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"Le divorce toujours une guerre"

posted Feb 13, 2011, 5:06 AM by Therapie du Couple   [ updated Feb 13, 2011, 5:10 AM ]

Eliette Abécassis : "Le divorce toujours une guerre"

"Un divorce rend la séparation plus solennelle"

Rodolphe Bosselut avocat au barreau de Paris

Paris Match. Quelles plus grosses erreurs commettons-nous quand on s’engage dans un divorce ?
Rodolphe Bosselut. En général, on n’anticipe pas les difficultés. On pense qu’on n’a pas besoin de documents. Or il n’y a pas de droit sans preuve.
Vous tenez souvent un rôle d’arbitre et de psychothérapeute...
On fait du cocooning tous les jours ! On a affaire à des personnes atteintes par la violence de la séparation. Beaucoup déplacent le vrai objet du divorce sur des blessures personnelles. Et c’est lorsque se liquide la question psychologique – la blessure intime... – que tout se débloque. Il faut du temps.
Comment faire quand l’autre refuse de divorcer ?
Avec ce refus, l’autre a l’impression de conserver son conjoint pour lui ; il est dans le déni de la réalité. Et aidé en quelque sorte par la loi car un divorce n’acquiert pas de caractère définitif tant que les voies de recours persistent. Mais il est possible d’assigner son conjoint récalcitrant en divorce après une séparation effective de deux ans. Certains s’acharnent même après le prononcé du divorce sur les questions matérielles de la liquidation du régime matrimonial, et on entame un deuxième “round” contentieux !
Les rancœurs se chiffrent alors en prestation compensatoire... [qui vient compenser la disparité dans les niveaux de vie] ?
Oui, dans le désir de faire “payer” l’autre, on surévalue les manques. Nous sommes là pour rappeler les éléments objectifs : l’âge et la durée de vie commune, la carrière, les droits à la retraite, le patrimoine...
Donc, après un long mariage, vous ne croyez pas aux divorces éclair ?
Non, car on fait l’impasse sur cette complexité. La procédure rend la séparation plus solennelle et participe au travail de deuil d’une histoire.
Est-il toujours illégal de quitter le domicile conjugal ?
En principe l’abandon du domicile conjugal constitue une faute et l’autorisation de résider séparément doit être ordonnée par le juge mais, dans la pratique, les choses sont plus souples. En cas de violences, une loi de juin 2010 permet une procédure d’urgence où l’on fait partir l’époux fautif du domicile.
Quid du divorce pour adultère ?
L’adultère n’entraîne plus automatiquement le divorce aux torts exclusifs car on estime qu’il peut être induit : on prend un amant par provocation, car l’autre a une maîtresse. Ainsi, la faute est partagée. Ce qui ne change pas, c’est la blessure narcissique : comme on ne supporte pas d’être quitté, on ne supporte pas d’être trompé. Combien de fois ai-je entendu : “Oui, j’ai un amant (ou une maîtresse) d’accord, mais moi ça n’est pas pareil” !
Quelles sont les situations les plus inextricables ?
Elles découlent de névroses, les pires se cristallisent sur les enfants : le conjoint veut en priver l’autre, il conditionne l’enfant, l’enlève... Ça arrive.
Et si l’on souhaite revenir à un divorce à l’amiable ?
La loi prévoit toute une série de passerelles dans la procédure tant que le divorce n’est pas prononcé. Mais si la loi favorise la décrispation, il reste les jusqu’au-boutistes. Certains cas sont de vraies psychanalyses judiciaires.
Le prix d’un divorce ?
Le divorce étant chronophage, les clients optent le plus souvent pour la forfaitisation des honoraires plutôt que pour une facturation au temps passé. En effet, on doit beaucoup écouter, les clients sont fragilisés et il faut un suivi intense.

Interview Catherine Schwaa

Paru dans Match

Aujourd’hui, un SMS, un mail peuvent ruiner des années d’une union paisible. L’écrivain Eliette Abécassis en a fait l’amère expérience. Elle en a tiré un roman (« Une affaire conjugale » éd. Albin Michel), devenu best-seller, et nous livre ses enseignements de femme blessée à jamais.

Dans son dernier essai, Pascal Bruckner s’interroge : le mariage d’amour serait-il une ­folie vouée au fiasco ? L’écrivain – qui sait de quoi il parle – s’offusque qu’on se mette à fêter les divorces, « comme si le retrait était plus beau que l’alliance ». Il n’est pas le seul à s’affoler du délitement du lien sacré. Le psychiatre, psychanalyste, thérapeute du couple Serge Hefez y va, lui aussi, de son couplet avec « Scènes de la vie conjugale ». Sale temps pour la voie nuptiale. Contrairement aux Américains, la crise n’empêche pas les Français de rompre. Pourtant, avec 260 000 mariages l’année dernière, certains continuent à plonger. Et si l’on en croit François Baroin, ministre du Budget, qui s’apprête à supprimer le – gros – avantage fiscal pour les jeunes mariés, comme pour les divorcés et les pacsés, le mariage est source de félicité : « On ne se marie pas pour des raisons fiscales, il y a le bonheur aussi. » Mais alors, si le bonheur est bien au rendez-vous au moment où l’on s’unit devant le maire, pourquoi ce bonheur s’échappe-t-il si vite ? Où donc l’amour s’évapore-t-il ? L’écrivain et le psy se rejoignent sur un point : le plus compliqué pour un couple est de ne pas confondre l’amour avec la passion physique. Garder la tête froide quand les corps sont chauds.

Pascal Bruckner a une théorie : « Nous attendons tout de l’amour, il est devenu la forme laïque du salut. » Ne dit-on pas que ce sont les femmes qui pérennisent le fantasme du prince charmant ? Pourtant ce sont elles qui, en grande majorité, demandent le divorce. Les hommes réclament, quant à eux, le mariage. A eux le besoin de sécurité. A elles la nécessité de la liberté. Les temps ont changé. Aujourd’hui, note Serge Hefez, chacun a besoin d’exister. « Le souci de soi l’emporte sur le reste. » Plus question d’être au service de l’autre au risque de faire éclater le mariage : « L’individu se sent mis en péril par le lien au lieu d’être soutenu par lui, il tend alors à détruire la relation. » Le thérapeute constate que les couples se quittent aussi vite qu’ils se sont rencontrés. « Avant je recevais dans mon cabinet des couples de dix ou quinze ans. Aujourd’hui, ce sont des couples d’à peine deux ou trois ans. » On en revient toujours à la difficulté de faire vivre l’amour. Serge Hefez : « Mariage et amour ne se conjuguent pas. Dans le mariage, il faut un objectif de construction pratique sinon ça ne marche pas. »

Bruckner, lui, remarque que de plus en plus de couples se marient après vingt ou trente ans de vie commune, comme une validation. Quand le risque d’une tentation ou d’un ailleurs est évacué. Il n’exclut pas que, peu à peu, nous allions vers un mariage à durée déterminée. Le mariage « pour toujours » offre cependant une ­valeur symbolique qui confère un statut au conjoint. Les deux sexes sont attachés à la cérémonie. Est-ce pour cette raison que certains se marient, divorcent, se remarient et recommencent ? « Les personnes qui se remarient trouvent dans le mariage une occasion festive de ritualiser le couple, mais ce n’est pas le lien juridique qui compte. C’est une façon de dire à la face du monde : ­regardez comme on est heureux. »

Valérie Trierweiler

Eliette Abécassis : "C’est à ce moment qu’on découvre qui on a épousé"

Paris Match. Le divorce n’est habituellement pas un sujet de roman, pourquoi avez-vous décidé d’écrire sur ce thème ?
Eliette Abécassis. C’est vrai, peu de livres traitent du divorce et pourtant c’est un sujet très romanesque. Aujourd’hui, quand on veut parler d’amour, on doit parler du divorce. A notre époque, le couple traverse une crise qui n’a pas de précédent. Le divorce me semble être le drame passionnel des temps modernes. Nous sommes dans une époque tellement atone et aseptisée, alors c’est le moment où tout l’aspect passionnel de l’amour jaillit avec une flambée de violence, de haine et de vérité. Et puis, on découvre la face cachée de l’autre. C’est un véritable parcours initiatique, extrêmement intense. C’est aussi un phénomène de société, puisqu’un couple sur deux
divorce à Paris.

Vous-même, vous avez connu cette expérience du divorce. Vous ne vous y attendiez pas ?
Oui, j’ai vécu cette expérience, mais c’est au-delà de tout ce que je pouvais imaginer. Cela m’a évidemment rendue sensible à ce sujet et davantage encore quand je vois autour de moi cette hécatombe chez les quadragénaires. Il y a une idéologie du divorce, comme il en existe une du mariage ou de la maternité. Il y a une espèce d’image du divorce heureux, de la famille recomposée. On se marie et, si cela ne marche pas, on divorce et on se remarie. On pense que c’est facile. Et quand on aborde le divorce, on ne sait pas très bien ce qui nous attend... C’est une traversée de l’enfer.

A ce point-là ?
Ça ne l’est peut-être pas toujours pour tout le monde. Pour mon héroïne oui, et j’ai rencontré beaucoup de femmes qui m’ont dit qu’elles ne s’en relèveraient jamais. Quelque part, on ne s’en relève jamais. C’est tout un univers qui s’écroule : la fin de l’idéal. De l’idéal de l’amour, du couple, de la famille. En cela c’est un parcours initiatique. Et une immense souffrance.

Seulement pour les femmes ? Les hommes, eux, ne souffrent pas de divorcer ?
Si, bien sûr. Mais j’ai résolument choisi d’aborder le point de vue féminin. Deux livres importants ont été écrits sur le divorce : “Kramer contre Kramer” d’Avery Corman et “La séparation” de Dan Franck, mais il s’agit là de points de vue masculins. Et ces références ont vingt ans. Or, depuis, les choses ont changé. La législation a rétabli le droit des hommes, et même en allant trop loin. Les hommes n’ont plus à se battre pour obtenir la garde de leurs enfants. Même s’ils souffrent, j’observe qu’ils refondent des foyers très rapidement. Alors que les femmes qui divorcent restent souvent seules.

Mais pourtant ce sont bien les femmes qui, à 70 %, demandent le divorce ?
Oui, car elles ont plus d’exigences. Les hommes aiment rester dans leur vie, même si ça n’est pas satisfaisant. Ils ont du mal à trouver le courage de partir. Et ils ne détestent pas la double vie, ils y prennent même goût. Ils aiment garder leur foyer avec, d’un côté, la figure de la mère tutélaire et, de l’autre, une vie à l’extérieur. Les femmes, elles, ne peuvent pas supporter ces situations, même si après il leur arrive de regretter de s’être engagées dans la voie du divorce.

Quelles en sont alors les véritables causes ?
Il y a des facteurs sociologiques. Le féminisme l’a rendu possible. Autrefois, en ce qui concerne les femmes, il n’était pas possible pour des raisons économiques. Encore une fois, tout tourne autour de l’idéal de l’amour. Les femmes restent dans l’idée que l’amour est quelque chose de magique. Alors, quand une passion s’évanouit, elles pensent qu’elles peuvent le trouver ailleurs. Mais l’amour n’est pas magique, au contraire, il est extrêmement fragile. Il s’entretient et se protège au quotidien ; il n’est pas donné, ni éternel, ni solide. Les femmes croient toujours au prince charmant, au sauveur, au coup de foudre, à la princesse d’un jour, au berceau rose, au père aimant.
L’envers du décor, c’est autre chose ! Alors, quand les femmes le découvrent, elles veulent une autre vie.

Vous évoquiez la face cachée, comment l’autre peut-il se révéler... autre ?
Justement parce que le divorce est un révélateur de vérité. C’est au moment du divorce qu’on découvre celui qu’on a épousé et avec lequel on a fait des enfants. On a alors devant soi un inconnu ! Le divorce révèle la face noire de l’homme qui oscille entre haine et violence. Et la procédure pousse à cela. Il faut faire une enquête sur l’autre. Vous avez d’un seul coup des amis qui vous avouent ce qu’ils savaient depuis longtemps. On découvre tout ce dont l’autre est capable. Et avec les technologies, on finit par tout connaître. Il faut savoir ce qu’est le divorce à l’heure des e-mails, des SMS, des réseaux sociaux, des sites de rencontres ! On a accès à toutes les vérités et à tous les mensonges. Il y a une traçabilité de tous les actes. Combien de couples se déchirent à cause des téléphones portables !

La face cachée n’est pas seulement chez l’autre, votre héroïne est capable elle aussi de beaucoup d’actes malveillants.
Oui, la curiosité devient malsaine. Une fois le dossier constitué, il y a possibilité de s’arrêter mais, non, elle continue, poursuit ses investigations, contaminée par une perversion dont elle ne se croyait pas capable. Mon héroïne va jusqu’à s’inventer un personnage sur Facebook pour interroger son mari. Elle se prend au jeu, elle se découvre elle-même en même temps qu’elle découvre la vraie personnalité de son mari. Tous les masques tombent, y compris et surtout le sien. Et c’est le plus difficile à supporter.

Quels sont les véritables enjeux du divorce ?
Les enjeux sont vitaux : les enfants et l’argent. Les enfants sont ce qu’il y a de plus précieux mais, à travers l’argent, tous les autres enjeux s’entremêlent. On combat pour sa vie, pour soi. On a une image de soi altérée. Beaucoup de femmes en sortent avec des dépressions, des envies suicidaires. On se bat pour retrouver une dignité et pour
rattraper les années gâchées. Bref, l’enjeu, c’est sa propre survie.

Mais pourquoi autant de conflits et même de violence qui peut dégénérer en drame ?
Pour l’homme, le divorce est une véritable remise en cause de lui-même. Lorsqu’il est quitté, alors qu’il a tout fait pour être quitté, la femme devient pour lui l’ennemie à abattre. Et, parfois, il l’abat vraiment, et avec les enfants. Ces drames n’arrivent que dans ce sens-là. Ce qu’il y a de plus difficile à surmonter pour lui, c’est la blessure narcissique qui touche sa virilité. Ce n’était déjà pas facile depuis que le féminisme est passé par là ! C’est tout le problème de l’identité masculine qui est posé. L’homme ne trouve plus sa place dans le couple, car la femme y occupe tous les rôles. C’est l’une des clefs explicatives de l’entrée de la pornographie dans la maison. L’homme y cherche une réponse à sa virilité défaillante. Il lutte aussi pour sa survie.

"Le divorce révèle nos faces cachées, nos perversions, nos curiosités malsaines"

Dans votre livre, tous les coups sont permis. C’est ainsi dans la réalité ?
Oui, tout devient irrationnel. Même des parents jusque-là exemplaires peuvent se mettre à utiliser les enfants comme des pions. A partir du moment où l’on dit “Je ne t’aime plus”, c’est un anéantissement total. On perd la raison. Mais tout cela reste un mystère. Je n’arrête pas de me poser la question. Nous sommes face au mystère de la haine, de l’amour, du mal. Comment quelqu’un que l’on a aimé devient-il celui que l’on hait le plus ? C’est compliqué de penser que l’amour et la haine ont les mêmes
leviers ! Ou peut-être ne sait-on plus aimer – c’est-à-dire pardonner ?

Le divorce devient une obsession...
Oui. La procédure elle-même pousse à cela. On demande un bilan de toute une vie. Cela devient une maladie, le divorce. Mon héroïne l’appelle “la divorcite”. Elle se lève, vit et mange en pensant au divorce. On ­ressort de cette expérience pulvérisée et souvent cynique et désabusée, comme mon héroïne. Quand la ­machine haineuse est en marche, elle suit sa logique. Ensuite la vision de l’amour n’est plus jamais la même. On se demande même si on pourra aimer à nouveau.

Ce que vous décrivez, aussi, c’est le business du divorce.
Oui, parce que c’en est un ! Les avocats coûtent très cher, c’est très long. Mais il n’y a pas qu’eux. J’évoque aussi le notaire, la psychologue,
l’expert-comptable, le coach, le médiateur et le détective privé pour récupérer des preuves ! C’est une véritable PME du divorce !

La procédure a pourtant été récemment allégée ?
Oui, et je comprends qu’il faille des étapes pour faire le deuil d’une relation. Je salue la promulgation de la loi sur le harcèlement moral et le travail remarquable de l’avocate Yael Mellul pour que la violence conjugale soit reconnue comme un délit. Mais il faut que la législation évolue encore pour repenser le divorce. Il y a, bien sûr, un côté militant dans mon livre. La période de cohabitation obligatoire sous peine d’être poursuivi pour abandon de domicile conjugal est hautement dangereuse. C’est un désastre pour les enfants comme pour la femme ! Je lutte aussi contre la garde partagée. On ne sépare pas un bébé de sa mère. Même les animaux savent ça. Faut-il être dans une époque barbare pour qu’on commette cette abomination ? C’est un vrai problème de santé publique. Il appartient aux juges de faire la part des choses et de prendre des décisions vitales, ce qui n’est pas simple.

Et vous ? Etes-vous la même après votre propre expérience ?
Non ! j’ai changé, je n’ai plus la même idée de la vie. Je suis passée moi aussi par un moment de grande noirceur. Je suis désormais plus lucide dans mon idéalisme. Interview Valérie Trierweiler Point final

Source: http://www.parismatch.com/Actu-Match/Societe/Actu/Eliette-Abecassis-Le-divorce-toujours-une-guerre-249261/

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