Luigi Dallapiccola « Souvenir »


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SOUVENIR 

par Luigi Dallapiccola 


Firenze, le 26 octobre 1963. 


Vis-à-vis de la disparition d'un ami tel que Roger Désormière les paroles semblent dépourvues de n'importe quelle signification : il faudrait parler de Lui par les sons. 


J'admirais son caractère, qui n'admettait pas des compromis ; j'aimais son art, qui était lucidité, conscience, dévouement. 


Il a accompli un travail des plus remarquables en faveur des compositeurs de sa génération et je me demande s'il y en a un seul digne de ce nom qui ne lui soit redevable de quelque chose. 


Il y avait chez lui une grandeur humaine et une générosité sans bornes. 


Qu'il me soit permis, à ce propos-là, de rappeler qu'entre 1948 et 1950 - dans une période, donc, où il nous fallait refaire, dès le commencement, avec tant de peine et de sueur, le chemin que les années de guerre et les circonstances de la politique avaient détruit - dans une période où ma musique était à tel point rarement donnée que chaque exécution constituait pour moi un événement, Roger Désormière a inscrit à ses programmes au moins deux de mes œuvres, les Chants de Captivité et l'opéra Vol de nuit


C'était au mois de février 1950, dans une de mes dernières étapes à Paris, qu'il présenta au Théâtre des Champs-Elysées, superbement, Vol de nuit ; et c'était notre dernière rencontre. 


Deux ans plus tard, l'obscurité s'empara cruellement de lui. 


Puisse maintenant ce grand esprit, après tant de souffrance, atteindre la Lumière. 

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