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Xavier de Montépin

Dura lex, sed lex
(La loi est dure, mais c'est la loi)
 

 
 
Xavier de Montépin
(1823 – 1902)
  
 
                        (source : wikimedia)
 
 
L'Homme aux figures de cire
 
par Xavier de Montépin et Jules Dornay
 
Acte III
 
Scène IV
 

 

VAUBARON, M. BAUDIER.

 

BAUDIER.

Mon cher monsieur Vaubaron, je me suis bien occupé de vous depuis hier... j'ai fait ce que j'ai pu... je suis retourné chez le créancier... Tout a été inutile... il est inflexible plus que jamais, il ne veut absolument rien accorder... pas même du temps...

VAUBARON, gaiement.

Il ne veut rien accorder, ce tigre de créancier ! voilà qui se trouve à merveille, puisque je ne demande rien.

BAUDIER, surpris.

Vous avez donc la possibilité de me donner un fort à-compte !

VAUBARON.

Mieux que ça !... .

DAUDIER.

Comment ! Le capital ?...

VAUBARON.

Le capital les intérêts, les frais, monsieur Baudier... toutes les herbes de la saint-Jean, je paie intégralement.

BAUDIER.

Eh bien, mon cher monsieur Vaubaron, je vous félicite de tout mon cœur ! vous êtes heureux, car, en sortant d'ici, j'étais forcé de porter les pièces au garde du commerce ! Devoir pénible, mais absolu. Dura lex, sed lex.

VAUBARON.

Oui, mais je paie, et le garde du commerce n'a plus rien à voir dans mes affaires... avez-vous là mon dossier ?

BAUDIER, lui donnant le dossier.

Le voilà, cher monsieur Vaubaron.

VAUBARON, allant à son établi et prenant dans une botte trois billets debanque qu'il dépose en face de M. Baudier.

Et voici les fonds... vous aurez à me rendre sur trois mille francs, faites votre compte, je vous prie... je n'ai pas de monnaie.

BAUDIER.

Parfaitement bien... (il prend les billets de banque, les déploie, et les laisse tomber sur l'établi avec un geste d'étonnement et d'effroi.)

VAUBARON, surpris.

Qu'y a-t-il donc ? qu'avez-vous ?

BAUDIER, d'une voix sourde.

Il y a du sang sur ces billets !...

VAUBARON.

Du sang !...

BAUDIER.

Voyez vous-même...

VAUBARON, ramassant les billets et les regardant à son tour.

Ces taches rougeàtres... toutes fraîches... c'est vrai : c'est du sang !...

BAUDIER.

Ne le saviez-vous pas ?...

VAUBARON.

Comment l'aurais-je su ?...

BAUDIER.

Vous avez-donc bien peu regardé ces billets en les recevant ?...

VAUBARON.

Oui... bien peu... d'ailleurs il faisait sombre quand on me les a donnés...

BAUDIER, regardant Vanbaron avec défiance.
Ah ! (Après un silence.) D'où vous viennent ces billets ?

VAUBARON, blessé, reposant les billets sur l'établi.

Que vous fait cela ? l'essentiel est que je les possède.

BAUDIER.

Vous avez raison... oh ! parfaitement raison... En effet, ce n'est pas moi que le reste regarde.

VAUBARON.

Le reste ? que voulez-vous dire ?

BAUDIER, passant à l'établi et y déposant les six cent vingt francs.

Rien ! j'ai six cent vingt francs à vous remettre... les voilà... (Prenant les billets et les serrant dans sa poche.)

Votre serviteur, monsieur Vaubaron...

(Il se dirige vers la porte.)

VAUBARON.

Monsieur Baudier... vous avez été bon pour moi, autant que vous l'avez pu, pendant mes ennuis... Je vous en suis bien reconnaissant... Laissez-moi serrer votre main, monsieur Baudier.

BAUDIER, retirant vivement sa main.

Inutile, monsieur Vaubaron., inutile...

VAUBARON, stupéfait.

Mais...

BAUDIER, sèchement.

Votre serviteur...

(Il salue et sort.)

 

  
 
Dura lex sed lex.
Ignorantia iuris neminem excusat.
 
Ignorantia iuris nocet. 
- - - - - 
La loi est dure mais c'est la loi,
et personne n’est censé l’ignorer.
 
L'ignorance du droit porte préjudice.
 
 

 
 
 
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