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ISBN : 9782764017227

Date de parution : Avril 2011
Prix : 19,95 $

«J'aime et je respecte les personnes âgées. Ce qui m'attriste, par contre, c'est de constater leur grande fragilité
en vieillissant. Pourquoi avons-nous aussi peur de vieillir? Pourquoi cette crainte qui nous habite? Est-ce
la peur de la maladie qui nous inquiète ou celle de mourir seuls, dans l'oubli de notre propre famille ?
Ou bien serait-ce la peur du châtiment de Dieu? D'où vient cette solitude qui devient de plus en plus pesante
avec l'âge? Pourquoi le terme «vieux» nous agace-t-il autant, comme si le fait de le prononcer pouvait être
offensant et faire mourir plus vite?»
Dans cet essai, Rose Legault nous présente des gens qui savent rire, des gens extraordinaires.
Elle nous encourage à prendre de l'âge en toute confiance, en souriant et en cultivant notre sérénité.
Elle soulève une réflexion sur la vieillesse et insiste sur l'importance de rester éveillé pendant cette étape de la vie.
Préparer sa mort est un geste extrêmement important, affirme-t-elle. La vie est courte même si nous allons mourir!
À 76 ans, Rose Legault conduit une Beetle vert pomme avec toit ouvrant. Elle a toujours plusieurs projets en route.

 

Ariane Lacoursière
La Presse, le 23 juin 2011

La semaine dernière, pour célébrer ses 77 ans, Rose Legault a sauté en parachute. Cette Montréalaise, qui vient de publier un essai intitulé Les vieux, refuse de se priver de certaines activités simplement parce qu'elle vieillit. «J'hésitais entre aller au cinéma ou faire un saut en parachute. J'ai choisi de sauter!», raconte cette femme dynamique à la parole franche, à qui tout semble réussir.
La vie n'a pourtant pas toujours été tendre envers Mme Legault. En 1997, elle a appris que son mari, Edmond, était atteint de la maladie de Parkinson. Après avoir pris soin de lui pendant 10 ans, elle a dû se résigner à le placer en CHSLD. Le deuil a été difficile. Depuis, elle vit seule dans un logement du nord de Montréal. Mais elle se rend tous les jours au chevet de «son» Edmond.
En 2004, Mme Legault a perdu son fils, qui s'est suicidé. Elle a encore des sanglots dans la voix quand elle en parle. Pour ajouter à ces épreuves, elle a combattu deux cancers au cours de la dernière année, dont un qui l'a privée de sa glande thyroïde.
Mais plutôt que de s'apitoyer sur son sort, Mme Legault mord dans la vie. «Je n'aime pas la déprime, dit-elle. C'est normal d'avoir de la peine. Mais à un moment donné, il faut se fouetter et avancer.»
Dans son essai Les vieux, Mme Legault parle avec lucidité des personnes âgées, qu'elle respecte mais qu'elle se permet tout de même de critiquer. Elle classe d'ailleurs les aînés en deux catégories: les «vieux jeunes», qui sont alertes et curieux, et les «vieux vieux», qui refusent le changement et qui attendent passivement de mourir.
Mme Legault appartient à la première catégorie.
Le 6 juin, elle s'est rendue à l'école Voltige. Sur place, elle a fait connaissance avec le comédien Guillaume Lemay-Thivierge, copropriétaire de l'endroit. Ce dernier est littéralement tombé sous le charme de Mme Legault et a décidé de sauter en tandem avec elle.
«Ma mère est morte du cancer il n'y a pas longtemps. C'était une femme qui refusait de s'arrêter juste parce qu'elle vieillissait. Elle faisait du trapèze, du bungee, du parachute... Comme ma mère, Rose ne s'est pas arrêtée à cause de son âge, et c'est admirable», raconte M. Lemay-Thivierge.
Attachée fermement au comédien, Mme Legault s'est élancée dans le vide. Si elle assure qu'elle n'a pas eu peur de sauter, elle avoue avoir été «légèrement stressée» quand la porte de l'avion s'est ouverte sur le vide.
Sur la vidéo tournée le jour de son expérience, on remarque que Mme Legault semble inquiète. Agrippée au cadre de la porte de l'avion, elle refuse de lâcher prise. Elle accepte finalement de se laisser aller quand Guillaume Lemay-Thivierge desserre délicatement son étreinte.
«Regarde-moi faire! Je ne voulais pas lâcher! lance Mme Legault en regardant la vidéo sans pouvoir s'empêcher d'éclater de rire. Mais ça valait le coup! C'est l'expérience d'une vie, sauter en parachute. C'est une leçon de contrôle de soi parce que tu n'as pas le choix de te calmer. Et ça t'apprend à faire confiance à la vie.»
La descente a duré environ cinq minutes, dont une minute en chute libre. «Il faisait froid! Et il y avait un vent, ma chère! Tellement que je n'avais plus une seule ride dans le visage!» Pour Mme Legault, le bilan est clair: «C'était carrément le plus bel anniversaire de ma vie.»
Elle souhaite faire d'autres sauts. Elle a d'ailleurs déjà invité ses trois petits-enfants à se joindre à elle. Elle a également un projet de rencontre avec des élèves du primaire pour «jaser de la vie» et prévenir le suicide. Et elle souhaite réaliser un film.
«La vieillesse, c'est triste juste quand tu arrêtes de vivre», dit Guillaume Lemay-Thivierge.
Mme Legault est bien d'accord.

 

En juin 2011 pour mon 77e anniversaire
 
 
 

 À Cuba en 2012
 


Née à Lac Mégantic, Québec, sous le nom de Rose Dostie.

Mes formations :

1964 - Criminologie à l’ Université de Montréal (un an)
1965-66 - Culture Juridique à l’ Université de Montréal
1989/90 - Formation à l’université du Québec en Approche aux Mourants
1989 - Formation au CSAM (Centre Sida Aide Montréal)
1989 - Formation à l’Hôpital Notre-Dame, avec le Groupe Présence
1995 - Formation à Suicide Action (écoute téléphonique)

 

Mes expériences de travail :

* 1967 - Expo universelle de Montréal

* 1968 à 1989 - Radio-Canada- Recherchiste
* 1979 à 1989 en Beauce - Engagements et organisations de toutes sortes (ex.: chroniques journalistiques et radiophoniques,
organisation de la St-Jean-Baptiste, rénovation, élevage d'animaux, plantation d'arbres, etc.)

 

Mes autres publications :

 



Approche-toi Plus Près (livre témoignage sur le mourir)

Jouer à Faire Semblant (récit-fiction)

 

Conférences :

* Plusieurs conférences sur le mourir à : Université de Montréal, Institut Archambault, Institut Leclerc, Maisons d’hébergement
pour personnes atteintes de sida, Hôtel Dieu de Montréal et plusieurs autres.
* Plusieurs conférences pour sensibiliser les gens à la maladie de Parkinson.
* Dès l'automne 2011, conférences dans les bibliothèques avec la publication du livre Les Vieux.

 

Entrevues médiatiques :

* Isabelle Maréchal, 98,5 FM, 20 février 2015 : entrevue ayant pour thème Comment aider les personnes âgées à se protéger ?
* Isabelle Maréchal, 98,5 FM, 20 juin 2014 : entrevue sur mon expérience en parachute et sur celle d'un homme de 101 ans qui s'apprête à vivre la même. Pour écouter l'entrevue d'environ 12 minutes, cliquez sur le lien suivant : 
http://www.985fm.ca/lecteur/audio/sauter-en-parachute-a-101-ans-pourquoi-pas-que-f-229109.mp3

* Isabelle Maréchal, 98,5 FM, 6 juin 2013 : entrevue sur le suicide, en compagnie d'un représentant de Suicide-Action et du docteur Yves Lamontagne au téléphone.

* Isabelle Maréchal, 98,5 FM, 17 mai 2013 : entrevue sur Mourir avec dignité.
*
Denis Lévesque, LCN, 29 février 2012.
* Denis Lévesque, LCN, 14 novembre 2011.
* Des Kiwis et des Hommes, Radi0-Canada, 18 octobre 2011. 
* Deux filles le matin, TVA, 5 octobre 2011.
* Marie Plourde, 98,5 FM, 19 juillet 2011.
* Pénélope McQuade, Radio-Canada télé, 12 juillet 2011. Visionnez l'émission au lien suivant : http://www.radio-canada.ca/emissions/penelope_mcquade/2011/document.asp?idDoc=163168
* La Victoire de l'Amour, TVA, 7 juillet 2011, en rediffusion en septembre 2011. Voir le lien http://www.lavictoiredelamour.org/la-victoire-de-lamour-accueil pour les informations. 
* Denis Lévesque, TVA, 10 juin 2011.
* Aller-Retour, Canal Vox, 19 avril 2011.
* Radio Ville-Marie, 13 avril 2011.
* Isabelle Maréchal, 98,5 FM, 8 avril 2011.



Bénévolat :

1990 à 1994 - Après une formation à Suicide Action à Montréal en 1990, j'ai accompagné des personnes qui se mouraient du sida. Elles étaient âgées entre 18 et 56 ans. À la suite de ces expériences, j'ai écrit mon premier livre Approche-toi de plus près paru aux éditions Québécor.
2000 à 2002 - Zoothérapie dans des centres pour personnes âgées avec mon petit caniche blanc.
2001 à 2006 - Société Parkinson du Québec.
2009 à 2011 - Écriture du livre Les Vieux paru en 2011.



Projets actuels 
:

1- Écriture de mon 4e livre Parachutée.

2- Reprise des conférences sur le thème des Vieux : comment entrevoir la vieillesse pour qu'elle soit plus heureuse - bibliothèques et résidences pour personnes âgées de la région de Québec, puisque j'y habite maintenant.

3- J'aimerais bien effectuer des rencontres avec les jeunes dans les écoles pour leur parler de la VIE ! (voir, en annexe ci-bas, ma lettre écrite à mon fils Robert qui s'est enlevé la vie)

4- Démarches pour projets de film.


Des projets de prévention du suicide, comme les livres La vie avant tout et SûrVivre !, sont disponibles via le
site
www.CarlDesrochers.com

 

 Mes préoccupations sociales :

L’injustice faite aux trois catégories suivantes :
1. les enfants
2. les personnes âgées
3. les animaux

Le sort de ces trois entités me préoccupe beaucoup : dans plusieurs circonstances je suis intervenue pour prendre leur
défense malgré certains risques encourus.


Mes intérêts :

La musique classique, cinéma, lecture, l’écriture, les conversations
intéressantes, la nature, l’écoute des gens…

Mon mari était atteint de la maladie de Parkinson et a été diagnostiqué deux ans après notre mariage, soit en 1997. En mars 2012, elle l'a emporté ! Selon moi,
c’est la pire des maladies. La Société Parkinson du Québec a besoin d’argent pour faire avancer la recherche.

Le sort des aidants/tes me préoccupe énormément. Il m’arrive souvent de rencontrer des personnes qui ne connaissent pas
la maladie de Parkinson même des personnes en autorité au Ministère de la santé. Ce qui fait qu’ils ont du mal à nous croire
quand on leur parle du comportement de nos conjoints sur le plan cognitif. Cette situation est souvent très pénible (voir mon
article  Urgente, la recherche ! publiée dans le quotidien La Presse.

Pour rejoindre la Société Parkinson du Québec, voir le lien www.ParkinsonQuebec.ca.


Pour me contacter :
rose.legault@videotron.ca 

 

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Annexe : textes et articles supplémentaires

  

 Robert

Si j’avais une baguette magique, je persuaderais les jeunes de la chance exceptionnelle qu’ils ont d’être nés au vingtième siècle.

Ce matin, en écoutant madame Renée Fleming chanter Casta Diva de Bellini, un profond sentiment de tristesse s’empare de moi… Je ressens le même vide que le jour où j’ai appris la mort de mon fils. Une douleur indéfrichable! Pendant un instant, j’ai pensé mourir! Casta Diva me renvoie toute la beauté cachée de l’Être humain, mais aussi, toute la solitude qu’il peut vivre!

Je reviens à ce lundi 13 octobre 2003.

Toute la journée, j’avais tenté de joindre par téléphone le détective qui avait laissé un message urgent dans ma boite aux lettres la veille, me priant d’entrer en contact avec lui le plutôt possible en précisant le numéro de l’évènement. J’avais donc laissé un premier message dimanche en revenant d’une promenade, mais sans succès.

Lundi en début soirée, la porte d’entrée sonne, il est 19 heures. Je n’attendais personne. Dans l’interphone, une voix d’homme me demande : « êtes-vous madame Rose Legault, la mère de Robert Legault?» J’entends des pas pesants monter l’escalier et deux hommes apparaissent en montrant leur insigne. Je ne comprends pas ce que la police vient faire chez moi. Dès qu’ils franchissent la porte d’entrée, un des deux policiers insiste pour que je m’assoie. Je les dirige, vers la salle à manger et leur offre un siège. Debout à côté de moi, le sergent responsable visiblement mal à l’aise, me dit :

« Madame Legault, j’ai le regret de vous dire que votre fils est mort»! Je crois que je suis devenue blanche comme un drap et sans réfléchir, je dis: « Impossible, je l’ai vu il n’y a pas deux semaines ».Le sergent me répète tranquillement : « Malheureusement madame, votre fils est mort depuis plusieurs jours. Il a été trouvé chez lui et, d’après la décomposition du corps, ça fait plus de douze jours. Pouvez-vous me dire, quand est-ce que vous l’avez vu pour la dernière fois?». Non, pensais-je, impossible, je ne peux pas croire ça? La dernière fois que je l’ai vu, remonte au dernier samedi de septembre. Il était venu souper à la maison. J’avais remarqué combien il était calme. J’avais été le reconduire chez lui plus tard dans la soirée avec son nouveau four micro-ondes. Dans la voiture, je lui avais fait écouter un morceau de musique qu’il avait beaucoup apprécié. Il m’avait demandé le titre, j’avais répondu :«-Good by my love, I won’t See you Anymore» une fois rendue à son appartement, j’avais été étonnée du désordre : une vaisselle pas lavée traînait sur la table de cuisine, des vêtements utilisés se trouvaient en tas un peu partout, un nuage de poussière sur les meubles, un plancher sale, son lit était défait, j’étais surprise car ce n’était pas dans ses habitudes. Il m’avait rassurée : « je n’ai pas eu le temps de faire le ménage, je vais tout ranger demain, je te le promets » avait-il dit en souriant :

 Avant de le quitter ce samedi 27 septembre, il m’avait prise dans ses bras en me disant combien il m’aimait, puis d’une voix que je ne lui connaissais pas, il m’avait fait promettre de bien prendre soin d’Edmond mon mari, qui est affligé de la maladie de parkinson. Je l’avais quitté heureuse de le voir en si bonne forme, certaine qu’il avait la bonne attitude pour affronter la VIE même s’il y avait des moments difficiles. Hélas!  C‘est la dernière fois que je l’ai vu vivant! Si j’avais su!

Devant le visage sérieux des policiers, il n’y a pas de doute… j’ai l’impression de vivre un cauchemar! Mon corps tremble. Cette douleur juste là au niveau du ventre que je prends à deux mains. J’ai le sentiment étrange d’être abandonnée! Je crie : « mais pourquoi?» Pendant les minutes qui suivent, c’est d’une telle irréalité! Je me souviens avoir entendu les policiers me dire:­«  Madame, on va faire venir l’ambulance!»­­­: « non avais-je hurlé,  je veux juste comprendre! Pas besoin d’ambulance ».

La question qui me brûle les lèvres arrive tout à coup : « mon fils s’est-il suicidé?» 

À peine si j’entends la réponse : « oui, madame, votre fils s’est enlevé la Vie.» Alors, tout bascule en moi car ma peine est trop grande, non, comment est-ce que je vais  survivre à ça! Dans un souffle, je risque: « comment est-il mort?» Le policier me répond: «on attend l’autopsie pour confirmer; madame Legault; vous devrez vous présenter au poste de police de quartier pour aller chercher les affaires de votre fils dans quatre jours.»

Ces deux policiers sont restés avec moi jusqu’à l’arrivée de ma sœur. En sortant, ils m’ont souhaité bon courage.

Depuis ce temps, j’ai du mal à répondre lorsqu’une personne me demande comment ça va. Pour une mère, perdre un enfant c’est perdre un membre. Les jours qui ont suivi l’annoncent de la mort de mon fils, j’étais sur un nuage sombre. Quatre jours après, j’allai  au poste de police chercher les affaires de Robert, son père m’accompagnait. Le policier me remit des objets personnels; ses papiers d’identité, sa nouvelle passe d’autobus qu’il n’avait pas encore utilisé, ses clefs d’appartement et quelques babioles. Le plus important pour moi, était d’entrer dans son appartement. J’attendais ce moment depuis lundi. En me dirigeant vers l’immeuble qu’il habite, mon cœur bat la chamade. J’hésite avant d’entrer, puis j’ouvre tout doucement la porte. Quelle odeur! J’avais l’impression de violer un endroit qui ne m’appartenait pas. Sur le divan, j’aperçois une grosse tache de sang et des dizaines de petits verres blancs qui se tortillent, je n’en reviens pas! Je vais vomir! Sur le plancher de la cuisine, il y a une mare de sang séché à côté de laquelle se trouve un exacto plus large que tous ceux que j’avais vus jusqu’à ce jour. Le cœur me manque. Est-ce le couteau que mon fils aurait utilisé? Il est rouge de sang. Comme une folle, je cherche un indice, une lettre, il a dû m’écrire, où est-elle? Je cherche partout, en dessous de son matelas, dans la salle de bain, sur sa petite étagère… rien! Sur le mur près de la table de cuisine, je vois une empreinte de main tachée de sang… Comment expliquer cela? Je questionne la police à ce sujet, on ne veut rien me dire! Je veux savoir ce qui est arrivé, je veux comprendre, peut-être que c’est un meurtre, ce pourrait-il que ça ne soit pas mon fils? Je ne sais rien, je n’ai aucune preuve, car la police a refusé de me laisser voir le corps de mon fils Robert. Il faut attendre le rapport d’autopsie, m’avait dit, le policier. Dans mon esprit, j’échafaude toutes sortes de possibilités, je veux savoir pour comprendre ce qui s’est passé. Le médecin légiste m’appelle pour me demander si mon fils Robert allait chez le dentiste. Il faudrait une empreinte dentaire me dit-il, car le corps trop putréfié est identifiable avec les photos que la police a prises -ajouta le médecin légiste. En cherchant dans ses papiers, je trouve une facture récente de son dentiste. J’obtiens un rapport de radiographie que je remets au médecin légiste. C’est cela qui identifiera mon fils. Il avait 37 ans.

Heureusement que ma fille était là! Sans elle, je ne sais pas comment j’aurais fait pour tenir le coup. Quelques jours après, elle était descendue de Québec et c’est ensemble que nous nous sommes rendues à la morgue pour rencontrer le médecin légiste. Je voulais absolument voir le corps de mon fils pour l’identifier.

 «C’est impossible, me dit le coroner, dans l’état où il est, cela risque de vous causer un trop grand choc ». J’avais l’impression pourtant, d’être suffisamment forte pour affronter cette épreuve ultime. Le coroner avec l’appui de ma fille m’a dissuadée de ne plus insister. Il m’a fallu accepter de ne pas voir son corps et par le fait même faire confiance au médecin légiste. J’ai trouvé cette étape bien difficile et encore aujourd’hui, quand j’y pense, il arrive que je me demande – se pourrait-il que ce ne soit pas le corps de mon enfant?

Le rapport d’autopsie arriva comme une sentence le 22 juin 2004 :

La victime présente des plaies faites avec un instrument piquant et tranchant. Quatre plaies sont décrites de façon particulière. Une première se situe à la partie antérieure du poignet gauche et mesure 10 x 5 cm. Cette plaie se rend jusqu’au muscle et au tendon, mais ne rejoint les gros vaisseaux de l’avant-bras gauche.

Les plaies no 2-3-et 4 sont situées à la partie gauche du thorax. Deux plaies sont superficielles. La troisième est une plaie pénétrante de 5.2 cm de longueur et d’environ 8 cm de profondeur dans le corps. À la dissection, on constate que l’instrument piquant et tranchant a pris dans le corps une direction horizontale para sagittale d’avant vers l’arrière. Il a été enfoncé au travers du 5e espace intercostal gauche, du péricarde et de la paroi antérieure du cœur. La trajectoire s’est terminée dans le ventricule gauche. Ces lésions ont entraîné l’apparition d’un hémopéricarde d’environ 200 cc entraînant la mort. Fin

C’est le rapport d’autopsie qui vient clarifier le décès de Robert. Pour s’être mutilé autant, je me suis dit qu’il devait être complètement gelé. Le rapport de toxicologie note seulement la présence de Phencyclidine (PCP) secondaire et une faible concentration de métabolite de la cocaïne. Pas suffisamment pour justifier un tel geste.

Autrement dit, mon fils s’est enlevé la Vie en sachant ce qu’il faisait. Il avait réfléchi avant de prendre cette décision. Son attitude de calme me l’a démontré la dernière fois que je l’ai vu. Je sais que le suicide n’est pas un choix, mais une décision.

Quatre années ont passé et j’essaye encore de comprendre le geste de mon fils, et pour quoi il avait eu le mal de vivre au point de vouloir en mourir! À son adolescence, je m’étais aperçue d’un certain changement dans son attitude. Il commençait à devenir agressif, ne trouvait rien de stimulant, se perdait dans ses pensées et refusait de parler, de dire ce qui n’allait pas. À ses vingt ans, j’aurais aimé qu’il voie un psychologue. Il avait commencé à tenir des propos bizarres, il lui arrivait même d’entendre des voix. J’avais insisté pour qu’il suive une thérapie, j’aurais tout payé. Il refusait catégoriquement. Quelques années plus tard, il a trouvé une échappatoire en jouant aux échecs avec des professionnels, il faisait du Kung Fu et son rêve était d’ouvrir une école pour l’enseigner. J’étais contente, je le pensais plus heureux. Dans les dernières années de sa vie, il était plus calme. Jamais il ne m’avait parlé de suicide. À sa mort, je me suis demandé pourquoi le mal de vivre l’avait tué. J’en ai malheureusement conclu, qu’il y a des êtres humains souvent plus sensibles que d’autres, qui n’ont aucune habileté au bonheur.

 
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