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Sénèque

Qui nihil potest sperare, desperet nihil   

(Qui ne peut rien espérer ne désespère de rien -

 Quand on n'espère plus, c'est alors qu'on ne doit pas désespérer)

 
 
Sénèque
Lucius Annaeus Seneca
 
(env. 4 av. J.C. et 1 ap. J.C. –  65 ap. J.C.)
 
(source : wikimedia)
 
Médée
Medea
 
Traduction : Eugène Greslou (18.. – 18..)
 
Acte II
 
Scène I
 
 

 

MEDEA, NUTRIX.
 
 

MEDEA.

 

 

MÉDÉE, SA NOURRICE.
 
 

MÉDÉE.

 

 

Occidimus : aures pepulit Hymenæus meas.
Vix ipsa tantum, vix adhuc, credo malum.
Hæc facere Jason potuit? erepto patre,
Patria atque regno, sedibus solam exteris
Deserere? durus merita contemsit mea,
Qui scelere flammas viderat vinci, et mare?
Adeone credit omne consumtum nefas?
 

 

Je me meurs ; des chants d'hymen ont frappé mon oreille. C'est à peine encore si je puis croire à mon malheur. Jason a-t-il pu en venir là ? Après m'avoir ôté mon père, ma patrie, mon royaume, m'abandonner ainsi seule sur une terre étrangère ! Le cruel a-t-il donc oublié mes bienfaits ? a-t-il oublié ma coupable puissance, qui a vaincu pour lui les flammes et les flots ? pense-t-il que j'ai épuisé tous les crimes, et qu'il ne m'en reste plus à commettre ?

 

 

Incerta, vecors, mente vesana feror
Partes in omnes, unde me ulcisci queam.
Utinam esset illi frater! est conjux
: in hanc
Ferrum exigatur : hoc meis satis est malis?
Si quod Pelasg
æ, si quod urbes barbaræ

Novere facinus, quod tu
æ ignorant manus,
Nunc est parandum
: scelera te hortentur tua;
Et cuncta redeant
: inclitum regni decus
Raptum
; et nefand
æ virginis parvus comes

Divisus ense, funus ingestum patri;

Sparsumque ponto corpus; et Peliæ senis

Decocta aheno membra : funestum impie

Quam sæpe fudi sanguinem at nullum scelus

Irata feci : sævit infelix amor.

 

 

Incertaine, égarée, je me tourne de tous côtés dans le transport qui m'agite, et cherche un moyen de me venger. Ah ! s'il avait un frère ! Mais il a une épouse : c'est elle qu'il faut frapper. Est-ce donc assez pour le tourment que je souffre ? S'il est dans la Grèce, s'il est chez les nations barbares un crime que tes mains ne connaissent pas encore, apprête-toi à le commettre : tes crimes passés t'y excitent ; il faut les rappeler tous : la toison d'or enlevée ; ton frère, malheureux compagnon de ta fuite, mis en pièces ; sa dépouille jetée sur la route de son père, et les débris de son corps semés sur le sol de son royaume ; les membres du vieux Pélias brûlés dans la chaudière qui devait le rajeunir, que de meurtres commis ! que de sang répandu ! Et pourtant aucun de ces crimes ne fut l'effet de ma colère ; aujourd'hui je sens toute la rage d'un amour dédaigné.

 

 

Quid tamen Jason potuit, alieni arbitrii
Jurisque factus? debuit ferro obvium
Offerre pectus : melius, ah melius, dolor
Furiose, loquere : si potest, vivat meus,
Ut fuit, Jason; sin minus, vivat tamen,
Memorque nostri muneri parcat meo.
Culpa est Creontis tota, qui sceptro impotens
Conjugia solvit; quique genitricem abstrahit
Natis, et arcto pignore adstrictam fidem
Dirimit : petatur solus hic; pœnas luat,
Quas debet : alto cinere cumulabo domum.
Videbit atrum vorticem flammis agi
Malea, longas navibus flectens moras.

 

 

Mais que pouvait Jason, dominé comme il était par une volonté et une puissance étrangères ? Il devait offrir son cœur au fer homicide. Non, modère ces transports, ô ma douleur, et parle plus sagement. Que Jason vive, et qu'il soit toujours à moi, s'il est possible ; sinon, qu'il vive encore, qu'il garde le souvenir de mes bienfaits, et conserve cette vie que je lui ai donnée. La faute en est tout entière à Créon, qui abuse de sa puissance pour briser les nœuds de notre hymen, pour enlever une mère à ses enfans, et séparer deux époux si étroitement unis. C'est de lui seul qu'il faut me venger, c'est lui seul qu'il faut punir. Je réduirai son palais en cendres, et le promontoire de Malée, si redoutable aux vaisseaux égarés parmi ses écueils, verra monter vers le ciel de noirs tourbillons de fumée.

 

 

NUTRIX.
 

Sile, obsecro, questusque secreto abditos
Manda dolori : gravia quisquis vulnera
Patiente et aequo mutus animo pertulit,
Referre potuit : ira, quae tegitur, nocet.
Professa perdunt odia vindictæ locum
.

 

 

LA NOURRICE.

Calmez-vous, de grâce, et renfermez au fond de votre cœur ces plaintes funestes. Il faut dévorer patiemment et en silence les plus sanglans outrages, si l'on veut pouvoir s'en venger. C'est la colère concentrée qui est à craindre, tandis que la haine qui parle s'ôte à elle-même tout moyen de vengeance.

 

 

MEDEA.

Levis est dolor, qui capere consilium potest,

Et clepere sese : magna non latitant mala.

Libet ire contra.

 

 

MÉDÉE.

C'est une légère douleur, que celle qui peut user de sagesse et se replier sur elle-même : les grandes souffrances ne se cachent pas ; il faut qu'elles éclatent librement.

 

 

NUTRIX.

Siste furialem impetum,

Alumna : vix te tacita defendit quies.

 

 

LA NOURRICE.

Arrêtez cette fougue impétueuse, ma fille ; le silence même n'est déjà pas trop sûr pour vous.

 

 

MEDEA.

Fortuna fortes metuit, ignavos premit.

 

 

MÉDÉE.

La fortune, qui opprime les lâches, recule devant les âmes courageuses.

 

NUTRIX.

Tune est probanda, si locum virtus habet.

 

 

LA NOURRICE.

J'approuve le courage, mais quand il a lieu de se montrer.

 

 

MEDEA.

Nunquam potest non esse virtuti locus.

 

 

MÉDÉE.

Il n'est pas de moment où il soit mal-à-propos de montrer du courage.

 

NUTRIX.

Spes nulla monstrat rebus afflictis viam

 

 

LA NOURRICE.

Il ne vous reste aucun espoir dans le malheur qui vous accable.

 

 

MEDEA.

Qui nil potest sperare, desperet nihil.

 

 

MÉDÉE.

Quand on n'espère plus, c'est alors qu'on ne doit pas désespérer.

 

 

NUTRIX.

Abiere Colchi : conjugis nulla est fides,
Nihilque superest opibus e tantis tibi
.

 

 

LA NOURRICE.

Colchos est loin d’ici, votre perfide époux vous abandonne, et de toute votre puissance il ne vous reste rien.

 

 

MEDEA.

Medea superest : hic mare et terras vides,

Ferrumque, et ignes, et Deos, et fulmina.

 

 

MÉDÉE.

Il me reste Médée : tu vois en elle la terre et les mers, le fer et le feu, les dieux et la foudre.

 

 

NUTRIX.

Rex est timendus.

 

 

LA NOURRICE.

Vous devez craindre la puissance du roi.

 

MEDEA.

Rex meus fuerat pater.

 

 

MÉDÉE.

Mon père était roi aussi.

 

NUTRIX.

Non metuis arma?

 

 

LA NOURRICE.

Vous ne redoutez pas ses guerriers ?

 

 

MEDEA.

Sint licet Terra edita.

 

 

MÉDÉE.

Non, quand ils seraient fils de la Terre.

 

 

NUTRIX.

Moriere.

 

 

LA NOURRICE.

Vous mourrez.

 

 

MEDEA.

Cupio.

 

 

MÉDÉE.

C'est ce que je désire.

 

 

NUTRIX.

Profuge.

 

 

LA NOURRICE.

Fuyez.

 

 

MEDEA.

Pœnituit fugæ.

Medea fugiam?

 

 

MÉDÉE.

Non ; je me repens d'avoir fui déjà. Que je fuie encore, moi Médée !

 

 

NUTRIX.

Mater es.

 

 

LA NOURRICE.

Vous êtes mère.

 

 

MEDEA.

Cui sim, vides.

 

 

MÉDÉE.

Tu vois par qui je le suis.

 

 

NUTRIX.

Profugere dubitas?

 

 

LA NOURRICE.

Pouvez-vous hésiter à fuir ?

 

 

MEDEA.

Fugiam : at ulciscar prius.

 

 

MÉDÉE.

Je fuirai ; mais avant de fuir je serai vengée.

 

 

NUTRIX.

Vindex sequetur.

 

 

LA NOURRICE.

Votre ennemi vous poursuivra.

 

 

MEDEA.

Forsan inveniam moras.

 

 

MÉDÉE.

Je trouverai peut-être un moyen de l'arrêter.

 

 

NUTRIX.

Compesce verba; parce jam demens minis,

Animosque minue : tempori aptari decet.

 

 

 

LA NOURRICE.

Faites silence, je vous en prie, et cessez vos folles menaces. Calmez ce vain emportement, et pliez-vous aux circonstances.

 

 

MEDEA.

Fortuna opes auferre, non animum, potest.
Sed cujus ictu regius cardo strepit?
Ipse est Pelasgo tumidus imperio Creon.

 

 

MÉDÉE.

La fortune peut m'ôter ma puissance ; mon courage, non. Mais qui fait crier sur ses gonds la porte du palais ? C'est Créon lui-même, le maître orgueilleux de ce pays.

 
 
 
 

 
 
Qui nih potest sperare, desperet nihil
 
Quand on n'espère plus, c'est alors qu'on ne doit pas désespérer. 
Apparemment parce que le comble des maux en produit le remède.
 
Ou qu'un beau désespoir alors le secourût,
dit Corneille ;
 
et Virgile avait dit avant lui :
 
Una salus victis nullam sperare salutem.
Le salut des vaincus est de n'en point attendre.
 
Tiré des notes de « Médée  par Sénèque - Acte II – Scène I » sur Google Livres
 
 

 
  
Miserrimum est timere quum speres nihil
 
Le comble de la misère est de craindre encore, quand on n'a plus rien à espérer.
 
 
Tiré de « Les Troyennes  par Sénèque - Acte III – Scène I » sur Google Livres
 
 

 
 
 
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