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Jean de La Fontaine (9g)

C’est double plaisir de tromper le trompeur
[ 'Tis doubly sweet deceiver to deceive(*)]
 

 Jean de La Fontaine
(1621 - 1695)

 
(source : wikimedia)
 
 
Fables


Livre II

 
Fable XV

Le Coq et le Renard 



Sur la branche d’un arbre était en sentinelle

Un vieux Coq adroit et matois.

Frère, dit un Renard, adoucissant sa voix,

Nous ne sommes plus en querelle :

Paix générale cette fois.

Je viens te l’annoncer ; descends que je t’embrasse.

Ne me retarde point, de grâce :

Je dois faire aujourd’hui vingt postes sans manquer.

Les tiens et toi pouvez vaquer.

Sans nulle crainte à vos affaires ;

Nous vous y servirons en frères.

Faites-en les feux dès ce soir.

Et cependant viens recevoir

Le baiser d’amour fraternelle.

— Ami, reprit le Coq, je ne pouvais jamais

Apprendre une plus douce et meilleure nouvelle

Que celle

De cette paix ;

Et ce m’est une double joie

De la tenir de toi. Je vois deux Lévriers,

Qui, je m’assure, sont courriers

Que pour ce sujet on envoie.

Ils vont vite, et seront dans un moment à nous.

Je descends ; nous pourrons nous entre-baiser tous.

— Adieu, dit le Renard, ma traite est longue à faire :

Nous nous réjouirons du succès de l’affaire

Une autre fois. Le galant aussitôt

Tire ses grègues, gagne au haut,

Mal content de son stratagème ;

Et notre vieux Coq en soi-même

Se mit à rire de sa peur ;

Car c’est double plaisir de tromper le trompeur.










Le Coq et le Renard

The Cock and the Fox



https://sites.google.com/site/texteschoisis/home/jean-de-la-fontaine-9g/Le%20Coq%20et%20le%20Renard.jpg

(Source : Google Livres)



— Ami, je ne pouvais jamais

Apprendre une plus douce et meilleure nouvelle

Que celle

De cette paix ;

Et ce m’est une double joie

De la tenir de toi. Je vois deux Lévriers,

Qui, je m’assure, sont courriers

Que pour ce sujet on envoie.

Ils vont vite, et seront dans un moment à nous.

Je descends ; nous pourrons nous entre-baiser tous.

— Adieu, dit le Renard, ma traite est longue à faire :

Nous nous réjouirons du succès de l’affaire

Une autre fois.



Good friend, upon my word,

A better thing I never heard;

And doubly I rejoice

To hear it from your voice;

And, really, there must be something in it,

For yonder come two greyhounds, which, I flatter

Myself, are couriers on this very matter.

They come so fast, they'll be here in a minute.

I'll down, and all of us will seal the blessing

With general kissing and caressing.

Adieu, said fox; my errand's pressing;

I'll hurry on my way,

And we'll rejoice some other day(*).







 
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