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Adrien de Monluc

De l'abondance du cœur la bouche parle

(Ex abundantia cordis os loquitur 

- De la abundancia del corazon habla la lengua

Out of the fullness of the heart the mouth speaks)

 
 

Adrien de Monluc-Montesquiou

(1568? – 1646)

 

 


La Comédie des proverbes
 
Acte II
 
- extrait -

Scène I
 

Le capitaine Fierabras, Alizon et le Docteur.

 

 

 

Le Capitaine.

 
Pauvre docteur Thesaurus ! je te plains bien ; mais je n'ay rien à te donner. Si n'avois la caboche bien faite, tu serois dejà à Pampelune : tu as receu un terrible revers de fortune ; tu as perdu le joyau le plus précieux de ta maison sans l'avoir joué, et le tout par un tour de souplesse que ta fille t'a fait, ayant laissé prendre un pain sur la fournée par un qui ne seroit pas digne de servir de goujat à un qui se sentiroit trop heureux de me torcher les bottes. Ha Florinde ! Quien se casa por amores, malos dias y buenas noches. Ouy, ouy, Florinde, tu l'eprouveras, que qui se marie par amourettes a pour une bonne nuict beaucoup de mauvais jours. Tu m'as bien baillé de la gabatinc, et fait un tour de femme, après m'avoir promis mons et vaux. A h ! que de la  mala mujer te guarda y de la buena no fia nada. Toutefois que dis-je, Florinde ? Je te fais tort de croire que tu ayc fait brèche à ton honneur ; tu es possible dans la gueule des loups, et en quelque part plus morte que vive. Et toy aussi, pauvre père, plus triste qu'un bonnet de nuict sans coiffe, tu es plus cajois qu'une chatte qui trouve ses petits chats morts, plus dolent qu'une femme mal mariée ; bref, plus desolé que si tes parents estoient trepassez ; il faut bien à cette heure que la confiance te serve d'escorte et de bouclier. Je sçay bien que c'est dans la necessité que les vrays amis se monstrent où ils sont ; c'est pourquoi ma langue, aussi bien esguisée que mon espée, va dire et faire tout ensemble au docteur Thesaurus que je suis le roy des hommes, le phœnix des vaillans; que j'extermineray et mettray à jambrebridaine tous ses ennemis, et que je chiqueteray pour son service tout ce qui se rencontrera plus menu que chair à pasté. De l'abondance du cœur la bouche parle, de grands seigneurs peu de paroles. Moy qui suis plus vaillant que mon espée, je le vais asseurer que pour un amy l'autre veille. Me voicy proche de son hostel. Holà ! ho !
 
Alizon.
 
Qui va ladre là ?
 
Fierabras.
 
C'est le vaillant Fierabras, general des regimens de Tartarie, Moscovie et autres.
 
Alizon.
 
Dites des regimens du Port au Foin, de Pouilly et autres. Ha ! ha ! c'est donc vous ? Ce n'est pas grand cas. Attendez si vous voulez, ou bien allez-vous-en à l'autre porte : on y donne des miches. Tout beau ! ne rompez pas nostre porte, elle a cousté de l'argent.
 
Fierabras.
 
A tous seigneurs tous honneurs, beste brute ! Voilà bien nicqueter, c'est trop niveler ; il n'est pire sourd que celuy qui ne veut pas entendre. C'est le capitaine Fierabras et Maschefer, cela te suffise. Ouvre sans tant de babil, et ne m'echauffe pas la cervelle, que tu ne t'en trouve mauvaise marchande ; prends-y garde, et que je ne t'envoye à Mortagne ou à Quancalle pescher des huistres.
 
Alizon.
 
Vos fièvres quartaines à trois blancs les deux ! Tout beau, encore un coup de par Dieu ou de par le diable ! Dieu vous soit en aide, puisqu'il le faut dire ; vous faites plus de bruit qu'un cent d'oyes, et si vous estes tout seul. Vous estes bien hasté, et si personne ne vous presse. Monsieur, venez vistement parler au capitaine Fierabras ; il rompra tout, si on ne le marie.
 
 



  
Autres auteurs

 


  


The Comedy of Proverbs

La Comédie des Proverbes

 
 

 

          En 1616,  Adrien de Montluc, prince de Chabanais et comte de Carmain (1567-1641), auteur des Jeux de l’inconnu et d'autres compositions badines, composa sa Comédie des proverbes qui ne parut cependant qu'en 1633.

 

          La Comédie des Proverbes appartient au genre des bizarreries comiques, au même titre du Galimatias (1639), tragi-comédie de Doroziers Beaillieu, et de la Comédie des chansons (1640)

 

          C’est un tour de force où l'auteur se donne la peine de citer à  peu près deux mille proverbes, qui ne tombent pas toujours fort à  propos, mais qui ont cependant le mérite de nous faire connaître  une des richesses de la langue à cette époque. L'action n’est donc qu'un prétexte à  l'application de ces proverbes.

 


 
Tiré de « Revue d’Histoire littéraire de la France – La Comédie française de la renaissance »
par la Société d’Histoire littéraire de la France – 1900 -  sur archive.org
 




  



Out of the abundance of the heart the mouth speaketh (*) 
De la abundancia del corazon habla la lengua.
De l'abondance du cœur la bouche parle

 
 

 

A buena fe que es asi, respondió Sancho, y que debe ser caballero enamorado.

 

No hay ninguno de los andantes que no lo sea, dijo Don Quijote, y escuchémosle, que por el hilo sacaremos el ovillo de sus pensamientos si es que canta, que de la abundancia del corazon habla la lengua. (*)

 

Ma foi, dit Sancho, vous avez raison, & il faut que ce soit un Chevalier amoureux.

 

Crois-tu qu'il y en ait d'autres, dit Don Quichotte ? Il n'y en a point qui ne le soient, mon ami : mais taisons-nous pour l'écouter, là chanson nous apprendra le secret de son cœur, car de l'abondance du cœur la bouche parle.

 


 
Tiré de « Histoire de l'admirable Don Quichotte de la Manche: en VI volumes - Volume III – Chapitre XII »
par Miguel de Cervantes Saavedra, - traduction : François Filleau de Saint-Martin sur Google Livres
 


 


   
   


Out of the fullness of the heart the mouth speaks (*)
De l'abondance du cœur la bouche parle

 

 

     On ne peut guère s'empêcher de parler des choses dont on a le cœur plein ; quand le cœur est plein, il faut que la bouche déborde : ou bien : en suivant l'impulsion de son cœur, dans ses discours, on ne manque point de paroles éloquentes.

     Ce proverbe est littéralement traduit des paroles suivantes de l'évangile selon saint Mathieu (*), Ex abundantia cordis os loquitur.

     Les Basques disent : Bihozaren beharguile mihia. La langue est l'ouvrière du cœur.
 

                (*) Hors texte : C’est de la plénitude du cœur que la bouche parle. Mathieu (ch. 12, v. 34 – fr. / la.)




  
Tiré de « Dictionnaire étymologique, historique, et anecdotique des proverbes »
par Pierre-Marie Quitard sur Google Livres
 
 


 

  
 
 
 
 
 

"La Comédie des proverbes – Acte II – Scène I" par Adrien de Monluc-Montesquiou sur Google Livres

 

Eugène Emmanuel Viollet-le-Duc sur Wikipedia

 

"Ancien théatre françois - Volume IX – La Comédie des proverbes – Acte II – Scène I" par Adrien de Monluc-Montesquiou sur Google Livres

 

"Notice sur la Comédie des proverbes" d'Adrien de Monluc-Montesquiou par Emmanuel Viollet le Duc sur Google Livres

 

Miguel de Cervantes Saavedra sur Wikipedia

 

François Filleau de Saint-Martin (traducteur) sur Wikipedia

 

"Histoire de l'admirable Don Quichotte de la Manche : en VI volumes - Volume III – Chapitre XII" (en français - trad. : François Filleau de Saint-Martin) sur Google Livres

 

"Don Quichotte de la Manche – Volume II – Chapitre XII" (en espagnol) sur Google Livres

 

"Dictionnaire étymologique, historique, et anecdotique des proverbes" par Pierre-Marie Quitard sur Google Livres

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