14 Janvier 2011


La Paz

Nous arrivons à La Paz après huit heures de bus. A notre arrêt à Copacabana, frontière pérou-bolivienne, un type louche monté dans le bus fait payer une taxe, qui ressemble à un bakchich, aux voyageurs. Il distribue un vieux ticket de musée en échange. Certains voyageurs se révoltent et descendent du bus, nous passons à la trappe et restons silencieux.

                Le fourmillement incessant, la cohue, bourdonnement de klaxon et vendeurs à la sauvette, rend la capitale bolivienne étouffante. La petite auberge où nous nous arrêtons est infestée de drogués et de routards fauchés comme nous. L’indienne qui nous reçoit est d’une amabilité passable, les draps sont sales comme il est fréquent en Bolivie, la chambre est enfumée. Il nous faudra quelques heures de déambulation avant de ne vraiment apprécier le charme singulier de La Paz.

                Les boliviens sont moins avenant que les péruviens, mais dégagent une sympathie étrange, attachante. A La Paz, on trouve de tout. Jérémie qui a fissuré sa carte de crédit entre la puce et la bande magnétique, trouve de la colle forte que l’on paye neuf bolivianos dans un magasin (moins d’un euro), la petite indienne installée sur le trottoir à 300 mètres la vend à 2 bolivianos… c’est ici que nous négocions de beaux pulls en baby alpaga, que nous voyons toutes sortes de bijoux en argent sortis tout droit des mines.

                La Bolivie me plait pour ce désordre charmant, ses mensonges commerciaux et ses paysages d’une beauté insouciante.


16 Janvier 2011

Potosi

Nous séjournons quelques jours à Potosi. Les voyages de nuits, les visites matinales, les hôtels bruyants nous épuisent. La fatigue se fait sentir lourdement. Nous ne récupérons pas. Il nous faut attendre Buenos Aires pour nous pauser une semaine. Nous n’y serons que le 30 janvier.

La ville de Potosi nous offre un petit havre de quiétude. Ville de province aux rues désertées le weekend, il y fait bon d’y flâner. C’est une ville du XVIIe aux maisons basses et rues pavées. On y mange mieux qu’au Pérou, mais le mal de ventre nous guette encore. L’auberge où nous demeurons ressemble à une vielle école et notre chambre à une salle de classe. Il n’y a pas de chauffage et les nuits sont glacées.

Le lundi matin, Jérémie me traine dans les mines d’argent où je le suis à contre cœur. C’est un ancien mineur qui nous fera visiter les mines encore exploitées. A la sortie du village nous achetons bebidas et horas de coca pour les mineurs que nous rencontrerons. Nous faisons équipe avec trois argentins et un belge. La visite est dure. Nous éprouvons l’horreur d’un germinal en action. Nous suffoquons sous la chaleur et la poussière.

Les mineurs que nous croisons ont pour certains à peine 20 ans, la joue boursoufflée par la coca qu’ils chiquent, les yeux cernés de lassitude, le visage perlé de sueur. Toute la tragédie humaine réside dans ces cœurs au cuir rêche et ces tunnels sombres d’une solidité douteuse où l’air rare se mêle à la poussière et au souffre. 2000 bolivianos est le salaire moyen d’un mineur indépendant. C’est un bon salaire. 200 euros. Au détour d’une allée trône El Thio (prononciation erronée de Dios), le dieu des mineurs à qui l’on offre hora de coca, alcool potable et cigarettes. Les mineurs partagent leurs denrées et prient pour que la journée soit bonne et qu’il n’y ait pas d’accident. Outre le risque pathan de développer un cancer, nos jeunes travailleurs risquent de sombrer dans la folie en consommant l’alcool potable qui est à plus de 90°. A cela s’ajoute la coca, certes inoffensive en petite quantité, mais la mastication quotidienne incessante produit des effets dopant similaires à ceux de la cocaïne. Attention, il ne faudrait pas confondre ces deux produits. La cocaïne vient de la coca mais est extraite chimiquement.

Notre calvaire dans les mines ne durera que deux heures, quant aux mineurs, ils continueront leur journée, leur semaine, leur vie ici, y laissant santé et jeunesse.