Activités récentes sur le site

Autres sites "Web"

Google+ Posts - About

Accueil‎ > ‎

Auteur anonyme du XVIème siècle

Crevons un œil au diable !

(¡Quebremos el ojo al diablo!)
 
Auteur espagnol
anonyme
(16ème siècle)
 
 
La vie de Lazarille de Tormès 
La Vida de Lazarillo de Tormes y de sus fortunas y adversidades
 
 
Chapitre IV (extrait)
 

Comment Lazare entra au service d’un écuyer,

et ce qui lui advint étant en sa compagnie

Cómo Lázaro se asentó con un escudero,
y de lo que le acaeció con él.
  
 
Traduction d’ Alfred Morel-Fatio
  
(...)
 

 

Cuando llegue a casa, ya el bueno de mi amo estaba en ella, doblada su capa y puesta en el poyo, y él paseándose por el patio. Como entro, vínose para mí. Pensé que me quería reñir la tardanza, mas mejor lo hizo Dios. Preguntóme do venía. Yo le dije: “Señor, hasta que dio las dos estuve aquí, y de que vi que V.M. no venía, fuime por esa ciudad a encomendarme a las buenas gentes, y hanme dado esto que veis.”

 

 

 
En arrivant à la maison, j’y trouvai mon bon maître, qui, ayant plié son manteau et l’ayant posé sur le siège de pierre, se promenait dans la cour. Comme j’entrai, il vint au devant de moi. Je crus qu’il allait me gronder d’être trop longtemps demeuré, mais Dieu l’inspira mieux. Il me demanda d’où je venais. Je lui dis : « Monsieur, jusqu’à deux heures sonnées, je suis resté ici, et voyant que Votre Grâce ne venait pas, je suis sorti par la cité me recommander aux bonnes gens, qui m’ont donné ceci. »

 

Mostréle el pan y las tripas que en un cabo de la halda traía, a lo cual el mostró buen semblante y dijo: “Pues esperado te he a comer, y de que vi que no veniste, comí. Mas tu haces como hombre de bien en eso, que mas vale pedillo por Dios que no hurtallo, y ansí Él me ayude como ello me parece bien. Y solamente te encomiendo no sepan que vives comigo, por lo que toca a mi honra, aunque bien creo que será secreto, según lo poco que en este pueblo soy conocido. ¡Nunca a él yo hubiera de venir!” “De eso pierda, señor, cuidado -le dije yo-, que maldito aquel que ninguno tiene de pedirme esa cuenta ni yo de dalla.” “Agora pues, come, pecador. Que, si a Dios place, presto nos veremos sin necesidad; aunque te digo que después que en esta casa entre, nunca bien me ha ido. Debe ser de mal suelo, que hay casas desdichadas y de mal pie, que a los que viven en ellas pegan la desdicha. Esta debe de ser sin dubda de ellas; mas yo te prometo, acabado el mes, no quede en ella aunque me la den por mía.”

 

 

 
Et lui montrai le pain et les tripes que je portais dans une basque de mon vêtement. A quoi il fit bon visage et dit : « Eh bien, moi, je t’ai attendu pour dîner, et, ne te voyant pas venir, j’ai mangé. Mais tu t’es conduit en honnête homme, car mieux vaut demander pour l’amour de Dieu que de voler. Et ainsi Dieu me vienne en aide, comme je trouve bon ce que tu as fait ; seulement, je te recommande qu’on ne sache pas que tu vis avec moi, pour ce qui regarde mon honneur, quoique je pense que cela restera secret, car on me connaît peu en ce lieu, où plût à Dieu que je ne fusse jamais entré. » — « N’ayez à ce sujet nulle inquiétude, Monsieur, » répondis-je : « qui diable me le demanderait, et à qui le dirais-je ? » — Allons, dit-il, mange donc, pauvret, et, s’il plaît à Dieu, nous nous verrons bientôt hors du besoin, quoique je doive te dire que, depuis que je suis entré dans cette maison, rien ne m’a réussi. Elle doit être de mauvais sol, car il y a des maisons maudites et de mauvais fondements qui communiquent le malheur à ceux qui y habitent. Celle-ci sans doute est du nombre, mais je te promets que, passé ce mois, je n’y resterai pas, dût-on m’en donner la propriété. »

 

Sentéme al cabo del poyo y, porque no me tuviese por glotón, calle la merienda; y comienzo a cenar y morder en mis tripas y pan, y disimuladamente miraba al desventurado señor mío, que no partía sus ojos de mis faldas, que aquella sazón servían de plato. Tanta lástima haya Dios de mí como yo había del, porque sentí lo que sentía, y muchas veces había por ello pasado y pasaba cada día. Pensaba si sería bien comedirme a convidalle; mas por me haber dicho que había comido, temía me no aceptaría el convite. Finalmente, yo deseaba aquel pecador ayudase a su trabajo del mío, y se desayunase como el día antes hizo, pues había mejor aparejo, por ser mejor la vianda y menos mi hambre.

 

 

 
Je m’assis au bord du siège, et, de peur qu’il ne me réputât goulu, je lui tus la collation que j’avais faite, et me mis à souper et à mordre mes tripes et mon pain, tandis qu’à la dérobée je regardais l’infortuné qui ne pouvait détacher ses yeux de mes basques dont je m’étais fait une assiette. Dieu veuille avoir pour moi autant de compassion que j’en ressentis alors pour mon maître, car j’avais éprouvé ce qu’il éprouvait, et bien des fois l’avais enduré et l’endurais encore. Je me demandai si je lui ferai la politesse de le convier à manger, mais comme il m’avait dit avoir dîné, je craignais qu’il n’acceptât pas l’invitation. Toutefois, je désirais que le pécheur remédiât à sa misère à l’aide de la mienne et déjeunât comme il avait fait la veille, d’autant que j’avais plus ample provision, que mes vivres étaient meilleurs et ma faim moindre.

 

Quiso Dios cumplir mi deseo, y aun pienso que el suyo, porque, como comencé a comer y él se andaba paseando llegóse a mi y díjome: “Dígote, Lázaro, que tienes en comer la mejor gracia que en mi vida vi a hombre, y que nadie te lo verá hacer que no le pongas gana aunque no la tenga.” “La muy buena que tú tienes -dije yo entre mí- te hace parecer la mía hermosa.”

 

 

 
Or, Dieu voulut contenter mon désir, en même temps, je pense, que celui de mon maître ; car comme je commençai à manger, lui, qui se promenait, vint à moi et me dit : « Je t’assure, Lazare, que tu as en mangeant meilleure grâce que ne vis onques à homme au monde, et que personne ne peut te regarder manger à qui tu ne donnes appétit, encore qu’il n’en ait point. » — « Le fort grand que tu as te fait estimer beau le mien », dis-je en moi-même.

 

Con todo, parecióme ayudarle, pues se ayudaba y me abría camino para ello, y dijele: “Señor, el buen aparejo hace buen artífice. Este pan está sabrosísimo y esta uña de vaca tan bien cocida y sazonada, que no habrá a quien no convide con su sabor.” “¿Una de vaca es?” “Sí, señor.” “Dígote que es el mejor bocado del mundo, que no hay faisán que ansí me sepa.” “Pues pruebe, señor, y verá qué tal está.”

 

 
Cependant, puisqu’il y mettait du sien et m’ouvrait la voie, il me parut que je devais l’aider. Je lui dis : « Monsieur, le bon outil fait le bon ouvrier ; ce pain est des plus savoureux, et ce pied de bœuf si bien cuit et bien assaisonné, que quiconque le verrait en aurait envie. » — « C’est du pied de bœuf ? » dit-il, — « Oui, Monsieur. » — « Or, te dis que c’est le meilleur morceau du monde ; il n’y a pas de faisan que je goûte autant. » — « Goûtez-en donc, Monsieur, et vous verrez si j’ai raison. »

 

 

Póngole en las uñas la otra y tres o cuatro raciones de pan de lo más blanco y asentóseme al lado, y comienza a comer como aquel que lo había gana, royendo cada huesecillo de aquellos mejor que un galgo suyo lo hiciera. “Con almodrote -decía- es este singular manjar.” “Con mejor salsa lo comes tú”, respondí yo paso. “Por Dios, que me ha sabido como si hoy no hobiera comido bocado.” “¡Ansí me vengan los buenos años como es ello!” -dije yo entre mí.

 

 

 
Je lui mis entre les mains le pied et trois ou quatre rations de mon pain le plus blanc. Il s’assit à côté de moi et commença à manger comme qui en a envie, rongeant jusqu’aux os les plus menus, mieux que n’eût fait son propre lévrier. « Avec une sauce à l’ail, » dit-il, « ce manger-là est exquis. » — « La sauce à laquelle tu le manges est encore meilleure,dis-je tout bas. » — « Pardieu, continua-t-il, je m’en suis régalé comme si je n’avais rien mangé de la journée. » — « Me vienne la bonne année, comme cela est vrai », dis-je à part moi.

 

 

Pidióme el jarro del agua y díselo como lo había traído. Es señal que, pues no le faltaba el agua, que no le había a mi amo sobrado la comida. Bebimos, y muy contentos nos fuimos a dormir como la noche pasada.

 

 

 
Il me demanda la cruche à l’eau, que je lui donnai telle que je l’avais rapportée de la rivière ; preuve, puisqu’il n’y manquait rien, que mon maître n’avait pas dîné avec excès. Nous bûmes, et très contents fûmes dormir comme la nuit précédente.

 

 

Y por evitar prolijidad, desta manera estuvimos ocho o diez días, yéndose el pecador en la mañana con aquel contento y paso contado a papar aire por las calles, teniendo en el pobre Lázaro una cabeza de lobo. Contemplaba yo muchas veces mi desastre, que escapando de los amos ruines que había tenido y buscando mejoría, viniese a topar con quien no solo no me mantuviese, mas a quien yo había de mantener.

 

 
Pour abréger je dirai que nous vécûmes ainsi huit ou dix jours, mon pécheur de maître sortant le matin, toujours avec ces mêmes contentement et démarche mesurée à humer l’air par les rues, tandis que le pauvre Lazare lui servait de pourvoyeur. Souvent je pensais à ma déplorable fortune : avoir quitté les mauvais maîtres que j’avais eus pour trouver mieux, et en rencontrer un qui, non seulement, ne me nourrissait pas, mais que je devais nourrir !

 

 

Con todo, le quería bien, con ver que no tenía ni podía más, y antes le había lástima que enemistad; y muchas veces, por llevar a la posada con que el lo pasase, yo lo pasaba mal.

 

 
Malgré tout, je l’aimais bien, considérant qu’il n’avait ni ne pouvait davantage, et, au lieu de lui en vouloir, j’en avais plutôt pitié : aussi, bien souvent, pour porter au logis de quoi l’entretenir, je m’entretenais mal.

 

 

Porque una mañana, levantándose el triste en camisa, subió a lo alto de la casa a hacer sus menesteres, y en tanto yo, por salir de sospecha, desenvolvile el jubón y las calzas que a la cabecera dejo, y hallé una bolsilla de terciopelo raso hecho cien dobleces y sin maldita la blanca ni señal que la hobiese tenido mucho tiempo.

 

 

 
Un matin que le pauvre, sorti du lit en chemise, était monté au haut de la maison pour y faire ses besoins, je me mis, afin d’éclaircir mes doutes, à fouiller son pourpoint et ses chausses qu’il avait laissés à son chevet, et y trouvai une petite bourse en velours de soie, plus de cent fois repliée sur elle-même et sans une maudite blanque ni apparence qu’il y en eût eu depuis fort longtemps.

 

“Este -decía yo- es pobre y nadie da lo que no tiene. Mas el avariento ciego y el malaventurado mezquino clérigo que, con dárselo Dios a ambos, al uno de mano besada y al otro de lengua suelta, me mataban de hambre, aquellos es justo desamar y aqueste de haber mancilla.”

 

 

 
Cet homme, me dis-je, est pauvre, et personne ne donne ce qu’il n’a pas, mais l’avaricieux aveugle et le ladre prêtre de malheur, qui vivaient de la grâce de Dieu, l’un en baisant la main, l’autre en déliant sa langue, et me tuaient de faim, ceux-là il est juste de les haïr, comme il est juste d’avoir compassion de celui-ci.

 

Dios es testigo que hoy día, cuando topo con alguno de su hábito, con aquel paso y pompa, le he lástima, con pensar si padece lo que aquel le vi sufrir; al cual con toda su pobreza holgaría de servir más que a los otros por lo que he dicho.

 

 
Dieu m’est témoin qu’au jour d’aujourd’hui, quand il m’arrive d’en rencontrer un de sa condition, avec ce port et cette magnificence, j’en ai pitié, à la pensée qu’il souffre peut-être ce que j’ai vu souffrir à celui-ci, qu’il me plaisait plutôt de servir, malgré toute sa misère, que les deux autres, pour les raisons que j’ai dites.

 

 

Solo tenía dél un poco de descontento: que quisiera yo me no tuviera tanta presunción, mas que abajara un poco su fantasía con lo mucho que subía su necesidad. Mas, según me parece, es regla ya entre ellos usada y guardada; aunque no haya cornado de trueco, ha de andar el birrete en su lugar. El Señor lo remedie, que ya con este mal han de morir.

 

 

 
D’une chose seulement j’étais un peu mécontent : j’aurais voulu qu’il n’eût pas autant de présomption et qu’il abaissât un peu son orgueil à mesure que montait sa nécessité ; mais c’est, à ce qu’il semble, une règle entre eux observée et suivie, qu’encore qu’ils n’aient vaillant un denier, leur bonnet reste planté à sa place. Le Seigneur y veuille remédier, ou ils mourront de ce mal.

 

 

Pues, estando yo en tal estado, pasando la vida que digo, quiso mi mala fortuna, que de perseguirme no era satisfecha, que en aquella trabajada y vergonzosa vivienda no durase. Y fue, como el año en esta tierra fuese estéril de pan, acordaron el Ayuntamiento que todos los pobres estranjeros se fuesen de la ciudad, con pregón que el que de allí adelante topasen fuese punido con azotes. Y así, ejecutando la ley, desde a cuatro días que el pregón se dio, vi llevar una procesión de pobres azotando por las Cuatro Calles, lo cual me puso tan gran espanto, que nunca ose desmandarme a demandar.

 

 

 
Étant donc en tel état et menant la vie que je dis, ma mauvaise fortune, qui de me poursuivre n’était point encore satisfaite, ne voulut pas même que je demeurasse en cette misérable et honteuse existence, car, l’année ayant été stérile en blé, le conseil de la cité décida d’en bannir tous les étrangers pauvres, publiant peine du fouet contre ceux qui y seraient dorénavant rencontrés. Et, en exécution de ce ban, quatre jours après qu’il fut publié, je vis mener une procession de pauvres qu’on fouettait par les quatre rues principales, ce qui me causa une si grande épouvante que je n’osais plus me risquer à mendier.

 

 

Aquí viera, quien vello pudiera, la abstinencia de mi casa y la tristeza y silencio de los moradores, tanto que nos acaeció estar dos o tres días sin comer bocado, ni hablaba palabra. A mí diéronme la vida unas mujercillas hilanderas de algodón, que hacían bonetes y vivían par de nosotros, con las cuales yo tuve vecindad y conocimiento; que de la lacería que les traían me daban alguna cosilla, con la cual muy pasado me pasaba.

 

 

 
Alors, qui l’aurait pu voir, eût vu la disette de notre maison, la tristesse et le silence de ses habitants, tellement qu’il nous arriva de demeurer deux ou trois jours sans manger une bouchée ni parler une parole. À moi me sauvèrent la vie quelques femmelettes, fileuses de coton, qui faisaient des bonnets et habitaient auprès de nous, avec lesquelles j’avais lié voisinage et connaissance. De la misère qu’on leur portait, elles me donnaient quelque petite chose, de laquelle, presque trépassé, je me passais ;

 

Y no tenía tanta lástima de mí como del lastimado de mi amo, que en ocho días maldito el bocado que comió. A lo menos, en casa bien lo estuvimos sin comer. No sé yo cómo o dónde andaba y qué comía. !Y velle venir a mediodía la calle abajo con estirado cuerpo, más largo que galgo de buena casta! Y por lo que toca a su negra que dicen honra, tomaba una paja de las que aun asaz no había en casa, y salía a la puerta escarbando los dientes que nada entre sí tenían, quejándose todavía de aquel mal solar diciendo: “Malo esta de ver, que la desdicha desta vivienda lo hace. Como ves, es lóbrega, triste, obscura. Mientras aquí estuviéremos, hemos de padecer. Ya deseo que se acabe este mes por salir della.”

 

 

 
et toutefois je n’avais pas tant de pitié de moi que de mon infortuné maître, qui, en huit jours, ne mangea pas un seul morceau ; au moins à la maison nous demeurâmes sans manger : lui, où allait-il, que mangeait-il ? je ne sais. Néanmoins vous l’eussiez vu, sur le midi, descendre la rue, le corps raidi, plus long qu’un lévrier de bonne race, et, pour soutenir la maudite vanité qu’ils nomment honneur, prendre un brin de la paille dont la maison n’était déjà guère pourvue, et, sortant sur le pas de la porte, se curer les dents, qui entre elles n’avaient rien, tandis qu’il se lamentait sans cesse de ce malencontreux logis. « Il est mauvais, vois-tu, et c’est le sort désastreux de notre demeure qui est cause de ce qui nous arrive. Elle est lugubre, triste, sombre, et tant que nous y vivrons, nous souffrirons : je désire que vienne la fin du mois pour en sortir. »

 

 

Pues, estando en esta afligida y hambrienta persecución un día, no se por cuál dicha o ventura, en el pobre poder de mi amo entro un real, con el cual el vino a casa tan ufano como si tuviera el tesoro de Venecia; y con gesto muy alegre y risueño me lo dio, diciendo: “Toma, Lázaro, que Dios ya va abriendo su mano. Ve a la plaza y merca pan y vino y carne: ¡Quebremos el ojo al diablo! Y más, te hago saber, porque te huelgues, que he alquilado otra casa, y en esta desastrada no hemos de estar más de en cumplimiento el mes. ¡Maldita sea ella y el que en ella puso la primera teja, que con mal en ella entre! Por Nuestro Señor, cuanto ha que en ella vivo, gota de vino ni bocado de carne no he comido, ni he habido descanso ninguno; mas ¡tal vista tiene y tal obscuridad y tristeza! Ve y ven presto, y comamos hoy como condes.”

 
   ../…

 

 
Ainsi persécutés de faim et de misère, un jour, je ne sais par quelle chance ou aventure, au pauvre pouvoir de mon maître tomba un réal ; armé duquel, il s’en vint à la maison aussi triomphant que s’il eût eu le trésor de Venise, et, d’un air fort satisfait et souriant, me le donna, en disant : « Tiens, Lazare, voici que Dieu nous entr’ouvre sa main, va à la place et achètes-y pain, vin et viande. Crevons un œil au diable. Et qui plus est, je t’annonce, pour que tu t’en réjouisses, que j’ai loué une autre maison et que nous ne resterons dans la malencontreuse où nous sommes que jusqu’à la fin de ce mois. Maudite soit-elle et maudit soit celui qui y posa la première tuile ; en male heure j’y suis entré. Par Notre-Seigneur, depuis que je l’habite, goutte n’y ai bue, bouchée de pain n’y ai mangée, ni repos aucun n’y ai trouvé, tel est son aspect et telles son obscurité et tristesse. Va et reviens vite, et dînons aujourd’hui comme des comtes. »
 
   ../...
 

 
 

                                                   (Source : Wikimedia)

 

 
 

 

 

 

 

En 1561 le premier Lazarille fut traduit en français par Jean Saugrain : « L’histoire plaisante et facétieuse du Lazare de Tormes, Espagnol, en laquelle on peult recongnoistre bonne partie des meurs, vie et condition des Espagnolz. » Cette version assez barbare, fut remaniée et améliorée par un « P. B. Parisien », en 1601 : l’une et l’autre sont encore à consulter pour les vieux mots et pour la connaissance exacte des usages espagnols de l’époque ; nous nous en sommes servi utilement. Parmi les modernes, celle de Viardot, œuvre d’un homme de goût et qui savait le castillan, est la plus connue ; elle a été illustrée de quelques dessins de M. Meissonier. Celle qu’on présente aujourd’hui au public tend à reproduire avec exactitude l’allure et la couleur de l’original. Puisse le talent de M. Maurice Leloir donner au vieux conte un regain de nouveauté et lui recouvrer de nombreux lecteurs !

Alfred Morel-Fatio

 

 

Tiré de la fin de la préface de "La vie de Lazarille de Tormès"

 
 

 
 
   
 
  
Comments