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A propos de la datation de la tourbe du marais de Reysson et de ses conséquences concernant le site archéologique de Brion

 

Des datations de la tourbe au carbone 14 ont été produites – il y a environ une dizaine d’années - dans une communication scientifique signée d’un groupe de géologues de haut niveau.

Sans avoir une connaissance précise de cette communication, j’appris, à l’époque, que, sur la base de datations de la tourbe, elle concluait au comblement de l’ancien golfe - dont était issu le marais de Reysson -, plusieurs millénaires avant notre ère.

Présidant, à l’époque, la Société Archéologique de Saint Germain d’Esteuil, dont le site de Brion constituait le principal sujet d’intérêt, cette conclusion dont je fus indirectement informé, me parut tout à fait stupéfiante :

Comment imaginer, en effet, que la petite ville gallo-romaine dont on avait identifié des vestiges d’une façon absolument indiscutable avait été construite dans un environnement de tourbière ?

Une telle conclusion était d’autant plus incompréhensible qu’il paraissait évident que le choix – assez singulier - d’une telle implantation ne pouvait s’expliquer qu’en raison d’une activité portuaire en relation avec la Gironde.

Connaissant la nature très calcaire du principal cours d’eau qui alimente le marais, je soupçonnais que ces datations en avaient été largement faussées ; en effet, la présence, dans ces eaux, de carbonates provenant pour moitié de calcaire fossile pratiquement dépourvu de carbone radioactif, c’est-à-dire de carbone 14, pouvait conduire - si l’on n’y prenait garde - à des erreurs de datation considérables. 

Je décidais, alors, de m’en ouvrir à l’un des signataires de cette communication que j’avais déjà eu l’honneur de rencontrer et je lui fis part de mes remarques en lui proposant une vérification expérimentale à partir de plantes aquatiques actuellement présentes dans le cours d’eau ; mes remarques ne soulevèrent pas d’objections de sa part, mais, ma proposition de vérification expérimentale ne fut pas retenue.


J’avoue, qu’avec le temps, j’espérais que cette conclusion finirait par s’estomper devant des évidences contraires.


Or, il semble qu’il n’en est rien.


Sans doute, n’ai-je pas les qualifications nécessaires pour mettre en doute de telles assertions : je ne suis pas géologue et ne dispose, en la matière, que d’une formation scientifique de culture générale (Ecole Polytechnique et Ecole Nationale des Ponts et Chaussées) ; alors, j’ai eu recours au prodigieux moyen d’information que constitue Internet ; et, par ce moyen, je me suis mis en quête de publications en provenance de géologues professionnels qui auraient pu être confrontés à ce genre de problème.


La moisson a été relativement abondante, et j’y ai trouvé la référence à de nombreuses communications en langue anglaise où il est question, à propos de datations au carbone 14, de « hard water effect», ce que je traduirai : « effet (perturbateur) des eaux calcaires ».


De ces publications, je me bornerai à citer celle qui me paraît la plus significative, dont j’ai pu me procurer le texte intégral.


Il s’agit d’un article paru dans la prestigieuse revue scientifique « Nature » ; il figure dans le n° 240 daté du 22 décembre 1972, pages 460 et 461, et est intitulé « An Example of Hard-Water Error in Radiocarbon Dating of Vegetable Matter » (Un exemple d’erreur due aux eaux calcaires dans la datation au radiocarbone de matière d’origine végétale) ; son auteur est F. W. SHOTTON du Département de Géologie de l’Université de Birmingham.

Cet article débute par des considérations générales et déclare qu’il s’agit d’une source d’erreur bien connue, une telle erreur pouvant atteindre la durée d’une désintégration de moitié du carbone 14, soit 5570 ans (*); il ajoute que cette erreur se produit quand les échantillons datés sont issus de coquillages ou de plantes qui se sont développés en eau calcaire et ont utilisé, à cet effet, des carbonates en partie non radioactifs (ce qui corrobore ce que j’ai écrit plus haut sur la présence de calcaire fossile dépourvu de carbone 14)

Il précise, ensuite, les moyens d’éviter cette erreur en utilisant des échantillons issus d’une végétation d’origine entièrement terrestre (bois, brindilles, feuilles ou graines).

Puis l’auteur aborde le sujet même de sa publication en rendant compte d’un travail effectué en collaboration avec des collègues danois et anglais sur des dépôts sédimentaires situés au nord du Danemark

L’aboutissement en est une estimation d’erreur, obtenue en comparant les datations de deux catégories d’échantillons soigneusement préparés ; ceux qui correspondent à une végétation d’origine terrestre font apparaître des dates plus récentes, alors que les dates obtenues à partir des autres sont nettement excessives, étant notamment contredites par l’étude des pollens ; l’erreur de datation attribuée aux eaux calcaires est ainsi estimée à 1.700 ans (**).

Et l’auteur de conclure que cette démonstration de l’effet perturbateur des eaux calcaires n’a rien d’innovant (cet effet était, sans doute, en 1972, déjà bien connu des spécialistes), et que l’intérêt de sa communication est simplement d’avoir montré l’utilité de bien examiner et de trier judicieusement les éléments soumis à datation.

Etant donné l’autorité qui s’attache aux publications de cette revue de haute tenue scientifique, je ne me permettrai pas d’ajouter le moindre commentaire.

 


(*) selon des estimations plus récentes et, notamment, l’application de corrections dites de calibration, cette erreur pourrait même dépasser 6500 ans.

(**) à noter que de telles anomalies de datation pourraient même apparaître, sans préparation préalable des échantillons, simplement du fait d’une certaine hétérogénéité dans la formation de la tourbe : les variations du rapport végétation terrestre/végétation aquatique pouvant conduire à des datations C14 plus récentes pour des couches inférieures.

                                                                              Jean-Louis LACROIX


                                                                             Avril 2007.