Evaluation méthode self defense

Comment évaluer ou choisir une méthode de self-defense ?


 

Il y a de nombreux clubs proposant une activité de self-defense. Tous les instructeurs sont convaincus que leurs techniques sont efficaces. Certains appliquent des référentiels développés dans ce sens, d'autres proposent un mélange de sports de combat et enfin certains créent un produit avec leur propre réflexion. Il n'y a sans doute pas de vérité absolue en ce domaine. Comment les pratiquants peuvent-ils alors se faire une idée sur l'efficacité de ce qu'il apprennent sachant que dans tous les cas, il y aura un grand vide entre  l'entraînement et la violence de la réalité. Comme réponse, posez-vous quelques questions. Voici une liste non exhaustive.

 

1 - Est-ce que la méthode s'adapte à vous ou bien vous demande-t-on l'inverse ?

2 - La pratique se fait-elle dans différents environnements ou toujours au même endroit ?

3 - Avec quelles tenues vestimentaires pratiquez-vous ?

4 - Ce que l'on vous apprend est-il conforme à la loi Française ?

5 - Vous montre-t-on l'écart entre les exercices réalisés et la réalité ?

6 - Y-a-t-il des exercices pratiques sur la prévention, le stress, le contrôle de soi, la relaxation ?

7 - Etes-vous régulièrement en difficulté psychologique et/ou physique ?

8 - Vous faites-vous parfois de petites blessures ?

9 - Vous incite-t-on à découvrir d'autres disciplines ?

10 - Utilisez-vous des protections ?

 

Voici mes commentaires à chacune de ces questions. Elles sont évidemment discutables et n'engagent que mon opinion.

 

1 - Il me paraît évident qu'un homme grand et fort n'aura pas les mêmes contraintes qu'une petite femme. La méthode doit donc tenir compte des rapports de force (physique et psychologique) pouvant exister ainsi que des types d'agressions les plus communément rencontrer par les deux sexes. Comme nous ne sommes pas dans une activité sportive soumis à un référentiel, chacun(e) est en droit d'attendre que l'instructeur prenne en compte ses différences. Il doit être en mesure d'apporter des solutions différenciées.

 

2 - La pratique dans la salle confortable rassure. Même s'il est difficile de changer de structure ou d'être à l'extérieur, il est néanmoins indispensable de changer parfois d'environnement (urbain, domicile, nature, …). C'est simplement un pas vers la réalité. Et puis dans une cuisine, on trouve plein de choses pour se défendre qu'il n y a pas dans un dojo :-)

 

3 - A proscrire les tenues "uniformes" dans l'esprit des arts martiaux. La tenue d'entraînement habituelle doit être la plus proche possible de la vie courante tout en restant suffisamment adapté au caractère sportif. De temps à autre, il est aussi intéressant de pratiquer en tenue moins adaptée (tenue de soirée, de travail, habits d'hiver, …)

 

4 - L'esprit de la loi Française est assez précis par rapport à l'auto-défense du citoyen (art. 122 du code pénal). Les actes enseignés doivent l'être dans ce cadre car ce n'est ni un sport de combat, ni un art martial. Dans l'enseignement,  Il convient de bien comprendre l'esprit de cet article et de ses restrictions. Ensuite, chacun fait ce que bon lui semble, mais en connaissance de cause.

 

5 - Aucun exercice ne pourra remplacer la réalité d'une agression avec un vrai danger. Néanmoins, par respect pour les pratiquants, il convient d'être honnête avec eux. Il ne faut pas faire croire que de simples simulations puissent être un aboutissement à leur sécurité personnelle.

 

6 - Les techniques de "combat" ne devraient représenter qu'une partie mineure de l'entraînement, tout du moins au début. Dans une confrontation réelle, le premier facteur limitant sera lié au stress. Le contrôle de soi et la condition physique générale sont à travailler en priorité. Apprendre à subir avant de faire subir !

 

7 - Il n'y a pas de progression sans une mise en difficulté. Les compétences pédagogiques d'un instructeur s'évaluent principalement dans le dosage de celle-ci. Si vous avez la certitude de franchir des étapes, alors c'est bien. Encore faut-il que ce soit factuel et non subjectif.

 

8 - L'objectif numéro un dans une pratique associative ou professionnelle doit être la sécurité de la personne. Mais on ne peut empêcher parfois les blessures. Tant que celles-ci restent légères (bleu, petite luxation, griffure, …) elles apportent un apprentissage bénéfique sur la réalité anarchique d'un combat. Notre attention protectrice s'améliore et le style d'évolution se modifie à condition de continuer à travailler, avec modération, quand on a des petits bobos.

 

9 - C'est dans la pluralité que nos compétences se développent. Chaque discipline permet d'acquérir des capacités transversales. Sans chercher à disperser ses adhérents, l'instructeur de self-defense devrait les inciter à découvrir en parallèle d'autres disciplines, que ce soit dans le cadre du club ou bien de stages externes.

 

10 - L'utilisation ou non de protections peut faire débat. Pour ma part, je suis contre leur utilisation, excepté très ponctuellement pour les dents et les yeux lors d'exercices spécifiques avec des pratiquants non expérimentés. Cela est un choix pédagogique basé sur des options plus défensives qu'offensives. De plus, pour avoir pratiqué les deux, je m'aperçois que finalement, moins il y a de protection, moins on se blesse.

 



Sylvain VIAL