Le concept du selfhelp

(merci à Laurent pour m'avoir permis de citer tels quels ses propos, situés ici).
 

 Bégaiement : les vertus du self-help (groupe d'entraide) !

 

Nés aux Etats-Unis dans les années 60, les groupes de self-help sont des « groupes d’entraide » réunissant des personnes qui bégaient. Après quelques initiatives isolées, un réseau est en train de se développer en France et en Suisse avec des réunions régulières organisées à Grenoble, Lausanne, Nantes, Paris, Rennes, Saint-Etienne, Strasbourg ou encore Marseille. Depuis le 4 juin, il existe même un site dédié donnant de l’information sur différents self-helps de France.

Les retours sur ces groupes (ouverts à tous) sont très positifs et il m’a semblé important d’y consacrer un article. J’ai lu des témoignages qui donnent vraiment envie et je voulais vous les faire partager. Pour ceux d’entre-vous qui seraient intéressés mais hésiteraient à pousser la porte, voici donc les réponses à 4 questions essentielles :

- Qu’est-ce qu’un self-help ?
- Qu’est-ce qu’on y fait ?
- Est-ce que c’est efficace pour surmonter son bégaiement ?
- Existe-t-il un groupe près de chez moi ou comment en créer un ?


1. Qu’est-ce qu’un self-help ?

En mixant les définitions données par Yaruss et Reeves en 2007 (ne me demandez pas qui sont ces gens sans prénom, j’ai juste trouvé leurs définitions intéressantes), un self-help peut se définir comme « un petit groupe de personnes partageant un problème ou handicap commun et se réunissant pour s’apporter une aide mutuelle afin d’atteindre un objectif spécifique et un changement personnel. Les membres du self-help partagent leurs propres ressources et expériences et s’apportent mutuellement soutien et encouragement, sans porter de jugement. Par ailleurs, ils s’engagent à ne jamais boire d’Oasis ou de mousseux tiède dans des verres en plastique blanc (ça c’est moi qui l’ai ajouté :-) ) »



2 - Qu’est ce qu’on y fait ?

Ces réunions n’ont rien de secret, ne demandent aucune initiation et se déroulent en toute simplicité et décontraction. Vous pourrez d’ailleurs trouver quelques comptes-rendus sur le forum du bégaiement. Selon mes informations, certains self-helps pratiquent encore des sacrifices humains et se réunissent sur les toits les soirs de pleine lune, mais dans l’ensemble l’ambiance est plutôt sympa.

Tout d’abord, les participants partagent leurs expériences et ressentis. Cela répond à un besoin réel de trouver du réconfort auprès de personnes partageant le même problème. Le bégaiement se traduit en effet bien souvent par un sentiment d’isolement. Cela peut surprendre mais beaucoup de personnes qui bégaient n’ont jamais rencontré quelqu’un d’autre qui bégayait, pensent être seul à vivre cela et ne veulent surtout pas que ça se sache. Gary J. Rentschler rapporte ainsi qu’une de ses amies a effacé des vidéos familiales toutes les scènes où on la voyait bégayer !

Pour les personnes qui bégaient, cela peut donc coûter beaucoup de pousser la porte d’une de ces réunions. Si vous le faites, sachez que personne ne vous obligera à vous exprimer lors de vos premières réunions. Tous les participants savent, pour l’avoir vécu eux-mêmes, combien cela peut être difficile de faire ce premier pas. Le seul fait d’assister à ces réunions est donc déjà considéré comme une victoire.

L’objectif est aussi d’être plus à l’aise avec sa parole et des exercices sont organisés pour s’entraîner à parler en face à face ou devant un public. Attention toutefois ! Il ne s’agit pas de prôner telle ou telle méthode mais de s’exercer à parler en utilisant les techniques de son choix. En général, les « animateurs » changent à chaque fois, ce qui permet de diversifier les exercices. Certains proposent de faire des « vire-langues », vous savez ces exercices rigolos d’élocution où les bons chasseurs savent chasser sans leur chien et où l’on ne sait pas (question cruciale) si les chaussettes de l’archi-duchesse sont sèches ou archi-sèches. Voici un exemple donné par Sophie, du self-help de Paris : "J'ai vu six cents sots suisses suçant six cent saucisses, six en sauce et six cents sans sauce" ou "tas de riz, tas de rats, tas de riz tentant, tas de rats tentés, tas de riz tentant tenta tas de rats tentés, tas de rats tentés tâta de riz tentant."

D’autres proposent de lire tour à tour des textes à voix haute (les articles du blog Goodbye Bégaiement, par exemple :-)), de raconter des blagues, de lancer des débats…

L’improvisation de sketchs peut être aussi l’occasion de bonnes parties de fou-rire, comme le rapporte Sophie sur le forum du bégaiement : « de belles improvisations nous ont permis de voir ou plutôt d'écouter un banquier véreux acheter un gâteau de St Valentin auprès d'un savant fou ; Nicolas et Carla se faire une scène de ménage ; un animateur TV négocier le prix d'une trompette chez un brocanteur ; un chevalier dialoguer avec un policier atteint d'Alzheimer ; la mère Noël en pleine crise, refusant d'aider son mari à livrer les jouets ; une orthophoniste se faisant psychanalyser car elle est déprimée à cause de son travail, un commerçant contestant les plaintes de son client au sujet d'un produit défectueux etc... »

Bref, il n’y a pour limite que l’imagination des participants, l’objectif étant de travailler ensemble de manière décontractée et ludique des situations de parole habituellement difficiles.

Ceux qui le souhaitent peuvent aussi faire de courts exposés. A la question : « faut-il commenter la prestation d’un membre du groupe ? », l’International Stuttering Association fait la réponse suivante : «Recevoir une validation sur ses aptitudes à bien communiquer est VITAL pour les personnes qui bégaient. Les membres peuvent donc donner leur avis en insérant leur suggestion entre deux compliments. Exemple : « Ton enthousiasme était contagieux et tu as parlé avec une sincérité évidente ( Compliment). Mon conseil serait de garder le contact visuel durant 5 à 10 secondes plutôt que de lire la tête baissée (Suggestion). Pour moi, la force de ton discours était dans ta clarté et tes variations de ton (Compliment). »

Bon, dit comme ça, ça peut faire un peu faux-cul mais le procédé est intéressant. La prochaine fois qu’un()e contractuel(le) vous met un PV, vous pouvez par exemple lui dire : « Votre professionnalisme et votre implication font plaisir à voir (Compliment) Je pense que vous seriez particulièrement avisé(e) d’utiliser votre carnet de contraventions comme papier hygiénique (Suggestion) Le pervenche se marie délicieusement avec votre teint blafard (Compliment).

3 - Est-ce que c’est efficace pour surmonter son bégaiement ?

Selon une étude menée par la National Stuttering Association en mai 2009 , la participation à un groupe de self-help a un impact très positif et on note des différences significatives entre les personnes qui y participent activement et les autres.

Les membres actifs estiment que le bégaiement a moins d’effets négatifs sur leur vie et que leur thérapie orthophonique est plus efficace. Les groupes d’entraide aident à améliorer sa confiance en soi et à développer des attitudes positives vis-à-vis de la parole et du bégaiement. Ceux qui y participent évitent moins les situations de parole et leur bégaiement interfère moins dans leur vie professionnelle ou scolaire. Ils sont aussi plus enclins à parler de leur bégaiement avec leur famille, leurs amis et leurs collègues. La plupart des personnes ayant participé à un self-help recommanderaient cette activité. Ils disent en avoir tiré les bénéfices suivants :

- Ils ont trouvé de l’empathie et de la compréhension et ont développé un sentiment d’appartenance et d’acceptation.
- Ils ont appris davantage de choses sur le bégaiement et sur ce qui marche pour les autres.
- Ils apprécient de pouvoir s’exercer à parler dans un environnement favorable et de bénéficier de l’aide du groupe pour préparer des situations de parole : oraux, entretiens d’embauche…
- Ils ont pu sortir de l’isolement et développer leurs aptitudes relationnelles.
- Au final, ils notent un accroissement de leur confiance en eux.

Pour illustrer cette étude, ci-dessous le témoignage de Stéphane qui a participé au groupe d’entraide « parole d’espoir » créé à l’île Maurice par Jim Caroopen (j’ai déjà parlé de Jim ICI, je vous invite à relire son interview).

"Je m’appelle Stéphane. J’ai 14 ans (..), je suis Mauricien et je bégaie. (...) J’ai entendu parlé de "Parole d'espoir" à la radio. Au début, je n’étais pas intéressé mais plus tard, après y avoir sérieusement réfléchi, j’ai décidé d’essayer. J’ai décidé d’aller à "Parole d'espoir" et de faire de mon mieux pour assister à chaque réunion.

Etre membre d’un self-help a transformé ma vie de plusieurs manières. Durant nos réunions, j’ai appris comment améliorer ma parole grâce à des exercices et comment avoir confiance en moi. Je contrôle maintenant mieux ma parole et j’ai une nouvelle image de moi. Je suis plus ouvert pour m’exprimer et j’ai plus d’assurance.

Ca a été pour moi très bénéfique d’échanger avec d’autres personnes qui bégaient. Je pouvais aussi parler en toute sécurité, sans craindre qu’on rie de moi ou que les personnes présentes plaisantent sur ma parole. Ca a rendu ma parole plus facile. Mon message personnel pour les autres personnes qui bégaient dans le monde est, "Si vous bégayez, ne croyez pas que c’est sans espoir. Rappelez-vous toujours que vous n’êtes pas seul. Vous devez croire en Dieu et en vous-même. Il y a quelque part des groupes de self-help qui peuvent vous aider à faire face à ce problème, comme ils m’ont moi-même aidé." 


Pour Jim Caroopen « cela permet d’augmenter sa confiance en soi et de commencer à faire des choses qu’on ne faisait pas auparavant. En fait, le self-help agit comme un catalyseur qui permet à chacun de commencer à s’occuper personnellement de son bégaiement. C’est le début d’un cercle vertueux – menant à l’acceptation et à la réconciliation avec soi-même. »

Quelle que soit votre situation, participer à un groupe de Self-help peut donc vous être utile, que ce soit pour commencer votre parcours thérapeutique, pour accompagner des séances individuelles chez une orthophoniste ou pour maintenir la fluidité que vous avez acquise. Cela vous permettra aussi de lier des amitiés et de tisser un réseau social qui vous soutiendra dans les moments de découragement.