4. Brève chronologie historique de la ville

1006 : début du XIe siècle, entre 1006 et 1035 à l'apogée du mouvement monastique, le comte Hugues IV d'Eguisheim (+ 1048) et son épouse Heilwige de Dabo (+ 1046), parents de Bruno, le pape Léon IX, fondent un couvent de bénédictines au sud-ouest de leur village de Woffenheim, qui marque le point de départ de la fondation de SCP. Selon Jean de Bayon, qui cite Belhomme (Dom Humbert) la date de fondation serait plus précisément 1006.

1049 : le pape Léon IX fit don au couvent de trois reliques de la sainte croix montées en forme de croix, qui sont conservées aujourd'hui encore à l'église (d'où le nom de Sainte Croix) ainsi que des habits liturgique . Lors de son même passage, il consacra la première abbesse qui s'appelait « Kuenza» et bénit l'église et le cimetière du couvent.

1049 : le pape soumet le monastère à la protection du siège papal et lui conféra la liberté romaine. L'évêque diocésain gardait le droit de présider à la bénédiction des moniales et à la consécration des autels.

1049 : Le pape demandepour lui et pour le repos des âmes de ses parents, que le couvent fournisse chaque année au pape une rose d'or pesant deux onces (soit 54,5 grammes) selon une charte établie à Rome le 18 novembre 1049.

1143 : peu après 1143, le comte Ulrich d'Eguisheim décéda sans laisser d'enfants. Les comtes de Ferrette, parents par alliance, héritèrent des biens, à l'exception cependant du château d'Eguisheim.

1175 : première mention du château élevé par les comtes d'Eguisheim-Dagsbourg, fondateurs de l’Abbaye de Ste Croix, qui veille également sur les premières maisons qui se sont construites autour du couvent et qui forment le noyau du futur village. le château est la résidence du bailli des comtes d'Eguisheim.

1225 : extinction de la ligne des Eguisheim-Dagsbourg. Déjà en 1144, la ligne masculine d'Eguisheim expira et leurs possessions échurent par héritage aux comtes de Ferrette, parents par alliance, puis en 1225 c'est la ligne des Dagsbourg qui disparait avec le décès de Gertrude. L'héritage est âprement disputé entre divers prétendants : son dernier époux Simon de Linange, les comtes de Ferrette, déjà héritiers de la lignée d'Eguisheim en 1144, le duc Henri de Brabant, ses oncles maternels les margraves Hermann et Henri de Bade, l'évêque de Strasbourg Berthold de Teck. Ce dernier sort vainqueur de cette lutte, après avoir vaincu les Linange au siège de Bernstein et racheté leurs droits à héritage aux margraves de Bade. L'évêque de Strasbourg a fait entourer ville et monastère de SCP par une enceinte entre 1230 et 1250.

1249 : Conrad, fils de l’empereur Frédéric II ennemi acharné de l'évêque de Strasbourg, détruit ville et château. « Cunradus filius Friderici sanctam crucem oppidum dextruxit » (Annales de dominicains de Colmar) pour faire un exemple et tirer vengeance du prélat.

1251 (5 février) : le Comte de Ferrette Ulric 1er Landvogt impérial renonce à ses revendications à propos de l'héritages des Eguisheim-Dagsbourg. et accepte en fief le château de Wahlenbourg et ses annexes, comprenant SCP et Woffenheim, ainsi que les châteaux du Honack et du Wineck. L'évêque incorpore le domaine de SCP dans le bailliage épiscopal du Mundat supérieur de Rouffach.

1292 : un différend oppose la ville de Colmar à l'évêque de Strasbourg et les milices bourgeoises colmariennes occupent la cité.

1298 (13 février) : le comte Thibaut de Ferrette, Landvogt d'Alsace est chargé par le roi Adolphe de Nassau de ravager les domaines de l’évêque de Strasbourg, partisan des Habsbourg. L’armée marche sur Ste Croix, dévaste la forêt et assiège la ville. les attaquants construisirent une tour de bois à trois étages et la traînèrent vers le fossé. Les assiégés voyant que toute résistance était inutile se rendirent sans conditions et la ville est prise et pillée. La gardienne du monastère s'était préalablement réfugiée à Colmar avec ses richesses, les reliques et l'habit sacerdotal laissés jadis par le Pape Léon IX (Chronique de Colmar).

Puis à son tour, l'évêque riposte. Ses troupes reprennent l'initiative et ses troupes s'emparent de SCP, dont les enceintes sont rasées et le château incendié.

La paix revenue, les enceintes sont restaurées par l'évêque de Strasbourg avec les pierres qui proviennent du couvent Saint-Jean de Rouffach.

1334 : l'évêque donne ville et château en fief à Guillaume de Waldner.

1366 : SCP entre dans une union avec les villes de Colmar, Rouffach, Soultz et Eguisheim pour protester contre l'obligation de soumettre les affaires au tribunal épiscopal de Bâle.

1366 : l'évêque de Strasbourg cède à Hans von Haus d'Isenheim la ville et le château, ainsi que Dintzheim, pour la somme de 4600 florins d'or, en conservant toutefois ses droits sur le péage et l'« Umgeld » la taxe sur le vin.

1369 : l'évêque cherche à racheter son engagère, mais les fonds lui faisant défaut, il emprunte 1000 livres qui doivent lui permettre de racheter notamment la ville de SCP.

1391 : l'évêque Frédéric de Strasbourg vend au chevalier Werner de Raedersdorf et à son épouse Anne d'Eptingen ainsi qu'à son neveu Jean, fils de son frère, une rente de 350 florins d'or, payable chaque à la Saint-Martin, pour la somme de 4200 florins d'or. En garantie, il donne à l'acheteur le château et la ville de Sainte-Croix, avec tous les droits et revenus y attachés. Cependant, la ville devra toujours être ouverte à l'évêque et à ses successeurs.

1394 : Bourcard de Lutzelstein, successeur à l'évêché de Strasbourg de Frédéric (voir ci-dessus), engage au duc Léopold d'Autriche le Mundat supérieur, y compris SCP. La ville, déjà vendu aux Raedersdorf, se trouvait donc en même temps hypothéquée à la maison des Habsbourg. Situation d'autant plus incompréhensible que le nouvel évêque avait donné son consentement à la vente conclue en 1391.

1409 : conflit entre les parties concernées par cette double appartenance qui prendra fin l'année suivante par un traité signé entre les Raederdorf et l'évêque.

1410 : les Raedersdorf offrent finalement ville et château aux puissants Habsbourg.

1412 : la ville signe un traité d'alliance entre elle, l'archiduc d'Autriche Frédéric et la ville de Bâle.

1414 : séjour du duc d'Autriche et de son chancelier Hanss de Wolkenstein au château.

1415 (avril) : le roi des Romains ordonne de réduire par la force les villes qui se sont rangées du côté de Frédéric d'Autriche. Le 30 avril, les troupes de l'électeur palatin Louis le Barbu ouvrent le feu sur la ville avec leurs canons pour en renverser les enceintes. Le bombardement dure 3 jours jusqu'à l'engagement de ses habitants de se rendre et de prêter allégeance à l'électeur palatin Louis le Barbu. Celui-ci occupe ville et château et considérera sa prise de guerre comme étant sa propriété personnelle.

1425 : un litige oppose le noble Wernher de Hadmannsdorf au comte palatin à propos du péage. Hadmannsdorf avait acquis une rente de 175 florins sur la ville et le château en échange d'une avance de 2100 florins. Un arrangement est trouvé en 1431.

1444 : SCP, toujours aux mains du comte palatin, subit assaut, occupation et pillage de la ville et du château de la part des Armagnacs. SCP est occupée par 1500 soldats qui ne se retireront qu'en juin 1445.

1446 : à présent c'est l'évêque de Strasbourg qui entame un litige contre les Hadmanndorf toujours à propos d'une rente. Mais l'évêque sera débouté et les Hadmannsdorf confirmé dans leurs droits sur la ville et le château tant que leur rente n'aura pas été éteinte.

1461 : le couvent s'est maintenu jusqu'en 1461, date du décès de la dernière abbesse Ursula zu Rhein. A cette date les habitants de SCP demandent au pape la suppression du couvent et sa transformation en une église collégiale de chanoine. Le changement est demandé par le pape Pie II dans une bulle du 12 janvier 1461 puis autorisé par le pape en 1462, avec la création d'un chapitre de 13 chanoines conduit par un doyen, dont dépendait également la paroisse

1477 (janvier) : L'armée des Confédérés suisses, sur son chemin de retour de la bataille de Nancy qui s'est soldée par la mort du Duc Charles le Téméraire, prend d'assaut le château qui est pillé et incendié. Le château fut cependant relevé peu après.

1481 (30 avril) : le comte palatin Philippe du Rhin inféode à Henri Wetzel de Marsilien le château de SCP avec tous les droits en relevant.

1504 : la guerre de succession de Bavière permet à Maximilien 1er de Habsbourg de reprendre au comte palatin ville et château de SCP, qui sont engagés à son bailli, Henri Wetzel von Marsilien.

1505 : Maximilien 1er reconnaît devoir à Henri Wetzel von Marsilien 1200 florin au titre de son éviction de la ville et du château de Sainte Croix qu’il lui avait engagé.

1512 : l'empereur Maximilien vend château et ville à son argentier et conseiller Jacob Villinger de Schœnenberg pour la somme de 12 000 florins.

L'empereur cède à l’évêché de Strasbourg la moitié des droits qu’il possède dans cinq villages de l’Empire sis dans la « Landvogteÿ » de Haguenau, contre la ville et le château de Sainte-Croix qui a été vendu à Jacob VILLINGER. Les cinq villages concernés sont : Dingsheim, Frankenheim, Offenheim, Dossenheim et Waldolwisheim.

Les personnes suivantes qui avaient des droits sur les villages concernés donnent successivement leur accord à l'échange : Wladislas roi de Hongrie, Bohême, Dalmatie et Croatie, Ulrich archevêque et prince-électeur de Mayence, Richard archevêque de Trèves, Philippe archevêque de Cologne, Frédéric duc et électeur de Saxe, Landgrave de Thuringe, Joachim margrave de Brandebourg, Louis comte palatin du Rhin. Wilhelm, évêque de Strasbourg et Landgrave d'Alsace confirme également son renoncement à la possession de SCP.

1515 et 1520 : le château connait deux grands chantiers de restauration.

1524 : le chapitre de chanoines disparait en 1524 et dès lors l'église conventuelle deviendra l'église paroissiale. Cette ancienne église conventuelle consacrée à Saint Barthélémy possédait un autel dédié à Léon IX, un autre à la Vierge Marie et un troisième à Saint Pierre.1534 : les défenses du château sont renforcées suite à une invasion des français venant du pays de Montbéliard.

1536 : Ursula Adler la veuve de Jacob Villinger de Schœnenberg et son nouvel époux Jean Löblin vendent ville et château à la ville de Colmar, qui en sera le seigneur jusqu'à la Révolution.

1594 : André Beck, bailli de SCP, a son retour de la Diète d'Empire qui s'est tenue à Ratisbonne, fit réparer la tour du château et y construit un pont-levis.

1620 (11 juin) : la compagnie de Furstenberg, en provenance de Bergheim, doit rejoindre SCP, le cantonnement qui lui a été assigné, mais arrivée aux portes de la ville, on lui interdit l'entrée au motif que le bailli est absent. Pour se venger, les cavaliers brûlèrent durant la nuit tout le bois qu'ils purent trouver dans les environs de la ville et commirent des excès de toute sorte.

1621-1622 : cantonnement du régiment de Chambley

1622 (janvier) : cantonnement d'une compagnie commandée par le capitaine Dietrich Rauch de Wineda.

1622 (février) : cantonnement d'une garnison de l'armée de l'archiduc Léopold d'Autriche.

1622 (mars) : cantonnement pour une nuit d'une compagnie du régiment du comte de Saint Amour (Bourgogne) puis cantonnement des cavaliers du baron de Savoyeux.

1624 : cantonnement d'une compagnie du régiment de Schauenbourg

1631 : cantonnement de 100 hommes de guerre sous la conduite de Jacques Hennot de Belfort.

1632 (18,21 et 22 novembre) : Les suédois investissent SCP et mettent la ville à sac.

1632 (25 novembre) : escarmouches devant SCP entre les troupes du margrave Guillaume de Bade opérant une sortie de la forteresse de Brisach fortes de 1300 hommes, 200 mousquetaires et 180 dragons.

1633 : nouvelle attaque menée par les Suédois contre le margrave. Les suédois se retranchent dans le château de SCP.

1634 (février) : troisième escarmouche

1634 : Départ des suédois. Ste Croix est placé sous la protection française. SCP aurait été entièrement désertée par ses habitants entre 1633 et 1639.

1635 à 1639 : l'Alsace sert de lieu de passage aux armées Française, impériales et espagnoles qui pillent et détruisent tout.

1643-1644 : cantonnement durant 7 mois des régiments Schoenbeck et Hattstein. 80 maisons et granges furent détruites à SCP par les troupes françaises qui y cantonnèrent afin de se procurer du bois de chauffage.

D'autres cantonnements suivront : une compagnie du régiment de Schullenberg, puis la compagnie de de cavalerie légère de Saint-Victor, et enfin la garde ducale.

1647 : invasion des Lorrains, le caporal Birgaentzlin et 11 soldats occupèrent le château et y montèrent la garde pendant 13 semaines.

1648 : le traité de Westphalie met officiellement fin à la guerre de trente ans. La ville est exsangue, on estime que 90 % de la population a disparu du fait de la guerre ou n'est pas rentré d'exil.

1663 : réparation des remparts sous l'administration du bailli Röttlin.

1674-1675 : campagne de Turenne en Alsace qui se soldera par de nombreuses destructions dont un compte rendu écrit par L'hermine en1681 donne l'ampleur « de la je fus à Heilig-Creutz, en françois Sainte-Croix, petite ville que je trouvay à demie brûlée et presque déserte depuis la guerre ….on y trouvoit des restes de meubles de bois dont on avait fait du feu au millieu des rues, des chevaux morts et pourrissants, des carcasses de vaches toutes noires de qui avoit consumé leurs étables » (Lhermine Mémoires de deux voyages et séjours en Alsace 1674-76 et 1681 p. 49).

1789 : la Révolution met fin à la féodalité et la ville de Colmar, seigneur du lieu depuis 1536, y perd tous ses droits seigneuriaux.

1792 : le château est vendu comme bien national et acquis par la ville de SCP.

1800 : la ville commence à s'étendre au-delà de ses remparts.

1807 : les portes sud et nord sont détruites.

1833 : la ville fait transformer l'ancien château (celui situé le plus au nord) en logements collectifs, par faire face à la poussée démographique. De même elle acquiert par voie d'échange le bâtiment sud de l'ensemble castral pour y installer une école.

1858 : la partie nord est détruite par un incendie.


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