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Les funérailles de Louis d'Halluin

[ Transcription Jean-Luc Deuffic. Voir Les Heures de Loys de Halewyn (Louis d'Halluin, + 1519), chambellan de Louis XI : San Marino (CA), Huntington Library, HM 1171 ]

L’ordre qui a été tenu aux obsèques et funérailles de feu très excellent chevalier sans reproche, Louis D’Halluin, seigneur de Pienne, conseiller, chambellan ordinaire du roi, chevalier de son ordre, lieutenant général et gouverneur en Picardie, lequel rendit son âme a Dieu le 12 décembre 1519 a 9 heures du soir en son chateau de Maignelay.
Et premier en ladite nuit à une heure après minuit fut faite la barbe du dit feu seigneur en son lit d’honneur paré richement d’un ciel et dossier de satin blanc tanné et semé de paillettes d’or en broderie et les courtines de même.
Sur ledit lit fut mis le bon feu seigneur richement et honorablement vêtu d’un pourpoint de satin cramoisi, les chausses de fin lin blanc et les souliers de velours, un manteau de drap d’or frisé, bordé de toile d’or en feuillage fait en broderie, une robe de velours cramoisi fourree de fine martre zébeline, une toque noire, les gants aux mains, le grand ordre du roi au col, sous sa tête deux carreaux de drap noir frisé et sous ses pieds un carreau de velours cramoisi, à l’entour du lit quatre gros cierges brûlant et au pied du lit la croix de la paroisse et le bénitier d’argent et ainsi demeura le reste de la nuit et tout le jour en suivant jusqu à deux heures de la nuit où plusieurs gens de bien le vinrent voir en faisant à Dieu prières pour lui.
Le mardi fut célébré en l’église paroissiale de Maignelay vigiles, commandaces, trois hautes messes et vingt basses, et fut ordonné par père en Dieu monseigneur d’Amiens, fils dudit défunt, de continuer lesdits services jusqu’au jour de son enterrement, c’est à savoir lesdites vigiles commandaces et trois hautes messes par les chanoines, vicaires et chapelains dudit feu seigneur de Maignelay, après le service qu ils ont accoutumé de faire du vivant dudit feu seigneur, et les messes basses par les cinq mendiants qui ont été mandés, comme Minimes, Cordeliers, Jacobins et Augustins d’Amiens, et Carmes de Montreuil, de chaque ordre quatre prêtres et un novice qui célébrèrent chacun jour lesdites vingt messes à l intention dudit feu seigneur, et demeuroient jour et nuit quatre a quatre autour du corp faisant prières et oraisons pour ledit défunt en continuant jusqu’au samedi deuxième janvier en suivant que l’enterrement et le service se feraient en l’église dudit Maignelay.
Le mercredi, à minuit, les médecins dudit feu seigneur et les chirurgiens l’embaumèrent, et après le mirent sur une table en ladite chambre, couvert d’un drap et la croix sur lui, où tout le jour il demeura, et de plusieurs eut prières et oraisons, et fut ordonné jours et nuits quatre hommes d’église disant leur service auprès du corps et les quatre cierges toujours brûlants.
Le jeudi suivant fut porté le corps fort révéremment par les quatre gentilshommes de sa maison, en la chapelle haute de l’église dudit Maignelay.
En ce jour fut mis dans un cercueil de plomb et là demeura jusqu’au samedi, dernier jour de décembre qu’il fut porté par lesdits gentilshommes en la chapelle de son château de Maignelay, où lesdits mendiants ont fait le service qui leur a été ordonné comme dessus.
Ladite chapelle étoit tendue de drap noir et autour du corps quatre gros cierges brulèrent durant tout le temps que le corps fut en la chapelle de l’église.
Les curé, chapelains et paroissiens, de Montigny vinrent en procession chanter en ladite église de Maignelay, vigiles, commandaces et trois hautes messes, pour l’âme du feu bon seigneur qui fut le jeudi 15 décembre.
Le vendredi en suivant, les curé chapelains et paroissiens de Royaucourt vinrent en procession en ladite église de Maignelay, et chantèrent les vigiles, commandaces et messes comme dessus.
Le samedi vinrent les religieux de Saint Martin au Bois en procession, et firent un service, vigiles commandaces et trois hautes messes comme dessus.
Le mardi, les curé et chapelains de Ferrières, vinrent et firent vigiles commandaces et trois hautes messes comme dessus.
Le mercredi, les curé et chapelains de Crévecœur, firent le service comme dessus.
Le vendredi vinrent les curé et paroissiens de Dompierre qui firent un service comme dessus.
Après les fêtes de Noël vinrent les curé et chapelains de Coivrel, qui firent un service comme dessus.
Le samedi vinrent les curé et habitants de Roolo, qui firent un service de trois hautes messes, vigiles et commandaces comme dessus.
Et dudit jour samedi fut apporté le corps en la chapelle du château comme dessus est dit, laquelle était tendue en noir, la grande salle d’auprès pareillement, les tables, le buffet et la chambre d’auprès aussi pareillement tendus de drap noir, la table, le buffet et le lit parce que c’étoit la chambre du deuil, les fenêtres étoient fermées et sur le buffet deux flambeaux de cire allumés, et lesdites fenêtres n’ont point été ouvertes depuis le commencement des vigiles jusqu’au lendemain après les services.
L’église paroissiale de Maignelay avoit la ceinture par dedans et par dehors, peinte de noir, de la largeur de deux pieds, assise au dessous des vitres, et au long de la lizière d’en bas desdites peintures, étoient les platelets où l’on mettoit les cierges de cire qui étoient de pied et demie en pied et demie, par dedans ladite église jusqu’au nombre de quatre cent soixante quinze du poids de quartron et demie chacun, et au dessous lesdits cierges joignant la peinture étoit toute ladite église tendue de drap noir, le tour des piliers et du pupitre ou jubé tendus de drap noir, et fournis de cierges à proportion de ladite église.
Le grand autel richement paré d’un grand drap de velours noir et au milieu d’une croix de damas blanc, les parements par haut et par bas de drap d’or noir, la nappe de l’autel avec la serviette pour chanter l’Évangile et par terre devant ledit autel un drap noir.
Au chœur de ladite église étoient préparés plusieurs bancs, tous couverts de drap noir, où se mirent les gentils hommes durant le service.
Au milieu du chœur étoit la représentation du corps de feue madame de Pienne, épouse dudit feu seigneur, que Dieu absolve, couverte d’un grand drap de velours noir, une croix de satin blanc en travers, avec quatre gros cierges de cire brûlante autour.
En la nef de ladite église étoit un refend de bois, et, des bannières depuis le portail jusqu’au refend, tout étoit teint en noir ; dedans ledit refend étoit une chapelle de cinq pieds de large et de neuf pieds de long sous laquelle le corps fut mis, en laquelle il y avoit neuf croix doubles sur chacune croix, neuf cierges à cinq étages de cierges sur ladite chapelle qui étoient au nombre de deux cent cinquante cierges du poids d’un quartron et demie pièce ; à l’en tour de ladite chapelle y avoit par haut et par bas une largeur de velours tout autour, sur lequel velours étoient attachés les écussons timbrés aux armes dudit feu seigneur, et aux quatre coins d’icelle chapelle y avoit quatre gros cierges pesant quatre livres chacun, où étoient fichés les écussons des quatre côtés, dont un a précédé ledit feu seigneur, chacun desdits cierges portant l’un desdits écussons.
Dans ledit refend il y avoit un banc du côté droit, tout tendu de drap noir par haut et par bas, où s’assoioit le deuil, chacun son carreau noir, et du côté gauche étoit un autre banc, couvert de drap noir, pour les seigneurs qui menoient le deuil avec chacun leur carreau de même.
Devant ledit deuil, il y avoit un banc de travers, couvert de drap noir, ou étoient les maîtres d’hôtel dudit feu seigneur au nombre de quatre, et audit coté gauche, étoient les bancs des seigneurs qui portoient les quatre coins du drap de velours qui étoit sur le corps, et au milieu la chaire du prédicateur couverte de noir.
A travers de ladite chapelle étoit un banc couvert de drap noir, où étoient assis ceux qui portoient les offices, et aux deux côtés de ladite chapelle étoient deux bancs couverts de drap noir pour les porteurs du corps, et au long du refend un banc pour les quatre valets de chambre.
Du côté du deuil, et du côté des seigneurs meneurs du deuil un banc pour les officiers de la terre de Maignelay et les médecins.
En la nef d’icelle étoient vingt deux autels, le tour d’en bas et les parements d’en haut étoient de bouracan noir et au milieu une croix blanche de futaine.
Sur chacun autel deux cierges de cire chacun pesant trois quarterons, et au milieu un blason des armes dudit feu seigneur.
Sur le grand autel quatre cierges de cire blanche, deux de chacun deux livres, et deux autres de chacun une livre, où étoient attachés aux deux grands les armes timbrées dudit défunt, et aux petits les blasons sans timbres.
Au portail de ladite église un drap noir et les blasons timbrés.
Le dimanche premier jour de janvier, le corps dudit feu seigneur qui étoit en la chapelle du château fut couvert d’un grand drap de velours noir et une croix de satin blanc au travers, et sur un carreau de velours cramoisi violet l’ordre de Saint Michel que ledit défunt avoit porté comme chevalier de l’ordre du roi, et furent en ladite chapelle célébrées plusieurs messes par les mendians et les autres gens d’église.
Ce jour à quatre heures après midi, furent dites vigiles à basse voix par les mendians, en la chapelle où étoit le corps, et par monseigneur de Beauvais furent dites vigiles en la paroisse, en son habit pontifical, les cierges d’autour le chœur seulement allumés et ceux du grand autel.
Le lundi deuxième jour de janvier au matin fut apporté le corps à la porte du château, laquelle étoit tendue de drap noir haut et bas, et de la paille semée devant ladite porte jusqu à l’église, et pareillement par toute l’église et point en la chambre du deuil.
Ensuite l’ordre qui a été tenu du château a l’église à porter le corps pour plus grande révérence et dévotion considérée la distance du lieu.
Le deuxième jour de janvier 1520, premièrement furent allumées cent torches, chacune pesant deux livres, garnies de blason dont soixante seize furent assises au partir du château jusqu à l’église, en deux côtés, par compas et mesure, c’est à savoir la moitié du côté des fossés, et l’autre du côté de la basse cour, qui ne bougèrent de leur place jusqu’a ce que tout le deuil fut dans l’église, et après furent dans la nef et dans l’église, moitié d’un côté et moitié de l’autre, et fut donné à chacun porteur trois sols et ses dépens, et les autres vingt quatre torches furent portées par vingt quatre hommes pauvres, auxquels fut donné chacun une robe et chaperon de drap noir, lesquels marchoient douze d’un côté et douze de l’autre à l’entour du corps, leur chaperon en tête, revêtus de leur robe de deuil.
Après lesdites soixante seize torches, marchoient les mendians avec chacun leurs croix.
Les Minimes, deux à deux de rang, et la croix par le milieu d’eux.
Après, marchoient les Cordeliers et les Jacobins en l’ordre que dessus.
Après, marchoient les gens d’église des paroisses d’autour de Maignelay avec leurs croix et chacun en leur ordre, à savoir Ferrières, Tricot, Ravenel, Godinvillers, Royaucourt et Montigny.
Après, marchoient les serviteurs dudit seigneur, deux à deux, vêtus de deuil, les chaperons à la gorge l’un d’un côté et l’autre de l’autre.
Par le milieu marchoit monseigneur de Beauvais, en son pontifical, la mitre blanche en la tête, et la crosse devant lui.
Après marchoient les quatre maîtres d’hôtel, chacun le bâton noir à la main, deux à deux, le chaperon en la tête, et suivoient le prélat jusques dans l église.
Item par le milieu desdits maîtres d’hôtel passoient les mendians, deux à deux, rangés à deux rôles depuis le portail de l’église jusqu’au pont du château.
Après marchoient les officiers, le chaperon en tête, l’un après l’autre.
Le guidon porté par Monseigneur de Renircourt, l’enseigne portée par Monsieur d’Ais, les éperons par Monsieur de Trelon, les gantelets par Monsieur de Rabaudenge, le heaume par Monsieur de la Tour, l’écu double par le batard d’Halluin, l’épée par Monsieur Duplessis, la bannerolle par Monsieur de Guillarn, la bannière par Monsieur de Vually, la cotte d’armes par Monsieur Courteville, l’ordre de Saint Michel sur un carreau de velours cramoisi par le bâtard de Pienne, lequel le prit sur le corps et le porta en l’ordre que dessus, depuis le château jusqu à l’église, où il fut mis dans la fosse.
Après, fut pris le corps par les gentilshommes ordonnés à le porter, lesquels marchoient avec ledit corps et à l’entour les quatre valets de chambre, et au milieu d’eux les deux médecins, tous en robe de deuil et chaperon en tête.
Les seigneurs qui portoient les quatre coins du drap, Messieurs de Bernieux, de Hames, de Henneviller et de Varrenac.
Après marchoient le grand deuil et les meneurs, l’un après l’autre, en l’ordre qui suit.
Premier, Monseigneur d’Amiens, mené par le maître d’hôtel de Monsieur de Vendôme, représentant ledit Monsieur ; Monsieur Oelbecq par Monseigneur de Noyon ; Monsieur de Buguenoy par Monseigneur de Beauvais ; Monsieur de Vuelly par Monseigneur de Soissons ; Monsieur de Rambures par le comte de Nelle ; Philippe de Huqueville par Monsieur de Mouy.
Après ledit deuil marchoient le abbés de Saint Josse, de Saint Martin au Bois et de Saint Just.
Après marchoient les chevaliers, capitaines et gentilshommes de Picardie, au nombre de deux à trois cents et de six cents chevaux.
Et quand ladite compagnie eut ainsi marché jusqu à l’église, nul ne prit sa place jusqu à ce qu’il fut dit par le capitaine de Montdidier et le seigneur de Châtillon, maîtres des cérémonies.
Le service du jour et office fut fait
La première messe par Monseigneur de Soissons, la seconde par Monseigneur de Noyon et la troisième par Monseigneur de Beauvais, où le deuil vint en ordre que dessus.
Les offices de diacre et de sous diacre par messieurs les abbés de Saint Josse et de Saint Just.
A l’offrande, après que le diacre et le soi diacre eurent baisé les doigts du prélat, partirent les maltres d’hôtel de leurs places, le premier fit une révérence bien basse au deuil, le bâton noir en la main, puis s’en alla devant le prélat qui fesoit l’office, auquel il fit une pareille révérence sans baiser l’offrande, et le prélat lui donna sa bénédiction, puis s’en revint en sa place, son bâton à la main.
Après partit le second maitre d’hôtel qui fit le semblable, après le troisième et le quatrième aussi.
Après marchoient les officiers, par ordre, comme ils étoient venus à l’église, et firent pareilles révérences au deuil et au prélat, leurs offices en leurs mains, sans baiser l’offrande et s’en retournèrent à leurs places jusqu’à la fin du service, et attendirent l’un après l’autre, à partir que chacun d’eux en son ordre fut revenu en sa place.
Après lesdits officiers, un des maîtres des cérémonies fit une révérence bien basse au premier grand deuil, une chandelle de cire vierge d’une livre en la main, brûlante, à laquelle il avoit fiché par le milieu un écu soleil, puis fit au premier meneur une pareille révérence, lequel meneur partit de sa place et vint prendre le premier deuil en sa place, et le mena jusqu au prélat officiant, les maîtres des cérémonies derrière eux avec lesdits cierges, et après que le premier grand deuil eut baisé l’offrande, lesdits maîtres des cérémonies baillèrent icelle chandelle audit deuil qui la bailla au chapelain du prélat à ce député, et lui demeura puis s’en retournèrent lesdits deuil et meneurs en leur siége icelui deuil ramené.
Après, vint prendre le maître des cérémonies une autre chandelle pareille à l’autre, et un écu fiché comme dessus, puis vint faire une révérence bien basse au second deuil, plus à son meneur, lequel meneur partit de sa place et vint quérir ledit second deuil et le mena à l’offrande comme dessus, et lui de retour, on les conduisit chacun en sa place, ensuite le maître des cérémonies vint quérir les autres du grand deuil, chacun en leur ordre, qui firent chacun comme les sus nommés.
Après que les six du grand deuil eurent offert, le provincial des Cordeliers vint faire son sermon fort dévot et pitoyable à émouvoir les cœurs du peuple, de prier Dieu pour l’âme dudit défunt seigneur de Pienne.
Item après le requiescat in pare de ladite messe, les quatre maîtres d’hôtel, deux à deux avec leurs bâtons, marchoient après lesdits maîtres des cérémonies autour de la fosse, après, les offices chacun en leur ordre, après, le corps qui étoit porté par lesdits gentilshommes et en pareil ordre qu’il avoit été porté à l église.
Après marchoit le deuil avec les meneurs et le prélat.
Dès que le corps fut dans la fosse, le premier maître d’hôtel jeta son bâton dedans ladite fosse, le deuxième, le troisième et le quatrième semblablement, et prirent chacun de l’eau bénite et la jetèrent sur ladite fosse, après, le porteur de guidon mit son guidon sur ladite fosse en travers, prit de l’eau bénite et la jeta dessus.
Après, le porteur d’enseigne fit le semblable, et ainsi des autres, après, l’ordre de la croix fut mis en l’étui et ne fut plus porté.
Après, ledit grand deuil fit une grande révérence bien bas, prit de l’eau bénite et la jeta sur la fosse.
Après, en tel ordre que l’on étoit venu en l église, chacun s’en retourna au château, suivant la croix de la paroisse et l’eau bénite, c’est à savoir :
Les Minimes les premiers, après les Cordeliers, les Jacobins, les Augustins, les Carmes, les sept paroisses, les prélats, les quatre maîtres d’hôtel, sans bâtons, les porteurs d’offices sans rien rapporter, et un a un, comme ils étoient allés.
Après, les porteurs du corps, les valets de chambre et les deux médecins.
Après le deuil un à un, avec les meneurs.
Après, les chevaliers, capitaines et autres gentilshommes.
Puis, chacun se retira aux salles préparées pour le diner qui fut fait aux dépens dudit feu seigneur, lequel diner fut ordonné par les maîtres d’hôtel, qui fut comme il en suit :
Premier, quatre salles quatre cuisines :
La première salle tendue de deuil pour les prélats, le deuil, les chevaliers et capitaines, servis à une table de dix plats, et tout de la première cuisine.
La deuxième salle pour les seigneurs gentilshommes, une table de seize plats, servie de la deuxième cuisine.
La troisième salle pour les dames et demoiselles, deux tables de sept plats chacune, servies de la troisième cuisine.
La quatrième salle pour les gens d’église, justiciers, officiers, en trois tables de dix plats chacune, servies de la quatrième cuisine, et à chacune table trois maîtres d’hôtel et des aides, deux cuisiniers et des aides, deux sommeliers et des aides, a servir les vaisselles de cuisine et de buffet et sans empêchement les uns des autres.
Pour le coucher desdits seigneurs, les maîtres d’hôtel avoient chacun leur quartier dans le château pour les faire servir par leurs officiers, pourquoi il n’y eut nulle confusion en cela, ni en toutes les autres choses susdites.
Tous ceux qui vinrent aux service et enterrement dudit feu seigneur ont été défrayés de tout, la maison ouverte, tous ceux qui demandoient viande crue et cuite, pain, vin et autres vivres, n’étoient pas refusés.
Et après le diner, qui fut fait à loisir et bien servi, furent dites grâces par Monseigneur de Beauvais.
Après, plusieurs chevaliers et seigneurs s’en retournèrent chacun en leur logis.
Chaque homme d’église qui dit messe ce jour là pour ledit feu seigneur eut chacun cinq sols qui furent au nombre de six cent vingt deux messes en ce jour.
Fut faite une aumône générale de pain et d’argent qui monta a treize muids de bled et neuf vingt livres d’argent, et à chacun pauvre fut donné six deniers et un pain de deux deniers tournois qui ont été au nombre de six mille pauvres.
Après, a été ordonné un annuel service solennel, vigiles, commandaces et haute messe à diacre et sous diacre, chantées en l’église de Maignelay, et deux basses messes par chacune semaine fondées à toujours a l’intention dudit feu seigneur et de madame de Pienne, sa compagne.
Ainsi sont finis les jours et funérailles du bon chevalier sans reproches, le seigneur de Pienne et de Maignelay, auquel Dieu fasse merci et pardon. Amen.


Source : Bulletin de la Commission archéologique du diocèse de Beauvais, II, Beauvais, 1847, p. 51-64.