Symphonie n°2 "Allégorique" Les saisons d'Henri Sauguet en 1949



Henri Sauguet : Symphonie n°2 "Allégorique" (Les saisons)



   Le point de départ est la musique du film Farrebique ou Les Quatre Saisons de Georges Rouquier dont Sauguet fit la musique en 1946 (le film parut à Cannes en septembre 46 et fut distribué en France en février 47) et qu'il remania complêtement pour une nouvelle œuvre. C'était déjà Désormière qui dirigeait à la tête, cette fois-ci, de "l'Orchestre des Concerts du Conservatoire". Pour l'Automne, il reprit une partie de la partition d'un autre film, toujours dirigé par Désormière, Premier de cordée de Louis Daquin. 

   En 1949, cette Symphonie fut enregistrée pour représenter la France au Prix Italia qui venait d'être créé en 1948, inscrit au calendrier en septembre,  et fut remis en cette année 49 à Venise.

L'Hiver (Chœur d'enfants) 2’40 - L'Hiver 7’40 (10’20) - Vers le printemps : Fin de l'hiver (Chœur d'enfants) 1’50 (12’20) - Vers le printemps : Le printemps (Moderato) (Chœur d'enfants) 3’ (14’20) - La nuit du rossignol : Le printemps (Chœur) 11’30 (25’50) - La nuit du rossignol : Le printemps (Chœur) - Nocturne du rossignol 4’40 (30’40) - L'automne : L'été et l'automne (Chœur) 12’20 (43’) - L'automne : L'été 9’40 (52’40) - L'automne (Andantino)  4’ (56’40) - Retour de l'hiver : Le retour de l'hiver (Chœur) 13’35 (1’’10’15) - Retour de l'hiver : Coda  4’30 (1’’15’45)

   Œuvre créée le 27 juillet 1949 pour la radio par l’Orchestre National de la Radiodiffusion-Télévision Française sous la direction de Roger Désormière avec au chant Janine Micheau, chorale de la RDF (dirigée par René Alix), chœurs d'enfants par la maîtrise de la RDF (dirigée par Marcel Couraud).

   L'originalité de l'œuvre est très grande, mêlant sons concrets, chœurs d'enfants par la maîtrise de la RDF (dirigée par Marcel Couraud), musique symphonique, chœurs d'hommes et de femmes de la chorale de la RDF (dirigée par René Alix), bruits d'oiseaux, aboiements de chiens, son du vent, tintement de cloches, cris d'enfants…

   Plus tard, Sauguet transforma l'œuvre en ballet en 1951 pendant le Mai de Bordeaux au Grand Théâtre de Bordeaux, pour les ballets du Marquis de Cuevas (décors de Jacques Dupont et choréographie de Léonide Massine). Une version symphonique avec les sons concrets remplacés par des percussions fut créée cette même année 1951 avec Manuel Rosenthal à la tête de l'Orchestre National de la Radiodiffusion-Télévision Française.

   L'on sait que Désormière est un précurseur, sinon le créateur, de la musique concrète pour le théâtre avec la musique de scène des Cenci d'Antonin Artaud d'après Shelley en 1935 (voir Paule Thévenin - Une musique de scène exemplaire (les Cenci d'Antonin Artaud, d'après Shelley).

   Sauguet fut peut-être trop timoré pour refuser ou pour assumer un tel apport de la modernité. Et revint à une orchestration plus classique.

   Signalons que le musicien/metteur en onde était tout jeune, il avait 24 ans, c'était même la première fois qu'il avait cette responsabilité : il s'agissait du compositeur Michel Philippot (1925-1996), qui le raconte dans son témoignage ci-dessous.

   Et nous nous plaignons suffisament de l'état de certaines archives pour distinguer celle-ci…

Désormière : Symphonie n°2 Les saisons.mp4


La Symphonie allégorique D'HENRI SAUGUET

LE MONDE | 02.11.1949

René DUMESNIL.

(…) On était curieux d'entendre la Symphonie allégorique écrite par Henri Sauguet sur le thème des Saisons. Cet ouvrage, dont la durée d'exécution atteint une heure et quart, utilise un grand orchestre, des chœurs mixtes, des chœurs d'enfants, une soprano soliste, sans compter maints effets de " bruitage " ; un tel effort commande a priori le respect. On ne peut en effet qu'admirer le musicien qui ose entreprendre une tâche aussi difficile et consacrer tant de labeur à une œuvre d'un placement toujours incertain, et plus que jamais aujourd'hui, où les questions matérielles font obstacle à tout ce qui dépasse les proportions ordinaires. Comme pour mieux affirmer son dessein de faire grand, le compositeur a divisé sa symphonie en six mouvements, : aux quatre saisons il ajoute un " nocturne du rossignol " qui naturellement, s'inscrira après le printemps ; et, pour conclure après l'automne, le dernier mouvement décrira le " retour de l'hiver ". Rien que de très justifiable en cela. Rien n'oblige le musicien à suivre le plan de Haydn et à commencer par le printemps. Il semble même qu'il y ait avantage à faire débuter la symphonie par l'hiver, et Haydn lui-même l'a bien senti puisque son introduction a pour objet de peindre le passage de la désolation hivernale à la joie printanière. Mais j'imagine l'embarras qui, plus d'une fois, dut peser sur Henri Sauguet, soucieux de s'écarter de Haydn, et ramené malgré lui par la nature même du sujet à suivre son illustre devancier. Certes, si le cadre est demeuré le même, les moyens de le remplir se sont développés depuis 1794, et le compositeur dispose aujourd'hui de ressources inconnues au temps de Haydn. Eut-il raison de choisir parmi elles l'une des plus contestables ? Fit-il bien de mêler à la musique le " bruitage ", l'enregistrement des aboiements des chiens, des croassements des corbeaux, des chants d'oiseaux, des cocoricos de la basse-cour, du tintement des cloches, du meuglement du troupeau, du sifflement du vent et des mille bruits de la nature ? Entre chacun des six mouvements de sa symphonie, parfois même au plein milieu, ces bruits répétés créent de la lassitude : on les attend ; ils viennent, on en est gêné. La musique pourrait si bien suggérer ce que l'auteur veut nous faire sentir qu'on lui en veut d'avoir choisi ce qui fait paraître son ouvrage plus monotone et trop long. Pour l'automne aussi était-il indispensable d'évoquer la chasse tant de fois décrite à l'orchestre au moyen des fanfares de cors ? Les aboiements de la meute s'y ajoutent, il est vrai. J'aime mieux, dans cette cinquième partie, le chœur des hommes, auquel répond un chœur de femmes. Mais ce qui m'a paru le meilleur c'est dans sa simplicité naïve la chanson enfantine, c'est aussi la phrase du violon solo s'élevant à la fin de l'été avant le chœur d'enfants, "ainsi s'accomplit l'union du soleil et de la terre".

   L'ouvrage a été l'objet des soins attentifs de M. Roger Désormière. L'orchestre national, les chœurs de M. René Alix, la maîtrise de M. Marcel Couraud, ont droit à des éloges, et la voix pure de Mme Jeannine Michaud a fait merveille dans un solo trop court à notre gré.

Comments