Mandela ou les chemins du pardon

Mandela ou les chemins du pardon

Vingt-sept ans de prison !

Ce n’est pas un jour

Ce n’est pas une année

Ce ne sont pas dix années

Mais vingt sept années !

Ils ont eu, lui et son compagnon

Le temps, tout le temps

de prendre la mesure de l’homme et de la marche des peuples.

ils ont eu le temps de chercher les chemins qui conduisent

à la réconciliation et à la paix.

De leur cellule, ils ont regardé les murs de leur prison.

Derrière ces murs de béton, ils ont vu un mur non moins redoutable,

le mur du mépris. Au pays de l'apartheid, ce mur sépare, légalise la séparation :

au petit nombre la richesse et la force,

au grand nombre la pauvreté et le silence.

C’est alors qu’ils décidèrent de tracer un chemin de pardon.

Ils dirent à leur peuple :

« Jetez à la mer balles et fusils.

Désarmez vos cœurs et laissez tomber les armes de vos mains

nous pourrons alors commencer à tracer le chemin de la paix ».

Et Mandela a tracé le chemin de sa pratique de paix :

C’est du terrain des pauvres de mon peuple que peut naître la réconciliation.

Ce sont des places poussiéreuses de leurs quartiers que peut fleurir le pardon.

C’est du ballon ovale et du sifflet de l’arbitre qu’ils apprendront à se pardonner.

C’est de la misère et de l’humiliation qu’ils tendront les mains vers les ennemis d’hier.

Il avait fait le choix de la violence, aujourd’hui, il fait celui de la non-violence, certain qu’elle gagnera !

Cette conviction est un chemin de pardon

Et, le plus souvent, un pardon en chemin

parce qu’il faut du temps pour pardonner.

Dans l’austère solitude de sa prison, il avait appris

que le refus de pardonner nous enferme dans le passé

que le pardon nous ouvre un avenir.

Et de toutes ses forces, il voulait un avenir pour son peuple.

Il a prolongé sa réflexion dans le silence de sa maison en écrivant :

« Il n’y a pas de couple dont l’amour puisse durer sans pardon !

Il n’y a pas de famille qui reste unie sans pardon !

Il n’y a pas de pays ou de peuple qui grandisse en humanité sans pardon ! »

Pour terminer, j’affirmerais volontiers : le pardon a une dimension politique.

Jacques Lancelot