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Flic en Flac Louxor Séville

Poésie
Sélection de poèmes de Stéphane Berrebi, artiste peintre

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Flic en Flac Louxor Séville

1992

Pour le treizième soir on tua le cochon
Au cours d’une cérémonie secrète où les femmes pleurèrent
Tous enviaient ceux qui avaient eu la chance de voir
Les baobabs enflammés les arbres des supplices

Les chinois jouaient aux dés pendant qu’on tranchait l’animal
Les pauvres affiches des films de cul promettaient l’impossible
Et la dernière statue de Lénine achevait de rouiller dans un jardin de cocotiers
Nommé d’après un poète anglais qui avait vécu à Paris il y a cent cinquante ans

Je tournais autour d’un cratère vieux de deux cent mille ans
Sans oser y descendre
Autour d’un lac indien sacré où nageaient des singes voleursde banane
Il m’a fallu six mois pour comprendre l’infinie tristesse de
Chamarel, la délicatesse de la pauvreté irréparable
Il n’y avait pas d’avions qui portent les exilés en terre promise
Il y avait les postes et l’EDF

Le quatorzième jour l’enfant roi naquit dans une fausse crèche
Entre deux ex-danseuses et un serveur de punch
Tous trois grimés en orientaux
Le soleil s’effondrait et le ciel couleur d’anis
Entreprenait tendrement l’océan
Jusqu’au début des cris des grenouilles qui disparurent livrées aux canards

Le vent refluait les moustiques
Et des airs de jazz mille fois rejoués entre la guerre les chars et la fuite de l’auteur au Canada
Les voitures tremblaient sur les routes décharnées qui longent la Baie du Tombeau
Je n’avais pas pris de notes

Neuf mois plus tard un Stillnox sans effet me dictait ce délire
J’ai trouvé l’île aux cerfs défigurée par les foules et les petits vendeurs
Et déracinée comme le petit-fils de son ancien propriétaire
Que je ne rappelle jamais

Les gorges du Nil peuvent être rouges comme la terre cuite
Ocre comme le cuir vertes comme les palmiers
Les serpents du soleil les larmes d’or les scarabées vermeils
Le désarroi demeurent l’apanage du fleuve au crépuscule

L’air devint juste assez transparent pour que se crispent les bas-reliefs
Et qu’entre Louxor et Thèbes hélas s’intercale Hollywood pour notre déchéance

J’ai pris plusieurs fois la pose hiératique du gardien du Nil
Le pied droit légèrement en avant
Dans l’émouvant fatras du Caire où le mystère naît de la juxtaposition comme la mélodie du cataclysme
Comme deux millions de vivants vivent parmi les morts
Et accompagnent chaque matin la barque du soleil
Avec la mélopée victorieuse du muezzin

Il n’y a plus de tulipes autour du moulin de Sir Montefiore
Plus de nénuphars à Pamplemousse
Plus de cygnes voguant sur la Baltique
Mais aujourd’hui les continents s’épousent au sud de l’Espagne reconquise

Les Sévillans dévots se pressent à la cathédrale
J’ai vu les fleurs blanches par milliers sur l’autel
Je n’ai pas crû aux étoiles d’acier provisoires
La nuit était bien verte à Séville comme la voulait Garcia Lorca
Parmi les ânes et les juments les chanteurs médiévaux buvaient la cerveza

Un soir un Cubain égaré m’a vendu deux cigares et ta main m’a rencontré
Le long des gradins de l’arène, place de l’Alcazar et même le long des rives du Guadalquivir
Les tentures entre les toits pudiquement frissonnent
Nerveuses comme des voiles
Le vent soulève les antiques stores de paille et l’eau des fontaines s’éparpille
Peut-être est-ce la fête de la moisson
Peut-être que les clochers de vieille pierre s’enflamment vraiment comme lorsque tu m’as embrassé
Comme à l’heure où les palmiers sur les terrasses paraissent s’envoler

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