Homélies


Homélie du 26 Juillet 2015 - 17e Dimanche - P. Michel LEMASSON

      

Impossible pour nous de comprendre ce qui s'est passé ! En tout cas, Jésus a tout d'abord voulu rendre ses disciples attentifs à nourrir cette foule : "Où pourrions-nous acheter du pain pour qu'ils aient à manger ?" Alors André aperçoit un jeune garçon qui a apporté cinq pains et deux poissons. C'est si peu de chose pour tant de monde, mais c'est à partir de ce très peu de chose apporté, partagé, que Jésus accomplit ce miracle incompréhensible à notre raison. Si l'on avait négligé ce peu de chose ou si l'on avait gardé pour soi ces cinq pains et ces deux poissons, il n'y aurait rien eu. "Tout ce qui n'est pas donné est perdu", dit un proverbe indien. Le partage rend possible quelque chose. Quelque chose se débloque. C'est comme ça dans la vie de tous les jours. Au fond, partager nous rend plus libres, rend libre Jésus d'accomplir ce signe, et dans la vie quotidienne, partager ce que nous avons nous rend libres, au lieu d'être toujours sur le qui-vive, accrochés à ce que nous avons, dans la crainte de le perdre.

"Partage tout ce que tu as et tu seras libre, incomparablement", écrivait frère Roger, dont la communauté de Taizé fête cette année les 100 ans de sa naissance.

Un deuxième aspect de cette multiplication des pains que nous ne comprenons pas, c'est que Jésus est attentif à ce que tous reçoivent quelque chose. Il aurait pu y avoir quelques privilégiés, et puis les autres auraient attendu une journée sans manger...Comme on entend parfois: "On n'est pas chargé de subvenir à toute la misère du monde"... Mais non, Jésus veut que tous puissent recevoir de lui ce qui fait vivre. Alors quand nous sommes portés à faire des catégories, à séparer ceux qui méritent notre attention et ceux que nous dédaignons, ce miracle de Jésus nous fait signe : tous ont besoin de recevoir quelque chose de lui, et ça peut passer par nous !

Cette multiplication des pains décidément nous pose question : qu'est-ce qui s'est vraiment passé ? Notre entendement est dépassé. Et pourtant chacun des évangélistes, dans des contextes différents, rapporte l'événement. Ce critère qu'on appelle le critère d'attestation multiple dans des traditions différentes est un des critères en faveur de l'historicité d'un événement. De même, les témoignages différents qui se recoupaient autour de Bernadette Soubirous à Lourdes.

Mais ce qui marque encore dans ce signe de la multiplication inexplicable des pains, c'est la surabondance. Il en reste encore largement à la fin ! Cette générosité est souvent dans la Bible le signe de l'action de Dieu. C'est comme dans le récit de la Création, la multiplication surabondante des espèces d'animaux ou de plantes... Cette surabondance des pains partagés rejoint la surabondance de la vie sur la planète. La foule sent tellement que ce miracle a quelque chose à voir avec Dieu qu'elle veut tout de suite faire de Jésus le roi d'Israël. Et lui se retire dans la montagne tout seul...

Cette surabondance du pain multiplié, elle nous dit que ce n'est pas seulement de pain, de nourriture matérielle, dont nous avons besoin. Le pain, le poisson, la nourriture, c'est ce qui permet à notre vie de s'entretenir chaque jour. Mais le vrai pain n'est-il pas le Christ lui-même, dont la vie de Ressuscité peut déjà donner à notre vie d'aujourd'hui son commencement d'éternité ?



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CSP Caen,
26 juil. 2015 à 04:37