Index


B
BARRAINE Elsa [BARRAINE Jacqueline,Elsa]. Pseudonymes sous l’Occupation : BONNARD Catherine et TRIOLET pour l’association Gloxinia
Née le 13 février 1910 à Paris (XVIIIe arr.), morte le 20 mars 1999 à Strasbourg.
Fille de Mathieu Barraine, violoncelliste solo de l’orchestre de l’Opéra de Paris, et de Jeanne Barraine, pianiste, soliste dans les chœurs de la Société des concerts du Conservatoire, Elsa Barraine a fait ses études au Conservatoire national supérieur de musique de Paris où elle fut l’élève de Paul Dukas. Premier grand prix de Rome en 1929 avec sa cantate la Vierge guerrière (Jeanne d’Arc), triptyque saint sur un poème d’Armand Foucher, Elsa Barraine composa sa première symphonie en 1931. 
Chef de chant à l’Orchestre national de 1936 à 1940, elle devait connaître une situation professionnelle précaire pendant les années de guerre. De même qu’elle avait adhéré au PCF en réaction aux accords de Munich, Elsa Barraine s’efforça alors de traduire en actes son refus de l’Occupation. Elle date de l’automne 1940 ses premiers contacts en ce sens avec Roger Désormière*, chef d’orchestre à l’Opéra-comique, et Louis Durey*, compositeur du « Groupe des Six », tous deux piliers de la Fédération musicale populaire et militants du PCF. À ce moment, Louis Durey résidait en fait à Saint-Tropez mais il fut bientôt en rapport avec la « direction des intellectuels communistes » (Georges Politzer* et Danielle Casanova*) par le canal du chirurgien Raymond Leibovici*. À la constitution du comité de Front national des musiciens, en septembre 1941, Elsa Barraine fut chargée - par Roger Désormière ? - d’animer les réunions du groupement clandestin. Elle rendait compte de cette tâche à Georges Dudach*, agent de liaison de Georges Politzer, mais il semble qu’elle était également en contact avec René Blech*, un ancien de la Maison de la Culture. Toutefois, Elsa Barraine ne relevait pas de l’appareil technique central des comités d’intellectuels que Pierre Maucherat*, André Voguet* et André Fougeron* avaient progressivement compartimenté en six ensembles (enseignants, médecins, écrivains-artistes, techniciens, étudiants et juristes). Les musiciens appartenaient au troisième, lequel se différencia au printemps 1942 en sous-groupes dont un « III. M. ». C’est le compositeur Roland-Manuel qui avait en charge d’organiser l’élaboration et la diffusion des matériaux de propagande - plate-forme du comité (septembre 1941), tracts, Musiciens d’Aujourd’hui (avril 1942). Quoique dépendant de l’appareil communiste, le comité de Front national n’était pas soumis à l’acceptation des conceptions du PCF, en particulier la lutte armée, et ses membres n’étaient liés que par leur plate-forme commune. Celle-ci allait jusqu’à prendre appui sur les objectifs affichés par Vichy pour s’adresser à un milieu pénétré de musique allemande et, par là, potentiellement perméable au discours nazi sur cette musique. En juillet 1942, une lettre-directive précisait en conséquence les terrains et le mode d’intervention d’Elsa Barraine au sein du comité qui comptait alors quinze personnalités. Arrêtée au cours du deuxième semestre 1942, elle fut relâchée sur l’intervention d’un fonctionnaire de la Préfecture de Police de Paris. 
Au printemps 1943, elle rédigea avec Roger Désormière et Louis Durey - de retour à Paris -, le manifeste fondateur du « Front national des musiciens », groupement professionnel affilié au Front national (FN), mouvement de Résistance nouvellement constitué (mars 1943). Elle participa ainsi à la réactualisation des mandats qui engageaient les membres du comité : boycott des manifestations nazies et vichystes, contre-propagande (Musiciens d’Aujourd’hui, Pensée Libre), contrebande musicale et défense des créations de « l’esprit français », solidarité avec les victimes de l’oppression, action revendicative et lutte contre le Comité d’organisation des entreprises du spectacle (COES), résistance à la réquisition des musiciens au titre du STO... Louis Durey succéda alors à Elsa Barraine au « secrétariat » du groupement. 
En 1944, recherchée par les Allemands et prévenue par sa concierge, elle entra dans la clandestinité et se procura des faux papiers au nom de Catherine Bonnard. Elle usa de cette identité pour signer Avis, créé pour le poème de Paul Éluard* : comme le préconisait Musiciens d’Aujourd’hui (février 1944), il s’agissait de « collaborer musicalement à l’œuvre des poètes patriotes et [de] donner des auditions clandestines d’œuvres patriotiques ». Comme la plupart des musiciens du FN, Elsa Barraine participa ainsi aux enregistrements du Studio d’Essai de Pierre Schaeffer destinés à préparer les programmes de la Radio de la Libération. 
De l’automne 1944 à 1947, elle travailla à nouveau à l’Orchestre National et dirigea la maison de disques « Chants du Monde ». Avec Roger Désormière, elle contribua à la fondation (fin 1947) de l’Association française des musiciens progressistes dont Louis Durey était le secrétaire général, Charles Koechlin* acceptant la présidence d’honneur. Elle participa aussi au « Gloxinia » créé par Roland-Manuel et présidé par Darius Milhau, « société-farce » qui rassemblait, dès la fin 1944, tous les anciens du Front national des musiciens, à l’exception de Louis Durey, en une amicale dont la longévité (jusqu’en 1968) n’eut rien à envier à celle du très sérieux Comité national des écrivains. Elsa Barraine enseigna au Conservatoire de 1953 à 1974, date à laquelle elle cessa d’être inspecteur des Théâtres lyriques nationaux, fonction qu’elle assurait depuis 1969. Célibataire, elle mourut en 1999 à Strasbourg. 
Elle avait obtenu le prix du Portique et la médaille de Chevalier des arts et des lettres
ŒUVRE : Symphoniste talentueuse, on lui doit de la musique pour orchestre (trois symphonies, uneFantaisie pour piano et orchestre, une Suite astrologique pour petit orchestre...), de la musique pour la scène (Le Roi-bossu, Le Mur, La Chanson du mal-aimé, Les Paysans...), de la musique de chambre et instrumentale (Quintette à vent, Suite juive pour violon et piano, Musique rituelle pour orgue, gongs et xylorimba...) et de la musique chorale (Hymne à la lumière pour soprano et orchestre, Poésie ininterrompue, Cantate du Vendredi Saint). 
Parmi ses compositions : Pogromes, ouverture pour orchestre (1933), Voïna, deuxième symphonie (1938). — Avis, poème de Paul Éluard pour chœur mixte et orchestre à la mémoire de Georges Dudach (1944). — Le Fleuve Rouge (Song-Koï), variations pour orchestre (1945). — Au cœur de l’orage, musique pour le film de Jean-Paul Le Chanois sur le maquis du Vercors (1946). —Printemps de la liberté, musique pour la pièce de Jean Grémillon sur la Révolution de 1848 (1948). — Poésie ininterrompue, cantate pour trois voix et orchestre pour le poème de Paul Éluard (1948). — L’homme sur terre, poème de Paul Éluard pour chœur mixte et orchestre (1949). — Hommage à Prokofiev, pour orchestre (1953). — Musique rituelle, d’après le Livre des morts tibétain pour grand orgue, xylophone et gongs (1967). — De premier mai en premier mai, poème de Paul Éluard pour chœur a capella (1977).
SOURCES : Archives du Musée de la Résistance Nationale : « Monsieur X..., musicien », texte dactylographié [fin 1941]. — « Pour Elsa », lettre-directive non signée et non datée (juillet 1942). — « Front National des intellectuels (rapport reçu le 24 décembre) [1942] », notes manuscrites de Georges Cogniot. — Manifeste, document incomplet [printemps 1943]. — « Musiciens. Mars 1943-mars 1944 », rapport interne. — « Nous refusons de trahir... déclarent les musiciens », L’Université Libre, numéro spécial imprimé, en date de septembre-octobre 1941 (MRN). — Musiciens d’Aujourd’hui, numéros 3 (avril 1942), 4 (octobre 1942), 5 (novembre 1942), 6 (juin 1943), 7 (juillet 1943), 8 (février 1944). — Archives privées (Elsa Barraine). 
Témoignages : Elsa Barraine, témoignage recueilli par Daniel Virieux, juillet-août 1998. — Arlette Durey, témoignage recueilli par Nicolas Guillot, avril 1999. — Henri Dutilleux, témoignage recueilli par Guy Krivopissko et Christian Beerman, juillet 1996. — Manuel Rosenthal, témoignage recueilli par Guy Krivopissko et Christian Beerman, juillet 1997. — Henri Barraud, interview in Cahiers d’Histoire de la Radiodiffusion, n° 43, décembre 1994. 
Bibliographie : Thierry Adhumeau, « Le « Gloxinia » ou l’époque de l’amitié », Les Cahiers Boëllmann-Gigout, n° 2-3, Paris, décembre 1997-mars 1998. — Henri Dutilleux, Mystères et mémoires des sons, Éditions Belfond, 1993 ; Henri Dutilleux « Pierre Schaeffer », La Lettre du Musicien, janvier 1999. — Pierrette Mari, Henri Dutilleux, Éditions Aug. Zurfluh. SA., Paris, 1988. — Catherine Morgan, « Roland-Manuel nous dit l’action de quatre ans des Musiciens Français », Les Lettres Françaises, n° 21, 16 septembre 1944. — Louis Parrot, L’Intelligence en guerre, Paris, Éditions La Jeune Parque, 1945. — Frédéric Robert, Louis Durey l’aîné des ’Six’Editeurs Français Réunis, 1968. — Pierre Schaeffer, Les antennes de Jéricho, Éditions Stock, 1978. — Jane F. Fulcher, « Style musical et enjeux politiques en France à la veille de la seconde guerre mondiale »,Actes de la recherche en sciences sociales, n° 10, décembre 1995.
 Daniel Virieux http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article15749

D
DUREY Louis, Edmond
Né le 27 mai 1888 à Paris (VIe arr.), mort le 3 juillet 1979 à Saint-Tropez (Var).
Fils d’un imprimeur fondeur de caractères, Louis Durey, diplômé de l’École des hautes études commerciales, travailla le solfège, l’harmonie, le contrepoint et la fugue avec Léon de Saint-Réquier, fadmira Debussy, puis fut l’aîné, mais le moins connu, du groupe des Six (Arthur Honegger, Darius Milhaud, Francis Poulenc, Georges Auric et Germaine Tailleferre), rassemblée autour de Jean Costeau. Tout en maintenant des liens d’amitié, il s’en écarta vite pour des raisons éthiques : le groupe s’en prenait à des compositeurs qu’il estimait comme Wagner, et aussi Ravel, qui venait de l’introduire chez l’éditeur Durand. Hélène Jourdan-Morhange qui assista à ses débuts le présente comme une personnalité modeste : « Trop modeste, puisque ses premiers succès ne l’ont pas retenu quand il résolut d’abandonner le groupe des Six pour vivre une vie familiale et solitaire dans le merveilleux cadre de Saint-Tropez [...], il fut pourtant le premier poulain de Satie. Au premier concert d’avant-garde, il n’y avait que lui et Satie. » Il était décrit comme « mince, peu grand, avec un petit museau de souris. Sa douceur cache une fermeté d’âme ». 
Son goût de la poésie le porta vers la musique vocale. Il mit en musique des textes d’André Gide, de Saint-John Perse, Apollinaire, Mallarmé, Cocteau, Éluard. Ouvert à des genres musicaux divers, il soutenait une large diffusion sociale de la musique et défendait la pratique amateure. 
Louis Durey adhéra au Parti communiste en 1936 et la même année à la Fédération musicale populaire dont il fut un des dirigeants dès 1937, le secrétaire en 1953 et qu’il présida, après Albert Roussel et Charles Koechlin*, de 1956 à sa mort survenue à Saint-Tropez en 1979. Les auteurs du Dictionnaire biographique des musiciens affirment : « Le code esthétique de Durey se modifie radicalement en 1936 lorsqu’il entre au Parti communiste. » Sous l’occupation, il participa à la Résistance et écrivit des chants antifascistes. 
En 1945, il participa à la création de l’Association française des musiciens progressistes et ne négligea pas de composer des chansons politiques. Il fit des cantates et des chants de masse pour les chorales d’amateurs. Son nom apparaît au générique d’un film symbolique signé Louis Daquin en 1949, L’Oiseau blanc, consacré au Congrès de la paix, sous l’égide de Picasso. En 1950, il fit donner salle Pleyel deux cantates : La longue marche, sur un poème de Mao Tsé Tung, chanté par la chorale juive et Paix aux hommes par millions, poème de Maïakowsky, par la Chorale populaire de Paris. Aux côtés de Serge Nigg et de Michel Philippot, il s’attacha à exprimer dans sa musique la vie poupliares et les luttes. 
À partir de 1950, Louis Durey signa régulièrement des critiques musicales dans l’Humanité. Il avait soutenu le manifeste de Prague de 1948 qui appelait les musiciens progressistes à entreprendre une démocratisation des formes musicales, à combattre l’individualisme musical. Dans cet esprit il s’intéressa aux chants traditionnels et reconstitua les chants polyphoniques de la Renaissance. Il reçut le Grand prix de la musique en 1961. Trois ans plus tard, la Bibliothèque nationale organisa une exposition de ses manuscrits et souvenirs. Il composa jusqu’en 1974.
ŒUVRE : Parmi les œuvres ayant une dimension engagée, La Bataille de la vie. L’oiseau blanc, "un reportage sur le congrès mondial des partisans de la paix et le rassemblement de Buffalo", Paris, 1949, Noir et blanc, sonore, 48 min ; réalisateur : Louis Daquin (conservé aux Archives française du film, à la BNF, au Forum des images).
SOURCES : Frédéric Robert, « Les constructeurs », Révolution, n° 402, 13-19 novembre 1987. — « Louis Durey », Almanach de l’Humanité, 1988. — Frédéric Robert, Louis Durey. L’aîné des Six,Paris, 1968. — Alain Pâris, « Louis Durey » in Universalia, 1980. — Théodore Baker, Nicolas Slonimiky, Dictionnaire des musiciens, Robert Laffont, 1995. — Larousse de la musique, t. 1, 1982. — Hélène Jourdan-Morhange, Mes amis musiciens, Les Éditeurs français réunis, 1955. — Alain Lacombe et François Porcile, Les musiques du cinéma français, Bordas, 1995. —Notes de J.-P. Morel et P. Ramseyer.
Claude Pennetier http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article23495

L
LAZARUS Daniel
Né le 13 décembre 1898 à Paris (IXe arr.), mort le 27 juin 1964 à Créteil.
Fils d’un agent de change, Daniel Lazarus se maria en premières noces avec la comtesse Scriabine, fille du compositeur, et en secondes avec Denise Alphandéry. Précocement doué pour la musique (il composa ses premières œuvres à l’âge de dix ans), il eut pour maîtres Xavier Leroux et Paul Vidal. Il sortit en 1915 de la classe Diemer du Conservatoire de Paris avec un premier prix de piano. Pianiste virtuose, il joua sous la direction de Straram, Von Hoeslin, Spanderman. Chef d’orchestre, il assura en 1924 la direction musicale du Vieux Colombier de` Jacques Copeau. Chef de chœurs à l’Opéra-Comique à l’époque de la direction Louis Masson, il y revint lors de la réorganisation de 1936, entreprise par le gouvernement du Front populaire, comme administrateur artistique. A cette date il venait de participer à la création du syndicat CGT des auteurs (littéraires, dramatiques, musicaux) et de superviser l’illustration musicale du « Quatorze Juillet » de Romain Rolland, donné à l’Alhambra par les organisations culturelles du Front populaire. En tant que critique musical, il avait collaboré à Europe,Commune, l’Humanité, Ce Soir. 

Résistant actif, il figura de 1944 à 1946 dans le cabinet de René Capitant. Avant comme après la guerre, il œuvra pour la popularisation de la musique, comme enseignant (École normale supérieure de Sèvres, Schola Cantorum), écrivain (Accès à la musique, Les Éditeurs français réunis, 1960) et producteur d’émissions radiophoniques. 

Parmi ses œuvres les plus liées au contexte politique, signalons le Finale du Quatorze Juillet et l’« épopée lyrique » en trois actes, composée en 1935 et représentée en 1946, Trumpeldor, qui, sur un livret du compositeur, retraçait le destin de l’un des pionniers du sionisme ; citons aussi « Carnaval héroïque », « Rythmes de guerre », « 13 pièces pour piano transcrites pour petit orchestre » créées en mai 1944 à Alger (notamment « Lendemains qui chantent », « Stalingrad », « Stalag »).
SOURCES : Archives personnelles de Mme D. Daniel-Lazarus. — « La musique à Paris. Les hommes du jour », Le Petit Marseillais, 25 août 1936. — Daniel Lazarus, Accès à la musique, Éditeurs français réunis, 1960, 253 p. — Marc Honegger, Dictionnaire de la musique, Bordas, t. II, p. 613. — État civil de Créteil. DISCOGRAPHIE  : 14 juillet, musique du « 14 juillet« , de R. Rolland, Chant du Monde, LDX M 8197.
Pascal Ory http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article116591


M

Henry Merckel 

Paris (Seine), 12 décembre 1897 

Saint-Cloud (Hauts-de-Seine), 1er décembre 1969 


Henry Merckel commence à jouer du violon à l'âge de 3 ans. A 10 ans, il exerce le soir en professionnel, et a sa carte syndicale à l'âge de 11 ans. Il obtient un premier prix de violon au Conservatoire de Paris, en 1904 (à 16 ans), dans la classe de Guillaume Rémy. Tout en faisant une carrière de soliste, il est membre de l'Orchestre des Concerts Straram, puis  à l'Opéra de Paris (1924), où, en 1930, il en devient violon solo, poste qu'il occupe jusqu'en 1960. Il fut aussi violon solo de 1930 à 1935 à l’Orchestre de la Société des Concerts du Conservatoire, En 1959, il est nommé professeur au Conservatoire National Supérieur de Musique de Paris, et y enseigne jusqu'à sa retraite, prise en 1968. 


Il obtient le Prix Candide en 1933 pour son enregistrement de la Symphonie Espagnole de Lalo (avec Piero Coppola comme chef d'orchestre}. Son répertoire comprend non seulement les grands concertos romantiques (Beethoven en particulier), mais aussi des œuvres "anciennes" (premières discographiques d'œuvres de Couperin (sous la direction de Roger Dêsormière), J, -C. Bach et Purcell) et des créations d'œuvres nouvelles telles que le concerto pour violon de Jean Hubeau (1939), Burlesque (1930), sonate pour violon et violoncelle (1938) et concerto pour violon (1950) de Jean Rivier, Habayssa (1948) de Florent Schmitt, Rapsodie Niçoise d'Eugène Bozza, Sérénade Concertante de Maurice Delannoy, concerto pour violon de Gianfranco Malipiero, concerto pour violon de Paul Hindemith…


En dehors de son activité musicale, Henry Merckel recherche le calme et la solitude. Son "violon d'Ingres" est la peinture. Son rêve est de peindre avec la minutie des Hollandais ou des Primitifs, ou comme les Orientaux. Pour lui, le sens de l'art, en musique comme en peinture, est la sérénité recherchée par les maîtres en philosophie et des religions de l'Inde et de la Chine, à l'opposé de l'agressive ardeur du Monde Occidental. 

René Quonten


Nous le retrouvons avec Désormière aux Nouveaux concerts d'Inghelbrecht en 1920 au Théâtre des Champs-Elysées, ou sur disques en 38 aux éditions de l’Oiseau-lyre pour un Concert royal, le Parnasse ou l’Apothéose de Corelli, un Concert dans le Goût Théâtral, la Létiville et la Julliet de Couperin, en 48 pour le Concerto d'Hindemith chez La Voix de son Maîtreet en 49 encore avec l’Oiseau-lyre pour l’Apothéose de Lully de Couperin…


R

ROLAND-MANUEL [LÉVY Roland Alexis Manuel dit « Roland-Manuel »]

Né le 22 mars 1891 à Paris, mort le 1er novembre 1966 à Paris.


Après avoir vécu durant trois années en Floride, Roland-Manuel regagna la Belgique d’où était originaire sa famille. À Liège, il débuta l’apprentissage de la musique et joue du violon jusqu’en 1905, date à laquelle il déménagea pour Paris. Après avoir entendu le Pelléas et Mélisande de Claude Debussy, Roland-Manuel s’intéressa à la composition. Il étudia l’harmonie avec Drœghmans, un élève de Lenepveu, et le contrepoint avec Albert Roussel à la Schola cantorum. Grâce à sa rencontre avec Éric Satie, Roland-Manuel fut présenté à Maurice Ravel dont il devint d’abord le disciple, puis l’ami et enfin l’un des musicologues de référence. 

En 1913, Roland-Manuel effectua son service militaire au moment même où son premier recueil de mélodies, Farizade au sourire de rose fut édité. Durant la Première Guerre mondiale il participe à la bataille des Dardanelles, combat sur le front au Chemin des Dames et dans les Flandres, où il parvint toutefois à achever Le Harem du Vice-Roi, un poème symphonique bientôt à l’affiche des concerts Pasdeloup. Après six années sous les drapeaux Roland-Manuel se consacra à nouveau, exclusivement, à la musique, à la fois comme compositeur, critique et musicographe. 

Pendant l’entre-deux-guerres Roland-Manuel fréquenta les salons, les parterres des sociétés de concerts et les coulisses des théâtres lyriques nationaux, où il croise le Tout-Paris. Il rejoignit la Société internationale de musique contemporaine, luttant contre « les tenants du traditionalisme musical » (Pascal Ory), puis apporta son soutien à la politique culturelle du gouvernement de Front populaire. Il participa ainsi aux grandes manifestations théâtrales en faveur de la démocratisation de l’accès aux arts : en 1937, il fut l’auteur de « Jeanne d’Arc », l’une des scènes de l’œuvre collective Liberté. C’est à cette période qu’il côtoya les musiciens engagés dans la Fédération musicale populaire et au Parti communiste tels Elsa Barraine, Roger Désormière, Charles Koechlin, Louis Durey… 

Domicilié à Paris, rue de Bourgogne, Roland-Manuel ne quitta pas la capitale après l’arrivée des Allemands en juin 1940. À l’automne 1941, il fut avec Elsa Barraine, Roger Désormière et Louis Dureyl’une des chevilles ouvrières du comité de Front national des musiciens, un mouvement de résistance dépendant de la direction des intellectuels communistes mais politiquement autonome vis-à-vis des prises de position politiques du parti. Ces musiciens furent rapidement rejoints par le directeur du Conservatoire de Paris, Claude Delvincourt, qui fut probablement l’un des principaux rédacteurs du manifeste fondateur publié dans L’Université libre en octobre 1941 : « Nous refusons de trahir ». Depuis quelques semaines, le port de l’étoile jaune était rendu obligatoire pour tous ceux qui sont désignés comme « juifs » par la législation raciste et antisémite du régime de Vichy. Roland-Manuel s’y refusa et continua à circuler librement dans Paris sans jamais être inquiété durant toute l’Occupation. Il fut alors affecté à l’organisation, à la rédaction et à la diffusion des matériaux de propagande du comité de Front national des musiciens. On peut supposer qu’il rédigea à ce titre une partie des articles publiés dans Le Musicien d’Aujourd’hui, la feuille clandestine diffusée par le mouvement de Résistance au sein des différents orchestres et institutions musicales, d’avril 1942 à la Libération. 

Au printemps 1944, le Front national de lutte pour l’indépendance et la liberté de la France s’affaire à la remise en place des structures administratives françaises désorganisées par Vichy et l’occupant. Lors d’une réunion organisée dans l’atelier d’un sculpteur, à deux pas de la rue Falguière, une dizaine de musiciens, parmi lesquels Roland-Manuel, mais aussi Georges Auric, Elsa Barraine, Roger Désormière,Louis Durey, Francis Poulenc, Manuel Rosenthal et Pierre Schaeffer accueillirent le compositeur Henry Barraud, de retour à Paris. Une mission lui fut confiée : préparer et organiser la réouverture de la Radio. Tous les jours à compter du 19 août, les musiciens se rendirent au Studio d’essai qui se situe rue de l’Université, à proximité des domiciles respectifs de Roland-Manuel et de Claude Delvincourt. Dans une interview accordée à Catherine Morgan et publiée dans Les Lettres françaises à la Libération, Roland-Manuel était revenu non seulement sur la création du comité de Front national des musiciens, mais aussi sur ses activités au Studio d’essai, « véritable repaire de résistance musicale » : « C’est là, nous dit Roland-Manuel, que, sous la direction de Pierre Schaeffer, les techniciens enregistraient pendant la nuit la musique interdite de Schönberg, d’Alban Berg et de Darius Milhaud. Ils enregistrèrent aussi des poèmes et des textes d’Aragon, d’Éluard, de Charles Vildrac, de Léon-Paul Fargue, de Jean-Paul Sartre*. Dans les jours de l’insurrection, poursuit Roland-Manuel, nous étions installés dans les locaux de la Radiodiffusion : Claude Arrieu, Manuel Rosenthal, Roland Bourdariat et moi. C’était la bataille de Paris : barricades, coups de feu, incendies. Nous avons passé notre journée à copier les parties d’orchestre de l’hymne soviétique, que nous avions réussi à prendre en dictée à l’écoute de Moscou, à le transcrire, à l’orchestrer. » Henry Barraud évoque lui aussi cette expérience de reconstruction d’une Radio d’État dans un essai autobiographique qu’il a essentiellement consacré à sa carrière administrative : « Dans les premiers temps j’avais à ma disposition pour l’établissement des programmes un tout petit noyau de camarades, réduit en fait à trois personnes : Roland-Manuel,Désormière et Rosenthal. Ils venaient, de temps en temps, me rejoindre soit rue de Grenelle, soit rue Christope-Colomb où j’installai bientôt mes bureaux, soit même square Moncey où je fus immobilisé quelque temps par une crise de goutte. » (Henry Barraud) 

Durant cette période, Roland-Manuel continua de fréquenter le Tout-Paris et occupa un rôle important dans la reconstruction de la Radio. C’est par son intermédiaire que les musiciens bénéficièrent d’un contact privilégié avec Jean Guignebert, appelé à occuper les fonctions de directeur général de la Radio le 25 octobre 1945, après avoir été secrétaire général de l’Information du Gouvernement provisoire de la République dès le 7 juin 1944. À la Libération, Roland-Manuel siégea au comité de la Musique, où il fut chargé de définir avec ses collègues les grandes orientations esthétiques de la Radio. Aux côtés d’autres musiciens issus du Front national, Elsa Barraine, Roger Désormière, Henri Dutilleux et Manuel Rosenthal, Roland-Manuel fut placé à la tête des services musicaux dirigés par Henri Barraud. C’est à cette occasion qu’il prit en charge une émission musicale, Plaisir de la Musique. 

En 1947, Roland-Manuel fut nommé professeur au Conservatoire de Paris où il hérita de la classe d’esthétique, dont il fut en charge jusqu’en en 1961. Il mit alors en chantier un vaste projet éditorial qui aboutit à la parution, en 1963, de deux volumes d’une Histoire de la musique publiée aux éditions Gallimard dans la prestigieuse collection de la bibliothèque de la Pléiade. À la demande d’Henry Barraud, Roland-Manuel poursuit sa carrière radiophonique entamée en 1944 en animant tous les dimanches, et pendant vingt ans, l’émission Plaisir de la musique avec la pianiste Nadia Tagrine, la sœur de Michel Tagrine, un jeune musicien résistant mort au feu durant les combats pour la libération de Paris. Très attaché aux amitiés nées de la Résistance, il a organisé après-guerre les réunions loufoques d’un pseudo-club professionnel présidé par Darius Milhaud et dont il était le secrétaire général : « le Gloxinia ». Ce groupe réunissait d’anciens camarades autour d’une doctrine brièvement résumée par Henry Barraud : « La dictature de la bienveillance ». 

De 1950 à 1953, Roland-Manuel présida le Conseil international de la musique, un organisme basé à Paris et fondé par l’Unesco en 1949 afin de promouvoir la diversité musicale ainsi que l’accès pour tous à la culture. Il intervint désormais régulièrement comme conseiller pour les politiques publiques de la musique, que ce soit par exemple en siégeant au comité consultatif de la Réunion des théâtres lyriques nationaux ou encore à la Commission nationale pour l’étude des problèmes de la musique instituée par Henry Barraud en 1962. Roland-Manuel mourut à Paris le 1er novembre 1966.

BIBLIOGRAPHIE : Paul Landormy et Fred Rothwell, « Roland-Manuel », The Musical Times, vol. 70, no 1042, 1er décembre 1929. — Louis Parrot, L’intelligence en guerre, préface de Jean Rousselot, Paris, Le Castor Astral, 1990. — Pascal Ory, La Belle illusion. Culture et Politique sous le signe du Front populaire. 1935-1938, Paris, Plon, 1994. — Guy Krivopissko et Daniel Virieux, « Musiciens : une profession en Résistance ? », in Myriam Chimènes (dir.), La vie musicale sous Vichy, Bruxelles-Paris, Complexe-IHPT-CNRS, 1999. — Henry Barraud, Un compositeur aux commandes de la Radio. Essai autobiographique. Édité sous la direction de Myriam Chimènes et Karine Le Bail, Paris, Fayard, Bibliothèque nationale de France, 2010. — Catherine Moragan, « Roland-Manuel nous dit l’action de quatre ans des Musiciens français », Les Lettres françaises, no 21, 16 septembre 1944, M.R.N. Champigny-sur-Marne.

SOURCES : Musée de la Résistance nationale à Champigny-sur-Marne, 85AJ, « Monsieur X..., musicien », texte dactylographié [fin 1941]. — « Pour Elsa », lettre-directive non signée et non datée (juillet 1942). — « Front National des intellectuels (rapport reçu le 24 décembre) [1942] », notes manuscrites de Georges Cogniot. — Manifeste, document incomplet [printemps 1943]. — « Musiciens. Mars 1943-mars 1944 », rapport interne. — « Nous refusons de trahir... déclarent les musiciens », L’Université Libre, numéro spécial imprimé, septembre-octobre 1941. — Musiciens d’Aujourd’hui, no 3 (avril 1942), no 4 (octobre 1942), no 5 (novembre 1942), no 6 (juin 1943), no 7 (juillet 1943), no 8 (février 1944).

Aurélien Poidevin dans le Maitron http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article141936



S

Henri Sauveplane

Paris, 5 novembre 1895 

Castel-Viel  (Corrèze), 30 octobre 1942


Le principal mérite de ce compositeur communiste est d’avoir le premier dirigé les Éditions musicales « Le Chant du Monde », distributeurs exclusifs du fonds musical des Éditions sociales internationales qu’il dirigeait également. Henri Sauveplane tint la plume de critique musical dans l’Humanité et signa pour le numéro spécial des Cahiers du bolchevisme consacré au 150e anniversaire de la Révolution française (juillet 1939) une étude traitant De l’influence de la Révolution française sur la musique du XIXe siècle. Il transcrivit, de façon d’ailleurs très contestable, les premières musiques civiques à avoir été enregistrées sur disques 78 tours et fut l’adjoint musicologique de Joseph Kosma pour le film La Marseillaise de Jean Renoir* (1938). 


Dans une perspective militante se situent parmi les compositions musicales d’Henri Sauveplane beaucoup plus dignes d’intérêt, Le sac mal fait et La corvée de bois, deux des Chants du campeur inspirés à Paul Vaillant-Couturier* par les premiers bénéficiaires des congés payés — d’autres poésies de ce même ensemble ayant été mises en musique par Georges Auric, Yvonne Desportes et André Jolivet. De 1936 date le Prélude pour harmonie dédié à Maurice Thorez*. Ses chœurs, généralement conçus pour voix de femmes et piano, comme ses mélodies, témoignent d’un goût certain quant au choix de leurs supports littéraires. Ses partitions de chambre comme la Sonate pour piano et violon et le Quatuor à cordes relèvent, elles, d’un folklorisme proche de celui du Breton Paul Ladmirault. 

Henri Sauveplane était, assurément, loin d’avoir donné toute sa mesure lorsqu’il mourut à peine quinquagénaire chez Renaud de Jouvenel. Autre fondateur des Éditions Le Chant du Monde, Léon Moussinac*, qui consacra à cette disparition prématurée une belle poésie (Adieux à Henri Sauveplane), datée du 1er novembre 1942 et insérée dans ses Poèmes impurs, rapporte dans son Journal d’un prisonnier politique 1940-1941 intitulé Le Radeau de la Méduse que « les privations et la colère avaient ruiné sa santé » (p. 70), allusion explicite à la défaite et à l’Occupation.

DISCOGRAPHIE : Prélude pour harmonie (Musique des Gardiens de la paix de Paris, dir. Désiré Dondeyne) et Le sac mal fait (Chorale populaire de Paris, dir. Gilbert Martin-Bouyer avec Jean-Christophe Benoît, baryton et Monique Paubon, piano) dans Chansons et Musiques du Front Populaire, disque SERP, 30 cm/33 t., 1976. — Prélude pour harmonie (Musique des Gardiens de la paix de Paris, dir. Claude Pichaureau) avec Marche Funèbre de Charles Koechlin, A Glorious Day d’Albert Roussel et les Interludes pour Le 14 Juillet de Romain Rolland* (Ibert, Auric, Milhaud, Roussel, Koechlin, Honegger, Lazarus) sur disque compact Corélia, CCD 88615, 1988.

SOURCES : René Dumesnil, La musique contemporaine en France, Éd. Armand Colin, 2e éd. 1949. — L. Moussinac, Poèmes impurs, Éd. du Sagittaire, 1945 et Le Radeau de la Méduse, Journal d’un prisonnier politique 1940-1941, Éd. Hier et Aujourd’hui, 1945.

Frédéric Robert dans le Maitron http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?page=article_long&id_article=130621





Comments