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Le Hérisson en Quête du Renard

Poésie
Sélection de poèmes de Stéphane Berrebi, artiste peintre

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Le Hérisson en quête du Renard

1994 

Je l’ai vu caché dans la trêve de l’ombre
À peine rompue par l’invite des vers luisants
Et j’ai regretté le matin fugace et la rosée de l’oubli 

J’ai voulu aussitôt quitter les couvertures de fougères
Qui m’ont retenu prisonnier des milliers d’années 

Quand j’ai vu son éclair traverser le champ moissonné
J’ai senti qu’il n’avait pas peur de la ville
Et que les étoiles de Perse fécondaient son rêve de liberté 
Cela n’a pris que quelques secondes et il a disparu
Le paysage est vallonné et plein de secrets que j’ignore
Il a disparu mais je suis son appel nez au vent oreilles en alerte
J’ai quitté mon nid et ma progéniture

J’ai peur du ruban d’acier mortel qu’ils nomment l’autoroute
Et pourtant j’ai juré de le suivre pour découvrir mon propre secret
Celui des sous-bois des champs et des ténèbres favorables

Où allait-il il ne semblait fuir personne

Il connaît tous les détours de la forêt
Et je prie chaque soir depuis les fleurs qui se referment
Pour le retrouver vif et sauf et saluer son pelage roux

Je pleure alors de voir les piquants qui me protègent
Mais qui effraient tous mes voisins de la forêt

Lui le Renard aux yeux d’éclairs n’avait pas l’air effrayé
Quand il a traversé sans frémir le seuil de sa tanière
Et qu’il a disparu à l’horizon de mon front bas
Vers des terres que j’ignore encore et poursuivant des buts qui me dépassent

Il a disparu vers la terre d’Alsace et j’ai juré de le suivre
La nuit lentement je ne sais comment je trouverai sa trace
La forêt est amicale aux animaux qui la nourrissent
Et sera généreuse pour moi le Hérisson à la poursuite du Renard

J’ai dormi dans une grange ouverte où vivaient des moutons craintifs

Sous les constellations du sud de la France
Le plus âgé d’entre eux a voulu me piétiner
Et pris de compassion je n’ai pas déployé mes piquants
Contre cet animal usé aux dents limées guetté par l’abattoir

Je suis reparti quand la luzerne était encore fraîche

Devant moi s’inclinait un vaste paysage
Des églises anciennes témoignent de mystères
Que je ne comprends pas
Mais je n’ai pas le temps d’y pénétrer
À chaque carrefour entre fossé et bruyère
Je cherche la trace du renard qui m’a fait quitter chez moi
Je veux comprendre cette force et sa vivacité
Et aussi la diversité qui compose la nature
Et pourquoi moi le hérisson obscur et déterminé
J’ai choisi de partir vers de plus hautes destinées
De traverser le monde en suivant le renard

Il m’a vite fallu quitter le manteau de la terre et de la paille
Pour la peau noire et menaçante de l’asphalte
Sa chaleur fusante m’empêchait de respirer
Les taupes meurent à vouloir s’y promener
Et j’ai dû me cacher des aigles et du regard des hommes 

Trois jours et trois nuits ont passé depuis que je l’ai vu 

J’ai découvert des fleuves que je ne soupçonnais pas
Et suivant la pente favorable à ma quête
J’ai plus souvent trouvé la lune au détour d’un couvert
Que l’étincelle de ses pas 

Mon chemin se sépare en deux sentiers qui divergent
Et bientôt se séparent eux aussi
Je peux suivre à mon choix toute cette généalogie
Mais les chemins au bout du compte se rejoignent
Et je poursuis ma route sans me soucier de sa direction 

La nuit opaque entrouvre pour moi seul de timides étoiles
Roulées en boules certaines semblent des hérissons
Lointains cousins je les invoque de mon promontoire
Quand le ciel noir tigré comme les champs
Est sillonné de météores célestes renards filants

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