Sarah P. Struve: AXANE

-- AXANE -

Essai en écriture libre

(1978)

 

Sarah P. Struve

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                      As-tu vu ces fleurs ?...  -  Ton nez vaque au prise avec ton crâne -FLATSHHH !  -  C'te vache de terre !...  -  L'ascenseur plane ses treize étages te propulsant de sa chute  -  l'impératrice de Chine chuchote  -  "Oui, il y a des mecs qui eux aussi ont des ailes !"  -  l'air, presque de ne pas y croire.

 

Affiche rouge !

 

                                                  L'internationalisme combattant ... Tu aurais tant voulu.

           Marche  -  marche inutilité  -  marche  et les fusils se mirent à briller  -  où allais-tu ?  -  Qui donc étais-tu ?  -  Au juste, tu ne le savais  -  cheveux longs  -  boucle d'oreille  -  ambiguïté  -  ton genre, s'était la terre  -  tu crevais de ne pouvoir t'y transphaser  -  Inch'halla, chantent les migrateurs macadamisés  -  ton  regard ne voit plus  -  tes mains ne perçoivent plus l'eau  -  LA MANDRAGORE EST NOTRE SEVE !  -  & ILS NE LE SAVENT PAS !  - Princes des sables mouvants - milliers d'Icare aux ailes consumées  nos membres desséchés perforent la nuit ferrugineuse -Axane te guette au bout du chemin  -  au bout du chemin il y aura ... Mais tu ne le sauras pas  - la lumière ne vient qu'après.  -  Marche !  Marche !  - ta main tremble l'asphalte  -  AVEUGLE  -  ultime clarté.

            

          Ta tête cogne  -  jet de cheveux  -  cheveux de paille  -  cheveux fous  -  désirentiels !  -  Sur un sale canapé  -  pas mal défoncé  -  Mais qu'est-ce qu'on foutait là ? -  Dans cette tour du dix-neuvième  -  chevauchant l'air vitrifié.  - Un "adieu" à taxi/blanc/matin  -  dehors il pleut un crachin inextricable  -  que fout donc l'hiver en juillet ?  -  Glissement mouillé de l'asphalte, de néons en lampadaires  -  là  -  la vie n'a fait que passer  -  tu berces un regard  -  reflet en partance  -  les quais sont pleins de brouillard  -  le caboteur fantôme hulule l'appel à la mort de l'autre côté du port indécis  -  est-ce l'instant passé qui  -  déjà  -  te déchire ?  -  Derrière tes yeux éclatés bruine le "Captagon" ne laissant qu'un goût amer  -  un quart de siècle et depuis un bout de temps ton corps s'est immobilisé  -  seules les saccades des roues continuent à te bercer  -  grenouille disséquée.

 

......................................TU ATTENDS...........................................................

 

                  Le chat s'est faufilé  autour de la lampe, de ses yeux verts  -  la guitare rythme les pulsions de temps en temps -  mortelle ombre nocturne d'entre chat et tigre - la paranoïa te gagne  -  pourras-tu sortir de ta tanière ?  -  Pénétrer dans l’antre  -  celui qui renferme les fleurs magiques, t'effraie  -  et tu sais que tu ne pourras plus soutenir longtemps ces visions mouvantes  -  la mandragore pousse de ses racines  une Amazonie de contes sortilèges  - Hans et Gretel s'affolent pleurent et rient dans le regard de tes nervures crâniennes  -  ils se sont amourachés de leurs cauchemars  -  la passion brûle à bout touchant  -  tu essaies d'imaginer durant toute une nuit l'énergie désirentielle que déploient les passagers d'un avions s'écrasant  -  les mégawatts brûlants autour de l'échafaud  -  seuls ceux qui perdirent leur tête pourraient te le faire découvrir.

                   La parole neige de tes doigts  -  et tu peut tout !... -  Toutes les sonorités !  -  La locomotive avale d'arcanes solaires la nuit octogonale  -  diamance d'étoiles dures de volonté  -  tu te dis que de toute façon  tu reviendras, tu reviendras !...  -  Mais l'instant emporte - dans ses vapeurs fracassantes de braises météoriques  -  au fond de sommets enfin conquis  -  se métamorphosant en fosses aux lions  -  où de fauves il ne reste  que ossements blanchis.  -  Tu te hisses sur les cimes que seuls des charognards sarcastiques survolent  -  pleine d'une compassion fraternelle tu te dis  -  "Que voulez-vous !  La charogne nourrit les petits."  -  Et tu hurles à l'adresse de tes  pieds de ralentir cette course  -  prenant ton essor vers le centre de la terre  -  vers l'âme de cette matière en fusion que de tes doigts squelettiques  -  nerveux et tellement sages  -  tu forges.  -  Sachant la chute inévitable et proche  -  tu forces le pas - désirant brûler de milliers d'instants/lumière  - désirant  être l'instant d'avant, d'après et toujours... sur l'intervalle du moment .

 

               Ta tête dépasse, enfin, le tournant final du vertige  -  basculant en arrière  -  et déjà comme presque avant la matière et son extrême opposé se sont connectés.

            

               Axane a fait une grimace  -  elle n'y croit plus  seule sous le chapiteau croulant de toiles d'araignées  -    dans sa main cireuse une vielle valise.  -  Le projectionniste  -  dans sa fuite  -  a oublié d'éteindre les feux de la rampe.  -  Sur les gradins traînent encore quelques coiffes paysannes  - papiers gras  -  neige d'arachide  -  les sunlights s'épaississent dans le flot d'une multitude d'instants disparus  -  peignent d'étranges strates sur sa figure bakélisée  -  carton pâte minoen  -  le  chapiteau restera vide  -  Axane se souvient des faubourgs de Manille  -  de ce sorcier à moitié hollandais, à moitié païen qui un jour l'ensorcela.  -  Maintenant elle lève les yeux vers les artères d'eau brumeuse  -  elle voit un astre et danse  -  danse seule au fond de sa cellule sous l’œil absent de l'espion  -  unique témoin  -  la matonne s'étant fait  -  depuis longtemps  -  un dernier shoot dans de antiques chiottes pourris  -  Axane danse  elle croit  maintenant  se souvenir  -  une voix disait....  -  "Alors que tu quitteras; Ton chemin te mènera vers les montagnes.  -  Là tu seras l'ouverture et le verrou  -  tu engendreras la lumière. "  -  ...  -  Ce soir la solitude d'une chambre d'hôtel  -  Axane lève un dernier regard vers les gradins vides  -  un jour de mauvais garçons briseront à coup de pierres les projos...  -  Axane marche de par les rues. -  Elle a une prédilection pour les avenues de l'est ville  -  là, où les gazomètres rouillés la protègent de sa solitude.  -  Des  années...  Des années...  -  Quelque part  -  là  -  dans l'ombre  -  elle a rendez-vous avec Thomas l'imposteur.

 

          Bleuité crétoise  -  Théodorakis cascade avec une sorte de joie pascale  -  incrédulité à la vue d'un revenant  -  sur son corps tourne boule la voix de Maria Farantouri...  -  L'olivier  -  en octobre  -  là  -  il pleut d'étranges iridescenses  -  la  pierraille fixe de sa face blanche/crayeuse des kilomètres de fourmis  -  le  sabot de l'âne frappe avec grand' nonchalance  -  Bouzoukis  -  sous la fenêtre, des lampions d'or touffu brûlent au visage blond d'Axane  -  elle !  -  prise au piège de Cefallu  -  image que tu crus d’Épinal et tu as palpée le mythe dans un village de la côte crétoise  -  beauté faite de laideur  -  regardez Istanbul dans ses brumes d'aurore bleutée  -

 

 

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