Le Fils prodigue de Batoni

Le Père

Il est montré en majesté, richement vêtu, turban coloré, bijoux, fourrure, barbe soigneusement frisée.

Sa tête est penchée vers son fils. Le regard est grave et exprime l’intensité de son amour pour son fils qui était perdu et qui est retrouvé.

Son cœur s’ouvre pour son fils, il ne juge pas, il accueille avec amour.

Seigneur, me voici à mon tour sous ton regard.

Je te rends grâce pour tous les dons reçus.

Tu m’accueilles tel que je suis.

Qu’est-ce que ce visage dit de la relation du père pour son fils…du Père pour les enfants que nous sommes ?




Le fils

Le fils est dépouillé, pas de vêtements, cheveux libres, il est nu et il revient à son point de départ.

Il revient dans la même maison, auprès des mêmes personnes.

Mais il n’est plus le même, il propose à son père d’être un ouvrier, il a changé.

En contemplant, le dépouillement du fils, ses larmes, ses yeux fermés, je refais avec lui le chemin qui l’a conduit jusqu’à revenir à son point de départ. A revenir transformé dans les bras de son père. Mon chemin de vie aussi m’a transformé, je réfléchis aux instants pendant lesquelles le Père m’a pris dans ses bras, tel que je suis.

Les bras du père

La courbe du bras du père qui accueille répond à la courbe du dos nu du fils pécheur.

Le père ouvre les bras il enveloppe son fils de son manteau. Sous ce manteau ils ne font plus qu’un unis dans un amour filial.

Les bras du père sont grands ouverts,comme sur la croix. Le Père donne son amour sans mesure.

Cet accueil inconditionnel du père envers son fils est à l’image de l’accueil inconditionnel de Dieu pour chacun d’entre nous.

La main du père


La main du père attire avec fermé et tendresse la main du fils.

Seule cette main du père est de la même couleur que le fils. Le père accueille tellement son fils qu’il ne font plus qu’un.

Les mains sont nus sans vêtement chez le père comme chez le fils, la force du bras du fils se plie à la vieillesse de la main du père.

Accueillir le pardon, c’est entrer par la porte de l’humilité, accepter d’être aidé par un autre et pas forcément un plus fort ou un plus puissant.

Je peux faire mémoire d’un épisode où j’ai été soutenu par un plus faible,un plus fragile et pourtant dont j’ai reçu affection et vie.

Le fils aîné

Le grand absent de cette image. Lui est resté il reproche à son père de ne rien lui donner, il lui reproche de ne pas reconnaitre son comportement « parfait ». Pour son frère follement dépensier, on tue le veau gras et lui n’a même pas un chevreau à partager avec ses amis !

Son comportement est irréprochable, mais où est la joie devant le retour de son frère ? Où est la miséricorde face au comportement de son frère ?

Notre comportement peut sembler parfait mais notre cœur est il ouvert à l’autre ? Au pardon de ce père jugé trop sévère et au frère qui l’a abandonné ?

Comme le fils ainé, nous pouvons faire de notre mieux et avoir l’impression que le Seigneur nous ignore. Mais n’oublions pas d’ouvrir notre cœur, acceptons de participer à la fête organiser par le père pour ses deux fils. Ne restons pas à la porte de notre cœur acceptons humblement d’entrer dans le cœur de Père qui ouvre les bras à tous ses enfants.

Un peu d’histoire…

extrait de l'ouvrage Larousse « Dictionnaire de la peinture ».

Peintre italien (Lucques 1708 – Rome 1787).

Après avoir fréquenté les académies de dessin de Lucques, il s'établit à Rome en 1727 et s'orienta vers des peintres de descendance marattesque tels que Conca, Masucci et surtout Imperiali. Ce dernier, le plus classique de tous, le moins touché par le Rococo, fut son vrai maître et le mit dès cette époque en relation avec le milieu anglais.

Batoni, durant ses années de jeunesse, de 1730 à 1740, effectua un retour aux sources du Classicisme ; il dessina d'après l'antique (dessins à Windsor, Eton College Library), copia Raphaël et les Carrache.


Il produisit alors les œuvres les plus classiques de sa carrière : les tableaux d'autel de S. Gregorio al Celio (v. 1732-1733), avec la Vierge avec quatre bienheureux, sa première œuvre importante, et de SS. Celso e Giuliano (1738) ; le Christ en gloire avec des saints ; Saint Philippe Neri adorant la Vierge (v. 1733-1738, Rome, anc. coll. Incisa della Rocchetta) ; La Vierge, l'Enfant et saint Jean Népomucène (Brescia, S. Maria della Pace). Ce classicisme va parfois jusqu'au purisme d'un Dominiquin ou d'un Sassoferrato (Visitation, Rome, coll. Pallavicini). Batoni s'exprima également dans le domaine du paysage, animant de figures les vues de Jan Frans Bloemen, dit l'Orizzonte.

À partir de 1740, Batoni s'éloigne de ce rigorisme appliqué et de la stricte observance des modes bolonaises. Son revirement est marqué d'abord par un chef-d'œuvre, la Chute dbe Simon, le Magicien, tableau d'autel commandé par le pape Benoìt XIV pour Saint-Pierre, puis installé à S. Maria degli Angeli, œuvre dramatique, presque romantique ; il se voit également dans les tableaux allégoriques (Le temps détruit la beauté, 1746, Londres, N. G.) et mythologiques : Achille et Chiron (Offices) ; Achille à la cour de Lycomède (v. 1746, id.) ; Hercule à la croisée des chemins (v. 1743, Pitti) et Hercule enfant (id.) ; Fuite de Troie (v. 1750, Turin, Gal. Sabauda) ; Hercule à la croisée des chemins (id.). Batoni se réconcilie ainsi avec la richesse sensuelle du Baroque. À cette tendance participe l'importance croissante que prend dans son activité le portrait. Grâce au succès de ses portraits du Duc et de la Duchesse de Wurtemberg (1753-1754, Stuttgart, Württembergische Landesbibliothek), Batoni devient le portraitiste européen le plus en vogue au milieu du xviiie s. Cette renommée s'étendit à son activité de peintre d'histoire ; non seulement il représenta Joseph II avec son frère Pierre-Léopold (1769, Vienne, K. M.), mais il envoya des tableaux à sujets mythologiques à l'étranger : par exemple en France (Mort de Marc Antoine, 1763, musée de Brest), à Frédéric le Grand (Alexandre et la famille de Darius, 1775, Potsdam, Sans-Souci), à la Grande Catherine, au Portugal (7 tableaux d'autel pour la basilique du Sacré-Cœur d'Estrela (Lisbonne, 1731-1734). Il peignit en 1757, Benoît XIV présentant l'encyclique Ex Omnibus au comte de Choiseul (Minneapolis, Inst. of Arts), un de ses chefs-d'œuvre. Avant tout, il fut le portraitiste des Anglais du " grand tour ". Parti de la mode française du portrait allégorique propre à lui plaire (la Marquise Merenda en Flore, 1740, Forlí, coll. Merenda ; Dame de la famille Milltown en bergère, 1751, Londres, coll. Mahon ; Isabelle Potocka en Melpomène, Cracovie, musée Czartoryski ; Alessandra Potocka en Polymnie, musée de Varsovie), ayant connu sans doute les débuts du portrait anglais à travers Angelica Kauffman, il créa un type de portrait répondant aux désirs de ses clients britanniques : la représentation du personnage sur un fond de ruines, de campagne romaine ou à côté d'une statue antique. On ne connaît pas moins de 70 portraits, exécutés depuis 1744, d'Anglais du " grand tour " (Henry Peirse, 1755, Rome, G. N. d'Arte Antica ; Un gentilhomme, v. 1760, Metropolitan Museum ; Charles John Crowle, v. 1761-62, Louvre). Avec les années, surtout à partir de 1760, les portraits de Batoni deviennent plus naturels ; toute mise en scène a disparu et le personnage apparaît à mi-corps, le plus souvent, saisi dans sa spontanéité (Mons. Onorato Caetani, 1782, Rome, fondation Caetani ; le Prince Giustiniani, 1785, Rome, coll. Busiri-Vici).

Pour aller plus loin… Charles Péguy : Extrait du « Porche du Mystère de la deuxième vertu »

«Un homme avait deux fils ». De toutes les paroles de Dieu, c’est celle qui a éveillé l’écho le plus profond.

C’est la seule que le pécheur n’a jamais fait taire dans son cœur. Ainsi elle accompagne l’homme dans ses plus grands débordements. C’est elle qui enseigne que tout n’est pas perdu.

Il n’entre pas dans la volonté de Dieu Qu’UN seul de ces petits périsse.

Quand le pécheur s’éloigne de Dieu, mon enfant, à mesure qu’il s’éloigne, à mesure qu’il s’enfonce dans les pays perdus, à mesure qu’il se perd, Il jette au bord du chemin, dans la ronce et dans les pierres comme inutiles et embarrassantes et qui l’embêtent les biens les plus précieux. Les biens les plus sacrés. La parole de Dieu, les plus purs trésors.

Mais il y a une parole de Dieu qu’il ne rejettera point. Sur laquelle tout homme a pleuré tant de fois. On n’a pas besoin de s’occuper d’elle, et de la porter. C’est elle qui s’occupe de vous et de se porter et de se faire porter.

C’est elle qui suit. Dans la fausse quiétude un point d’inquiétude, un point d’espérance. Toutes les autres paroles de Dieu sont pudiques. Elles n’osent point accompagner l’homme dans les hontes du péché. Elles ne sont pas assez avant. Dans le cœur, dans les hontes du cœur.

Mais celle-ci en vérité n’est pas honteuse. On peut dire qu’elle n’a pas froid aux yeux. C’est une petite sœur des pauvres qui n’a pas peur de manier un malade et un pauvre. Elle a pour ainsi dire et même réellement porté un défi au pécheur. Elle lui a dit : Partout où tu iras, j’irai. On verra bien. Avec moi tu n’auras pas la paix. Et c’est vrai, et lui le sait bien. Et au fond il aime son persécuteur. Tout à fait au fond, très secrètement.

Car tout à fait au fond, au fond de sa honte et de son péché il aime (mieux) ne pas avoir la paix. Cela le rassure un peu. Un point douloureux demeure, un point de pensée, un point d’inquiétude.

Un bourgeon d’espérance. Une lueur ne s’éteindra point et c’est la parabole troisième, la tierce parole de l’espérance. « Un homme avait deux fils.»

Charles Péguy