Histoire du Style Tribal en Amérique

Par Mihrimah Ghaziya


Tribal-dance (de l'anglais tribe « tribu ») signifie littéralement « danse tribale ». 
Cette dénomination peut s'appliquer à toute danse effectuée par une tribu, qu'elle soit berbère, hawaïenne, indienne ou encore massai.
Ce que nous appelons Tribal-Style n'est pas une danse folklorique mais pure imagination. Il est essentiel d'insister sur ce point. 
L'effet folklorique vient non seulement des musiques utilisées et des mouvements parfois authentiques mais aussi de la tribu elle-même.


Qu'est-ce qu'une tribu ?
et  
Qu'est-ce que ces tribus ont en commun ?

Une tribu est un groupe de personnes qui vivent ensemble partagent les mêmes conditions de vie, ont les même coutumes, mœurs et rituels, portent des vêtements similaires, portent des bijoux similaires, chantent les mêmes chansons, dansent de la même façon et bien plus encore...

Vu sous cet angle, le « tribal » n'est pas quelque chose de nouveau. Quelques-uns des points mentionnés ci-dessus s'appliquent aux groupes « tribal » et rendent leur danse authentique, alors qu'elle ne l'est pas.


 


Qu'est-ce que le "Tribal-Style" ou "American Tribal" ou "Californian-Tribal" ?

A la fin des années 60, la danse orientale est à la mode aux États-Unis. En Californie, de plus en plus d'élèves de Jamila Salimpour (la mère de Suhaila Salimpour) (famille en photo ci dessous) se mirent à danser dans les Renaissance Festivals, l'équivalent américain de nos marchés médiévaux. Les personnes costumées pouvaient rentrer gratuitement sur ces marchés et ainsi, les danseuses de Jamila trouvèrent un large public pour leur danse. A tel point que rapidement, on demanda à Jamila d'organiser ses élèves de manière à ce qu'elles puissent donner de véritables spectacles. C'est ainsi que Jamila et ses élèves commencèrent à se produire sous le nom « Bal Anat ».

Elles présentaient des danses folkloriques de plusieurs régions, agrémentées d'intermèdes imaginaires (danse avec un serpent, avec un sabre, prestidigitation etc. - Jamila était originaire d'une famille du cirque.) Le public américain
se vit ainsi offrir une grande variété de danses orientales. Et même si le groupe rappelait constamment que tout cela n'était pas authentique, leur danse devint pour beaucoup d'Américains l'image du « vrai » orient.
Les danseuses de Jamila symbolisaient différentes tribus (« tribes »).
C'est probablement pour cette raison que le terme « tribal-dance » ou « tribal-style » émergea. L'une des élèves de Jamila, Marscha Archer, reprit l'idée de son professeur et lui ajouta ses propres idées. Elle harmonisa les costumes et apporta une note artistique à la danse.

Chaque élève qui vint après apporta quelque chose de nouveau au style « tribal », chaque élève emprunta les idées de son professeur et lui ajouta ses propres idées. C'est pourquoi le tribal-style est toujours en mouvement, toujours en renouvellement.
L'une des danseuse
s les plus reconnues et les plus célèbres est Carolena Nereccio (ci dessous en photo) et son groupe « Fat Chance Bellydance » (FCBD). Lorsque l'on parle aujourd'hui de « tribal », on se réfère au style de FCBD. C'est ce groupe qui développa la mode « tribal » actuelle.



 
Le tribal-style hors des États-Unis.

Jusqu'au milieu des années 90, le tribal-style n'existait qu'en Californie. Ce n'est que grâce aux vidéos de FCBD, Gypsy Caravan et Hahbi Ru que ce style se fit connaître dans d'autres régions des États-Unis et augmenta sa popularité. Dans les années 1996-1998, les premières allemandes commencèrent à s'essayer à ce nouveau style.
Selon mes recherches, il existait en 1999 maximum 4-5 groupes qui présentaient publiquement le tribal-style. Mais l'intérêt était grandissant et de nouveaux éléments vinrent s'ajouter, développant le style : le tribal-style allemand était né.


Costume Tribal

On porte ce que l'on juge adéquat pour le groupe. Les costumes sont souvent inspiré des costumes folkloriques de diverses régions orientales mais répondent toutefois aux goûts et souhaits du groupe.
Cependant, un costume typique s'est formé au fil des années. Les instigatrices de cette mode furent les groupes FCBD et Gypsy Caravan. Les femmes portent de longues jupes amples, faites de nombreux mètres de tissu et dessous des pantalons bouffants. Les cholis (bustiers) laissent le ventre et le dos nus, sont souvent très décorés et parfois portés avec un soutien-gorge en pièces par-dessus. Le turban est également typique. Ils sont faits de plusieurs sortes de tissus, sont décorés de broches et de chaînes, parfois aussi de fleurs. Autour des hanches, on porte des ceintures de pièces, des ceintures à miroirs, des fou
lards à franges le tout décoré du plus de pompons en laine possible. Les couleurs du costume vont du noir sobre aux couleurs les plus clinquantes.

Tout cela n'est cependant pas obligatoire comme le montre le groupe Hahbi Ru qui ne porte la plupart du temps qu'un pantalon bouffant, une casque et un petit turban (ou même aucun). Leur costume s'oriente essentiellement vers les vêtements folkloriques égyptiens ou turcs. Le groupe Gypsy Caravan se montre également de plus en plus coloré et laisse de plus en plus souvent le turban de côté (voir Neo-Tribal).

L'origine des costumes n'est plus vraiment claire mais on retrouve ses différents composants dans les costumes folkloriques des pays orientaux. Il ne s'agit donc pas d'une création totale. Les turbans par exemple ressemblent à ceux que portent les Touaregs et les Indiens ; les jupes amples et les cholis sont proches de ceux portés en Inde ; des ceintures de pompons sont portées par les femmes d'Afrique du nord ; les bijoux viennent essentiellement du Yemen, d'Afghanis
tan, d'Inde et d'Afrique du nord.
J'estime que pour le tribal-style, les tissus brillants, les paillettes, le strass etc... ne sont pas adaptés. En revanche des tissus comme le sari ou la dentelle peuvent être utilisés. Il n'y a pas de règles absolues : le style personnel se développe au sein du groupe.

Au début, chaque costume tribal est une copie d'un autre que l'on a aimé. Mais la plupart des danseuses « tribal » se développent en même temps que leur costume. Un costume « tribal » n'est jamais terminé : on le coud, le recoud, ajoute un bijou, un pompon etc. Avec chaque élément que l'on ajoute, c'est un peu d'âme qu'on lui ajoute. On trouve un beau tissu ancien qu'on drape sur la jupe, dans un vide-grenier on trouve un vieux pompon qui trouve sa place sur la ceinture, on ramène un bijou berbère de ses vacances au Maroc ou on achète une ceinture à miroirs dans un magasin indien. Le tribal, ce n'est pas du prêt-à-porter, Le tribal, c'est une façon de vivre, c'est l'imagination.


Bijoux

On raconte qu'un jour, Carolena a dit que les turbans devenaient de plus en plus gros pour avoir de plus en plus de place pou
r les bijoux.

Les vrais bijoux sont rares et chers. Au départ, on peut utiliser les bijoux folkloriques moin
s chers qu'on trouve dans les magasins de danse orientale mais l'effet des vrais bijoux en argent est inégalable. On peut les trouver dans certains magasins indiens ou orientaux, dans des magasins d'antiquités ou par des amis qui se rendent dans l'un des pays d?origine (Maroc, Syrie, Yemen, Inde etc.).

Dans les pays orientaux, les femmes ont to
ujo
urs vu les bijoux comme un investissement : des femmes richement parées étaient des femmes riches. C'est pourquoi les bijoux jouent un grand rôle dans le tribal-style. Plus on porte de bijoux, mieux c'est ! On peut porter beaucoup de bracelets, 3-4 les uns par-dessus les autres ; des bagues, des chaînes, des colliers, des pendants d'oreilles, ou même un anneau dans le nez. Les femmes berbères portent aussi des bijoux sur les pieds. Les boucles d'oreilles, les chaînes et les broches peuvent être attachées au turban. On augmente ainsi facilement son poids de quelques kilos.


Maquillage

Le tribal exige un maquillage voyant. Le costume est tellement chargé que le visage disparaîtrait sous un maquillage décent. Le maquillage n'est pas une invention de la civilisation moderne : les femmes berbères portent souvent des maquillages voyants.
Les points les plus importants : le teint clair, du blush, les yeux sombres, un rouge à lèvres sombre. 
Il ne faut pas oublier de retoucher le maquillage dès que le turban est mis en place : lorsque les cheveux sont cachés, le maquillage doit parfois être ré-adapté au type.

On peut également décorer son visage de tatouages berbères à l'aide de crayons ou d'eye-liner. On peut dessiner des points et des traits sur les joues et le menton. Il existe des livres qui expliquent la symbolique de ces tatouages mais on peut bien sûr inventer des motifs soi-même. Enfin, on peut se coller un bindi sur le front, comme le font les femmes indiennes.


Musique

Ici aussi , rien n'est obligatoire. On peut utiliser des CD de musique folklorique mais il y a également des groupes américains qui se sont spécialisés dans ce style de musique. Ce qui est important, c'est un rythme parfaitement régulier et des instruments simples.
On n'est pas obligé d'utiliser uniquement de la musique orientale. On peut également prendre de la musique africaine, celtique, aborigène... De nombreux morceaux médiévaux sont également utilisables. Au Moyen-Age, il y avait un lien fort entre l'orient et l'occident (croisades) qui se retrouve dans la musique.


Tribal-feeling "nous sommes une tribu"

Le groupe est la tribu. Les danseuses ne sont pas en concurrences mais vivent ensemble la force et l'harmonie de leur danse. De la créativité, de la spontanéité sont demandées mais aussi une communication intérieure,
non-verbale. C'est cela qui donne à la danse sa grâce, sa fierté, sa beauté. Le tribal n'est pas une danse devant un public. C'est une danse qui intègre le public, s'il est prêt à se laisser emporter.
Comme dans beaucoup de danses, il y a de l'érotisme dans le tribal. Cependant, l'accent est plus porté sur la dignité, le pouvoir et la force de la femme. C'est une représentation de la fierté et de la sensualité, pas de la sexualité.Pour qu'un groupe de femme devienne une tribu, il faut beaucoup de travail et la volonté de s'intégrer. Le tribal n'est pas une danse pour les solistes. Les membres du groupe doivent être sur un pied d'égalité, sans perdre leur individualité. Tribal signifie danser les unes pour les autres et les unes avec les autres. Il y a bien sûr des femmes qui prennent la direction mais cela se produit de manière discrète et douce. Comme dans les vraies tribus les anciennes prennent les plus jeunes par la main et les initient aux rites de la tribu. Elles leur montre les pas et les aident à trouver leur place dans la tribu.

Il est bon d'avoir des rituels qui soulignent cette appartenance. Je connais des groupes qui organisent des cérémonies initiatiques pour leurs nouvelles. Avant une représentation, les femmes s'aident à s'habiller, à nouer le turban, à se maquiller et se parer de tous les bijoux. Un moment de méditation avant chaque représentation renforce le groupe. Ces rituels marquent, pour nous, la différence entre la danse orientale et le tribal-style.

Il est possible que d'autres groupes n'aient pas de rituels et se concentrent sur la technique, sur l'achat de costumes tout faits qui sont rapidement changés entre deux danses. Pour nous toutefois, cela serait perdre de vue l'essentiel : le fait d'être ensemble, le lien intérieur et le rituel qui nous donne de la force pour la danse. Le chemin est le but.


Mouvements et pas

Les pas de base peuvent être empruntés à la danse orientale classique, au folklore ou même au flamenco. Il est important cependant de privilégier les mouvements de hanche rapides, terriens ainsi que les mouvements lents et doux du buste et des bras.
Ce sont les mouvements lents et souples, ainsi que les enchaînements de pas précis et répétitifs qui donne à la danse force et harmonie.
Typique pour le tribal : la position droite du corps, qui participe à cette impression de fierté. Cette attitude est renforcée par des mouvements de bras et de mains exécutés de manière très précise. Le corps est tendu jusqu'au bout des doigts. Tous les mouvements sont planifiés.
L'accompagnement aux sagattes est typique mais pas obligatoire. Même pour les danseuses peu expérimentées, les sagattes ne devraient pas poser de problème.

Une technique exacte est essentielle pour la "synchronisme" du groupe. 
Ce qui compte, ce n'est pas la difficulté des mouvements mais l'exactitude de leur exécution. Le groupe doit s'orienter au membre le moins expérimenté. Il vaut mieux prendre des mouvements simples exécutés de manière propre et synchronisée que des mouvements compliqués et irréguliers.
Même si beaucoup de mouvements proviennent de la danse orientale, le tribal n'est pas une danse que l'on apprend par une petite chorégraphie. Contrairement aux danses folkloriques de certaines régions, le tribal n'est pas une seule danse, mais un mélange de technique, émotion, expérience et vision du monde. Comme pour la danse orientale, il faut des années d'entraînement. Les mouvements sont certes parfois simples, mais ils doivent être absolument exécutés avec précision et rigueur. La posture droite du corps nécessite également une certaine expérience de la danse. Le tribal n'est pas une danse pour les débutantes. Et même les danseuses confirmées remarquent rapidement que le tribal nécessite un entraînement régulier et intensif. Une posture droite, peu de déplacement et souvent beaucoup de mouvements ondulants : tout cela est plus difficile qu'il n'y paraît. Et le travail synchronisé est souvent plus difficile que beaucoup de danseuses ne l'auraient cru.


Chorégraphie ou improvisation

L'harmonie du groupe se fait au mieux par l'improvisation. Une des danseuses décide quel mouvement va être fait. Par de petits mouvements par exemple de la main, des codes appris pendant l'entraînement, la danseuse signale quel mouvement va être exécuté dans la figure rythmique suivante. Les autres femmes suivent les indications de la guide. Dans le meilleur des cas, le public ne capte pas les signaux donnés. Les femmes doivent rester vives, concentrées et se reposent sur leur guide et leurs partenaires. La compréhension est non-verbale et cela fait du groupe une unité.

Cette forme de danse est idéale mais lorsque les groupes grandissent, elle devient difficile. Il faut de longs entraînements pour créer des liens entre les danseuses. Sans ces liens, la danse perd en unité et devient monotone, du fait du réperto

ire de pas réduit.
Au début, les chorégraphies facilitent le travail car on peut travailler sur la synchronisation des mouvements. Il est toutefois important que cette chorégraphie garde un caractère improvisé, c-à-d qu'il existe un lien entre les danseuses. Il faut privilégier les enchaînements simples et les répétitions à une chorégraphie compliquée.

La chorégraphie partielle est une bonne alternative. Les enchaînements sont convenus à l'avance mais leur ordre est décidé spontanément lors de la danse grâce à des codes visuels ou des cris. Cela peut être décidé par une guide désignée à l'avance ou à tour de rôle (la danseuse qui est la plus en vue pour les autres décide des enchaînements.)
Une autre variante, le travail avec le chœur. Un grand groupe de danseuse reste à l'arrière de la scène tandis qu'une soliste ou un petit groupe (deux ou trois personnes) dansent à l'avant. Le chœur exécute des mouvements simples mais très synchronisés, la plupart du temps improvisés et dirigés par la danseuse la plus en vue. La soliste improvise pendant ce temps et revient dans le chœur dès qu'elle le souhaite. Une autre danseuse sort alors du chœur pour devenir soliste.


Aspects médicaux

Comme pour toutes les danses, un échauffement est nécessaire. A cause de la posture et des mouvements de hanches rapides, il existe un risque que certaines parties du corps soient trop mises à l'épreuve. Il s'agit essentiellement des hanches, de la colonne vertébrale et des genoux. Pour les débutantes, la posture statique est également une difficulté. Pour éviter des douleurs et des séquelles, il faut faire attention et veiller à ce que le bassin soit contracté, que l'on reste droite, les genoux légèrement fléchis, les épaules descendues. Les mouvements du tribal, lorsqu'ils sont bien exécutés, renforcent la musculature du dos et aident à se tenir bien droite. Il est recommandé de faire des exercices supplémentaires pour muscler le dos. Même si les vidéos et DVD sont bien faits, il ne faut jamais oublier de faire contrôler et corriger ses mouvements. ........ [...]