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Victor Mabille

Je suis Adam, je te crois Ève

(I'm Adam and I think you're Eve)

 

Victor Mabille
(      – 1863)
 
 
 
 
Recueil de poèmes :
 Les Cigarettes
 
 - extrait -

Fruit défendu
 

 

Regardez, n'y touchez pas.

 

Ma belle fille, à l'âme d'ange,

J'aime ton teint, comme l'orange,

Frais et doré par le soleil.

Sous mes regards tu fais la moue ;

Mais j'aime voir rougir ta joue

Comme une pêche au flanc vermeil.

 

Comme la pomme ferme et ronde,

Ta gorge blanche et pudibonde

Berce deux seins pleins de candeur ;

Et sur ces deux seins on devine,

Comme la fraise purpurine
Deux signes rouges de pudeur.
 
Tes yeux allongent en amande

Une prunelle qui demande

Tout ce qu'un cœur a de soupirs ;

Et tes lèvres sont plus rosées

Que les grenades embrasées

Aux feux des printaniers désirs.

 

Chaque trésor de ta corbeille,

De ta beauté chaque merveille

Éblouit mes sens éperdus.

Je suis Adam, je te crois Ève ;
Mais je m'éveille en ce beau rêve, 
Sans cueillir ces fruits défendus.

 

 



 


 
 

Nécrologie

Obituary



 

 

On annonce la mort : à Paris, de M. Victor Mabille, propriétaire du bal Mabille et du Château des Fleurs ; licencié en droit et collaborateur de plusieurs petits journaux, il avait publié un volume de poésies légères sous ce titre : Cigarettes : quarante-trois ans.




Moniteur belge  : 4 septembre 1863





 


 

Autre auteur




 
 

Dans ce grand jardin de poésie,

où il n'y a pas de fruit défendu


In this great garden of poetry,

where there is no forbidden fruit




Il n'y a en poésie ni bons ni mauvais sujets, mais de bons et de mauvais poètes. D'ailleurs, tout est sujet ; tout relève de l'art ; tout a droit de cité en poésie. Ne nous enquérons donc pas du motif qui nous a fait prendre ce sujet, triste ou gai, horrible ou gracieux, éclatant ou sombre, étrange ou simple, plutôt que cet autre. Examinons comment vous avez travaillé, non sur quoi et pourquoi.

Hors de là, la critique n'a pas de raison à demander, le poète pas de compte à rendre. L'art n'a que faire des lisières, des menottes, des bâillons ; il vous dit : Va ! et vous lâche dans ce grand jardin de poésie, où il n'y a pas de fruit défendu. L'espace et le temps sont au poète. Que le poète donc aille où il veut en faisant ce qui lui plait : c'est la loi.



 

 
Victor Hugo, préface des Orientales.
 

 
 



 
L'espace et le temps sont au poète
  Space and time belong to the poet


Dans ce grand jardin de poésie, où il n'y a pas de fruit défendu,

L'espace et le temps sont au poète.

Que le poète donc aille où il veut en faisant ce qui lui plait :

C'est la loi.


In the garden of poesy, where there is no forbidden fruit,

Space and time belong to the poet,

And he may go where he pleases, and do what he pleases,

And need own no other law. (*)




 


 



Victor Mabille (ne figure pas sur Wikipedia à la date du 13 mars 2016)



 
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