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Johann Wolfgang von Goethe (2)

Je te le dis en confidence; tu es déjà une catin, sois-le donc convenablement

[I tell it you in confidence; since you are, once for all, a whore, be one in good earnest(*)

-Ich sag’ dir’s im Vertrauen nur: Du bist doch nun einmal eine Hur’; So sey’s auch eben recht!]


 
 
Johann Wolfgang von Goethe 
(1749-1832)
 
http://www.google.com/url?q=http%3A%2F%2Fupload.wikimedia.org%2Fwikipedia%2Fcommons%2Fthumb%2F8%2F84%2FGoethe.png%2F140px-Goethe.png&sa=D&sntz=1&usg=AFrqEzcDIOUR4gGnl2gLkFuTocg7l3rkGA 
(source : wikimedia)
 
 

Faust:
Une tragédie



Traduction : Gérard de Nerval 

(extrait)


Nacht. 

La nuit. 

Straße vor Gretchens Thüre.

 

Une rue devant la porte de Marguerite.

 

Valentin. Soldat, Gretchens Bruder.

Wenn ich saß bey einem Gelag,

Wo mancher sich berühmen mag,

Und die Gesellen mir den Flor

Der Mägdlein laut gepriesen vor,

Mit vollem Glas das Lob verschwemmt,

Den Ellenbogen aufgestemmt;

Saß ich in meiner sichern Ruh

Hört’ all’ dem Schwadroniren zu.

Und streiche lächelnd meinen Bart,

Und kriege das volle Glas zur Hand

Und sage: alles nach seiner Art!

Aber ist eine im ganzen Land,

Die meiner trauten Gretel gleicht,

Die meiner Schwester das Wasser reicht?

Top! Top! Kling! Klang! das ging herum!

Die einen schrieen: er hat Recht,

Sie ist die Zier vom ganzen Geschlecht!

Da saßen alle die Lober stumm.

Und nun! – um’s Haar sich auszuraufen

Und an den Wänden hinauf zu laufen! –

Mit Stichelreden, Naserümpfen

Soll jeder Schurke mich beschimpfen!

Soll wie ein böser Schuldner sitzen,

Bey jedem Zufallswörtchen schwitzen!

Und möcht’ ich sie zusammenschmeißen;

Könnt’ ich sie doch nicht Lügner heißen.

Was kommt heran? Was schleicht herbey?

Irr’ ich nicht, es sind ihrer zwey.

Ist er’s, gleich pack’ ich ihn beym Felle,

Soll nicht lebendig von der Stelle!

 

VALENTIN (soldat, frère de Marguerite)

Lorsque j'étais assis à un de ces repas où chacun aime à se vanter, et que mes compagnons levaient hautement devant moi le voile de leurs amours, en arrosant l'éloge de leurs belles d'un verre plein, et les coudes sur la table... moi, j'étais assis tranquillement, écoutant toutes leurs fanfaronnades, mais je frottais ma barbe en souriant, et je prenais en main mon verre plein : « Chacun son goût, disais-je ; mais en est-il une dans le pays qui égale ma chère petite Marguerite, qui soit digne de servir à boire à ma sœur ? » Tope ! tope ! cling ! clang ! résonnaient à l'entour. Les uns criaient : Il a raison, elle est l'ornement de toute la contrée ! Alors, les vanteurs restaient muets. Et maintenant !... c'est à s'arracher les cheveux ! à se jeter contre les murs ! Le dernier coquin peut m'accabler de plaisanteries, de nasardes ; il faudra que je sois devant lui comme un coupable; chaque parole dite au hasard me fera suer à grosses gouttes ! et, dussé-je les hacher tous ensemble, je ne pourrais point les appeler menteurs. Qui vient là ? qui se glisse le long de la muraille ? Je ne me trompe pas, ce sont eux. Si c'est lui, je le punirai comme il mérite, il ne vivra pas longtemps sous les cieux.

Faust. Mephistopheles.

FAUST, MEPHISTOPHELES

Faust.

Wie von dem Fenster dort der Sakristey

Aufwärts der Schein des ewigen Lämpchens flämmert

Und schwach und schwächer seitwärts dämmert,

Und Finsterniß drängt ringsum bey!

So sieht’s in meinem Busen nächtig.

 

FAUST

Par la fenêtre de la sacristie, on voit briller de l'intérieur la clarté de la lampe éternelle ; elle vacille et pâlit, de plus en plus faible, et les ténèbres la pressent de tous côtés; c'est ainsi qu'il fait nuit dans mon cœur.

 

Mephistopheles.

Und mir ist’s wie dem Kätzlein schmächtig,

Das an den Feuerleitern schleicht,

Sich leis’ dann um die Mauern streicht.

Mir ist’s ganz tugendlich dabey,

Ein Bißchen Diebsgelüst, ein Bißchen Rammeley.

So spukt mir schon durch alle Glieder

Die herrliche Walpurgisnacht.

Die kommt uns übermorgen wieder,

Da weiß man doch warum man wacht.

 

MEPHISTOPHELES

Et moi, je me sens éveillé comme ce petit chat qui se glisse le long de l'échelle et se frotte légèrement contre la muraille ; il me paraît fort honnête d'ailleurs, mais tant soit peu enclin au vol et à la luxure. La superbe nuit du sabbat agit déjà sur tous mes membres ; elle revient pour nous après-demain, et l'on sait là pourquoi l'on veille.

 

Faust.

Rückt wohl der Schatz indessen in die Höh’?

Den ich dorthinten flimmern seh’.

FAUST

Brillera-t-il bientôt dans le ciel, ce trésor que j'ai vu briller ici-bas ?

 

Mephistopheles.

Du kannst die Freude bald erleben,

Das Kesselchen herauszuheben.

Ich schielte neulich so hinein,

Sind herrliche Löwenthaler drein.

MEPHISTOPHELES

Tu peux bientôt acquérir la joie d'enlever la petite cassette, je l'ai lorgnée dernièrement, et il y a dedans de beaux écus neufs.

 

Faust.

Nicht ein Geschmeide? Nicht ein Ring?

Meine liebe Buhle damit zu zieren?

 

FAUST

Eh quoi ! pas un joyau, pas une bague pour parer ma bien-aimée ?

 

Mephistopheles.

Ich sah dabey wohl so ein Ding,

Als wie eine Art von Perlenschnüren.

MEPHISTOPHELES

J'ai bien vu par là quelque chose, comme une sorte de collier de perles.

 

Faust.

So ist es Recht! Mir thut es weh,

Wenn ich ohne Geschenke zu ihr geh’.

 

FAUST

Fort bien ; je serais fâché d'aller vers elle sans présents.

 

Mephistopheles.

 

Es sollt’ euch eben nicht verdrießen

Umsonst auch etwas zu genießen.

Jetzt da der Himmel voller Sterne glüht,

Sollt ihr ein wahres Kunststück hören:

Ich sing’ ihr ein moralisch Lied,

Um sie gewisser zu bethören.

Singt zur Zither.

          Was machst du mir

          Vor Liebchens Thür,

          Cathrinchen hier

          Bey frühem Tagesblicke?

          Laß, laß es seyn!

          Er läßt dich ein

          Als Mädchen ein,

          Als Mädchen nicht zurücke.

          Nehmt euch in Acht!

          Ist es vollbracht,

          Dann gute Nacht

          Ihr armen, armen Dinger!

          Habt ihr euch lieb,

          Thut keinem Dieb

          Nur nichts zu Lieb’,

          Als mit dem Ring am Finger.

 

MEPHISTOPHELES,

Vous ne perdriez rien, ce me semble, à jouir encore d'un autre plaisir. Maintenant que le ciel brille tout plein d'étoiles, vous allez entendre un vrai chef-d'œuvre ; je lui chante une chanson morale, pour la séduire tout à fait.

Vous ne perdriez rien, ce me semble, à jouir encore d'un autre plaisir. Maintenant que le ciel brille tout plein d'étoiles, vous allez entendre un vrai chef-d'œuvre ; je lui chante une chanson morale, pour la séduire tout à fait.


Il chante en s'accompagnant avec la guitare.


Devant la maison, De celui qui t'adore, Petite Lison, Que fais-tu, dès l'aurore ?

Au signal du plaisir, Dans la chambre du drille Tu peux bien entrer fille, Mais non fille en sortir.

Il te tend les bras,

A lui tu cours bien vite; Bonne nuit, hélas !

Bonne nuit, ma petite !

Près du moment fatal, Fais grande résistance, S'il ne t'offre d'avance Un anneau conjugal.

 

Valentin. tritt vor.

Wen lockst du hier? beym Element!

Vermaledeyter Rattenfänger!

Zum Teufel erst das Instrument!

Zum Teufel hinter drein den Sänger!

 

VALENTIN (s'avance)

Qui leurres-tu là ? Par le feu ! maudit preneur de rats !...

au diable d'abord l'instrument ! et au diable ensuite le chanteur !

 

Mephistopheles.

Die Zither ist entzwey! an der ist nichts zu halten.

 

MEPHISTOPHELES

La guitare est en deux ! elle ne vaut plus rien.

 

Valentin.

Nun soll es an ein Schedelspalten!

 

VALENTIN

Maintenant, c'est le coupe-gorge ?

 

Mephistopheles zu Faust.

Herr Doctor, nicht gewichen! Frisch!

Hart an mich an, wie ich euch führe.

Heraus mit eurem Flederwisch!

Nur zugestoßen! ich parire.

 

MEPHISTOPHELES (à Faust)

Monsieur le docteur, ne faiblissez pas ! Alerte ! tenez vous près de moi, que je vous conduise. Au vent votre flamberge ! Poussez maintenant, je pare.

 

Valentin.

Parire den!

 

VALENTIN

Pare donc !

 

Mephistopheles.

Warum denn nicht?

 

MEPHISTOPHELES

Pourquoi pas ?

 

Valentin.

Auch den!

 

VALENTIN.

Et celle-ci ?

 

Mephistopheles.

Gewiß!

 

MEPHISTOPHELES

Certainement.

 

Valentin.

Ich glaub’ der Teufel ficht! Was ist denn das?

Schon wird die Hand mir lahm.

 

VALENTIN

Je crois que le diable combat en personne ! Qu'est cela ?

déjà ma main se paralyse.

 

Mephistopheles zu Faust.

Stoß zu!

Valentin fällt.

 O weh!

 

MEPHISTOPHELES

Poussez.

ô ciel

VALENTIN (tombe)

 

Mephistopheles.

Nun ist der Lümmel zahm!

Nun aber fort! Wir müssen gleich verschwinden:

Denn schon entsteht ein mörderlich Geschrey.

Ich weiß mich trefflich mit der Polizey,

Doch mit dem Blutbann schlecht mich abzufinden.

 

MEPHISTOPHELES

voilà mon lourdaud apprivoisé. Maintenant, au large ! il faut nous éclipser lestement, car j'entends déjà qu'on crie au meurtre ! Je m'arrange aisément avec la police ; mais quant à la justice criminelle, je ne suis pas bien dans ses papiers. 

 

Marthe am Fenster.

Heraus! Heraus!

 

MARTHE (à sa fenêtre)

Au secours ! au secours !

 

Gretchen am Fenster.

 Herbey ein Licht!

MARGUERITE (à sa fenêtre)

Ici, une lumière !

 

Marthe wie oben.

Man schilt und rauft, man schreit und ficht.

 

MARTHE (plus haut)

On se dispute, on appelle, on crie, et l'on se bat.

 

Volk.

Da liegt schon einer todt!

 

LE PEUPLE

En voilà déjà un de mort.

 

Marthe heraustretend.

Die Mörder sind sie denn entflohn?

 

MARTHE (entrant)

Les meurtriers se sont-ils donc enfuis ?

Gretchen heraustretend.

Wer liegt hier?

 

MARGUERITE (entrant)

Qui est tombé là ?

 

Volk.

Deiner Mutter Sohn.

 

LE PEUPLE

Le fils de ta mère.

 

Gretchen.

Allmächtiger! welche Noth!

 

MARGUERITE

Dieu tout-puissant ! quel malheur !

 

Valentin.

Ich sterbe! das ist bald gesagt

Und bälder noch gethan.

Was steht ihr Weiber, heult und klagt?

Kommt her und hört mich an!

Alle treten um ihn.

Mein Gretchen, sieh! du bist noch jung,

Bist gar noch nicht gescheidt genung,

Machst deine Sachen schlecht.

Ich sag’ dir’s im Vertrauen nur:

Du bist doch nun einmal eine Hur’;

So sey’s auch eben recht!

 

VALENTIN

Je meurs ! c'est bientôt dit, et plus tôt fait encore.

Femmes, pourquoi restez-vous là à hurler et à crier ?

venez ici, et écoutez-moi ! (Tous l'entourent.) vois-tu, ma petite Marguerite ? tu es bien jeune, mais tu n'as pas encore l'habitude, et tu conduis mal tes affaires : je te le dis en confidence ; tu es déjà une catin, sois-le donc convenablement.

 

Gretchen.

Mein Bruder! Gott! Was soll mir das?

 

MARGUERITE

Mon frère ! Dieu ! que me dis-tu là ?

 

Valentin.

Laß unsern Herr Gott aus dem Spaß!

Geschehn ist leider nun geschehn,

Und wie es gehn kann, so wird’s gehn.

Du fingst mit Einem heimlich an,

Bald kommen ihrer mehre dran,

Und wenn dich erst ein Dutzend hat,

So hat dich auch die ganze Stadt.

Wenn erst die Schande wird geboren,

Wird sie heimlich zur Welt gebracht,

Und man zieht den Schleyer der Nacht

Ihr über Kopf und Ohren;

Ja, man möchte sie gern ermorden.

Wächst sie aber und macht sich groß,

Dann geht sie auch bey Tage bloß,

Und ist doch nicht schöner geworden.

Je häßlicher wird ihr Gesicht,

Je mehr sucht sie des Tageslicht.

 Ich seh’ wahrhaftig schon die Zeit,

Daß alle brave Bürgersleut’

Wie von einer angesteckten Leichen,

Von dir, du Metze! seitab weichen.

Dir soll das Herz im Leib verzagen!

Wenn sie dir in die Augen sehn.

Sollst keine goldne Kette mehr tragen!

In der Kirche nicht mehr am Altar stehn

In einem schönen Spitzenkragen

Dich nicht beym Tanze wohlbehagen!

In eine finstre Jammerecken

Unter Bettler und Krüpel dich verstecken,

Und, wenn dir dann auch Gott verzeiht,

Auf Erden seyn vermaledeyt!

 

VALENTIN

Ne plaisante pas avec Dieu, notre Seigneur. Ce qui est fait est fait, et ce qui doit en résulter en résultera. Tu as commencé par te livrer en cachette à un homme, il va bientôt en venir d'autres ; et quand tu seras à une douzaine, tu seras à toute la ville. Lorsque la honte naquit, on l'apporta secrètement dans ce monde, et l'on emmaillota sa tête et ses oreilles dans le voile épais de la nuit ; on l'eût volontiers étouffée, mais elle crût, et se fit grande, et puis se montra nue au grand jour, sans pourtant en être plus belle ; cependant, plus son visage était affreux, plus elle cherchait la lumière.

Je vois vraiment déjà le temps où tous les braves gens de la ville s'écarteront de toi, prostituée, comme d'un cadavre infect. Le cœur te saignera, s'ils te regardent seulement entre les deux yeux. Tu ne porteras plus de chaîne d'or, tu ne paraîtras plus à l'église ni à l'autel! tu ne te pavaneras plus à la danse en belle fraise brodée ; c'est dans de sales infirmeries, parmi les mendiants et les estropiés, que tu iras t'étendre... Et, quand Dieu te pardonnerait, tu n'en serais pas moins maudite sur la terre !

 

Marthe.

Befehlt eure Seele Gott zu Gnaden!

Wollt ihr noch Lästrung auf euch laden?

 

MARTHE

Recommandez votre âme à la grâce de Dieu ! voulez-vous entasser sur vous des péchés nouveaux ?

 

Valentin.

Könnt’ ich dir nur an den dürren Leib

Du schändlich kupplerisches Weib!

Da hofft’ ich aller meiner Sünden

Vergebung reiche Maß zu finden.

 

VALENTIN

Si je pouvais tomber seulement sur ta carcasse, abominable entremetteuse, j'espérerais trouver de quoi racheter de reste tous mes péchés !

 

Gretchen.

Mein Bruder! Welche Höllenpein!

 

MARGUERITE

Mon frère ! ô peine d'enfer !

 

Valentin.

Ich sage, laß die Thränen seyn!

Da du dich sprachst der Ehre los,

Gabst mir den schwersten Herzensstoß.

Ich gehe durch den Todesschlaf

Zu Gott ein als Soldat und brav.

stirbt.

VALENTIN

Je te le dis, laisse là tes larmes ! Quand tu t'es séparée de l'honneur, tu m'as porté au cœur le coup le plus terrible. Maintenant le sommeil de la mort va me conduire à Dieu, comme un soldat et comme un brave. (Il meurt.) 

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