Travaux de recherche


Sylvie MOUGIN

Equipe Anthropologie de la Parole

LACITO-CNRS (Villejuif)

http://www.vjf.cnrs.fr/lacito/membres/mougin.htm

sylvie.mougin@gmail.com

 

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Mes recherches depuis ma thèse (1989) se situent dans le cadre de l’ethnolinguistique du domaine français et visent à mettre en évidence les relations structurelles entre code linguistique, contenu textuel et contexte culturel.

 

Mes travaux se rapportent à 4 axes :

 

1)      L’étude des représentations et des pratiques de la parole dans la société paysanne traditionnelle :

 

Thèse : Le Champ sémantique de la parole dans les parlers ruraux de la Lorraine romane. Contribution ethnolinguistique à l'étude des pratiques langagières dans une société paysanne française. Thèse en vue du Doctorat Nouveau Régime, soutenue à Nancy II en 1989, Directeur : Jean Lanher, Professeur de dialectologie lorraine à l'Université  de Nancy II.

            L’étude part de la constitution et de l’analyse du champ sémantique de la parole dans les parlers ruraux de la Lorraine romane pour s’intéresser aux pratiques langagières et à leurs représentations dans la société paysanne traditionnelle ; elle s’appuie également sur des enquêtes auprès des informateurs dialectophones de l’Atlas linguistique et ethnographique de la Lorraine romane. Le questionnaire des enquêtes s’inspire du guide élaboré par deux des disciples de Hymes, Joel Sherzer et Regina Darnell (« Outline Guide for the Ethnographic Study of Speech Use »), publié par John J. Gumperz et Dell Hymes dans Directions in Sociolinguistics : The Ethnography of Communication, New York & London : Holt, Rinehart and Winston, 1972.

Une première partie est consacrée à l’examen des outils méthodologiques ; une seconde à la reconstitution des pratiques langagières  dans le cadre descriptif de l’ethnographie de la communication (place de la parole par rapport à d’autres systèmes sémiologiques, gestes en particulier, système des pronoms d’adresse, analyse des valeurs et des usages attachés à chaque variété linguistique  (français, patois, latin) ; une troisième partie rend compte des questions et commentaires suscités par l’analyse du lexique de la parole : absence d’archilexème (pas d’équivalent dialectal pour « parler »), importance du lexique de la raillerie et de l’insulte (alors même que ces pratiques se trouvent stigmatisées dans le discours des informateurs), recoupement systématique du lexique de la parole avec celui du travail, en particulier pour la parole déviante (mal parler / mal travailler sont désignés par les mêmes termes), termes identiques pour désigner le bavard et le bègue… L’analyse ethnosémantique du lexique met ainsi en évidence un certain nombre de « focalisations culturelles » (les cultural focuses de Herskovits) et l’existence d’associations entre signifiés d’un même lexèmes qui correspondent aux matrices métasémiques de Pierre Guiraud et aux métaphores lexicalisées de Geneviève Calame-Griaule.  

 

MOUGIN, Sylvie, 2000, « La langue, le rouet et le rabot. Parole féminine et parole masculine dans la Lorraine traditionnelle", CLIO n°11 "Parler, lire, chanter, écrire », pp.141-158. Texte intégral en ligne à : http://clio.revues.org/document216.html

Les parlers ruraux abondent en métaphores associées à la parole, notamment à la façon dont elle est fabriquée et produite dans cet ouvroir miniature qu’est la bouche. Deux séries de représentations semblent en réalité s’opposer : un modèle technique qui assimile la parole aux activités textiles d’une part (filer, coudre), aux gestes des petits artisans d’autre part (raboter, étamer, limer) ; un modèle organique qui associe la parole à la sécrétion salivaire (baver) et à l’excrétion (« chier sur, faire des crottes »). Ces deux ensembles de représentations servent à opposer une parole féminine et une parole masculine tout en définissant la norme de chacune d’elles. L’étude met en évidence la portée symbolique de la parole féminine qui, nouant le lien entre la passé et le présent, filant le temps cyclique de la communauté, s’identifie avec la dynamique calendaire ; elle montre aussi la complémentarité que cette parole entretient sur le plan symbolique avec la parole des hommes qui, associée à l’excrétion, à la croissance et à la maturation des végétaux et aux gestes qui tranchent et ouvrent, semble figurer la succession des cycles qui doivent à un moment s’ouvrir les uns sur les autres et l’inévitable transformation de toute chose vivante.

 

MOUGIN, Sylvie, 1991, « Quand les bavards bégaient... Étude ethnolinguistique d'une métaphore dialectale », Mélanges offerts au Professeur Jean Lanher, Presses Universitaires de Nancy, pp. 181-189.

http://www.univ-nancy2.fr/pun/index.html?depuis_id=212

L’article tente d’expliquer à partir du contexte culturel de la société paysanne l’association métasémique constante dans les parlers gallo-romans d’Oïl entre bavarder et bégayer : ce sont les mêmes mots qui dans les parlers ruraux désignent ces deux activités, pourtant perçues comme distinctes et contraires dans les représentations de la culture englobante.

 

MOUGIN, Sylvie (sous la dir.), 2001, La Querelle. Histoire, ethnologie, linguistique, littérature, Actes du colloque de Reims de juin 1999, Presses Universitaires de Reims.

http://helios.univ-reims.fr/URCA/PressesUniversitaires/accueil.shtml

Actes du colloque international que j’ai organisé à l’Université de Reims en 1999.

Le colloque avait pour objet « la querelle, en tant qu’interaction verbale, orale ou écrite, non dans ses contenus mais dans ses modalités à travers l’histoire et la culture ». Les communications rassemblées conjuguent les approches de plusieurs disciplines : la linguistique, la communication, l’ethnologie et l’histoire culturelle. Elles portent sur différents milieux et différentes époques : les sourds-muets (Y. Delaporte), les ouvriers et la maîtrise d’un atelier de montage de pneus (M. Derycke), l’Académie Française au XVIIe siècle, (C. Brévot-Dromzée), les groupes de migrants du XVIIIe siècle en France (A. Farge), l’Argentine de Borgès (A. Louis), sur différents corpus : toponymique (M. Tamine), iconographique (C. Velay-Vallantin),  littéraires (M.-G. Grossel, B. Wagganan, M.-D. Leclerc, A. Keilhauer).

Présentation « La querelle : un événement trivial ? » pp. 11-19.

L’introduction interroge la notion de querelle, présente les travaux de l’ethnographie de la communication américaine sur les querelles enfantines, passe en revue la littérature ethnographique pour conclure qu’il n’y a pas de société sans querelle mais que celle-ci peut revêtir des formes et des contenus très différents d’un groupe à l’autre.

 

Contribution  « La querelle dans la société paysanne : Lorraine, Champagne » pp. 55-78.

La communication aborde un sujet lourdement grevé par les représentations que la société englobante se fait de l’univers paysans et de ses conflits. Elle montre que ces représentations ne sont pas complètement fausses, comme en témoigne l’examen des archives des Justices de paix – comme celles du canton d’Anglures dans la Marne –  mais qu’elles ne sont pas non plus exactes. Par l’analyse du lexique de la parole, la présentation des pratiques de la conversation, elle fait voir  que les sociétés paysannes de l’est de la France sont des sociétés qui stigmatisent la querelle tout autant et même plus que la société englobante et qui ont développé des moyens efficaces de l’éviter. Dans ces sociétés, la querelle demeure un événement relativement rare, d’une gravité particulière, dont les représentations s’enracinent au plus profond de la vision du monde traditionnelle. Son surgissement revêt une signification symbolique importante qui s’inscrit dans un système de représentations et de pratiques de la parole.

MOUGIN, Sylvie, 2002, « Pratique et intertextualité de la chanson dans la société paysanne », in Marie-Dominique Leclerc (sous la dir.), Chansons de colportage, Actes du colloque organisé à Troyes les 22-23 juin 2001 par le CEPLECA et Paris IV, Presses Universitaires de Reims, pp. 235-248.

La communication définit tout d’abord la chanson traditionnelle par opposition à la chanson savante et à la chanson populaire selon  trois caractéristiques : 1. Elle se renouvelle à chaque performance et présente une continuité à travers le temps, 2. Elle est intimement liée à la vie sociale du groupe et ne constitue pas en elle-même un événement social signifiant, 3. Elle s’accompagne de pratiques qui impliquent le corps (gestes de travail, mises en scène rituelles, jeux, rondes et danses). La communication  précise ensuite ce que chanter veut dire dans la culture paysanne en évoquant des pratiques intermédiaires entre chant proprement dit et langage parlé s’apparentant à la psalmodie ou au récitatif. Elle étudie ensuite à partir d’exemples précis le sens social lié à la performance, puis met en lumière la forte intertextualité de la chanson avec les autres formes de l’oralité traditionnelle, contes et comptines, proverbes, expressions lexicalisées. Elle analyse la rhétorique et la stylistique de la chanson traditionnelle comme reflet d’une esthétique du fragment.

 

MOUGIN, Sylvie, 2006, La Médisance, Actes du colloque international de Reims, 25-27 septembre 2003, Presses Universitaires de Reims.

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Actes du colloque pluridisciplinaire et international que j’ai organisé à l’Université de Reims les 25-26-27 septembre 2003. L’ouvrage rassemble les communications des 30 participants au premier colloque de langue française sur la médisance : spécialistes de pragmatique et de linguistique de l’énonciation, sociologues, ethnologues, spécialistes de psychologie sociale, d’analyse littéraire, d’anthropologie religieuse, de philosophie et d’anthropologie du droit, historiens. Dans l’appel à communication, nous avions provisoirement défini la médisance comme un ensemble de pratiques langagières, condamnées sur le plan moral et religieux, mais d’une pratique banale dans la plupart des sociétés, caractérisées par une structure énonciative triadique : locuteur (le médisant), allocutaire (le « médisaire ») , délocuté (la personne dont on médit). Les participants étaient invités à réfléchir à un certain nombre de questions ; il s’agissait entre autres de s’interroger sur les formes admises, prescrites, proscrites de la médisance dans tel groupe, à telle époque et dans tel milieu social et en fonctions de quels critères ; sur les vertus ou les pouvoirs attachés à ces pratiques ; sur les représentations du médisant, sur les formes linguistiques et les stratégies énonciatives de la médisance ; sur le discours des religions sur la médisance.

MOUGIN, Sylvie, « Petite fabrique d’autrui. Pour une approche multifocale de la médisance », La Médisance, Actes du colloque international de Reims, 25-27 septembre 2003, Presses Universitaires de Reims, pp. 7-26.

En guise d’introduction à La Médisance, je dresse un panorama des études (principalement anglo-saxonnes) sur la médisance (qui ne s’identifie d’ailleurs pas tout à fait au gossip), puis je présente une synthèse des réflexions et des discussions menées pendant le colloque et dans la version écrite des intervenants, en expliquant qu’une des difficultés consiste à proposer une définition simple, précise, transculturelle de la médisance et que l’approche multifocale, pour reprendre un concept à Edgar Morin, en conjuguant les approches de plusieurs disciplines, permet d’apporter des éclairages intéressants sur les mécanismes discursifs et comportementaux de cet ensemble de pratiques langagières.

 

2)      L’étude des contenus et des formes de la littérature orale française et européenne en relation avec le contexte social et culturel : contes, chansons, prières, duels de rimes lorrains.

 

MOUGIN Sylvie, Les Ventes d'amour. Jeu courtois et rituel carnavalesque dans la Lorraine traditionnelle, Presses Universitaires de Reims, 2002.

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L’ouvage présente et analyse un corpus de 640 « daillements » ou « ventes d’amour » du folklore lorrain : il s’agit de duels rimés (verbal dueling rhymes ) propres à la Lorraine traditionnelle et qui ont pour originalité par rapport à d’autres événements de parole similaires (dozens des jeunes noirs américains, duels des garçons turcs, théâtre des jeunes Bambaras) de mobiliser l’ensemble de la jeunesse du village, garçons et filles. La pratique, dans le cadre théorique de l’ethnographie de la communication et de l’ethnologie du symbolique est replacée dans l’ensemble des pratiques du groupe, ce qui permet de réévaluer les analyses des ethnologues et spécialistes de littérature orale qui n’ont eu à leur disposition que quelques dizaines de ces formes publiées au XIXe siècle, dans lesquelles ne figurent que les ventes courtoises et non les ventes scatologiques et agressives, qui constituent pourtant une part  importante du corpus.

 

GROSSEL Marie-Geneviève et MOUGIN Sylvie (sous la dir.), 2004, Poésie et rhétorique du non-sens. Littérature médiévale, littérature orale, Presses Universitaires de Reims.

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L’ouvrage constitue les actes de deux journées d’étude organisées par Marie-Geneviève Grossel, spécialiste de littérature orale à l’Université de Valencienne et moi-même, à l’Université de Reims en décembre 2001 et décembre 2002. La première journée, « Contre-sens et contretexte au Moyen Age », rassemblait des spécialistes de littérature et d’anthropologie religieuse médiévales ; la seconde, « La rhétorique du non-sens dans la littérature orale », donnait la parole à des chercheurs dans le domaine de la littérature orale, de la culture d’expression populaire et de la littérature enfantine. La thématique du non-sens littéraire paraissait particulièrement favorable à une rencontre entre spécialistes des formes savantes médiévales et spécialistes du folklore. Le Moyen Age français a connu en effet sur une durée d’au moins deux siècle une veine littéraire non-sensique, qui prit des formes diverses, de la fatrasie à la resverie, du fatras à la sotie… Le non-sens apparaît par ailleurs comme une donnée récurrente de la littérature orale, à travers ses différents genres, mais plus particulièrement dans les formes carnavalesques et dans les enfantines. L’étude des relations entre ces deux univers langagiers, n’avait jamais fait l’objet d’une étude d’ensemble qui pose la question d’une ou de plusieurs structures langagières communes – d’une « matrice » du non-sens poétique – par delà les très perméables frontières du savant et du populaire, de l’écrit et de l’oral, des formes fixes et des formes mouvantes.

 

MOUGIN, Sylvie, « Du non-sens au nonsense (sans italique) : en guise d’introduction… », in GROSSEL Marie-Geneviève et MOUGIN Sylvie (sous la dir.), 2004, Poésie et rhétorique du non-sens. Littérature médiévale, littérature orale, Presses Universitaires de Reims, pp. 13-23.

Après avoir rappelé la problématique commune aux deux journées d’étude, je souligne la contradiction qui réside dans l’expression « littérature du non-sens » et propose de franciser nonsense, qui réfère à une tradition littéraire reconnue dans les pays anglo-saxons, en « nonsense » sans italique.

 

MOUGIN, Sylvie, « Non-sens et procédés fatrasiques dans les ventes d’amour lorraines », in GROSSEL Marie-Geneviève et MOUGIN Sylvie (sous la dir.), 2004, Poésie et rhétorique du non-sens. Littérature médiévale, littérature orale, Presses Universitaires de Reims, pp. 275-301.

Dans le cadre de la journée « Rhétorique du non-sens dans la littérature orale », la communication portait sur le caractère nonsensique et parodiques des « ventes d’amour » du folklore lorrain, rassemblées dans Les Ventes d’amour. Jeu courtois et rituel carnavalesque dans la Lorraine traditionnelle.

 

MOUGIN, Sylvie, 2004, « La forge des sexes. Forgerons magiciens et forges merveilleuses dans le conte, le théâtre et l’imagerie populaire », in Claude Brévot-Dromzée (sous la dir.), Les Arts du feu, Presses Universitaires de Reims, pp. 53-74.

L’article examine la « texture mythique » (N. Belmont) de contes populaires français qui mettent en scène un forgeron démiurge ou intercesseur. Il s’agit des contes T. 330 « Le diable et le maréchal-ferrant », T. 753 « Le Christ et le forgeron », T. 785 « Qui a mangé le coeur de l’agneau », dont un des développements comporte le motif des « fondeurs de vieilles ». L’article ensuite élargit l’analyse au motif populaire de la forge merveilleuse présent dans la série d’estampes de « la guerre des sexes » et dans le théâtre comique français du XVe siècle. Sont évoquées les pratiques de la forge liées au corps des femmes, – tel le martelage du ventre des femmes enceintes. Dans les représentations populaires, le forgeron apparaît comme une fausse femme et la forge, comme dans d’autres cultures, africaines notamment, un lieu primordial où se refond et se reforge l’identité des sexes.

 

MOUGIN, Sylvie, 2008, « J’apprends à votre fille à faire des paniers : Equivoques et métaphores érotiques dans les chansons traditionnelles françaises » in André-Marie Despringre et Jean-Pierre Bertrand (sous la dir.), Chansons en mémoire, mémoires en chansons. Hommage à Jérôme Bujeaud, Paris, L’Harmattan et Ethnodoc. 

De nombreuses chansons traditionnelles, particulièrement celles classées par les ethnographes en chansons badines, comportent des sous-entendus grivois qui les caractérisent comme un registre chansonnier particulier, intermédiaire entre celui des chansons galantes où abondent les clichés du discours courtois et celui des chansons obscènes où s’affiche clairement la crudité du propos. Les équivoques et double sens qu’elles contiennent reposent sur un petit nombre de procédés stylistiques et rhétoriques dont le plus fréquent reste la métaphore lexicalisée. La communication, à partir d’exemples précis, montrent comment ces métaphores, inscrites dans le code linguistique de la communauté, constituent de véritables nœuds sémiotiques où se recoupent façons de dire rurale, pratiques villageoises et représentations du monde social et naturel. Les analyses s’appuient sur les recueils de chansons de la deuxième moitié du XIXe siècle, complétés par le corpus de l’association AREXCPO-Vendée (Association pour l’Expression et la Culture Populaire).

 

MOUGIN, Sylvie et ANAKESA, Apollinaire, "The Risqué Repertoire in Folksongs of the Vendee Region of France: an Ethnolinguistic and Musicological Study" pour le colloque d’ethnomusicologie "Music and the Art of Seduction", organisé par l’Université d’Amsterdam, Amsterdam, 19-22 mai 2005 (A paraître).

Et MOUGIN, Sylvie «  Les chansons traditionnelles à sous-entendu : ne pas dire pour mieux dire et comment le chanter (Vendée) »,   intervention dans le séminaire  sur le non-dit dirigé par Micheline Lebarbier, LACITO-CNRS, Villejuif, novembre 2005,  à paraître dans un prochain numéro des Cahiers de littérature orale.

Et MOUGIN, Sylvie « The Performance of double entendres in songs of the Vendée region of France » pour le séminaire international “Arquivos Orais e estudos etnomusicologos, linguisticos e anthropologicos da oralidade”, CIDEHUS, Université d’Evora, Portugal, 17-18 décembre 2007.

            A la suite de la communication précédente, il nous a paru intéressant d’observer comment dans la performance les chanteurs présentent le jeu sur le double sens, en orientant ou non  le décodage du sens de la part des auditeurs. Dans ce but, en juillet 2004, nous avons filmé une veillée chez l’un des chanteurs au cours de laquelle plusieurs chansons à sous-entendus ont été chantées, ainsi que des chansons du registre obscène. Nous avons également rencontré et filmé plusieurs chanteuses à leur domicile. De l’analyse minutieuse des documents vidéo ainsi obtenus, il ressort que les chansons à sous-entendus requiert un type d’interprétation particulier, très sobre, où  la gestuelle joue un rôle déterminant pour attirer l’attention sur les passages à double sens, de même que l’interprétation musicale qui montre des allongements rythmiques à ces endroits de la performance.

 

MOUGIN, Sylvie, 2007, Ton petit oisillon, ma belle. Chansons à sous-entendus recueillies en Vendée. Coffret CD-DVD-ROM, Saint-Jean-de-Monts, EthnoDoc-Vendée-Patrimoine (référence AVPL 57. DVD  comportant l’enregistrement de 24 chansons tirées du fonds de collectage de l’AREXCPO-Vendée (Association pour l’Expression et la Culture populaire), interprétées par des informateurs et des textes de présentation et d’analyse.

http://arexcpo.envendee.free.fr

 

MOUGIN, Sylvie, 2008, « "Sans papier et sans encre" : la lettre représentée dans la chanson de tradition orale », Cahiers de Littérature Orale n°62 Livres, lecteurs et lectures dans la littérature orale, numéro coordonné  par Nicole Belmont et Jean-Marie Privat.

L’article décrit et analyse le motif de la lettre dans les chansons françaises de tradition orale. Alors que les livres n’y sont presque jamais mentionnés, les références à des lettres, billets ou autres « mots d’écrit » abondent dans les chansons recueillies par les folkloristes, au point qu’on peut se demander ce qui fait sens pour ceux qui les chantent de ces pratiques de l’écrit qui leur sont encore largement étrangères. L’article montre que les lettres, symbolisant principalement l’éloignement et la séparation, entretiennent un rapport étroit avec la thématique du mariage.

Abstract

This paper focuses on the motif of letters in French folksongs. While books are hardly ever mentioned in the traditional repertoire of the 19th and 20th Centuries, references to letters, notes or “mots d’écrit” are frequent enough for one to wonder what they actually represented for the singers and their audience, who were largely unfamiliar with the uses of writing. The analyses show that letters, as symbols of separation, are strongly connected to the theme of marriage in traditional France.

 

MOUGIN Sylvie, 2007, « Le chemin de Paradis n’est pas plus large qu’un cheveu de tête : la prière dans l'oralité paysanne", in Michel TAMINE (sous la dir), Dévotions populaires,  Langres, Éditions Dominique Guéniot.

La communication porte sur un aspect délaissé de l’oralité traditionnelle : les prières vernaculaires, en patois ou en français dialectal, que se sont transmises jusqu’au milieu du XIXe siècle les paysans des campagnes françaises. Ces prières ne s’identifient ni aux prières liturgiques transmises par l’Eglise ni aux prières littéraires du Moyen Age dont elles ne découlent pas. Elles forment un très riche corpus relevé principalement à la fin du XIXe siècle et présentent d’une région à l’autre et par delà les aires linguistiques des motifs récurrents comme celui de la « petite planchette, pas plus large qu’un cheveu de tête », qu’il faut franchir en proférant la prière, pour entrer au paradis. Certains de ces motifs réapparaissent dans d’autres genres de la littérature orale, d’autres leur semblent spécifiques et présentent la singularité de ne se retrouver que dans des textes savants très anciens, comme la « Vision de saint Paul » dont la première version remonte au IIIe siècle.

 

MOUGIN Sylvie, 2009, Au Paradis, il y a une planchette… Les prières de l’oralité traditionnelle, Reims, Presses Universitaires de Reims.

 Genre méconnu de l’oralité traditionnelle, proscrites par l’église, ces oraisons qui nous sont parvenues grâce aux recueils ethnographiques sont  l’expression d’une dévotion populaire qui s’incarne dans une vision du monde, dans un système de pratiques et de représentations propres aux sociétés villageoises françaises des XVIIIe et XIXe siècles. Pour la première fois, leur est consacré un recueil précédé d’une étude d’ensemble, qui autorise des comparaisons régions par régions et resitue ces textes dans la culture où ils prenaient sens. Au carrefour de l’anthropologie religieuse, de la philologie et de l’ethnolinguistique, l’ouvrage est une contribution à l’étude de la sensibilité et de l’imaginaire religieux populaires  ainsi qu’à la connaissance des formes et du fonctionnement de la littérature orale du domaine français.

MOUGIN, Sylvie, 1999, « Le Jardin d'Amour ou les figures végétales du désir amoureux », Parlure, revue du Centre Charles Bruneau, n° 12-13, 1999, pp. 133-147.

Cet article étudie un motif hérité de la topique médiévale, celui du Jardin d’Amour, présent dans le roman de la Rose et sa réappropriation par la littérature orale (motifs dérivés des « graines d’amour », de « l’arbre d’amour », de « l’entrée au jardin ». )

 

MOUGIN, Sylvie, 1999, « Neptune et satyre en gallo-roman », Parlure, revue du Centre Charles Bruneau, n° 12-13, pp. 14-26.

Cet article s’intéresse aux survivances de la mythologie antique dans le domaine des noms de lutins. Il reprend le dossier de l’étymologie du mot « lutin », qu’une tradition médiéviste fait dériver du nom du dieu romain Neptune, pour montrer que ce dossier ne repose que sur une forme non attestée – reconstruite par L. Constans dans son édition du Roman de Thèbes – et ne prend pas en compte les gloses talmudiques de Raschi de Troyes (XIe siècle) où sont attestées les formes les plus anciennes nuiton et nution ; en contrepartie, il propose, en relation avec les données folkloriques, médiévales (Gervais de Tilbury , Thomas de Cantimpré) mais aussi modernes, notamment le corpus de contes de lutins d’Elisée Legros, de voir dans la forme ancienne nuiton, un dérivé de nuit.

Dans une deuxième partie, l’article propose de faire remonter l’étymon de « sotret, satré », le nom du lutin lorrain, à un dérivé diminutif de satyre * satyrellu(m), sur la base des données linguistiques et folkloriques.

 

3)      La sociolinguistique des parlers gallo-romans et des français régionaux.

 

MOUGIN, Sylvie, 1991, « La conscience linguistique en Lorraine romane », in Claude Bouvier et Claude Martel (sous la dir.), Les Français et leurs langues, Actes du colloque organisé par le CREHOP et le laboratoire de Dialectologie de l'Université Paul Valéry de Montpellier en sept.1988, Publications de l'Université de Provence, 1991, pp. 85-98.

La communication restitue et analyse le discours des informateurs de l’Atlas linguistique et ethnographique de la Lorraine romane sur les représentations conjointes (contexte de diglossie) entre les parlers ruraux (patois pour les informateurs) et la langue dominante, le français.

 

MOUGIN, Sylvie, 2004, « Un cas de linguification : la revendication de la langue champenoise »  in Jean-Michel Eloy (sous la direction de), Des langues collatérales. Problèmes linguistiques, sociolinguistiques et glottopolitiques de la proximité linguistique, Actes du Colloque international réuni à Amiens, du 21 au 24 novembre 2001, Paris, L'Harmattan, 2 volumes, pp. 271-286.

Il y a quelques années est apparue à Troyes une association "Lou Champaignat" qui  revendique la reconnaissance et la promotion de "la langue champenoise".  Cette association bénéficie d’aides financières de l’Union Européenne et du soutien du Bureau Européen pour les langues moins répandues.

En conjuguant analyse de discours et enquête sur l'association, la communication montre le rôle que peut jouer une association comme celle-ci dans la reconnaissance scientifique et institutionnelle d'un nouvel objet linguistique et met en lumière le processus d'hypostase de parlers ruraux, voire de français régional, en langue (au singulier) européenne régionale, différenciée des parlers des zones limitrophes.

 

MOUGIN, Sylvie, 1990, « De quelques aspects de la morphologie nominale des parlers lorrains et picards », Mélanges offerts au Professeur Fernand Carton, Presses Universitaires de Nancy, pp. 317-327.

Et "Function of Derivation in Gallo-Roman Dialects of North-Eastern France (Picardie, Champagne, Lorraine)", communication au colloque de Nijmegen MORFOLOGIEDAGEN 1998 (non publiée).

Ces deux communications étudient le phénomène de la dérivation morphologique, très présent dans les parlers gallo-romans comme dans le français populaire et s’interrogent en particulier sur l’étonnante productivité du préfixe privatif Dé- , fort bien représenté dans le lexique relatif aux pratiques langagières, notamment celui de la médisance.

 

4)      L’étude des pratiques argotiques juvéniles.

 

MOUGIN, Sylvie, 2000, « Les Pratiques argotiques des collégiens », in Djamila Saadi-Mokrane (sous la dir.), Sociétés et cultures enfantines, Actes du colloque organisé par le CERSATES et la SEF à l'Université de Lille 3, les 6-7-8 nov 1997, Presses Universitaires de Lille, 2000, pp. 175-180.

"Les langues secrètes des enfants", émission de radio sur France Culture dans le cadre d'une série de 5 émissions de Marc Coget consacrées aux cultures enfantines, janvier 1998. Autres participants : Geneviève Calame-Griaule, Yves Delaporte.

"T'as pas une schmère ? Régionalismes argotiques de Lorraine", communication dans le cadre du Centre d'Argotologie de Paris V, 1997 (non publiée).

Ces trois interventions s’appuient sur des enquêtes auprès de 600 collégiens de 3 régions : Lorraine (Nancy), Champagne (Châlons-sur-Marne) et Bretagne (Saint-Brieux, Corley, Lannion). Dans chaque région, ont été visités un collège de centre ville, un collège de ZEP et un collège rural. Les enquêtes permettent de mettre en évidence plusieurs faits : la pratique argotique commence réellement en 5e et ne se poursuit guère au-delà du collège. Elle correspond à un phénomène de classe d’âge et à une initiation entre pairs. Le niveau de compétence argotique n’est pas corrélé à l’appartenance aux milieux dits « défavorisés » ni à la faiblesse des résultats scolaires. Les enfants ont une très bonne conscience linguistique et donnent de meilleures définitions de l’argot que les adultes. La différenciation sexuelle ne joue pas un rôle majeur : simplement les filles disent ne se servir de termes argotiques que pour répondre aux garçons. L’étude montre que la fameuse trilogie des fonctions argotiques – ludique, cryptique et identitaire – n’est pas pertinente dans ce contexte.

Les analyses s’appuient sur l’analyse de discours, le traitement des données lexicales en corrélations avec des données sociologiques et scolaires ; elles montrent l’intérêt de renouer, pour l’étude de ces pratiques juvéniles,  avec les préoccupations de la sociologie du langage de Marcel Cohen et l’ethnographie des langues spéciales d’A. Van Gennep.

 

MOUGIN, Sylvie (à paraître), « Insultes rituelles et langues d’initiation dans La Guerre des boutons de Louis Pergaud », pour le colloque international Cultures enfantines : universalité et diversité, organisé par le CRINI de l’Université de Nantes, les 15-16-17 mars 2007. Publication prévue aux Presses Universitaires de Rennes. 

Et "Insultes rituelles, territoire et identité dans la société paysanne du XIXe siècle", communication au colloque "Territoire et identité" organisé par le Centre d’Histoire Culturelle de l’Université de Reims, mai 2003 (actes non publiés).

Ces deux communications abordent La Guerre des boutons  (1912) de Louis Pergaud comme un document ethnographique sur les pratiques langagières juvéniles dans la société paysanne traditionnelle.

Abstract

“Verbal duels and initiatory language in La Guerre des Boutons by Louis Pergaud (1912)”

Famous in France and abroad since Yves Robert’s film adaptation, Louis Pergaud’s novel La Guerre des Boutons (“The War of the Buttons”), published in 1912, tells the story of rival gangs of schoolboys from the author’s native region at the end of the 19th Century. In it, we see the children of Longeverne and Velrans, two neighboring villages in Franche-Comté, engage in constantly escalating battles where they cut off the buttons, shoelaces and underwear of their captured opponents in order to get the boys in trouble with their parents. Before each battle, like Homer’s warriors, they throw epic insults at each others.

In addition to the exceptional quality of the writing, which alternates from the narrator’s literary French and the kids’ crude, rustic and slangy language, the interest of the novel lies in Pergaud’s rendering of the true life of a peer group in all its aspects, without the slightest concession to Puritanism or good taste. A former member of those gangs and also a former schoolteacher, he was in a good position to depict the world and adventures of teenagers in the countryside, as he explained in a letter to one of his friends. While working at his novel, he was aware that the style and contents would be too spicy for many readers of his time.

When the book was published, critics indeed questioned the realism of the story, wondering in which village one could find kids speaking like Parisian gangsters and with such shocking habits as the ones described.

In this paper, we will quote some of Pergaud’s defenders, who confirmed the realism of the story, from their own experiences. We will also present the ethnographers’ reports of children’s battles, especially Arnold Van Gennep’s in the Manuel de folklore français. The geographical and historical data show that such battles among children do not depend on any contingent reason to occur. The question thus is to understand what is at stakes in those battles. We will focus on the collective and individual motivations behind this practice, which is common in traditional rural France. It will be shown that the use of slang by children as well as the epithets they exchange before the battles are instances of anthropological universals, namely initiatory languages and verbal duels.

 

MOUGIN, Sylvie, 1997,  « T’as pas une schmère ? Les pseudo-germanismes argotiques de Lorraine. Un exemple de différenciation sociolinguistique. » Communication dans le cadre du centre d’argotologie de Paris V. (Non publié)

La communication présente une liste d’argotismes relevés dans la région de Nancy chez deux catégories de locuteurs : les collégiens interrogés pour les enquêtes sur les pratiques juvéniles et de jeunes locuteurs de 18 à 30 ans vivant à la limite de la marginalité, interrogés par deux de mes étudiants de maîtrise de Nancy II. Ces mots sont inconnus des ouvrages sur l’argot comme des données disponibles sur le français régional. Ils présentent des caractéristiques phonétiques particulières : monosyllabisme, combinaison de la chuintante ch et d’une sourde à l’initiale, voyelle fermée sous l’accent, apparition de l’ich-laut, qui évoquent des germanismes mais à ces lexèmes ne peuvent être rapprochés d’aucun mot allemand, francique ou alémanique. Ils sont liés à une sociabilité virile, celle des bars et des clubs de foot et correspondent à la volonté des locuteurs de se démarquer de la classe sociale la plus proche : celle des ouvriers et petits employés qui jouent le jeu du système social.

 

MOUGIN, Sylvie, « L'homogénéité de l'argot : un mythe qui a la vie dure », communication au colloque thématique du Cercle Belge de Linguistique : la variation dans la langue (sub)standard; 1997. (Non publié).

La communication tente de mettre fin à un mythe, celui de l’argot comme variété homogène, non soumis à la variation géographique, mythe entretenu par les récentes publications sur l’argot des banlieues, qui construisent un imaginaire linguistique et social : celui d’une contre-norme homogène, exhibée comme manifestation d’une sous-culture atopique, dans le droit fil de la lexicographie des siècles précédents (voir ouvrages sur les patois). En contrepoint sont présentées les résultats de mes enquêtes sur l’argot des collégiens (voir ci-dessus) qui mettent en évidence la variabilité liée au facteur géographique.