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Paul Féval (7)

Quand on parle du loup, on en voit la queue

Speak of the wolf and you'll see his tail

- Speak of the devil and he shall appear(*) ]

 
Paul Féval
(1817 - 1887)
 
(source : wikimedia)

 

 

Le Fils du diable

 

Volume II

 


Chapitre VII (extrait)

  

Un revenant 


Quand l'étranger se fut retiré, suivi de Hans Dorn, les convives de la Girafe demeurèrent un instant muets et comme interdits.

Puis ils se regardèrent à la ronde en hommes qui ont tous la même pensée. Aucune voix ne s'éleva pour demander le nom du nouveau venu.

« Quand on parle du loup, on en voit la queue, grommela le marchand de franges ; l'avez-vous entendu ouvrir la porte, vous autres ? » 

Tout le monde répondit négativement.

Hermann se leva, et fit rouler deux ou trois fois la porte sur ses gonds qui crièrent.

Cette épreuve faite, Hermann revint s'asseoir et but le reste de son verre de vin.

« La porte crie, poursuivit-il, et, d'habitude, les bottes fortes font du bruit sur le carreau.... Pourtant, quand le diable y serait, celui-là n'est pas de taille à passer par le trou d'une serrure !

— L'avez-vous bien reconnu, vous, Hermann ? demanda l'un des buveurs.

— J'en mettrais ma main au feut répondit l'ancien laboureur.

— Lequel est-ce ?

— Voilà le hic ! Il y a bien vingt ans que je ne les ai vus.... et je n'ai jamais su les distinguer l'un de l'autre... »

Johann reparut sur le seuil avec des bouteilles pleines. Par une sorte d'accord tacite, tous les convives se turent à la fois, et pas une allusion ne fut faite à ce qui venait de se passer.

Seulement, on se regardait de temps à autre à la dérobée, et l'on échangeait des signes d'étonnement muet.

Nul ne fit fête au vin apporté par le maître de la Girafe. Une contrainte lourde pesait désormais sur l'assemblée. Johann avait beau faire, chacun gardait quelque chose sur le cœur. Fritz tout seul continuait de boire sans relâche, et ne prenait aucune part à la préoccupation générale.

Il balbutiait dans son verre une sorte de long monologue fréquemment interrompu. Il parlait de la Hœlle de Bluthaupt et d'un cri d'agonie qui retentissait au fond de sa mémoire ; il disait voir le visage d'un meurtrier lâche, aux rayons de la lune....

Mais chaque fois que Fritz s'enivrait, c'était toujours la même histoire. Il avait le vin lugubre. Personne ne s'avisait de donner attention à ses noires lubies.

Hans Dorn et l'étranger marchaient avec lenteur le long de la rue Dupetit-Thouars. Les rayons pâles des réverbères éclairaient la haute taille du baron de Rodach, dans les plis sombres de son manteau.

C'était lui qu'on avait aperçu naguère, épiant du dehors ce qui se passait à l'intérieur du cabaret de la Girafe.

Depuis le moment où il avait frappé à la porte de cette maison neuve qui remplaçait l'ancienne demeure de Hans dans la petite rue de Beaujolais, le baron avait continué sa recherche avec patience. La rue de Beaujolais n'est pas longue : il était entré successivement dans toutes ses   maisons, et n'y avait trouvé personne qui connût le marchand d'habits Hans Dorn.

Il y a aux abords du Temple tant de marchands d'habits et tant de noms tudesques !

La nouvelle demeure de Hans était séparée de la rue de Beaujolais par toute la longueur de la place de la Rotonde.

A Paris, les gens domiciliés aux deux extrémités d'une place de cette étendue s'ignorent aussi parfaitement que si la mer était entre eux.

Une fois au bout de la rue de Beaujolais, le baron de Rodach sentit diminuer son espoir. Il ne savait plus où diriger ses efforts. Peut-être Hans Dorn avait-il quitté le Temple ; peut-être n'était-il plus à Paris ; il était mort peut-être....

L'idée lui vint tout de suite de s'adresser aux nombreux cabarets qui entourent le marché ; mais il connaissait l'ancien page de Bluthaupt, nature distinguée et fière, qui ne pouvait avoir pris que les vertus de l'état social où le sort l'avait placé. Rodach devinait que le cabaret n'était point la retraite favorite de Hans. Néanmoins il se résolut à faire le tour des bouchons voisins.

« La première figure allemande que je rencontrerai, se dit-il, je prendrai langue et j'aurai bien vite des nouvelles. »

Il s'arrêta devant le marchand de vins qui fait le coin de la rue Forez, le Camp de la LouppeIl y vit des femmes ivres et se réjouissant avec ces fameux fafioteursqui sont la terreur de la Courtille.

Car le Temple a ses forts ni plus ni moins que la Halle, et l'on cite deux frères, négociants en savates de la Forêt noire, dont la vaillance est si exagérée, qu'ils se mettent réciproquement la mâchoire en compote, les jours où ils ne trouvent point d'étrangers à casser.

Parmi ces figures rougies et brutales qui entouraient le comptoir, Rodach ne vit personne à sa convenance. Il passa outre, et après avoir donné un coup d'œil à deux ou trois bouges inconnus, il arriva devant l'illustre devanture des Deux-Lions, sous le péristyle de la Rotonde.

Le Tortoni du Temple était au grand complet. L'aristocratie du marché s'y pressait nomme toujours. Malgré le jour et l'heure, on y causait d'affaires ; des vieux habits circulaient de mains en mains et se vendaient dix fois avant d'arriver à leur propriétaire définitif.


La plupart des marchands de vins du Temple sont prêteurs, en même temps que cabaretiers. Ce que nous avons recueilli sur le taux de l'intérêt en usage dépasse toutes les limites du croyable et sera relaté autre part.


Le baron passa encore, augurant qu'il serait mal venu au milieu de cette foule affairée. Il vit l'Éléphant, le Lion-d'Or, les Deux-Boules et cette guinguette aimable où les dames du Temple se réunissent pour prendre leur café.


Ce fut seulement dans la rue du Puits, où il s'était engagé de guerre lasse, qu'il trouva enfin ce qu'il cherchait.


A travers les carreaux jaunis d'une guinguette, il aperçut Hans et ses compagnons. Le mouvement de Johann saisissant un bâton pour s'élancer au dehors ne lui échappa point ; il s'éloigna précipitamment et laissa quelques minutes se passer avant de revenir.


Au bout de ce temps, il entra dans la première salle, où la Girafe distribuait gracieusement des canons et des sourires. Il se fit servir un verre de vin sur le comptoir. Les gens qui étaient là causaient à tue-tête, et formaient des groupes bruyants.


Le baron, dont l'entrée avait excité d'abord une certaine sensation, finit par n'être plus remarqué. Il prit son temps, entr'ouvrit, par un effort insensible, la porte de la salle réservée, et profita de la sortie de Johann pour s'y introduire sans être aperçu.


C'était à l'instant où Hans Dorn parlait du jeune homme inconnu et de l'étrange impression qu'il avait éprouvée à sa vue....


Une fois dehors, Hans et le baron marchèrent un instant côte à côte et en silence. Hans était ému profondément ; il ne pouvait point trouver de paroles. Le baron méditait.

«Que Dieu soit loué, mon gracieux seigneur ! commença enfin le marchand d'habits ; je n'espérais plus vous revoir. »


Le baron, qui pressait le pas involontairement sous l'effort de son agitation intérieure, s'arrêta tout à coup. Hans regardait avec un respect mêlé d'amour son mâle et noble visage que voilait à demi l'ombre de son chapeau rabattu.


Au moment où Hans allait poursuivre, le baron l'interrompit du geste.


Parlez-moi du jeune homme, dit-il ;


— Si vous avez entendu ce que j'ai dit là-bas, répliqua Hans, je ne puis ajouter que bien peu de choses... Il est venu chez moi ce soir, et quand mes yeux sont tombés sur lui, j'ai cru que la comtesse Margarethe était sortie du tombeau. »


Les traits de Rodach devinrent plus pâles. « Il lui ressemble, reprit le marchand d'habits. Ce sont ses yeux et c'est son doux sourire....


— Je le sais, dit Rodach ; je l'ai vu....


— Et qu'en pensez-vous ?


— C'est lui ! »


Hans mit ses deux mains sur son cœur.


« Alors, murmura-t-il, c'est Dieu qui vous a envoyé !


— Vous a-t-il dit son nom ? reprit Rodach.


— Il se nomme Franz. »


Le baron ne put retenir un mouvement de joie.


«Vous voyez bien ! s'écria-t-il, c'est un nom allemand !....»


Hans secoua la tête.


«Si nous n'avons que cet indice, mon gracieux seigneur, répliqua-t-il avec tristesse, nous pouvons nous tromper, car le jeune homme se dit Français et ne sait pas notre langue. »


L'expression de joie qui était sur le visage du baron s'évanouit.


« Je crois que c'est lui, dit-il pourtant ; j'en suis sûr.... mon cœur me le crie !.... La main de Dieu s'est appesantie sur nous assez longtemps et le sort nous doit une revanche....

../...



  


 

 


 

Tiens ! quand on parle du loup on en voit la queue

Hold! When one speaks of the wolf, you see his tail (*)


Tiens ! quand on parle du loup on en voit la queue — ajouta l'ogresse au moment où un homme et une femme entraient dans le cabaret ; — voilà justement le Maître d'école et sa largue(*). Ah bien... il avait raison de ne pas la montrer... quel vilain vieux museau elle a... Faut qu'elle se rabiboche joliment par le cœur pour qu'il l'ait choisie.

(*) Sa femme


Tiré de « Les Mystères de Paris -  Chapitre V »

par Eugène Sue sur Google Livres

 

 

 



 

 


The wolf in the fable (*)

Lupus in fabula

Quand on parle du loup ...

 

 

 

Ctesipho.

 

Quidnam est ?

 

Syrus.

 

Lupus in fabula

 

Ctesipho.

 

Pater est ?

 

Syrus.

 

Ipsus est

 

Ctesipho.

 

Eh bien, qu’est-ce ?

 

Syrus.

 

Ma foi, quand on parle du loup

 

Ctesipho.

 

Quoi !... Mon père ?...

 

Syrus.

 

En personne

 

 

  


Tiré de « Les Adelphes – Acte IV – Scène I » 

par Térence (trad. : J. A. Amar) sur Google Livres ( La.Fr.)




 





Je suis persuadé que ce proverbe est venu des contes de loup que les femmes des champs faisaient à leurs enfans ; car comme il arrivait souvent qu'en parlant du loup elles le voyaient tout d’un coup, la peur leur faisait perdre la parole ou changer de discours.

C’est pourquoi l'on a dit  lupus in fabula, pour faire entendre que celui dont on parle survient, quoique l'on continue à parler, et que l’on parle même avec lui.

Ce que Térence dit lupus in fabula,  Plaute le dit lupus in sermone.


 

Tiré de « Les Adelphes – Acte IV – Notes »

par Térence (trad. : J. A. Amar) sur Google Livres

 

 


 





 
 
 

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