SEMANTIQUE GENERALE ET SCIENCES HUMAINES

De la théorie à la pratique


ã Isabelle Aubert-Baudron

(site en construction)

Accueil De la théorie à la pratique Economie Stratégie  Psychiatrie Enseignement Publications Contact Liens

Société francophone de sémantique générale: la sémantique générale pour tous

 

Translate

Un outil de résolution des problèmes humains:

La sémantique générale consiste en un outil de résolution des problèmes humains, ceux qui se posent à nous autant dans nos sciences humaines au niveau collectif que dans notre vie quotidienne au niveau individuel.

En conséquence, cette discipline ne consiste nullement en une théorie abstraite déconnectée des réalités, son seul intérêt résidant dans les applications qu'on peut en faire et l'utilité pratique qu'elle peut avoir pour nous, au même titre que l'utilisation que nous pouvons faire des tables de multiplications dans notre vie courante.

En lisant pour la première fois " Science and Sanity " au début des années quatre-vingt, j'avais accueilli avec un certain scepticisme les affirmations de Korzybski sur la prédictivité de la sémantique générale. Mais ne l'ayant pas expérimentée moi-même, j'ai considéré ces affirmations comme des hypothèses, et les ai ensuite confrontées à l'épreuve des faits afin de voir de quoi il en retournait exactement.

Or aujourd'hui, je peux dire que, quelques soient les domaines dans lesquels j'ai effectué ces expérimentations, dans ma vie personnelle comme professionnelle, les résultats ont non seulement confirmé mes attentes de départ, mais ils se sont révélés bien supérieur à ce que j'aurais pu imaginer alors.

L'application de la sémantique générale nécessite une attitude mentale précise: faire table rase de nos postulats, idées préconçues, savoirs acquis dans le cadre des paradigmes précédents, etc., sur le domaine que nous expérimentons pour repartir à zéro sur des bases non-aristotéliciennes. Chercher à corriger ou améliorer les grilles élaborées dans le cadre des paradigmes aristotélicien (Euclide) et cartésien (Newton) ne marche pas, car les postulats sur lesquels ils reposent, s'ils ont correspondu à l'étape d'évolution scientifique de notre civilisation à des époques données, sont aujourd'hui dépourvus de validité. Nous n'avons pas alors d'autre choix, individuellement et collectivement, que d'abandonner les visions de l'homme et du monde de nos ancètres pour nous adapter mentalement au contexte réel présent dans lequel nous vivons.

"Finalement Lovachevsky et Bolé sont sortis d'Euclide, ils n'ont pas corrigé Euclide, ils ne l'ont pas révisé, ils ont oublié Euclide et ils ont pris un nouveau départ et ont commencé la géométrie non-euclidienne. Tous ceux qui ont essayé de réparer la géométrie euclidienne ont échoué. Les deux tentatives qui ont réussi sont celles qui ont oublié Euclide et inventé une nouvelle géométrie. Et cela fonctionne. Les développements ultérieurs ont gardé les lignes parallèles qui ne se rencontrent jamais mais qui ne sont pas équidistantes. Puis les lignes droites sont devenues courbes et celles-ci sont devenues asymptotiques, elles se sont rapprochées de plus en plus mais ne se sont jamais rencontrées. Tout ceci est évidemment de la fiction mais de la fiction nécessaire.

La même chose s'est passée avec Newton. Vous connaissez tous la mécanique de Newton. Les systèmes newtonien et euclidien ne cadraient absolument pas avec l'électricité. Et maintenant nous savons que tout est électrique et même vous et moi nous sommes des conglomérats électrocolloïdaux. Donc si nous avons des systèmes qui ne peuvent prendre en compte les phénomènes électrocolloïdaux, cela ne nous sert à rien. Par conséquent la révision était nécessaire et finalement nous avons la géométrie non euclidienne. Nous nous sommes débarrassés d'un dogme." Alfred Korzybski "Un séminaire clinique de Sémantique Générale, série de cours donnés par Alfred Korzybski du 27 décembre 1948 au 3 janvier 1949 à Lakeville Connecticut. copyrights et traduction : Institute of General Semantics.

Depuis une trentaine d'année, j'ai appliqué et expérimenté la sémantique générale dans les domaines suivants:

  • psychiatrie,
  • gestion de réseau,

  • stratégie,

  • économie.

Application en psychiatrie:

J'ai commencé à l'appliquer dans mon milieu professionnel, dans le cadre d'un service de psychiatrie publique, ainsi que l'avait fait Korzybski lui-même dans ce domaine, m'aidant également des travaux du biologiste français Henri Laborit relatifs à la structure des organismes vivants, eux-mêmes basée sur les recherches de Korzybski. Le but poursuivi n'était pas tant de " soigner " les patients, que de mettre à leur disposition une structure censée répondre aux besoin des êtres humains, structurellement similaire à la structure de leur organisme, autrement dit une structure " saine ", susceptible de convenir à priori à tout être humain.(Voir "Objectifs 1: "Le point sur le groupe B23" (1984-1987) : groupe petite école - Début Janvier 1984" et "Bilan d'activités", "Le Carrefour des Impasses" Interzone Editions)

Dans ce cadre, la plupart des gens devenaient conscients de leurs capacités, cessaient de se concevoir comme des malades mentaux et de se comporter comme tels. A travers l'enseignement de la sémantique générale, ils réalisaient qu'ils étaient capables de comprendre des choses souvent complexes, reprenaient confiance en eux et y trouvaient des moyens d'aborder leurs problèmes personnels et de les résoudre.

Application à la gestion de réseau:

La confrontation à l'épreuve des faits ayant confirmé les hypothèses de départ, j'ai ensuite utilisé les mêmes méthodes à partir de 1997 avec des résultats aussi probants à la gestion du réseau Interzone, un réseau international artistique et littéraire de lecteurs de William Burroughs.Les activités du réseau tout au long de ces dix ans sont relatées dans les rapports mensuels à la page Informations sur Interzone .

Application en stratégie:

En plus de la sémantique générale, j'ai également utilisé les bases de données complémentaires suivantes: les travaux d'Henri Laborit sur l'inhibition de l'action en agressologie, et de William Burroughs, Michel Foucault et Gilles Deleuze sur les systèmes de contrôle. A ce niveau également, les résultats ont confirmé à maintes reprises les hypothèses de départ.

Application en économie:

Entreprise dans le le cadre d'Interzone en 2000, elle a nécessité le travail réalisé auparavant en stratégie et n'aurait pu être accompli indépendamment de lui.

Elle n'aurait pu être expérimentée dans le cadre d'une entreprise classique: seul un groupe de gens ayant dans une certaine mesure assimilé certaines bases de la sémantique générale et les appliquant dans leur mode de pensée et leur vie étaient en mesure de la concevoir d'une part, et d'avoir envie de l'appliquer d'autre part. Non pas que la plupart des membres d'Interzone aient étudié la sémantique générale, mais en tant que lecteurs de Burroughs, ils avaient intégré les bases sur lesquelles celui-ci avait effectué ses recherches et produit une part de son écriture :

Application en littérature: William Burroughs et Brion Gysin:

William Burroughs avait suivi les cours de Korzybski et se réfère à celui-ci dans plusieurs de ses ouvrages. Avec Brion Gysin, il a appliqué la sémantique générale à l'écriture à travers

  • la fonction de time-binding, décrite par Alfred Korzybski, le découvreur de la sémantique générale, qui consiste à relier l'auteur et le lecteur à travers l'espace-temps;

  • et la fonction magique (Brion Gysin : "Writing is about making it happen") qui consiste pour l'auteur à écrire un scénario de la réalité, que ses lecteurs peuvent ensuite faire arriver s'ils le souhaitent. ("Mektoub: c'est écrit") 

Voir à ce sujet les chapitres des Essais I et II consacrés à l'écriture (éditions Christian Bourgois).

D'où l'importance des conséquences de cette expérimentation qui remet en cause l'opposition doctrinale entre "fiction" et "réalité", ainsi que la conception newtonienne de la nature de cette dernière : il en découle que "la réalité" telle que nous la concevons n'existe pas au-delà de nous ni indépendamment de nous, et qu'avant de prendre corps dans le monde physique, elle est, dans une certaine mesure, une création de notre structure mentale. En d'autres termes, "la réalité" dépend de nous, et non nous d'elle : nous sommes des créateurs de réalité.

Isabelle Aubert-Baudron