SAMPIERO CORSO

SAMPIERO CORSO
 
Sampiero Corso
in Sampiero Corso de MM Michel VERGE-FRANCESCHI & Antoine-Marie GRAZIANI
 
 
LE GÉNIAL SOLDAT
OU LE
PRÉCURSEUR DE L’INDÉPENDANCE DE LA CORSE
 
1498 - 1567
 

Sampiero Corso nait vers 1498 - certains précisent même le 23 mai 1498 – dans le village de Bastelica, que l’on appelle en ce temps encore Basterga, dans la pieve du Prunelli.

Haut-lieu du féodalisme, le Prunelli s’est sorti de la tutelle des seigneurs de Bozzi-Ornano, installés dans la pieve voisine d’Ornano, lesquels à la naissance de Sampiero, n’ont plus qu’une dizaine de feux sous leur coupe.

 

Dans le Prunelli, on vit de chasse et de pêche, de l’élevage (porcs, chèvres et moutons), de la culture de céréales, notamment le seigle, de noix et de pommes reinettes qui ont fait la réputation de Bastelica. Le pain est fait à base de farines mélangées de seigle et de châtaignes. Ce régime met les habitants à l’abri des disettes et des famines qui sévissent à la même époque en Europe continentale. L’habitant de Bastelica se nourrit certainement mieux que le paysan français de la même époque.

Ces montagnards sont décrits alors comme des gens rudes, maigres et secs, ne connaissant ni les médecins, ni les médicaments. Ils sont solides et leur longévité est étonnante.

Sampiero vécut 69 ans, et l'épée à la main, dans une embuscade. C'est beaucoup pour un homme du XVI° siècle, et pour un homme de guerre, ayant reçu tout au long de sa carrière nombre de blessures.

Il vécut plus longtemps que les monarques qu’il servit ou combattit : François 1er est mort à l'age de 53 ans, Charles Quint en a 58, Henry VIII, 56, Côme de Médicis, 55, ou les papes qu’il connut : Léon X Médicis à 46 ans, Adrien VI à 64 ans, Clément VII Médicis à 56 ans.

 

Bastelica est alors un gros bourg montagnard, situé à l’intérieur des terres, à une trentaine de kilomètres au nord-est d’un nouveau château qui se construit depuis six ans : Ajaccio.
Bastelica est après Zicavo la deuxième localité de la partie sud de la Corse.

Ce village a engendré une véritable « race » de soldats solides, présents sur tous les champs de bataille européens, capables de résister aux dures fatigues du métier de mercenaire. Sampiero fut l’un d’eux comme nombre de ses contemporains, capitaines de Bastelica, morts au service de Florence ou de Rome, au cours de la première moitié du XVI° siècle.

 

Sampiero est d’origine roturière. Il est issu d’un clan en pleine ascension sociale à la fin du XV° siècle. On connaît ses ancêtres à partir de son bisaïeul Marc’Antonio de Bastelica. En juillet 1410, il conclut la promesse de mariage de son fils Vinciguerra de Bastelica, que celui-ci tiendra une vingtaine d’années plus tard en épousant Antonia de Corro (Cauro ?) fille d’Orsone. De cette union naquit trois fils vers 1450.

L’aîné Giacomo Corso (v. 1450 – ap. 1507), premier homme de la famille à s’illustrer militairement et hors de la Corse. C’est un vaillant officier au service de Gènes. Il commande 4 000 hommes dans une sortie que firent les habitants de Gênes en 1507.


Type d'homme d'armes à pied - XVI° siècle - in Weapons & Armor. Coll. de l'auteur


Giacomo a deux cadets.

Tristan Corso, appelé également capitaine Tristan d’Ornano, dont Sampiero sera l’écuyer. Enrichi par les guerres, Tristan a du acheter suffisamment de terres aux seigneurs d’Ornano sur le déclin, pour pouvoir associer à partir de 1516, le nom de la terre à son prénom.

 

Et Guglielmo le père de Sampiero.

Contrairement à ses frères Guglielmo est resté à Bastelica, s’engageant dans les conflits d’intérêts locaux, il est l’un des partisans de Vincentello III d’Istria. Marié à Cinarchese de Bosali, vers 1496-1497, qui lui donna au moins quatre enfants, deux fils Sampiero et Filippo Corso maréchal de camp des armées du Roi, et deux filles, dont l’une fut mariée à Orsattone de Ciamanacce (Renucci ou Ranucci), l’autre à Giocante de Tavera, deux des principaux personnages de Corse du Sud.

 

Au début du XVI° siècle, il n’y a pas de patronyme en Corse, à l’exception de quelques familles seigneuriales et des familles génoises. Ils ne se fixeront qu’à partir de la seconde moitié du XVI° siècle. Les gens sont connus dans leur village par leur prénom, auxquels, ils y associent le nom de celui-ci quand ils en sortent. C’est à l’étranger, qu’ils font suivre le surnom de Corso, qui établit leur origine. Pour tous c’est Sampiero de Bastelica, ou Sampiero Corso. C’est Alphonse, le fils de Sampiero qui prit le patronyme d’Ornano, à la veille de recevoir en 1594 le bâton de maréchal et l’Ordre du Saint Esprit, pour accréditer la légende que son père était issu d’un puissant lignage.

 

Ce sont les chroniqueurs Génois qui ont créés la légende du Sampiero gardien de cochons, de très basse extraction, et porté à la vie militaire. En Corse, les cochons se gardent seuls.

La maison de Sampiero n’existe plus. Elle a été rasée en janvier 1565, lors d’une expédition punitive menée par le commissaire génois Stefano Doria.

 

Les deux oncles de Sampiero sont officiers d’infanterie, Giacomo Corso, est capitaine au service de Gênes, et Tristano Corso, à Florence, capitaine dans les Bandes Noires de Giovanni de Médicis. Ce qui veut dire que leur père, Vinciguerra de Bastelica est suffisamment fortuné pour leur payer la traversée Corse-continent, leur payer l’armement et le fourniment, et assez pourvu en terres pour élever des chevaux, car Sampiero sera aussi bon cavalier qu’il sait manier l’épée. Sampiero est un jeune homme cultivé et instruit issu d’une famille de notables Corses, qui a reçu une éducation militaire pour suivre le chemin tracé par ses oncles.

 

AU SERVICE DES MÉDICIS

1512-1526

  

Sampiero quitte son village à l’âge de 14 ans en 1512 pour Florence. Imaginez l’étonnement de cet enfant quittant un village de 200 à 250 habitants et se retrouvant dans l’une des plus belles villes de son temps.

Quand Sampiero quitte la Corse, l’île bénéficie d’une période de paix relative. Nombre de Corses vont tout comme lui, exercer leurs talents militaires hors de l’île. Ils semblent déjà nombreux car en 1613, le gouverneur Génois indique que 3 000 Corses servent à l’étranger 1 500 à Venise, 500 à Rome près du Pape, et 500 en France.

 

En 1514, grâce à son oncle Tristan, Sampiero est dans le proche entourage de Giovanni de Médicis, appelé également Giovanni del Bande Nere, à peine plus âgé que lui. Ce dernier est un cousin du pape Léon X, élu en mars 1513. Sampiero a assisté à son sacre.

Giovanni est un défenseur du souverain pontife. C’est ainsi que Sampiero va parfaire son éducation tant à Rome qu'à Florence, dans l’orbite des Médicis.

Sampiero va suivre Giovanni au gré des alliances conclues par la papauté, combattant les princes italiens en lutte contre Florence ou contre Rome.

Les guerres d’Italie sont le théâtre de retournements d’alliance. A une époque où l’idée d’armée nationale n’a pas encore germé, on a recours au mercenariat, la loyauté à un prix, et ce prix est élevé. Allemands, Suisses, Flamands, Ecossais, Italiens, Gascons et Corses se retrouvent en nombre dans les armées de cette période. Lorsque les mercenaires n’ont pas été soldés, ils refusent le combat, ou alléchés par l’adversaire, changent souvent de camp. Malheur également à la province et ses habitants, là où les bandes stationnent, car alors, on se paye sur le pays, pillant, violant et dévastant tout.


Ludovico de' Medici, surnommé Giovanni des Bandes Noires (1498-1526) in

http://www.mediciexhibition.hu/medici/english/medicis.html 


La première campagne militaire à laquelle participe Sampiero se situe au printemps 1516, contre les Orsini. Il a 18 ans. Les troupes de Giovanni sont commandées par le capitaine Tristan Corso, Sampiero est écuyer de son oncle.

Puis dans le courant de l’été 1516, Giovanni à la demande de Léon X, va conquérir le duché d’Urbino, propriété de Francesco Maria della Rovere. Les deux premières campagnes de Sampiero s’achèvent par des victoires.


Au début de l’an 1517, Francesco Maria della Rovere, part à la conquête de son duché perdu. Cette lutte va durer huit mois, pendant laquelle Sampiero va parfaire l’art de la petite guerre, faite d’embuscades, d’escarmouches et de coup de mains. La paix est scellée en aout 1517. 

En janvier 1519, le pape Léon X s’allie avec Charles Quint. C’est dans les rangs des Impériaux, que Sampiero, toujours dans les bandes Corses de Giovanni, va participer à la reprise de Milan en octobre-novembre 1521 aux mains des français. Les Corses culbutent les chevau-légers de François 1er .

La mort du pape Léon X au début du mois de décembre 1521 bouleverse le jeu des alliances de la maison des Médicis.

 

Adrien VI est élu pape le 9 janvier 1522, il est hollandais, et de plus l'ancien précepteur et ministre de Charles Quint. Les seigneurs italiens dépossédés par les Médicis relèvent la tête et se liguent. Ne trouvant pas d’allié auprès du pape, sans argent, ne pouvant payer ses Suisses qui refusent de combattre, Giovanni est envoyé à Pavie, et contraint à l’oisiveté.

 

Le 21 mars 1522, Giovanni offre ses services à son cousin le duc de Milan, et fait des offres identiques à François 1er. Ne recevant aucun subside de son cousin pour solder son infanterie.

A la fin du mois de mars, Giovanni et ses troupes, dont fait partie Sampiero, servent les intérêts du roi de France à la désapprobation générale.

Le 27 avril 1522, à la bataille de La Bicoque, près de Milan, sur le chemin de Lodi, les troupes de François 1er  et ses alliés subissent une défaite face aux Impériaux de Charles Quint.

Après avoir couvert la retraite de l’armée avec son infanterie et sa cavalerie, Giovanni s’enferme dans Crémone.

Le 3 juin il réussit une sortie avec ses 2 000 hommes.