17 Mars 2011


Franz Josef

Il pleut toujours sans discontinuer.

Vêtus de grands cirés bleus, de crampons, bonnets et gants, nous abordons le glacier Franz Josef. En moins d’un quart d’heure nous étions trempés  de la tête au pied. La glace nous saisissait dans le dos jusqu'aux profondeurs de nos os. Il fallait suivre le guide qui s’arrêtait chaque minute pour déblayer le chemin. Nous glacions à mesure. Nous nous faufilions dans les crevasses les gants humides agrippés à la glace. Le ciel s’embrumait, la vallée se bouchait. Nous avions renoncé depuis longtemps à voir le sommet du glacier. Courageux, nous défiions les éléments déchaînés contre nous avec audace. Pas peu fiers de nos prouesses polaires, nous étions bien contents de retrouver notre petite cabine et un thé bien chaud après ces quelques heures de calvaire.



19 Mars 2011

Punakaki

Nous reprîmes la route. Le temps s’améliorait. Il fallait rouler des heures durant dans ce paysage de brume ensoleillé. Bousculés de droite à gauche le long des virages à épingle, nous subissions passifs la route qui s’étirait.

                Nous retrouvions Augustin et sa famille dans la petite ville, ou plutôt l’agglomération, minuscule, d’hôtels et de campings, de Punakaki. La nuit était claire et douce. Nous plantions notre tente. La vieille bonne femme, au maquillage épais, de l’accueil, nous reçut avec animosité. Elle m’engueula presque pour avoir osé lui demander à quelle heure la barrière fermait et s’il était possible de sortir la voiture passé cette heure. La barrière et la cuisine fermait à 22h et il était hors de question qu’elle réouvre quoi que ce soit. Je pouvais bien laisser la voiture dans la rue si cela me chantait, ou aller à pied voir la vague déferler sur les Pancakes Rocks au clair de lune. La marée ne serait haute qu’à 23h sous pleine lune, c’était bien une drôle d’idée que de vouloir sortir de nuit voir la mer ! Après 22h, il faut dormir un point c’est tout ! Je regardais, muette, cette vieille bique s’exciter après moi. Un délinquante, sortir de nuit, pour rentrer ivre, et puis quoi encore ! Pire qu’au foyer, on ne pouvait pas sortir 22h passés, couvre feu obligatoire pour les vacanciers !

                Les Pancakes Rocks et la marée montante, quel spectacle ! L’eau fouettant la roche venait gicler sur la balustrade de laquelle nous admirions cette danse féérique. Il faisait beau. Je crois que la tempête s’élevant emplirait l’endroit d’une ambiance ténébreuse fascinante.


20 Mars 2011

Picton

Il pleut toujours sans discontinuer. Levés 6h30, départ pour la croisière sur le Queen Charlotte sound suivi de d’une randonnée sur une partie du treck du même nom. Retour 8h. L’excursion se voit avortée. Nous restons là à la fenêtre à regarder la pluie tomber. Le vent en rafale balaye chaque parcelle de terre, de tôle et de bois de sorte qu’il ne reste rien de sec.

 

Fenêtre en déperdition.

                Le long de ton corps vitré ruisselle goute à goute le désespoir. La rose aux pétales évanescents perce fantoche la glace de ton être. Ses couleurs à l’odeur sèche ploient soumises à la rage céleste. La buée insinueuse embrume ton cœur noueux. Bientôt le voile épais qu’entraine le vent bouchera tout à fait ton œil ouvert. Rien ne restera du frémissement des feuilles palpitantes sous la tempête. L’obscurité laiteuse aura avalé les derniers frissons de vie. Plus qu’une fenêtre inutile captive dans ce silence de mort.