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Fontenelle (2)

Le plus grand secret du (pour le) bonheur, c'est d'être bien avec soi
 
 
 
Fontenelle

Bernard Le Bouyer de Fontenelle

(1657-1757)
 
(Source : Wikimedia
)

 

 

Du bonheur

(extrait)

 

 

(...)

 

 

Il n'y a personne qui dans le cours de sa vie n'ait quelques événemens heureux, des tems ou des momens agréables. Notre imagination les détache de tout ce qui les a précédés ou suivis ; elle les rassemble, et se représente une vie qui en seroit toute composée : voilà ce qu'elle appelleroit du nom de bonheur ; voilà à quoi elle aspire, peut-être sans oser trop se l'avouer. Toujours est-il certain que tous les intervalles languissans, qui dans les situations les plus heureuses sont et fort longs et en grand nombre, nous les regardons à peu-près comme s'ils n'y devoient pas être. Ils y sont cependant, et en sont bien inséparables. Il n'y a point en chymie d'esprit si vif qui n'ait beaucoup de flegme ; l'état le plus délicieux en a beaucoup aussi, beaucoup de tems insipide, qu'il faut tâcher de prendre en gré.

Souvent le bonheur dont on se fait l'idée, est trop composé et trop compliqué. Combien de choses, par exemple, seroient nécessaires pour celui d'un courtisan ? du crédit auprès des ministres, la faveur du Roi, des établissemens considérables pour lui et pout ses enfans, de la fortune au jeu, des maîtresses fidelles et qui flattassent sa vanité ; enfin tout ce que peut lui représenter une imagination effrénée et insatiable. Cet homme-là ne pourroit être heureux qu'à trop grands frais ; certainement la nature n'en fera pas la dépense.

Le bonheur que nous nous proposons sera toujours d'autant plus facile à obtenir, qu'il y entrera moins de choses différentes, et qu'elles seront moins indépendantes de nous. La machine sera plus simple, et en même tems plus sous notre main.

Si l'on est à-peu-près bien, il faut se croire tout-à-fait bien. Souvent on gâterait tout pour attraper ce bien complet. Rien n'est si délicat ni si fragile qu'un état heureux ; il faut craindre d'y toucher, même sous prétexte d'amélioration.

La plupart des changemens qu'un homme fait à son état pour le rendre meilleur, augmentent la place qu'il tient dans le monde, son volume, pour ainsi dire : mais ce volume plus grand donne plus de prise aux coups de la fortune. Un soldat qui va à la tranchée, voudroit-il devenir un géant pour attraper plus de coups de mousquet ? celui qui veut être heureux se réduit et se resserre autant qu'il est possible. Il a ces deux caractères ; il change peu de place, et en tient peu.

Le plus grand secret pour le bonheur, c'est d'être bien avec soi. Naturellement tous les accidens fâcheux qui viennent du dehors, nous rejettent vers nous-mêmes, et il est bon d'y avoir une retraite agréable ; mais elle ne peut l'être si elle n'a été préparée par les mains de la vertu. Toute l'indulgence de l'amour-propre n'empêche point qu'on ne se reproche du moins une partie de ce qu'on a à se reprocher : et combien est-on encore troublé par le soin humiliant de se cacher aux autres, par la crainte d'être connu, par le chagrin inévitable de l'être ? on le fuit, et avec raison : il n'y a que le vertueux qui puisse se voir et se reconnoître. Je ne dis pas qu'il rentre en lui-même pour s'admirer et pour s'applaudir : et le pourroit-il, quelque vertueux qu'il fût ? mais comme on s'aime toujours assez, il suffit d'y pouvoir rentrer sans honte pour y rentrer avec plaisir.

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Changements qu'un homme fait à son état

pour le rendre meilleur

 

La plupart des changements qu'un homme fait à son état

pour le rendre meilleur, augmentent la place

qu'il tient dans le monde, son volume, pour ainsi dire :

mais ce volume plus grand

donne plus de prise aux coups de la fortune.

 

 


  

 

Un des plus grands secrets du bonheur

 

Un des plus grands secrets du bonheur

est de modérer ses désirs

et d'aimer les choses qu'on possède.

 

Tiré de « Lettres inédites »

par Gabrielle Emilie Le Tonnelier de Breteuil Du Châtelet

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