par son parcours de plus de 75 ans, l'histoire du tango argentin
Au milieu des années 40 la sonorité de son piano, son rythme, son phrasé, étaient une véritable révolution pour le tango argentin, parfois écouté avec une certaine méfiance par les oreilles les plus conservatrices...  Ses compositions et ses arrangements ont un sens singulier du rythme, avec une utilisation particulière de la syncope et cet "effet candombe" qu'introduisent les violons, auxquels s'ajoute les percussions.  Dans ses œuvres on peut trouver des traces du jazz, qu'il aimait et avait aussi joué. 
"Écouter le tango de Salgán c'est comme entrer dans une cathédrale de Gaudi"... Cependant, sa dimension sonore n'oublie pas les quartiers tangueros de Buenos Aires, rejoignant ainsi les œuvres de Gobbi, Bardi, Troilo ou Pugliese.  Salgán est né dans le quartier de l'Abasto et a commencé ses études de piano à Caballito.
Il était connu par son humeur festive et son humilité : lors de l'une de ses dernières interventions, il nous disait :  "Ce qui m'a toujours -et qui continue- de m'intéresser, c'est d'apprendre à bien jouer le tango".  Pour Horacio Salgán, le piano a été son grand amour,  mais il avait aussi une véritable préoccupation de bien le jouer, "le mieux possible", disait-il.   Lors d'un autre entretien il affirma : "Si en écoutant une œuvre on se demande si elle est ou non du tango, évidemment, elle n'est pas du tango.  Peut-elle être une très belle composition, mais pas du tango...".
Sa carrière débuta dans un cinéma de quartier, en accompagnant avec son piano les films du cinéma muet, il intégra ensuite plusieurs ensembles.  La qualité de son exécution lui a permis d'avancer dans sa carrière de pianiste.  Vers 1936 il entra dans l'orchestre de Juan Caló.  Arrangeur notable, il a écrit les arrangements de l'orchestre de Miguel Caló
Célèbre, fut son duo -de plus de 40 ans- avec Ubaldo De Lío:  on dit que le public resta muet lors de leurs  interprétations. Parmi les quelques 200 tangos de leur répertoire, on peut citer " El Pollo Ricardo" considéré comme un bijou d'interprétation partagée et peut être l'un des plus emblématique de leurs succès ;
En 1960 il réunit dans le Quinteto Real de remarquables solistes, tels que Pedro Laurenz (bandonéon), Mario Enrique Francini (violon), R. Ferro, puis Kicho Díaz, (contrebasse), et  Ubaldo de Lío à la guitare et lui-même au piano. Ils ont fait de mémorables tournées, notamment au Japon.  Ils ont aussi enregistré de nombreux disques qui deviendront des références dans le monde du tango.   Il compta au sein de ses formations   des chanteurs remarquables, tels qu'Edmundo Rivero, Roberto Goyeneche ou Angel ( Paya) Díaz
Parmi ses œuvres emblématiques se trouve, bien sûr, "A fuego lento" (A petit feu) dont la version orchestrée en 1964 est l'un des événements marquants du tango argentin, au même titre que "La Yumba", de Pugliese, "La Bordona,  de Balcarce, ou " Libertango " de Piazzola,...Sans oublier d'autres composition;;  "La llamó silbando", "Aquellos tangos camperos ", " Don Agustin Bardi ", "  Del 1 al 5 ",  " Grillito "...
 Ses arrangements ont été des créations qui, parfois comme pour "Trenzas", chanté par Rivero, ne furent comprise par le public que plusieurs années plus tard.
Pour Salgán, faire un arrangement c'était imaginer la réponse que dans une enceinte, un écho donne à une voix, à un son.   Aujourd'hui il n'est pas envisageable de penser, par exemple, "El Entrerriano", de Mendizabal, sans la contre-mélodie écrite par Salgán
En octobre 2006 le grand maestro disait :   "Jamais je n'ai voulu faire mes adieux car, me semble-t-il, on ne se retire guère"...
Le dimanche 21 août la dépouille mortelle d'Horacio Salgán sera accompagnée par le chagrin du peuple tanguero pour rejoindre le Cimetière de la Chacarita et le Pantéon où reposent ses pairs.  Nous ne lui faisons pas des adieux.   Il restera pour toujours présent dans l'esprit du tango de Buenos Aires.
Le 21 août 2016
Martha et Gabriel





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