HOMÉLIE DU 4e DIMANCHE DE PÂQUES – Année C – 12 Mai 2019

Quand on regarde l’évolution d’un bébé, on ne peut qu’être surpris de la rapidité avec laquelle il progresse dans la manière de se servir de sa main, pour attraper les objets, pour indiquer ce qu’il voit. Voilà en effet, une partie de notre corps qui nous est indispensable au point que nous en faisons mention dans le langage courant pour exprimer nos sentiments ou notre manière d’agir. Applaudir des deux mains, avoir le cœur sur la main, donner un coup de main, mettre la main à la pâte, prendre son courage à deux mains, tendre la main, tomber en de bonnes mains, et pour finir cette liste non exhaustive, unis comme les cinq doigts de la main.

Bien entendu, en écoutant l’Évangile, nous est revenue à la mémoire la figure du bon pasteur, telle qu’elle était représentée aux premiers siècles : Jésus, portant autour du cou une brebis, celle qui était perdue et qu’il a retrouvée. Mais il est un mot qui revient à deux reprises : celui justement de main, à prendre de manière symbolique. Nous sommes dans la main de Jésus, comme nous sommes également dans celle de son Père. Et faut-il le préciser, bien tenus dans ces mains, car nul ne peut nous en arracher. C’est dire qu’aux yeux de Jésus, le lien qui nous unit à Lui et à son Père est très fort.

Quelle est cette relation ? Comment la vivre aujourd’hui ? Alors que nous sommes dans un temps bien différent de celui de l’Evangile. Nous sommes, en effet, comme nous le rappelle, le cierge pascal allumé, dans un temps autre, celui qui court jusqu’à la fin de l’histoire, temps dans lequel Jésus Ressuscité se manifeste par la présence de son Esprit.

Cette relation, nous le savons bien, c’est celle que nous sommes appelés à vivre depuis notre baptême, au cours duquel nous nous sommes entendus dire : « tu es une création nouvelle, tu as revêtu le Christ » ; Il y a un beau mot pour exprimer cette relation que nous avons à entretenir avec le Seigneur, pour signifier que nous sommes dans ses mains, comme vient de nous le révéler l’Évangile, c’est celui de vocation, que trop souvent nous limitons à certaines manières d’envisager sa place dans l’Église et dans le monde. Et la vocation qui nous réunit tous dans l’Église, quelque soit nos différences liées à un ministère, à une fonction, c’est celle d’être toutes et tous appelés à la sainteté comme membres du Peuple de Dieu. Oui, notre vocation commune, qui est première, avant toute autre forme particulière de vocation, c’est bien d’être dans les mains du Seigneur, c’est d’être appelés à la sainteté comme nous l’a rappelé récemment le Pape François dans son exhortation, en s’appuyant sur le Concile Vatican II : « tous ceux qui croient au Christ, quels que soient leur condition et leur état de vie, sont appelés par Dieu, chacun dans sa route, à une sainteté dont la perfection est celle même du Père ».

Retenons cette expression, chacun dans sa route... dans les mains du Seigneur Ce que redit le Pape François dans son message pour le dimanche des vocations que nous célébrons chaque année le 4ème dimanche de Pâques. Un très beau texte que je vous invite à lire dans son intégralité. Je vous en livre quelques lignes.

« La vocation est une invitation (...) à suivre Jésus au long de la route qu’il a pensée pour nous, pour notre bonheur et pour le bien de ceux qui sont autour de nous. » Et de préciser que « L’appel du Seigneur alors n’est pas une ingérence de Dieu dans notre liberté ; ce n’est pas une “cage” ou un poids qui nous est mis sur le dos. C’est au contraire l’initiative amoureuse avec laquelle Dieu vient à notre rencontre et nous invite à entrer dans un grand projet dont il veut nous rendre participants, visant l’horizon d’une mer plus vaste et d’une pêche surabondante. »

Et le Pape de faire mention du « choix de s’épouser dans le Christ et de former une famille, ainsi que d’autres vocations liées au monde du travail et des métiers, à l’engagement dans le domaine de la charité et de la solidarité, aux responsabilités sociales et politiques (...)

Chacun dans sa route… dans les mains du Seigneur

Pour ce qui me concerne, cette route a pris voici quarante cinq ans la forme de la vie conjugale scellée par le sacrement de mariage et depuis plus de trente ans la forme d’une réponse à un appel de l’Église à exercer le ministère de diacre. Ce que manifeste la liturgie d’ordination au début de la célébration.

Après s’être avancé à l’appel de son nom devant l’Évêque en répondant « me voici » - le futur diacre est présenté par le délégué diocésain chargé du diaconat de cette manière à l’Evêque :

« Père, la sainte Église vous présente son fils Daniel et demande que vous l’ordonniez diacre ».

Et l’Évêque d’interroger le délégué :

« Savez-vous s’il a les aptitudes requises ? »

Et celui-ci de répondre :

« Les chrétiens qui le connaissent ont été consultés et ceux à qui il appartient d’en juger ont donné leur avis. Aussi, j’atteste qu’il a été jugé digne d’être ordonné. »

Et ensuite, si le futur diacre est marié, l’Évêque interroge son épouse : « Jacqueline, l’Église me demande d’ordonner diacre votre mari. Acceptez-vous ce que cette ordination va entraîner pour votre vie conjugale et familiale ? »

Et de répondre : « oui, je l’accepte ».

Ce détour par la liturgie d’ordination me semble utile, car nous avons à nous rappeler que tout ministre ordonné (évêque, prêtre, diacre) répond d’abord à un appel qui lui vient de l’Église. Cela est d’autant plus vrai pour les diacres que la plupart d’entre nous, ce n’est pas par un désir personnel que nous exerçons ce ministère, c’est bien parce que nous avons été nous avons été un jour interpellés : « as-tu pensé au diaconat ? ».

Et c’est à partir de cette première réponse que va commencer une période de discernement qui se prolonge tout au long de la formation (en tout 4 voire 5 ans) que va naître la vocation au ministère diaconal, laquelle devra être ratifiée, in fine, par les instances diocésaines du diaconat, l’équipe provinciale de formation et présentée à l’Évêque.

Une vocation spécifique au service de l’Église diocésaine qui est encore largement méconnue. Elle demande encore aujourd’hui des clarifications pour être comprise. Je ne vais pas ce matin vous faire, au risque vous ennuyer, un exposé théologique (une heure n’y suffirait pas) sur ce ministère qui a l’originalité d’être confié dans l’Église catholique de rite latin à des hommes mariés (à condition que ces derniers soient âgés de 35 ans minimum et mariés depuis 10 ans minimum) mais également célibataires. Mais vous livrer cette réponse que le Pape François a faite lors d’une rencontre avec des prêtres et diacres italiens. Comme je me retrouve dans sa manière de présenter le ministère diaconal, je n’hésite pas à reprendre ses mots.

Le diacre est le gardien du service de l’Église. Chaque parole doit être bien mesurée. Vous êtes les gardiens du service dans l’Église: le service de la Parole, le service de l’autel, le service des pauvres. Et votre mission, la mission du diacre, et

sa contribution consistent en cela: à nous rappeler à tous que la foi, dans ses diverses expressions — la liturgie communautaire, la prière personnelle, les diverses formes de charité — et dans ses divers états de vie — laïque, cléricale, familiale — possède une dimension essentielle de service. Le service de Dieu et des frères. Et combien de route y a-t-il à parcourir dans ce sens! Vous êtes les gardiens du service dans l’Église ( ....). Vous n’êtes pas à moitié prêtres et à moitié laïcs (...) vous êtes le sacrement du service à Dieu et aux frères. Et de ce mot «service» dérive tout le développement de votre travail, de votre vocation, de votre présence dans l’Eglise.

Et le Pape d’ajouter :

Une vocation qui, comme toutes les vocations, n’est pas seulement individuelle, mais vécue à l’intérieur de la famille et avec la famille; à l’intérieur du Peuple de Dieu et avec le Peuple de Dieu.

Ce dimanche des vocations est celui de toutes les vocations. Ce dimanche est celui de tous les baptisés. Quelque soit la vocation à laquelle nous sommes appelés, c’est tous ensemble que nous formons l’Église, ce Peuple de baptisés en marche vers le Royaume. Un Peuple de Dieu qui dans le temps qui nous sépare de l’avènement de ce Royaume se trouve dans les mains du Seigneur.

Puissions-nous les uns les autres, nous réjouir de l’amour du Seigneur pour son Peuple...

Chacun dans sa route... dans les mains du Seigneur.

Daniel HINARD, diacre permanent