Correspondance avec Charles Koechlin (à compléter)

comiterogerdesormiere@gmail.com


Nous devons ces lettres à l'intervention en 1997 de 2 Madeleine. Ayant envoyé, un vendredi de 1997, 3 premiers courriers exprimant notre intention de créer un comité Roger Désormière, notre surprise fut grande d’avoir dès le lendemain des coups de téléphone émus de Madeleine Milhaud et Irène Joachim et très vite (dès le lundi ?) une lettre de Manuel Rosenthal.


Dès notre rencontre avec Madeleine Milhaud nous évoquâmes Koechlin et elle semblait l’avoir attendu et nous mit en contact avec Madeleine Li-Koechlin. Nous nous retrouvâmes très vite invité à la rencontrer à sa maison de L'Haÿ-les-Roses où elle nous confia la partie de la correspondance de son père et Désormière qu’elle avait soigneusement tapé à la machine à écrire. 


Autant Madeleine Mllhaud (née en 1902) était tout feu tout flamme, autant sa vieille amie (née en ???) était timide, mais les opposés s’accordant souvent, elles avaient noué une très ancienne et passionnante amitié qui avait pour toile de fond l’histoire de la musique française.


Madeleine Li-Koechlin avait trié dans un certain ordre les lettres non datées, nous avons gardé son ordre.


Que Madeleine Li-Koechlin soit encore remerciée de son extrême gentillesse et de sa fidélité inlassable et têtue à son père qui nous permet de témoigner ici des relations d’un grand maître à l’un de ses élèves préférés, qui fut surnommé malicieusement le « connétable du Koechin »… N.G.


                         

Poulenc, Désormière et Koechlin, et Koechlin et Désormière 
chez les Noailles, boulevard des Etats-Unis à Paris en mai 1932.




lettre de Charles Koechlin à Désormière


(mercredi) 8 août (1917) à Roger Désormière


Valmondois, grande rue (Seine et Oise) ceci est notre adresse pour toute l'année jusqu'au prochain déménagement (?) 



Cher ami, 


Je suis content d'avoir de vos nouvelles, bien que cela me fasse de la peine que vous ayez dû laisser tout à fait la flûte, pour le moment. Mais cela se retrouvera. J'ai repensé souvent à vous, et à votre oncle, et à ces belles photographies d'Angkor, et au "Kilomètre 83" (que j'ai lu justement au moment où j’étais malade, en juin). Ce "Kilomètre 83" est une œuvre dont il reste des souvenirs, on a des visions de forêts, de marais, seulement aussi on a des nostalgies, comme dirait Baudelaire, d'aller vivre là-bas… J'ai bien regretté de n'avoir pu aller, avec ma femme, faire la visite projetée, à Mr Roche avec votre oncle. Mais j’étais déjà souffrant lors des concerts de la S.M.l. et j'ai été tout à fait malade ensuite ; après cela, quand j'ai été rétabli, il a fallu que je m'occupe de notre déménagement, ce qui n’était pas une petite affaire avec tous les livres, estampes, etc… que j'ai. Tout cela est installé ici à présent. Je dis installé, c’est exagéré, car tout n'est pas encore rangé et il y a encore bien à faire ! Je vais me remettre à travailler à présent. Je n'en ai pas eu le temps matériel, tout le mois dernier. 


L'éditeur Mathot m'a pris mes Sonatines, et mes Paysages. Dès que ce sera paru je vous en aviserai, car, s'il est probable que vous serez au front, dans l'impossibilité de faire de la musique, il se pourrait cependant que vous fussiez envoyé quelque temps à l'arrière, au repos. 


Et, à propos de ces Paysages, laissez moi vous rappeler combien j'avais été heureux de les entendre si bien joués, si bien compris (je n'ai pas toujours été gâté à ce sujet), et combien j'ai eu de plaisir à rencontrer, avec Mme Herscher, Melle Girard et vous, des interprètes pas seulement musiciens, mais, cultivés et intelligents, et sensibles. 


Croyez bien, cher ami, à mes meilleurs et très dévoués souvenirs et donnez moi de vos nouvelles de temps à autres.


Ch. Koechlin 



En 17, la "classe 18" dont Désormière faisait partie fut appelée sous les drapeaux.


votre oncle : Claude-Eugène Maitre


Le Kilomètre 83, in La Revue de Paris, février-mars 1913, est un livre de Henry Daguerches, pseudonyme de Charles Valat, qui devait avoir connu Claude Maitre.  Roman couronné par l’Académie française et la société littéraire Les Français d'Asie en 1930, Le Kilomètre 83 est un kilomètre de rail qu’un jeune ingénieur des Ponts et Chaussées est chargé de construire dans la jungle cambodgienne, le récit étant l’occasion de décrire les relations coloniales dans toute leur ambiguité.


on a des nostalgies, comme dirait Baudelaire, d'aller vivre là-bas…  Le Spleen de Paris, L’Invitation au voyage : Tu connais cette maladie fiévreuse qui s’empare de nous dans les froides misères, cette nostalgie du pays qu’on ignore, cette angoisse de la curiosité ?


On trouve le 10 novembre 1916 la présentation d'une œuvre, Il pleure sur mon cœur, du jeune Roger Désormière dans un concert privé «  dans le cabinet chinois de monsieur Roche ».


Koechlin fut un des fondateurs de la S.M.I.


L'éditeur Mathot : Albert Zunz-Mathot Anversois d'origine, semble avoir été secrétaire général de la  S.M.I., dont il obtint d'être membre fondateur,  en parallèle à ses activités d'éditeur, employant Emile Vuillermoz comme directeur musical. Dès 1906 il était éditeur et organisateur de concerts de soutien. On ne sait ce qu'il devint et comment il est mort. Il publia bien les Sonatine et les Paysages de Koechlin en 1918.


Concert du 11 mars 1917, Galerie Levesque à Paris, pour la 2ème séance Art et liberté, fut donné Paysages, dit aussi Paysages et Marines (pour 3 instruments), Jeanne Herscher-Clément était une pianiste, Désormière flûtiste, Mlle Girard ??? devait être une violoniste. Il existe une version pour piano, op.63, et une pour piano, clarinette, flûte et quatuor à cordes, op. 63 bis. Paysages et Marines est donnée comme créée en 1919, mais elle avait déjà été jouée en 1917 donc. 



1 lettre à Claude Maitre


Samedi (6 juillet 1918) à Monsieur Maitre, « oncle » de Roger Désormière 

Valmondois, samedi. 


Cher monsieur


J'ai bien reçu le paquet contenant des œuvres de Désormière. Je vais les examiner ces jours-ci. Mais étant surchargé de travail en ce moment (à cause de nouvelles conférences que j'écris et que je dois terminer rapidement) je ne pourrai peut-être pas tout voir à fond. 


Les premiers coups d’œil que j'y ai jetés m'ont montré que votre neveu marche avec le temps, vers l'avenir, hardiment ! Il me semble fort bien doué et plein d'idées musicales. Je lui écrirai plus longuement au sujet de ces œuvres, d'ici quelques temps. 


Croyez bien, cher monsieur, à mes meilleurs et très distingués souvenirs.


Ch. Koechlin





lettre de Charles Koechlin à Désormière


Mercredi (10 juillet 1918)

Valmondois

Cher ami, 


Merci de votre affectueuse lettre. Certainement je verrai avec plaisir vos compositions. Mais par correspondance, l'auteur n'étant pas là, comme une telle critique est difficile ! D'ailleurs j'ai remarqué que, très souvent, ce qui à la 1ère audition m'avait étonné (ou même choqué) dans des oeuvres de tel de mes élèves, est précisément ce qu’ensuite j'ai découvert être le plus typique et le meilleur. Donc je suis devenu très timide en matière de critique pour une œuvre nouvelle ! Je pourrai vous faire des observations relativement à l'écriture (et encore !) de certains passages, ou aux proportions en cas de morceaux un peu développés. Mais, pour les choix des harmonies, des mélodies, pour l'idée en un mot, il faut que vous soyez et que vous restiez libre. Envoyez moi vos œuvres, ou mieux encore venez un dimanche me les apporter. Quant au Contrepoint, je suis tout à votre disposition pour vous guider dans cette voie (au fond, très intéressante et réellement musicale) dès que vous le pourrez. Vous me parlez d'une lettre si triste que je vous ai écrite. Je ne m'en souviens plus. Si je me suis laissé aller à me plaindre de quelque chose, excusez-moi, ce n'est pas mon habitude en général, et ne prenez cela que comme marque de sympathie vis à vis de vous. Ce n'est d'ailleurs pas que je sois découragé mais parfois je suis assez inquiet de l'avenir en voyant la difficulté à se faire jouer et à se faire éditer toutes les fois que l'œuvre est sérieuse et importante. Enfin, espérons qu'on en sortira. En attendant je travaille beaucoup. Mais j'ai plus de projets que de temps pour les réaliser ! J'ai des projets de livres à écrire, aussi. Pour le moment je prépare 2 conférences nouvelles sur la musique française, que j'aurai peut-être l'occasion de dire à l'étranger. Je vous en reparlerai. 


Pour ma sonate de flûte, j'y ai fait quelques petits changements : 

1°) au N°2, à la rentrée en fa du 1er motif, sur l'exemplaire que vous avez elle est assez gauche, je l'ai modifiée. 

2°) dans le final, j'ai disposé autrement certains accords au piano ; la sonorité sera meilleure et pour la flûte je la maintiens moins constamment dans l'aigu, cela sera préférable aussi pour l'ensemble du morceau. Mon manuscrit est à Villers, je vous indiquerai ces changements lorsque je l'aurai revu là-bas, j’y irai peut-être en septembre pour quelques jours. Jusque-là je compte rester ici. 


A bientôt peut-être et affectueusement. 


Ch. Koechlin



Pour ma sonate de flûte… Ce doit être la Sonate pour 2 flûtes Op. 75 qui sera créée par Louis Fleury et Albert Manouvrier, vieux compagnon de Marcel Moyse, le 7 janvier 1922 salle Erard (Désormière avec René Le Roy la jouera le 19 mai 1923 pour l'association la Chimère au Cercle International des Etudiants).

Mon manuscrit est à Villers : Villers-sur-Mer


 



lettre de Koechlin à Désormière

   Dimanche 25 août (1918)

   Valmondois

Cher ami,

   J'ai bien reçu vos deux lettres. Je suis content que vous ayez bonne impression de votre changement.

   Je rendrai vos manuscrits à votre oncle d'ici peu de jours. Excusez-moi de n'avoir pas tout vu en détail. Ce sera pour une autre fois. L'essentiel est la bonne impression que j'en ai eue.

   J'ai travaillé beaucoup ces temps-ci, et c'est pourquoi je ne ne vous ai pas répondu plus tôt. Les lettres à écrire s'accumulent, et prennent du temps, vous verrez cela plus tard ! Aussi ne m'en veuillez pas si parfois il arrive que je ne vous réponde pas.

   Ce mois-ci j'ai orchestré un ballet dont j'avais fait le scénario. J'ai à peu près fini, il y a un peu plus de 200 pages d'orchestre. Mais qui conduira cela ??!

   Mes meilleures amitiés et affectueusement.


Ch. Koechlin 


    j'ai orchestré un ballet : il doit s'agir de la Divine vesprée qui ne sera créé que le 21 mars 1937 sur Radio Tour Eiffel sous la direction de Koechlin lui-même.





lettre de Charles Koechlin à Désormière


Samedi (7 février 1920)

(en chemin de fer, de Paris à Valmondois) 


Cher ami, 

 

effectivement il y a erreur de la part de Mme Renan-Psichari. Vous seriez bien aimable de lui renvoyer cette somme, en lui écrivant que je vous ai réglé déjà votre indemnité, et que j'en ai avisé Mme Vié qui doit se charger de me la rembourser en s'arrangeant pour cela avec Mme Renan. 


Assistance d'ailleurs peu musicale, à ce qu’il m'a semblé ce soir là. Et le piano mauvais…


Je suis heureux de ce que vous me dites de ceux qui ont admiré mon Chant Funèbre. Tant mieux s'ils ont raison. Moi j'ai écrit mon œuvre (il y a déjà assez longtemps : finie en 1908) comme je la sentais, sans m'efforcer de développer ni de condenser, mais d'exprimer (autant que je le pouvais tout ce que j'avais à dire là-dessus). C'est en le revoyant, et surtout en le faisant répéter aux chœurs, en l'entendant avec l'orgue et l'orchestre que j'ai constaté qu’elle était de plus amples proportions que je ne le croyais.

 

Travaillez votre métier, voyez vous. L'harmonie, et surtout le contrepoint et la fugue. Vous verrez que ça ne nuît pas à l'imagination, au contraire. D'ailleurs on peut écrire des œuvres admirables, « non contrepointées », mais tout le monde n'a pas pour cela le génie qu'il y faudrait. 


D'ailleurs il faut beaucoup d'imagination pour le contrepoint. 


Excusez cette lettre au crayon, mal écrite par les cahots du wagon, et croyez bien, cher ami, à mes dévouées et affectueuses amitiés 


Ch. Koechlin



li est question d'un concert que nous ignorons…


Mme Renan-Psichari, l'épouse de Robert Siohan ?


Mme Vié ?


Chant Funèbre :  Chant funèbre à la mémoire des jeunes femmes défuntes Tout indique que Désormière participa alors à la création de cettte œuvre (écrite entre 1902 et 1908, révisée en 1917) le 30 janvier 1920 sous la direction de Félix Delgrange avec Nadia Boulanger à l'orgue. A moins qu'il ne s'agisse d'un 2nd concert…





lettre de Charles Koechlin à Désormière


(Dimanche) 18 avril (1920)

Valmondois (s-et-o) 

Cher ami, 



Madame d'Harcourt, excellente musicienne (qui a travaillé avec d'Indy puis avec M. Emmanuel et aussi un peu avec moi), a fait avec son mari deux séjours au Pérou, pendant lesquels elle a recueilli des airs populaires des anciens Incas très intéressants, qu'elle a harmonisés d'une façon charmante, si je me souviens bien des transcriptions qu'elle m'a jouées il y a trois ans avant son 2ème séjour. 


Elle voudrait les arranger, pour un concert, avec flûte (et peut-être aussi d’autres instruments) et comme elle sait avec quel art vous aviez joué les arrangements de mes Paysages, elle a pensé que vous pourriez peut-être, à l'occasion, l'aider à l'une de ces exécutions. Voudriez-vous et pourriez-vous venir chez elle samedi prochain 24 avril vers 3 heures (ou même un peu avant) elle vous ferait entendre ces chants ainsi qu’à moi ? Si vous pouvez répondre directement à Mme d’Harcourt, 136, avenue de Wagram, ce serait préférable, car en m’écrivant nous perdrions du temps. En hâte…


Je vous adresse mes meilleurs et affectueux souvenirs, et ne m’oubliez pas auprès de votre oncle.

 

Ch. Koechlin



Marguerite d’Harcourt (1884-1964)


Son mari, Raoul d’Harcourt (1879-1971), banquier mais aussi ethnologue américaniste spécialiste du Pérou.





lettre de Charles Koechlin à Désormière


Jeudi (24 juin 1920) 


Cher ami, 

de retour ce matin de Villers, où j'ai passé deux jours, je trouve votre lettre. J'écris de suite à Rabaud afin qu'il ait ma lettre avant votre concours. Mais je ne crois pas que ces recommandations puissent être utiles, je sais bien que tout le monde se figure que c’est nécessaire, mais je ne le crois pas… je le comprends plutôt pour un examen oral comme le baccalauréat ou la licence, dans lequel l'attitude de l'examinateur pourrait (si elle n'est pas assez courtoise, par exemple) troubler un candidat timide mais savant d'autre part. Mais ici ce n'est pas le cas et je suis d'ailleurs persuadé que vous serez récompensé à ce concours, et que ceux des musiciens du jury qui sont des artistes sauront reconnaître que vous en êtes un aussi. 


En hâte, avec mes meilleurs souvenirs et mes vœux bien sincères.


Ch. Koechlin 


P.S. je vous ai dit bonjour bien distraitement l'autre soir au concert de l'A.C.P. J’avais à répondre à plusieurs autres personnes qui causaient avec moi et je m'excuse de ne pas vous avoir dit au moins quelques mots. Je suis content que vous ayez entendu mes chorals. Quand vous aurez fait un peu plus d'harmonie prenez des textes de chorals de Bach, et tâchez de les réaliser dans le genre des réalisations de Bach. Ensuite vous en écrirez de plus libres.



Henri Rabaud Directeur du Consevatoire de 1920 à 1941.


au concert de l'A.C.P.  Sûrement un concert de l'église américaine de Paris, The American Church in Paris (ACP). Qui avait sûrement accueilli la SMI le 20 juin (voir ci-dessous).


mes chorals : Koeclin écrivit plusieurs chorals, une 20aine ; vu la suite, on peut penser aux Chorals sur des thèmes de Gabriel Fauré pour chœurs qui furent créés justement le 15 juin 1920 pour la SMI sous la direction de Désiré-Émile Inghelbrecht (après avoir servi avant-guerre dès 1906 pour le concous d'harmonie du Conservatoire et d'être repris en 1919).



lettre de Désormière à Charles Koechlin



Samedi 23 octobre 1920


Bien cher Maître, 


Vous m'avez donné tant de preuves de votre bienveillance que je n'hésite pas à y recourir une fois de plus et à vous demander si vous consentiriez à me faire travailler l'harmonie. Je l'avais commencée à la classe Leroux mais, après l'interruption de plus de 3 ans que m'a imposé ma mobilisation, je l'avais bien oubliée, et je ne l'ai plus étudiée depuis qu'avec des camarades plus avancés et plus expérimentés, mais d'une façon trop décousue, et je serais bien heureux si je pouvais l'étudier maintenant sous votre direction. 


Je vous serais très obligé de vouloir bien m'envoyer un mot pour me donner un rendez-vous où nous puissions causer de cela. 


Veuillez, je vous prie, présenter mes respectueux hommages à Madame Koechlin et croyez, bien cher Maitre, à mes sentiments affectueusement reconnaissants et dévoués. 


R. Désormière 


45 rue Blanche 9ème


la classe Leroux : Désormière fut élève de Xavier Leroux en harmonie au Conservatoire.




lettre à Charles Koechlin à Désormière



45 rue Blanche (9ème) 26 octobre 1920


Bien cher Maître, 


J'ai bien reçu votre lettre, et je ne saurais vous dire combien je suis heureux d'apprendre que vous consentez à guider mes études d'harmonie, de contrepoint, et de fugue. Je sais qu'avec vos multiples occupations, c'est une marque de bienveillance que vous me donnez là, et j'espère que je m'en montrerai digne par le zèle avec lequel je suivrai vos leçons. 


Samedi après-midi, j'ai promis à mes amis Milhaud et Honegger d'aller au Concert-Colonne pour entendre leurs œuvres, et vous savez par les incidents de dimanche dernier qu'elles peuvent avoir besoin de quelques auditeurs sympathiques pour être défendues et même peut-être pour être écoutées. Mais M. Maitre me prie de vous demander si vous ne pourriez pas venir déjeuner avec nous ce même jour à midi : nous en serons bien heureux l'un et l'autre, et nous aurions ainsi tout le temps, avant de nous rendre au concert (car M. Maitre tient à s’y rendre aussi), de convenir de notre plan de travail. 


Si, contrairement à ce que nous espérons, cela vous était tout à fait impossible, consentiriez-vous à me fixer un autre rendez-vous, de préférence un jour pair (les jours impairs, j'ai presque toujours cours au Conservatoire ou répétitions au Th. des Champs Elysées) ? 

 

Recevez, bien cher Maître, l'assurance de mes plus affectueux et dévoués sentiments.


R. Désormière 



aller au Concert-Colonne : programme du Samedi 30 octobre 1920, à 4 h. 3/4, au Châtelet, troisième Concert Colonne du samedi, avec le concours de M. Quiroga. Ouverture de Léonore n° 3 (Beethoven). Concerto pour violon (Mendelssohn) par M. Quiroga. La Mort de sainte Alméenne, interlude (A. Honegger) (première audition) 2ème Suite Symphonique (Milhaud) (2nde audition) Les Maîtres chanteurs (R. Wagner) Le concert sera dirigé par M. Gabriel Pierné. (La 2ème Suite Symphonique est sûrement la Symphonie de chambre n° 2 « Pastorale ».)


les incidents de dimanche dernier  ? la création de  la  2ème Suite Symphonique de Darius Milhaud déjà aux Concerts Colonne aux côtés notamment de Ma Mère l'Oye (Maurice Ravel) ou de la Symphonie sur un thème montagnard de Vincent d'Indy





lettre de Charles Koechlin à Désormière



Mercredi (27 Octobre 1920)

 

Cher ami, 

 

Entendu pour samedi à déjeuner. Je pense être exact à midi, si toutefois mon train avait du retard, il se pourrait que je n'arrive que vers midi 1/4 ou midi 1/2. Mais ils sont généralement à l'heure. J'irai ensuite au concert avec vous. J'ai spécifié sur ma notice qu’il faut prendre la polytonie au sérieux et ne pas croire à du battage de la part de ces jeunes artistes. Mais c'est toujours la même histoire. Autrefois on a jugé que Haydn était baroque et modulait durement. 


D'ailleurs la polytonie n'est pas du tout le seul langage possible, ni même nouveau. On peut être personnel, original et nouveau rien qu'avec du diatonique. C'est difficile, mais la polytonie aussi est très difficile à bien écrire. Il y a des choses très bien dans l’œuvre de Milhaud, et des inégalités, par contre, la fugue pour trombone m'a semblé monotone. C'est toujours très difficile d’écrire la fugue, polytonale ou non. 


Affectueusement à vous et à samedi 


Charles Koechlin



ce week-end-là, pas d'œuvre de Koechlin au programme (?), mais le samedi Honegger et Milhaud : Aux Concerts Colonne, à 4 h: 3/4, au Châtelet, 3e Concert, avec le concours de M. Quiroga Les Classiques. Ouverture de Léonore n°3 (Beethoven). Concerto pour violon (Mendelssohn) M. Quiroga. Polytonie. La Mort de sainte Alméenne, interlude (A. Honegger) (première audition) 2° Suite Symphonique (2° audition), Darius Milhaud. Les Maîtres chanteurs (R. Wagner) I. Réverie de Hans Sachs. II. Danse des apprentis. III. Marche des Corporations. Sous la direction de M. Gabriel Pierné.






lettre de Désormière à Charles Koechlin



A Charles Koechlin date ???


Samedi 


Mon bien cher maître, 


Je suis lancé dans l'étude des imitations de toutes sortes : voici une chose que je ne comprends pas. 


Dans le traité de contrepoint de Dubois il y a les 2 tableaux ci-dessous, de gammes pour imitations irrégulières par mouvement contraire 

Do Si La Sol Fa MI Ré Do 

Do Rê Mi Fa Sol la Si Do 


A la tonique on répond par la tonique, au 2e degré par la 7e etc…

Sol Fa Mi Ré Do Si La Sol Fa Mi Ré Do 

Do Ré Mi Pa Sol La Si Do Ré Mi Fa Sol 


A la tonique on répond par la dominante, au 2e degré par la 4e etc…

 

Pourquoi seulement ces deux tableaux puisque l'imitation est irrégulière ? Pourquoi ne pas répondre, aussi, à la tonique par le 2e degré, le 3e ; le 4e le 6e et le 7e ? et pourquoi Dubois ne fait-il pas les tableaux ci-dessous ? 

Ré Do Si La Sol Fa Mi Ré Do 

Do Ré Mi Fa Sol La Si Do Rê 


Do Ré Do Si La Sol Fa Mii Ré Do 

Do Ré Mi Fa Sol Fa La Si Do Ré Mi etc ; ; ;

 

(Réponse de Ch. K. : évidemment ça peut se faire d'ailleurs dans la pratique on le fait rarement, mais d'ailleurs des tableaux sont inutiles, on n'a qu'a écrire par mouvement contraire en partant d’où on veut.)

 

Il se borne à ces deux tableaux et ne fournit aucune explication. Pour quelqu'un qui ne sait pas o'est troublant.


Pratiquement, dans les divertissements de fugues, si par hasard on emploie ce moyen d’imitation, comment répond-on ? N’importe comment j’espère.


(Réponse de Ch. K. : évidemment)


Je me suis un peu cassé la tête dans le traité de Gédalge ce matin, chapitre des divertissements. Ça me paraît bougrement « scientitique » !

 

(Réponse de Ch. K. :  dans la pratique, le plan des divertissements est variable, mais je pense que l'analyse de Gédalge est utile comme indication de méthode.)


Votre affectueux et dévoué 


Roger Désormière 


Dubois = Théodore Dubois


Gédalge = André Gédalge



pour les annotations dessinées, nous en mettons l'image telle quelle,

même si l'information est lacunaire ou fausse (exemple : lettre du 6 mai 1921)



lettre de Désormière à Charles Koechlin


A Charles Koechlin date ???


Roger Désormière 

Mardi, 


Mon bien cher maître, 


J'ai eu du temps pour travailler cette semaine, cependant hier au soir je n'avais pas écrit 15 notes. J'ai passé 9 à 10 heures à écrire mon contre-sujet pour un sujet de Purcell qui n'est pourtant pas méchant, Je ne suis pas encore satisfait de ce C.S. J’ai l'impression d'avoir de moins en moins d'invention harmonique et d''entendre de moins en moins bien, résultat : je suis de plus en plus découragé et j'en arrive à écrire une note à l'heure et encore, à peine cette note est-elle écrite que je l'efface. Je croyais avoir bien étudié le chapitre sur les réponses dans le traïté de Gédalge j'ai été arrêté longuement par le sujet de Purcell, je ne savais comment écrire sa réponse, j'ai dû relire le traité de Gédalge, tout le chapitre sur "la réponse". Il me semble qu'il n'y a  pas à avoir de doute, cependant je n'ai pas une confiance absolue en ma réponse. 

 

Voici le sujet de Purcell 


Voici ma réponse

 

Je suis troublé parce que les harmonies du début du sujet ne sont pas les homologues des harmonies du début de la réponse. 


Je comprends :

sujet 

et avec la réponse ça ne va plus. 


Voici mon C.S. 


Primitivement j'avals 


j'ai commencé plus tard à cause de la réponse. 




Je pense que cette grande difficulté que j’ai à écrire des C.S. vient de mon peu d'invention harmonique. Je vais faire à nouveau des devoirs d'harmonie et écrire un grand-nombre de C.S. J'ai aussi l'impression de ne pas savoir moduler. 


Je m'excuse de vous avoir encore une fois, au dernier moment, prié de ne pas venir me donner ma leçon.

 

Je m'excuse aussi de vous ennuyer avec mes jérémiades. 


Croyez-moi, mon bien cher maître, votre dévoué et affectionné. 


Roger Désormière 


C.S. = contre-sujet




lettre de Koechlin à Désormière


Cher ami, 


Je reçois ce matin votre lettre au sujet du « C.S. » de Purcell. Je vais étudier l’affaire, comme disent les hommes de loi.


Je viendrai, à moins d'avis contraire de votre part, chez vous mardi matin à 9h 1/4 ou 10h 1/2, je ne puis vous dire exactement à quelle heure. 


Je crois que 

1° vous avez des difficultés, parce que vous êtes (et vous avez raison) très exigent sous le rapport de la musicalité et de la plénitude des réalisations. Cela tient, en partie à votre sens du scrupule (qui est une bonne chose s'il n'aboutit pas à vous décourager), en partie à mon influence, car je suis évidemment très exigent quant à la musicalité de la fugue. J'ai remarqué que souvent, certains passages de Bach ne sont pas sans donner lieu à la critique, si l'on voulait avoir toujours une sonorité parfaite. Et cependant, dans l'ensemble, cela passe. Je vous en reparlerai. 


2° Peut-être sera-t-il bon, en effet, que vous refassiez un peu d'harmonie, tout en vous permettant une certaine liberté de réalisation. 


Le difficile c'est de trouver de bons chants l 


A mardi, avec tous mes affectueux souvenirs 


Ch. Koechlin 






1 lettre à Désiré-Émile Inghelbrecht


Mercredi (27 octobre 1920) 


 Valmondois 


Cher ami, 


Je pense que o'est vous que je dois remercier d'avoir reçu une invitation pour la répétition des Ballets Suédois. Ma femme et moi avons eu le plus grand plaisir à y aller. Quelle joie d'entendre Ibêria d'Albéniz à l'orchestre ! Votre orchestration est bien remarquable et tout à fait réussie. Et quand on sait comme il est difficile d'orchestrer du piano, on mesure mieux encore le rare mérite de cette transcription. 


Quant aux décors et costumes de Steinlen, on ne pouvait souhaiter mieux. Comme on est heureux de voir un artiste sincère rechercher la vérité, sans battage, sans fausses simplifications, mais largement et justement ! C'est tout à fait remarquable. Les autres décors d'ailleurs sont très bien aussi. La mise en scène de Jeux est charmante et, si je préfère aux Suédoises les vraies Espagnoles dans les danses andalouses, je reconnais que J. Börlin a tout à fait bien réussi l'interprétation de Jeux.


J'espère avoir l'occasion de vous applaudir comme compositeur dans El Greco. En attendant croyez bien à mes meilleures et dévouées amitiés, et encore  toutes mes félicitations pour l'orchestrateur et le chef d'orchestre 

Ch. Koechlin



Si Madeleine Li-Koechlin avait mis cette lettre, c'est que c'est Roger Désormière, flûtiste de l'orchestre, et non Désiré-Émile Inghelbrecht qui avait envoyé les invitations à Koechlin.


Ballets Suédois


Iberia d'Albéniz


Théophile Alexandre Steinlen


Jeux de Debussy


Jean Börlin


El Greco






lettre de Koechlin à Désormière


(5 novembre 1920)


Cher ami, 


Je viens de lire la circulaire sur le concours Goldschmann (sic). Je vais examiner l'orchestre de votre mélodie, lequel à première vue me paraît bien (j'ignore ce que peut donner le contrebasson comme pp dans ces notes graves. C'est à essayer. Peut-être est-ce risqué, non comme résultat réel d'orchestre, mais de présenter cet effet inusité à un concours ? Il est vrai que la présence de Stravinsky dans le jury autorise toutes les audaces… Réfléchissez à la question et vous me direz samedi 13 ce que vous en pensez.) Dois-je vous renvoyer cet orchestre avant le 13 ? J'ai envie de voir cela avec soin aujourd'hui et de vous le rapporter demain (le 6) parce que je passerai dans votre quartier et que ça me sera plus facile que d'en faire un paquet à envoyer par la poste. Merci pour le quintette d'Ingelbrecht que je vais voir avec tout l'intérêt qu'il mérite. Préparez, pour le 13, les plus importantes de vos leçons d'harmonie, je pense arriver chez vous vers 2h 1/2 et y rester jusqu'à 4h 1/2 si cela vous va comme heure. Quand vous écrirez des leçons d'harmonie destinées à être vues par moi, je vous demanderai de vous servir de papier à 16 ou à 20 portées (pas davantage) parce que cela me fatiguerait les yeux d’avoir à lire du 24 pendant un certain temps 


En hâte, affectueusement 


Ch. Koechlin 



le concours Gol(d)schmann = le prix Verley






lettre de Koechlin à Désormière


Mercredi (10 novembre 1920)


Valmondois 


Cher ami, 


Je ne vois pas d'autre moyen, en effet, pour samedi, que de venir le matin vous donner votre leçon. Comptez donc que je viendrai (vers 10h, 10h 1/4) sauf toutefois si je me trouvais trop fatigué (parce que je serai absent de Valmondois pour 2 jours, allant voir un mien cousin à Nemours et ma nièce à Montigny sur Loing ; j'en reviendrai vendredi et serai à Valmondois seulement le soir, samedi matin il faudra que je me lève assez tôt pour prendre le train de 8h 40). Or tout ça ira bien, j'espère, cependant comme j'ai été un peu sous une influence de grippe ces temps-ci, si je me trouvai trop fatigué samedi je ne pourrai arriver chez vous à 10h. Je ne sais à quelle heure est ce concert, mais il est plus que probable que si je ne pouvais vous faire travailler avant le déjeuner, nous aurions bien une heure de libre environ après le déjeuner ? En principe comptez que j'arriverai vers 10h, sinon ce serait à midi et alors il serait encore je crois possible de travailler pendant une heure. Pour les leçons suivantes, je réfléchirai à la question. En principe je voudrai me réserver libre le samedi matin à cause des répétitions de chez Colonne. Mais nous causerons de cette question du jour et de l'heure, avec plus de précision. 


Croyez bien, cher ami, à mes affectueux et dévoués souvenirs. 


Ch. Koechlin 


Préparez-moi quelques-unes des leçons (C.D. ou B.D.) que vous jugerez les meilleures parmi celles que vous avez écrites. Je les emporterai chez moi si nous n'avons pas le temps de les voir, et je me rendrai mieux compte, de toute façon, où vous en êtes. 


P.S. Si je vais tout à fait bien, j’irai avec plaisir au concert, surtout pour entendre Inghelbrecht conduire et vous, jouer le Prélude à l’après-midi d’un faune.



   13 novembre 1920 Théâtre des Champs-Elysées  25ème concert de la Société des Nouveaux Concerts, sous la direction de M. D. E. Inghelbrecht. Au programme Ouverture du Carnaval Romain, de Berlioz Concerto, de Beethoven, pour violon et orchestre (M. Henry Mer(c)kel, premier violon solo du Théâtre des Champs-Elysées) Prélude à l’après-midi d'un Faune, de Claude Debussy 4ème Symphonie, de Schumann Chanson triste et Le Manoir de Rosemonde, de Duparc, chantés par Mlle Madeleine Bugg de l'Opéra, enfin l'Ouverture des Maîtres chanteurs, de Wagner.







lettre de Koechlin à Désormière


Jeudi (6 janvier 1921) 


Valmondois, jeudi soir 


Cher ami, 


excusez moi de ne pas vous avoir écrit plus tôt. Comme toujours, j'ai eu beaucoup à faire et j'ai remis ce qui n'était pas urgent. Je viendrai chez vous ce samedi 8, vers 2h 1/2 (ou 3heures peut-être). Pour le prix de mes leçons, je demandais par heure autrefois 10 francs (saut aux "gens du monde", à qui je demandais davantage, mais je n’en ai pas eu l’occasion), je demande à présent 15 francs par heure, cette année-ci, à ceux qui sont français, et artistes. (Ce n'est pas pour faire du nationalisme que je dis cela, mais parce que à des Anglais venus d'Angleterre, ou des Américains, je n'aurais aucun scrupule, à cause du change, de demander très cher ; au contraire à des étrangers que le change ne favorise pas je trouverais injuste de demander plus qu'à des compatriotes.)


Cela m'ennuie toujours de demander de l'argent à des artistes qui sont obligés eux aussi de gagner de l'argent. Comme vous prenez un, certain nombre de leçons avec moi et que cela ne me fait faire qu’une course pour 2 heures de leçon, si cela vous convient je vous demanderai vingt cinq francs pour chaque leçon de 2 heures. Je crois qu'il y en a 4 jusqu'ici (je vais vérifier sur mon cahier). A samedi j'espère, si vous ne preniez pas votre leçon, ne cherchez pas à me télégraphier, de toute façon je vais à Paris samedi et cela ne me dérange pas de passer chez vous. Mais j'espère que vous serez libre, n'ayant rien reçu de vous à ce sujet. 


Croyez bien, cher ami, avec nos meilleurs vœux et souvenirs, à mes dévoués et affectueux sentiments.


Ch. Koechlin 



15 francs 1921 valent environ 17 euros 2013. 






lettre de Koechlin à Désormière


Mercredi 12 janvier 1921


Cher ami, 


Bien reçu votre envoi et votre affectueuse lettre. Croyez que je suis heureux d'avoir le sentiment de vous être utile et de vous aider à être à même, un jour, d’écrire de la belle musique. Vous êtes certainement très bien doué et je pense que vous arriverez car vous êtes décidé à travailler sérieusement le "métier", et outre cela, vous avez du goût.

 

Je viendrai, sauf contre avis, le samedi 22 vers 2h 1/2, 3h. 


En hâte et affectueusement 


Ch. Koechlin 


P.S. le 24 il y a un concert de la S.M.I. pour l’exécution des pièces formant le "Tombeau de Debussy" (supplément du N°2 de la Revue musicale). Il y aura en outre quelques pièces des membres du comité de la S.M.I., dont une de moi que je jouerai. Elle fait partie de mes Heures persanes. Hélas je n'ai jamais été en Perse ! Mais j'ai vu le cimetière arabe de Blidah et la paix musulmanes de ces cimetières est quelque chose que j'ai tâché de rendre. J'espère que Debussy aurait aimé ce que j'ai écrit là ; c’est tout ce que je souhaite.



La Paix du Soir au Cimetière était une création.

Le Figaro du samedi 26 janvier 1921 : C’est à la salle des Agriculteurs qu'aura lieu, après-demain lundi soir, à 9 heures, le concert que la S. M. I. consacre à la mémoire de Claude Debussy.

Le Ménestrel du 4 février 1921 ne ménage pas Koechlin : S. M. I. — Le 24 (faux, le 28) janvier la S. M. I. consacra un concert hors série à la mémoire de Claude Debussy. Séance caractéristique du déclin où est tombée la formule debussyste. Mieux que jamais on saisit combien Debussy avait épuisé toutes les possibilités de l'art qu'il créa. Il semble bien que désormais tout compositeur qui emprunterait ses moyens au debussysme réduirait presque totalement ses chances de victoire. Ainsi en advint-il de M. Ch. Kcechlin, faisant un brusque retour avec la Paix du Soir au Cimetière à une formule qu'il semblait avoir bien abandonnée : des sonorités raffinées y glissent légères, à peine distinctes, à travers un voile de parfums orientaux.

Ainsi en advint-il de la plupart des musiciens qui composèrent le Tombeau de Debussy, petit recueil de pièces, certes non négligeables, mais souffrant un peu du fait d'avoir été commandées par des circonstances quasi officielles. La plupart de ces pièces furent interprétées avec talent par M. Ernest Lévy. (A titre de curiosité notons qu'à cette pieuse manifestation participèrent cinq Français : MM. Paul Dukas, Maurice Ravel, Albert Roussel, Érick Satie, Florent Schmitt ; un Anglais, M. Goossens; un Espagnol, M. Manuel de Falla; un Italien, M. Malipiero; un Hongrois, M. Bêla Bartock; et un Russe, M. Stravinski.) Le Quatuor de Debussy fut exécuté par le quatuor Pascal : l'andante parut un dialogue dans une brume crépuslaire. Mme Greslé et M. Grovlez firent valoir l'exquise instabilité du Promenoir des Deux Amants. Peut-être Mme Greslé eut-elle le tort de dire plutôt que de chanter ? A. S.




lettre de Désormière à Charles Koechlin



Mercredi 13 avril 1921 


Mon cher maître,

 

Je lis depuis ce matin le traité de contrepoint de Chérubini, c'est une vraie rigolade. Cependant au chapitre sur le contrepoint à deux parties et à deux notes contre une je lis que l'on peut employer la dissonance sur le temps fort pout éviter que le mouvement de la mélodie soit per trop disjoint ou bien pour parer à d'autres inconvénients. Pourquoi n'est-ce plus toléré ? 


Je trouve ceci très bon 

vous non ? 


L'exemple que donne Chérubini ne me semble pas très réussi 


Quand défendez-vous les quintes et les octaves directes ? 


Ces exemples sont-ils bons, ainsi qu'il me semble ? 


Dans le contrepoint à deux parties et à 4 noires contre une ronde, combien de noires faut-il pour que les deux quintes ou les deux octaves soient sauvées ? les exemples suivants ne me gênent pas, et vous ? 


Croyez, mon bien cher maître, à mes sentiments les plus affectueux et les plus dévoués 


R. Désormière 


La période des concours du Conservatoire approchant, je néglige un peu mon contrepoint et mon harmonie pour me consacrer davantage à la flûte, en aurai-je fini cette année avec cet instrument que je commence à maudire ? !







lettre de Koechlin à Désormière


 Samedi 16 avril 1921


Le Canadel par le Lavandou (Var) 


Cher ami, 


Je vous enverrai votre travail corrigé, lorsque j'irai au Lavandou mardi prochain. En attendant je réponds à votre 2ème lettre. 


1°) note de passage, à 2 parties sur le 1er temps. Evidemment c'est musical, et on peut convenir de les permettre. Si on les défend, c'est pour augmenter la difficulté. Il est bon de savoir ne pas se servir de ces notes de passage aux temps forts, mais il peut êre utile à l'occasion d'en écrire quelques unes, parfois.


2°) quintes et octaves directes… suivez comme guide, votre oreille et au besoin Reber et Dubois…


3°) il faut 4 noires au moins pour séparer les quintes et les octaves. C'est une règle de convention naturellement destinée à augmenter la difficulté, même par mouvements contraires (à l'exception des quintes pour notes de passage).


A bientôt et croyez bien à mes dévouées et affectueuses amitiés. 


Ch. Koechlin 



Napoléon Henri Reber et Théodore Dubois





lettre de Koechlin à Désormière


 Mardi 19 avril (1921)


Le Canadel par le Lavandou (Var) 


Cher ami,


J'ai vu votre travail et je vous le renvoie ci-joint. Vos chorals sont bien (et même habilement réalisés), sauf que parfois certaines harmonies pourraient être plus vigoureuses (cela dépend du caractère des chants) ; il est vrai que chez Bach on trouve assez souvent aussi de ces accords de sixte et parfois avec la Basse doublée. Ils sont d'ailleurs commodes parce qu'ils évitent mieux les quintes que l'état fondamental. 


Le chant de Savard est en effet à la fois difficile et ennuyeux. Je vous indique une variante pour la fin, on pourrait certainement trouver mieux mais ce chant finit si mal (mélodiquement) que sa réalisation est embarrassée l 


Votre basse est bien, sauf que le ténor est écrit en général beaucoup trop haut. Il est vrai que la basse monte aussi et qu'on se trouve engagé par des marches. Mais je crois qu'on pouvait le réaliser avec quelques variantes moins élevées. 


Vous avez écrit un si grand nombre de variantes pour le contrepoint, que certaines sont beaucoup moins bonnes que d'autres, mais c’est un bon exercice. Soignez bien la ligne.


Faites à présent du 4 notes contre une et des syncopes aussi en ayant soin de n'employer jamais le retard simultanément avec la note retardée, sauf à distance de 9ème. Si la syncope forme dissonance, cette dissonance se résout toujours par degré conjoint descendant : 

Exemple


on n’use pas de retards ascendants 


Si la syncope ne forme pas dissonance, le 2ème temps doit toujours être une note de l’accord et jamais une note de passage. 

exemple bon


mais défendu

 

Tout ce que vous m'avez envoyé montre que vous êtes en bonne voie. A mon retour je vous indiquerai des chants plus intéressants que ceux de Savard. Je rentrerai dans les 1ers jours de mai, je pense.

 

Nous avons un temps inégal mais sans froid ; des journées très belles, d'autres de vent et de temps gris, mais au bord de la mer cela a toujours du caractère. J'ai mis au point un nouvel article pour la Revue Musicale et j'en prépare deux autre, un sur Berlioz et un sur Paul Dupin. J'espère que mes correction de votre C.D. de Savard seront musicales. Je n'ai pas de piano ici et si par hasard j’avais fait quelques erreurs d'audition intérieure, vous me le pardonnerez. Je n'y mets pas de faux amour-propre, comme vous voyez. Je pense que j’ai bien entendu ce que j'ai écrit, mais je préfère toujours m'en rapporter au piano (interprété avec un jeu lié, naturellement).


Croyez bien, cher ami, à mes meilleures et affectueuses amitiés 


Ch. Koechlin 


Mes enfants ont fait des flûtes en roseau. Mais c’est bien difficile d'en sortir des sons. Il faudra que je vous montre quelques-unes de ces flûtes afin que vous en jouiez à votre tour ! je crois que cela peut donner de jolies sonorités.  



Augustin Savard


Paul Dupin




lettre de Koechlin à Désormière


  Lundi 2 mai (1921) 


Le Canadel


Cher ami,


Je reçois aujourd'hui (je viens de rentrer tout à I’heure de l’île de Porquerolles) (hier dimanche pas de distribution et d'ailleurs je n'étais pas au Canadel ayant une excursion aux îles d'Hyères) votre lettre du 29 avril au sujet du concours de flûte. Malheureusement il m'est impossible d'écrire ici ce morceau, d'abord parce que ce délai est bien court et que j'ai beaucoup à faire dans le jardin d'ici mon départ avant mon retour, et ensuite parce que je n'ai pas de piano et que je ne serais pas capable de composer sans piano, un morceau de ce genre qui me satisfasse. J'ai écrit ici des contrepoints, des chorals (sur des thèmes de moi) et une fugue d'école (!) Mais je ne ferais rien de bon sans piano surtout avec un délai aussi court, en fait de morceau de concours. Je regrette bien de ne pouvoir me charger de cela cette année, remerciez bien Philippe Gaubert d'avoir pensé à moi en cette occasion et dites-lui tous mes regrets… Je compte repartir d'ici Dimanche prochain 8 mai pour être à Valmondois le lundi 9 mai vers midi. Si votre concours de flûte ne vous laisse que peu de temps pour travailler le contrepoint, l'harmonie et le choral, vous n’aurez qu'à me prévenir quelques jours à l'avance, quand vous aurez du travail à me montrer. Je pourrais le voir de préférence un mardi matin (mais pas le 10 mai). 


Je me hâte d'envoyer cette lettre-ci avant le courrier de 5h 1/2 Croyez bien, cher ami, à mes meilleures et affectueuses amitiés. 


Ch. Koechlin



votre lettre du 29 avril au sujet du concours de flûte : nous n'avons pas cette lettre mais on comprend que Désormière y demandait à Koechlin de composer un morceau pour le concours de la classe de flûte de Philippe Gaubert. Il y obtint un second prix sur un morceau composé par Georges Enesco et abandonna alors le Conservatoire. 






lettre de Désormière à Charles Koechlin



Mercredi 4 mai 1921


Mon bien cher Maitre, 


J'ai bien reçu votre lettre, votre réponse ne m'a pas surpris et je vous avais transmis cette demande de Gaubert sans illusion. 


Vous avez bien de la chance de ne pas être à Paris, il y fait un très vilain temps, froid et pluvieux. 


J'ai attaqué le contrepoint en syncope. Il m'a été tout à fait impossible d'écrire une basse en syncope le chant étant donné. Aussi je vous serais reconnaissant de vouloir bien m'en envoyer un exemple.



Je vous donne ce thème qui est de vous afin que l'exemple m'édifie, j'ai cherché très longtemps et je n'ai pu trouver une seule basse syncopée à ce chant. Par contre, les thèmes étant pris comme basse, je trouve avec assez de facilité le chant en syncope. 


A votre rentrée j'aurai assez de travail pour prendre une leçon quand vous le voudrez. 


Recevez, mon bien cher maître, l'assurance de mes sentiments les plus affectueux et les plus dévoués. 


R. Désormière. 








lettre de Koechlin à Désormière (voir image ci-dessous)


  

Vendredi soir (6 mai 1921)


Le Canadel (par le Lavandou) (Var) 


Cher ami, 


En effet, je constate que le C.D. que je vous ai communiqué est difficile à traiter en syncope à la Basse :  il y a même impossibilité absolue de ne pas rompre la syncope (au moins en un endroit). Mais dans cette sorte de contrepoint en syncope il ne faut pas se frapper car le cas se présente assez souvent, ou du moins parfois. Il est certain qu'ici au début, si vous gardez la syncope, vous aurez un si impossible contre un la du chant (à la 3ème mesure) : on rompra donc la syncope, soit entre la 1ère et la 2ème mesure, soit entre la 2ème et la 3ème. 


Et je crois qu'il y a obligation de rompre ainsi à l'avant-dernière mesure (excepté si l'on a recours aux artifices de mes exemples 2 et 4 ???). Mais je songe qu'on peut avoir une autre harmonie sous ce sol. Je vais chercher, donc, d'autres variantes de ce contrepoint. 


Je vous indique ci-joint quelques contrepoints qui me semblent possibles. Dans cette espèce de contrepoint il est bon de se permettre parfois de finir par la tierce et même sur un croisement. D'ailleurs il n'est pas nécessaire de s'éterniser sur la syncope, à 2 parties. Mais c’est utile d'en faire un peu ne fut-ce que pour se mettre dans la tête les règles de la syncope. 


Je serai rentré le 10 à Valmondois et si cela vous convient je viendrai voir votre travail le mardi 17 vers 9h 1/2 ou 10h du matin. 


Vous voyez qu'il y a encore pas mal de variété possible dans ce contrepoint. Mais il est vrai que l'on s'y montre beaucoup plus indulgent au sujet des "mouvements de parties", les syncope étant des rondes on tolèrera des sauts d'octave et même, à la rigueur, des : 

tout à fait défendus en blanches ou en noires. Néanmoins si on peut écrire mélodique, et que la ligne ne soit pas bête et quelconque, cela n'en vaut que mieux ! Ne pas oublier qu'on peut conserver le même accord pendant deux ou trois mesures si le chant s'y prête.

 

Croyez bien, cher ami, à mes meilleurs et affectueux souvenirs 


Ch. Koechlin 



lettre de Koechlin à Désormière


mercredi 11 mai 1921


Cher ami, 


Regrets de ne pas vous trouver. Je vous apportais l'arrangement de mes Paysages. Malheureusement, je n'ai le matériel que d'un petit nombre, mais si vous avez le temps de copier les parties de violon et de flûte de ce que vous voulez jouer, vous pourrez peut-être arriver à monter quelques-unes de ces pièces pour ce concert. Je vous demanderai seulement de ne pas égarer mon manuscrit car je n'en ai pas d'autre. 


Je vous remets donc ci-joint, l'arrangement des douze Paysages et Marines (plus quelques-uns en double à l'état de brouillons).


Je vous rends aussi le morceau d'Enesco. 


A mardi vers 9h 1/2, 10h en hâte, affectueusement. 


Ch. Koechlin 



Paysages et Marines : voir ci-dessous.






lettre de Koechlin à Désormière

Mercredi 18 mai 1921 


Cher ami,


je serai donc chez Melle Vaurabourg vendredi matin, vers 10 heures. Elle habite 3, rue Dulong, si je ne me trompe et non 2 ou 6. J'apporterai les parties des Paysages. Merci de les mettre au programme de ces soirées. 


J'ai fini de voir vos contrepoints. Il y en a qui sont bons, et même quelques-uns très bons ; toutefois je vous engage à écrire encore quelques mélanges (pas en trop grand nombre) de noires et blanches, et de noires en syncope, quand vous en aurez le temps ; que cela ne nous empêche pas de commencer le "4 parties" car il ne faut pas que vous perdiez de temps. Tout cela est musical , avec un bon sens des notes de passage, il faut donc pouvoir passer bientôt à la fugue dès que vous aurez fini le contrepoint à 4 parties et le "Fleuri", les renversables et les 5, 6, 7… parties, c'est du luxe, un luxe que je crois assez inutile. 


A vendredi, avec mes dévoués et affectueux souvenirs 


Ch. Koechlin 




   Désormière dirigera finalement Paysages et marines, op.63bis, le 17 mars 1922 à Paris, salle de l'ancien conservatoire, au concert Marthe Martine (chanteuse). voir page concerts






lettre de Koechlin à Désormière


Dimanche soir 24 juillet (1921)


Cher ami, 


J'ai réalisé le C.D. de Caussade et je vous en envoie une copie.

 

Il Y a dans ma réalisation quelques harmonies un peu imprévues, et quelques libertés (d'ailleurs en général admises dans les C.D.) Vous remarquerez que presque tout est réalisé avec des accords de 7ème + (ou 9ème #) et des 7ème du 2ème degré, et des accords parfaits. En somme dans le style de ces C.D. on peut réaliser (en général) avec des accords et sans recourir à des altérations compliquées. Mais il est bon de s'habituer aux ressources si nombreuses des résolutions exceptionnelles des 7ème de dominante et des 7ème du second degré, et dont vous trouverez plusieurs exemples dans ma réalisation de ce C.D. 


A la 2ème page, n°(6), il y a deux 9ème de dominante (dont la 1ère non résolue) sans préparation, mais  c’est admis dans les C.D. A (5) on peut écrire un fa (au C.) au lieu de la bémol, mais le mouvement est moins bon. 


En relisant votre réalisation je vois que j'ai fait une faute de texte à la 2ème ligne (1ère mesure) de la 2ème page. Tant pis, je laisse ce que j'ai écrit. 


Votre difficulté à réaliser ce C.D. vient d'un certain manque d'imagination harmonique dans le domaine musical ; ces phrases vous semblent ne comporter que des accords non modulants (ce n’est pas une mauvaise tendance, car elle vient d'une certaine simplicité de goût qui pourra avoir des résultats excellents). En réalité on peut souvent, dans ces phrases, moduler sans que cela fasse compliqué, la modulation a pour effet de revenir avec plus de force au ton proposé d'abord (voyez par exemple la 1ère phrase de l'ouverture de Carmen). Etudiez à ce sujet ma réalisation et votre résolution du passage


Voyez aussi les ressources qu'offrent certaines basses chromatiques, les successions de ????????


Je vous renverrai en même temps vos contrepoints, dans lesquels il y a, à côté d'étourderies (octaves, etc.), de fort bonnes choses. 


Croyez bien, cher ami, à mes meilleurs et affectueux souvenirs. 


Ch. Koechlin 





   Georges Caussade était alors professeur d'harmonie au Conservatoire.

 







lettre de Koechlin à Désormière


(août 1921) jeudi


Valmondois


Cher ami, 


Vous me demandez les comptes des dernières leçons : mais je ne me rappelle pas jusqu'à quelle date vous m'avez payé. Je crois bien cependant que vous m'avez réglé le mois de juin, d'ailleurs ceci vous devez vous le rappeler mieux que moi, et qu'il n'y a en juillet que : le 21, chez moi, j'ai examiné les leçons que vous m'aviez envoyées ; le 22, chez vous, nous les avons revues ensemble. Je crois que le 22 je suis resté à peu près une heure et j'ai mis environ 1h 1/2 chez moi, le 21, à corriger vos leçons.


C'est tout ce qu'il y a en juillet.


En juin il y a une leçon le 14 et une autre le 28, chacune de deux heures.


Vous avez bien raison de voyager, d'excursionner, etc. Tout ce qu'on voit, tout ce qu'on lit, ce qu'on ressent, etc. est d'ailleurs aussi utile pour la composition (et davantage encore) que le contrepoint et la fugue.


Affectueusement à vous et à bientôt, sans doute des contrepoints de vous ?


Charles Koechin





lettre de Koechlin à Désormière

(nous ne disposons pas des exemples pour cette lettre)


(Lundi) 5 septembre (1921)


Villers-sur-mer (Calvados) 


Cher ami, 


je reçois votre lettre ici, à Villers, où je vais passer le mois de septembre, et j'espère le commencement d'octobre. J'ai beaucoup à orchestrer et je ne ferai pas grand chose d'autre. Mais j'aurai le temps, au besoin, de corriger votre travail de contrepoint si vous en avez à m'envoyer. Toutefois ne vous pressez pas, d'abord parce qu'il faut consacrer tous vos soins à votre flûte et ne pas vous fatiguer, et ensuite parce que je verrai tout ça plus tranquillement vers la fin de septembre, si vous m'envoyez du travail vers le 18-20 septembre, ce sera très bien. 


Je répond aujourd'hui à vos remarques (très justes d'ailleurs) sur ma réalisation du C.D. de Caussade. 

1°) cette analyse du retard non résolu est parfois conforme à ce que sous-entend l'oreille, cela dépend des phrases. Il est d'usage, dans les traités, de supposer que l'oreille sous-entend une gamme descendante. Exemple 


xxx

 

à la place de


xxx

 

on ne sous-entend pas 


xxx


mais plutôt


xxx


 

Mais cela n'a pas grande importance. Dans le cas présent en effet l'oreille (si elle sous-entend quelque-chose) ne sous-entend guère que :


xxx


(et encore) 


xxx



Mais admettez, si vous préférez, que l'oreille en réalité ne sous-entend rien, et que malgré cela elle reste satisfaite par la résolution irrégulière qui porte mi bémol à la bémol (au lieu de le faire aller à ré bémol). Cela prouve tout simplement que la "loi" qui prétendrait obliger toute dissonance à descendre d'un degré (tout autre mouvement lui restant interdit) n'est pas réellement la loi de la musique, mais une loi de convention, provisoire, destinée aux élèves commençants. 


Cela nous amène à (2) et à la grande question de préparation et de résolution des dissonances (j'avais oublié que, si l'on écrit sonner et consonnance, on s'astreint à supprimer un des deux n dans dissonance !).

 

Dans le traité, on recommande de préparer toutes les dissonances (à l'exception des 7èmes+) et de les résoudre correctement (excepté dans certaines résolutions exceptionnelles). On a, je crois, raison pour habituer l'élève à une 

?????????? 

n’écrive des duretés à tort et à travers :  pour l'habituer au maniement des retards si utiles dans le choral et dans la fugue. Mais, dès les chants donnés de concours, lorsque l'élève est supposé déjà en possession d'un certain métier et d'une certaine sûreté de goût (une "oreille cultivée" ; il y en a d'ailleurs qui ne se cultivent jamais !), alors il devient inutile de l'obliger à respecter cette loi de préparation absolue de la dissonance, laquelle n'est pas une loi de la musique. Elle est d'ailleurs illogique, si on permet les 7èmes+ sans préparation. Car la 7ème du 2ème degré est plus douce (à mon avis) que la 7ème de dominante. Donc je prescris : ou bien de préparer toutes les 7èmes, y compris celles de dominante ; ou bien de se contenter d'une préparation (réelle pour l'oreille, c'est à dire musicale) insuffisante comme durée. Je m'explique. A la mesure : le sol semble, à l’œil, préparé par une croche du contralto. En réalité il est préparé à l'oreille par tous les sol entendus à la mesure précédente, laquelle roule sur l'accord parfait (à l'exception du 2ème temps). Il est donc absolument familier à l'oreille et il est, pour elle, préparé. D'ailleurs on pourrait même, en certains cas heureux, écrire des accords de 7ème du 2ème degré sans aucune préparation : ils déterminent souvent d'excellentes modulations. (Lorsque il s'agit d'un élève expérimenté, ayant fini le traité, etc.) 


Résumé, je suis d'avis d'admettre les 7èmes sans préparation, chaque fois qu'elles seront musicales. C'est pourquoi je réalise mes chants en faisant un emploi très large de la 7ème du 2ème degré (remarquez que l'accord de 7ème diminuée est moins consonant, à tout prendre, que cette 7ème du 2ème degré et surtout que son 2ème renversement ou son 3ème renversement). 


A (2) le la bémol n'est pas préparé, mais le si bémol l'est et pour l'oreille cela revient au même. C'est aussi doux. 


Quant à la résolution, même histoire. Toutefois je reconnais que, dans ces leçons, le plus souvent c'est la résolution correcte qui vaut la mieux. Il est assez rare que cela fasse bien, dans ces chants, de faire monter une dissonance, surtout le fa dans 7ème+ sur sol, ou dans 6ème sur si ; ou dans +4 sur fa (exception faite pour les mouvements chromatiques). Mais par contre il y a dans les accords de 7ème du 2ème degré des échanges excellents (bien que craints au Conservatoire) d'où il résulte que la dissonance monte. 


C'est le cas pour le simple changement de position dans l'accord, avec notes de passage. Je suis d’accord de les permettre lorsque ils sont réalisés musicalement (tout est là !).  


Même chose pour les accords sur la pédale 


Des successions de 6/4 comme ceux-ci ne constituent pas une mauvaise basse car dans les C.D. on a abandonné les préjugés des traités sur la quarte. On ne s'astreint plus à préparer une quarte (ce que d'ailleurs, je crois bien, les anciens ne faisaient pas toujours), par contre on évite les très vilaines 6/4 sur le 2ème degré qu'il y a dans les leçons consonantes de Reber. 


Réalisation assez imprévue en effet, avec le la bémol broderie et le ré bémol de passage, sur le temps où se forme l'accord 7+ sur mi bémol. Mais ce la bémol a pour effet d'adoucir l'enchainement, qui avec sol bécarre noire serait beaucoup moins admissible à mon oreille. (Aux voix ou à l'orgue ce passage serait très doux) Toutefois évitez pour le moment de semblables réalisations avec ces notes de passages sur la formation de l'accord, vous en ferez plutôt dans la fugue et dans le choral avec des accords très simples. En harmonie cela devient plus compliqué. Ici je l'ai fait parce qu'il me fallait cette basse descendante, et que je tenais aux deux 9èmes sur ré bécarre en sol (aux 3ème et 4ème temps). 


Maintenant la question des notes de passages "sous une note réelle ». Il faut absolument admettre pour des passages tels que celui-ci, et les permettre. Les professeurs d’harmonie qui les interdisent sont des ligotteurs qui amènent l’ankylose de la pensée musicale chez les élèves qui ne sont pas assez forts pour faire craquer ces liens funestes. De même avec 


xxx



Evidemment il y a des cas où de pareils mouvements sont mauvais, surtout en valeurs lentes, sous une tierce particulièrement avec sensible. Mais ici c'est sous une dominante, or sous une dominante, sous une tonique, sous une sous-dominante, cela est presque toujours bon (à l'exception des cas de 7ème+, et naturellement ceci serait très maladroit). 


Comme toujours, comme partout, ce qui est d'abord défendu, c'est ce qui est antimusical. L'accord de 2ème sur la dominante si bémol est en réalité une 6/4 avec retard du do mais qui ne se résout pas sur le si bémol.


On a le sentiment très net de la 6/4 et d’un si bémol pédale de dominante. Plus loin le mi bémol n'est pas préparé mais le fa l'est. Toujours ce que nous avons déjà vu. 


Quant au fa, ma réalisation (à cause de ce fa) est assez irrégulière, et on peut la contester ici. Peut-être y avait-il autre chose à trouver : par exemple, changer l’accord dès le 2ème temps, ou encore avoir un autre accord au 1er temps. C'est à voir. 


Enfin ceci, 


xxx


défendu en contrepoint, est je crois toléré dans un C.D. d'harmonie, surtout pour un retard aussi court et sur cet accord qui fait très doux, à cause de mon dessin en syncopes. 


C'est je crois tout ce que vous m’aviez demandé. Donc en résumé admettez les 7èmes (surtout du 2ème degré) avec des préparations "insuffisantes" et ne craigniez pas les échanges 7êmes contre 9èmes (voir mon étude sur les notes de passages) lorsqu’ils sont réalisés musicalement. Car parfois c’est lourd et maladroit. Mais dans ces cas-là vous ne les ferez pas, je suis tranquille. 


Je suis content de vous savoir en voie de guérison complète, vous avez besoin de, reprendre des forces avant l'hiver de Paris,, qui est fatigant pour les musiciens, professeurs et instrumentistes. Je pense être rentré le 15 octobre, j'attends des nouvelles de Pierné relativement aux concerts Colonne. Je vais orchestrer mes Heures Persanes pour l'orchestre de Golschmann, j’espère qu'il pourra m'en jouer quelques-unes. Ces jours-cl j'ai écrit l’orchestre d'un grand choral (pour orgue et grand orchestre) auquel je travaillais depuis quelques années. Il y a 129 pages d'orchestre et beaucoup de ff d’orgue et d'orchestre. Mais ça ne sera pas joué de sitôt. J'espère, par contre, que les concerts Lamoureux accepteront mon 1er choral pour orgue et orchestre, que Nadia Boulanger a travaillé et qu’elle jouerait. 


A bientôt sans doute du contrepoint de vous ? et croyez bien à mes meilleurs et affectueux souvenirs.

 

Ch. Koechlin

 

P.S. Je reverrai le compte des leçons, je vous récrirai à ce sujet, ce n’est pas pressé.




aujourd'hui, on écrit consonance et dissonance avec un seul n.


  Golschmann dirigera du Koechlin en Création au 4ème Concert Golschmann d1er février 1923 au Théâtre des Champs-Elysées : A l'Ombre de la Fontaine (Heures persanes 11) et Caravane (Heures persanes 2). Pour Nadia Boulanger, on ne sait.




lettre de Koechlin à Désormière


14 octobre (1921)


Villers


Cher ami, 


je vais rentrer à Valmondois le 18. J'espère que vous allez tout à fait bien et que vous reprenez votre travail dans les meilleures conditions de santé. Dites-moi si vous continuerez à travailler cet hiver avec moi, je serai à votre disposition à partir du 1er novembre.


Mon fils va passer l'hiver au Hâvre, ayant été reçu à l'école de navigation maritime ; et l'an prochain il commencera sa carrière marine en s'embarquant pour vingt-quatre mois.


A bientôt sans doute et croyez bien à mes meilleures et affectueuses amitiés.


Charles Koechin




lettre de Désormière à Charles Koechlin







lettre de Koechlin à Désormière


   (12 mars 1922) 

   Valmondois


Cher ami,


   Entendu pour mercredi à 2 heures chez Pleyel. Il est tout naturel que vos n'ayez pas le temps de travailler en ce moment, ni de prendre votre leçon le 17 ; rendez-vous donc au vendredi 24 chez Mlle Vaurabourg si cela ne la dérange pas.


   Quant au compte des leçons, il n'y en a pas un grand nombre et je vous redevrai certainement de l'argent en comptant la copie du Sommeil de Canope. 


   En hâte, affectueusement.


Ch. Koechlin


  Mlle Vaurabourg = Andrée Vaurabourg


   le Sommeil de Canope





lettre de Koechlin à Désormière


   (15 mars 1922) lundi soir


Cher ami,


   Entendu pour vendredi et merci pour votre invitation, et merci de la place importante réservée à mes Paysages. Pour les mesures à indiquer, agissez comme vous l'entendez, d'ailleurs nous reverrons cela vendredi.


   Ci-joint quelques sujets de fugue.


   Avec mes meilleures et affectueuses amitiés.


Ch. Koechlin



   mes Paysagesvoir 17 mars 1922 Paris, salle de l'ancien conservatoire concert Marthe Martine (au chant) Désormière chef d'orchestre






lettre de Koechlin à Désormière


   Lundi 20 mars 1922


Cher ami,


   j'ai oublié de vous redemander le nom et l'adresse du ténor dont vous m'aviez parlé et auquel je demanderais peut-être de me chanter le Livre de la jungle si Koussevitzky n'a personne déjà en vue.


   En hâte et à vendredi, affectueusement à vous.


Ch. Koechlin


   P.S : Les n°1 et 3 de la sonate de Hautbois ont été joués trop vite, Mme Bleuset a été très troublée (m'a-t-elle dit) par la pagination défectueuse, à cause de quoi elle a dû s'arrêter et reprendre.



   Mme Bleuset : ? la fille de l'hautboïste Louis Bleuzet ? Peut-être la Sonate pour piano et hautbois fut-elle jouée au concert Marthe Martine.




lettre de Koechlin à Désormière


(Fin avril 1922) 


Cher ami 


Entendu pour demain, ça m’arrange assez parce que je suis fatigué en ce moment, et ça n'a l'air de rien, de donner une leçon de plus ou de moins, mais dans l'ensemble de la journée cela se traduit par plus ou moins de fatigue. 


L'article de A. Grasse est plein de trouvailles et ce critique est en passe de faire la pige à feux Scudo et A. de Lasalle. Toutefois il y a une erreur qu’il aurait pu et dû éviter, c’est celle qu'il a faite pour l'orthographe de mon nom : Koecklin au lieu de Koechlin. On ne peut lui demander plus que d'écrire les noms correctement. Mais cela, on peut le lui demander. 


En hâte, avec tous mes affectueux souvenirs 


Ch. Koechlin 


P.S. quelle est votre nouvelle adresse ?



 A. Grasse ? 


  Scudo = Paul Scudo 


   A. de Lasalle = Albert de Lasalle ?


   



lettre de Koechlin à Désormière


(Mardi 2 mai 1922)  


Cher ami, 


Aurez-vous le temps de me recopier quelques pages d'orchestre c'est-à-dire les n°1 et 3 de la Forêt Païenne ? J'aimerais bien les avoir en double, car Koussevitzky les jouera à Londres probablement, et cela m'ennuie de lui confier cet unique exemplaire. 


Je vous apporterai cet orchestre vendredi et il me le faudrait pour le mardi ou le mercredi suivant. Mais cela ne fait guère que vingt pages d’orchestre, je crois, et peu chargé. Vous me direz. vendredi ce que vous aurez décidé à ce sujet. 


Explication de l'article de Grasse l'interversion au programme, l'affiche portait l’ordre que voici :

1. La Forêt païenne  1. Horace

au concert on a joué

2. Horace Victorieux 2. La Forêt 


Grasse a pris l'un pour l'autre, c’est clair ! et le plus drôle c'est qu'il avait (d'après son dire) entendu déjà Horace qu'il n'a pas reconnu ! 


En hâte, affectueusement 


Ch. Koechlin 


  A vendredi 5 heures, chez Mme Herscher ?


   Koussevitzky  :  le jeudi 20 avril 1922, 1er concert Koussevitzky à l'Opéra, avec le concours de Serge Prokofiev. Koussevitzky dirigea notamment la Suite païenne de Koechlin ce jour-là,. Le reste du programme : Sadko (Rimski-Korsakow), Deuxième symphonie (Borodine), Troisième concerto pour piano (Prokofiev) exécuté par l’auteur, Horace victorieux (A. Honneger) et Pétrouchka (Stravinsky)


    la Forêt païenne


    Horace Victorieux de Honneger 


   Mme Herscher = Jeanne Herscher-Clément


   



lettre de Koechlin à Désormière


Lundi (Mai 1922) 


Cher ami, 


J'avais eu, par une élève, des nouvelles du concert de Jeudi (auquel j'ai eu grand regret de ne pouvoir assister) mais j'ignorais que vous eussiez participé en remplaçant Baudrier. Merci de votre dévouement à ma musique, j’espère que votre santé ne se sera pas ressentie de cette fatigue imprévue, à un moment où il vous aurait fallu du repos ! 


J'attendrai un mot de vous pour retourner le mardi matin chez vous, car vous n'aurez je pense pas de travail pour demain ? Quant aux leçons que je vous ai données, il faudra que j’en fasse le compte. Mais je suis à peu près certain que vous ne me devez rien et que les travaux de copie que vous avez fait pour moi ne sont pas encore oomplêtement payés par ces leçons


En hâle, avec mes dévoués et affectueux souvenirs 


Ch. Koechlin 


Il apparaît donc que Désormière tint la flûte pour le concert Koussevitzky ci-dessus.



   



lettre de Koechlin à Désormière


date ?


Cher ami, 


Jeudi matin. cela vous irait-il ? Vers 10h 1/4 chez. A. Vaurabourg, cela arrangerait tout. Si je ne reçois rien de vous, je considèrerai que cela est entendu ainsi. 


Toutes mes excuses d'avoir encore oublié de vous envoyer des sujets de fugue. Je répare cet oubli à l'instant. Quant au C.S. sur le sujet de Gêdalge, je vais étudier cela aujourd'hui mais je ne pourrai vous l'envoyer que demain, je suis aux prises avec notre déménagement et bien que je ne doive déménager livres et musique que plus tard, j'ai fort à faire à ranger d'autres affaire et à aider. 


A bientôt, avec mes dévouées et affectueuses amitiés, 


Ch. Koechlin 


Pour toute correspondance écrivez toujours à Valmondois jusqu'à nouvel ordre. 




lettre de Charles Koechlin à Désormière


Valmondois, Lundi  


Cher ami, 


Je dois aller vendredi après-midi chez Poulenc. Donc, si vous êtes libre, je vous ferais travailler vendredi matin chez A. Vaurabourg ? Si oui, inutile de répondre. (Ne comptez pas sur moi à déjeuner, je ne serai pas libre ce jour-là) 


En hâte, affectueusement 


Ch. Koechlin 








lettre de Charles Koechlin à Désormière


Jeudi, Valmondois


Cher ami, 


si vous voulez aller à la répétition générale chez Colonne, je pense que je pourrais vous faire entrer sans que vous ayez à payer ; trouvez-vous devant l'entrée de côté, dans l'Avenue Gabriel, entre 9h et 9 1/4. J'y serai, et je verrai ce que je puis faire. 


Je pense que je pourrais voir votre travail mardi vers 4h 1/2 5h. 


A samedi je pense et croyez bien a mes dévouées et affectueuses amitiés 


Ch. Koechlin 


P.S. Bien reçu votre mandat, merci. Je vérifierai sur mes comptes - pas le temps ce soir.






lettre de Charles Koechlin à Désormière


Mercredi 


Cher ami, 


Ayant à aller A Paris, je ne vous convoque pas à Valmondois. je viendrai chez vous Vendredi à 2h, saut avis contraire de votre part. 


En hâte, avec mes dévoués et affectueux souvenirs 


Ch. Koechlin 


P.S. Je suis venu à Paris mardi tout de même, mais l'après-midi seulement, à 2h et je n'aurais pas eu le temps de vous faire travailler dans l'après midi.







lettre de Charles Koechlin à Désormière


Mercredi 


Cher ami, 


Entendu pour vendredi matin. Je préfère aussi cela. Mais je viendrai à 9h ou 9h 1/2 (si ce n'est pas trop tôt, demandez à A. Vaurabourg ?) ou alors je pourrai reprendre le train à midi, dans le cas où je n'aurai rien à faire l'après-midi à Paris (je ne fais travailler Poulenc, en ce moment, qu'une fois par semaine, le mardi matin). 


En hâte, et croyez bien à mes dévoués et affectueux souvenirs. 


Ch. Koechlin 







lettre de Koechlin à Désormière



   Lundi (fin juin 1922) 


Cher ami,


   excusez-moi, j’avais oublié que vous m'aviez déjà prévenu, pour demain mardi, de ne pas venir. Cela m'arrange mieux car j'aurai à sortir ce soir. J'ai fait votre compte depuis mai 1922 (je crois que c’est depuis cette date qu'il commence) et sauf erreur je trouve en tout, 17 heures 1/2 de leçon y compris le temps passé à corriger les envois que vous m'avez adressés. D'autre part je vous dois la copie des parties du Sommeil de Canope et celle des n° 1-2-3 de la Forêt païenne.


   A bientôt avec mes meilleures et affectueuses amitiés 


Ch. Koechlin 


(…)


Il y a 33 pages et 1/2 d'orchestre pour ce que vous m'avez copié de la Forêt païenne (informez-vous de ce que cela vaut, je ne suis guère au courant. Les pages ne sont pas très chargées mais néanmoins sensiblement plus de travail que des page de partie d'orchestre) 


Pour les parties du Sommeil de Canope, je crois que vous aviez compté 210 francs, il y avait dans les 300 pages, je crois, et cela ferait 0,70 la page. Voyons si ce n'est pas trop peu. 


Prévenez moi quand je devrai venir et excusez mon manque de mémoire puisque je ne me souvenais pas que vous m'aviez déjà dit de ne pas venir hier. J’ai eu tant à faire que j'ai confondu ! Mais j'ai reçu votre 2e lettre bien à temps. 


A bientôt, avec mes meilleures et affectueuses amitiés 


Ch. Koechlin 






lettre de Koechlin à Désormière


Valmondois, Jeudi 


Cher ami, 


J'ai bien reçu votre orchestration (ainsi que le mandat de 125 fr. dont je vous remercie). Je vous la rapporterai mardi prochain - cela me semble bien. 


Je resterai à déjeuner, puisque vous me le proposez, et je vais tâcher de m'arranger pour que je ne sois pas forcé de partir dès la dernière bouchée avalé, mais de toute façon il me faudra partir vers 1h 1/2. 


En hâte, avec mes meilleurs et affectueux souvenirs 


Ch. Koechlin 






lettre de Koechlin à Désormière



Jeudi soir 


Cher ami, 


Entendu pour samedi matin, je serai chez vous entre 10h et 10hl/2. Je m'excuse d'accepter encore cette fois-ci votre aimable invitation à déjeuner. J'espère d'ailleurs que dans 15 jours vous serez libre l'après-midi car je préfère évidemment ne pas venir le matin, peut-être y aurait-il moyen de s'arranger pour le mardi vers 5h ou  4h 1/2. Nous en reparlerons. 


En hâte, affectueusement 


Ch. Koeohlin 





lettre de Koechlin à Désormière


 Cher ami, 


Donc à samedi vers 5 heures (je serai chez vous à 5h ou 5h1/4). Je pourrai vous donner deux heures de leçons. Mais je vous demanderai de ne pas rester à dîner car cela me fait rentrer tard et comme j'ai beaucoup à faire ces jours-ci je tâche de gagner un peu de temps - si je reprends mon train de 7h45 ou celui de 8h je puis encore travailler chez moi toute la soirée. Merci de votre invitation et excusez-moi encore de ne pouvoir l'accepter pour cette fois-ci. A samedi et affectueusement 


Ch. Koechlin 






lettre de Koechlin à Désormière


Cher ami,


 je compte être chez vous ce samedi 12 vers 2h, 2h 1/4. Je pense qu'il y a pas d'erreur et c'est bien ce samedi que vous m'attendez. D'ailleurs si même vous n'aviez pas beaucoup de travail à me montrer, j'aurai un temps assez long à consacrer avec vous à l'énoncé, l'explication des règles du contrepoint. Donc je pense à samedi. Inutile de répondre si oui. Si non, écrivez-moi chez Mme J. Herscher-Clément 10 Boulevard de Clichy. 


En hâte, affectueusement. 


Ch. Koechlin 






lettre de Koechlin à Désormière


(Dimanche) 3 septembre 1922


Méry-sur-Oise (Seine et Oise) 


Cher ami, 


Bien reçu votre carte d'Aix (quelle jolie architecture). J'espère que vous voilà avec votre cure à Viohy, tout à fait retapé. Quand rentrez-vous ?

 

J'ai beaucoup à faire ces temps-ci, avec mon installation, avec aussi mon travail sur l'harmonie moderne, et avec en perspective des affaires de famille, discussions sur des comptes, etc. papiers à revoir, toutes choses que je vous souhaite d'éviter. 


A bientôt sans doute et croyez bien à mes affectueux souvenirs et amitiés 


Ch. Koechlin 


P.S. Lundi. Je reçois votre lettre à l'instant. Je vous répondrai d'ici peu pour les sujets de fugue. L'idée de Rabaud est je crois la meilleure, à condition que vous puissiez travailler la fugue avec d'autres que les professeurs de compositions. Entrez plutôt chez Widor, on y est plus libre. 







lettre de Koechlin à Désormière


(samedi) 16 septembre 1922


Méry

 

Cher ami, 


Bien reçu votre envoi. Je l'ai examiné avec soin, et vous le retournerai d'ici peu. Il y a quelques critiques à faire à vos expositions, mais celles-ci contiennent cependant de réelles qualités de musique et d'écriture. J'y voudrais si possible un peu plus de simplicité harmonique, et aussi peu de liberté que possible en fait d'écriture (pas de préparations ni de résolutions par échanges, pas de note de passage aux 1er temps à moins que l'harmonie du sujet ne l'exige).


Pour le contrepoint de l'espèce dite fleurie, il y a comme chez les élèves, des erreurs en ce qui concerne la syncope. 


Pour moi, j'augmente la difficulté en certains cas, par une règle que je vous indiquerai. Mais pour le moment bornez-vous aux règles en usage au Conservatoire. Vous pouvez écrire des croches (variante d’une noire se trouvant après une blanche pointée) mais n'en employez qu'avec beaucoup de discrétion. 


Evitez surtout la sécheresse scolastique, et les accords vagues. 


Votre sujet de fugue est assez difficile à traiter simplement ! J'en ai réalisé une exposition dont le seul mérite, peut-être, est un contre-sujet de physionomie bien accusée, et d'où il serait aisé de tirer des motifs de "divertissement".


Ma femme est accouchée d'un fils, tout s'est bien passé. Nous vous envoyons nos meilleurs souvenirs et j'y joins mes affectueuses amitiés 


Ch. Koechlin 



Koechiln annonce la naissance de son 5ème et dernier enfant, Yves.






lettre de Koechlin à Désormière


(Mercredi) 20 septembre (1922)


Cher ami, 


Ci-joint je vous envoie quelques sujets de fugue. 


Pour les thèmes de divertissements, on peut en écrire de non-renversables en s'arrangeant de façon à n'être pas obligé de renverser. L'essentiel c’est de moduler clairement. Si on module, car on n'est pas toujours forcé de moduler constamment dans un divertissement, on peut taire les réponses à la tierce, ou à la quarte, etc. De toute façon, étudiez le traité de Gédalge à ce sujet. Un divertissement peut se terminer par une sorte de Strette des thèmes d'iceluy ou bien on peut faire une sorte de cadence. Le sujet peut rentrer au moment le plus chaleureux du divertissement, ou bien seulement à la fin de la cadence.


Etudiez les divertissements de Bach. Et traitez le tout avec la plus grande simplicité possible quant à l'harmonie. 


Il n’y a en général que 3 parties qui marchent en même temps, à cause des silences qui doivent précéder les entrées. Toutefois, évitez de faire taire une partie quand une autre entre. Il faut que cela chevauche un peu si possible.


En hâte, avec mes meilleures et affectueuses amitiés


Ch. Koechlin 





lettre de Koechlin à Désormière


Mercredi 27 septembre 1922


Méry. 


Cher ami, 


les imitations en canon ne sont pas inutiles à travailler ; toutefois comme vous avez déjà pas mal d'acquis, et que voue aurez maintes occasions de voue perfectionner dans ce genre par la pratique même des divertissements, je pense que vous n'aurez pas besoin d'en faire beaucoup. En contrepoint vous pourriez réaliser quelques 5 et 6 parties, note contre note d'abord, fleuri ensuite, bien que ce ne soit pas nécessaire, mais je pense qu'il vaut mieux en avoir fait. 


   J'ai écrit 4 expositions différentes (c’est à dire avec chaque fois un autre C.S.) sur le sujet de Gédalge et j'ai réalisé une 5e exposition, avec votre C.S.en commençant le C.S. (à 2 parties de distance) dès la 1ère entrée, c'est une disposition qu'on adoptait souvent autrefois dans les fugues d'école, elle n'est pas la meilleure, car cela complique, et l'exposition est toujours moins claire ; mais pour certain sujet très vides de notes, cela peut être utile. 


Je compte aller à Villers du 29 septembre au 4 octobre, vous ne recevrez donc de correction de votre travail que peut-être un peu plus tard. 


Croyez bien, cher ami, à mes meilleures et affectueuses amitiés  


Ch. Koechlin 





lettre de Koechlin à Désormière

Lundi octobre 1922 


Cher ami, 


c'est bien dommage que vous ne soyez pas libre demain matin, car je n'ai pas une minute dans l'après-midi, ayant déjà combiné tout ce que j'ai à faire et ne pouvant à présent y apporter de changements Je ne puis, d'autre part venir à Paris mercredi ni jeudi, et vendredi matin vous serez pris sans doute. Vendredi après-midi j'ai des leçons à partir de 2h 1/2, je puis toutefois arriver chez vous vendredi vers 1h 1/4 et en repartir à 2 heures, cela vous fera toujours trois quarts d'heure. Si je ne reçois pas de réponse de vous, je jugerai que c'est entendu ainsi. Je vous apporterai une ou deux fugues de moi, faites au Conservatoire. C'est assez naïf peut-être comme musique, mais la composition des divertissements est claire et pourra vous servir. 


En Hâte, avec mes meilleures et affectueuses amitiés 


Ch. Koechlin 


merci de votre aimable invitation à déjeuner, j'en profiterai certainement une fois ou l'autre. Je serais venu demain soir vous faire travailler, si je n'avais pas toute ma journée prise depuis le train de 7h 20, le matin, et je suis assez fatigué en ce moment, il faut que je me ménage en vue de l'hiver à venir. 






lettre de Koechlin à Désormière

Vendredi 6 octobre 1922


Cher ami, 


Continuez le contrepoint par 6 parties n. contre N. et du fleuri à 5 parties. N'insistez pas trop sur les imitations. J'ai bien reçu votre dernier envoi et le verrai en détail. Je viens de rentrer de Villers et j'ai des lettres en retard à écrire. D'ici peu je vous récrirai. 


En hâte, avec mes affectueuses amitiés 


Ch. Koechlin 







lettre de Koechlin à Désormière

(Lundi) 9 octobre (1922) 


Méry 


Cher ami, 


J'ai bien reçu votre nouvel envoi (imitations par mouvements contraires, rétrogrades, etc…), je le verrai ces jours-ci. Vous n'avez pas besoin d'en faire davantage. Autrefois on les travaillait beaucoup ; mais scolastiquement, et cela en définitive n'était guère utile. 


J'ai mis assez longtemps (3 heures) à voir en détail votre travail précédent (fleuri à 4 parties ; 5 parties ; expositions de fugues) et à vous écrire mes observations. Je joins tout cela à cette lettre-ci, et je garde le nouvel envoi pour l'examiner à loisir ces jours-ci. J'aurai tort peu de temps, d'ailleurs. Un dernier déménagement de livres, mercredi, paniers à faire demain mardi, des courses à faire à Paris jeudi et vendredi. 


Je n'ai pas suivi en détail les programmes de Koussévittsky, n'ayant fait que passer rapidement à Paris. J'ai vu qu’il ne joue pas la Forêt palenne, ce à quoi je m'attendais, d'ailleurs, malgré ce qu'il m'avait dit. Je ne sais si j'irai à ses concerts, cela dépendra de l’intérêt de ses programmes. 


Ch. Koechlin 





lettre de Koechlin à Désormière

(fin octobre 1922)


Cher am!, 


Bien reçu votre lettre, j'attends une réponse à celle que je vous ai écrite hier et qui s'est croisée avec la vôtre. J'espère que mardi chez vous ? à 4h 1/4 vous conviendra pour la semaine qui vient ; car ensuite le vendredi matin pourrait aller (chez A. Vaurabourg si vous n'avez pas de piano chez vous).


Le P.S. à ma lettre que je voulais écrire au verso n'avait sans doute pas d'importance, car je ne me souviens pas de ce que je voulais y dire. Excusez moi seulement de mon étourderie. Je suis très bousculé en ce moment, car tout n'est pas encore rangé ici, et j'ai mille lettres à écrire. A bientôt, avec mes dévouées et attectueuses amitiés  


Ch. Koechlin 




lettre de Koechlin à Désormière



mercredi soir (14 novembre 1922)


Cher ami, 


j'ai lu vos chorals et les ai revus au piano. Fort bien écrits, et avec plus de simplicité (dans le bon sens) que ceux que vous écriviez l'an dernier. Je vous indiquerai quelques variantes auxquelles j’ai pensé. 


A mardi, avec mes meilleures et affectueuses amitiés. 


Ch. Koechlin 





 lettre de Koechlin à Désormière


??? 


Comme j'aurai à aller (…, je ne pourrai) profiter ce jour-là de votre invitation à déjeuner, si toutefois vous ne rentrez pas trop tard de votre répétition d'orchestre. Cela ne nous gagnerait pas beaucoup de temps pour la leçon proprement dite, mais pendant le déjeuner même nous pourrions causer de diverses questions relatives à vos études. Je serai donc chez vous entre midi 1/4 et midi 1/2, ne vous tracassez pas si par hasard votre répétition finissant tard, vous ne pouviez pas être là avant midi 1/2. 


En hâte, avec tous mes affectueux et dévoués souvenirs. 


Ch. Koechlin 


P.S. Vous verrez chez Widor, un jeune américain, bien doué, qui travaille avec moi pour la composition, et avec Gédalge pour l'harmonie et le contrepoint. 




lettre de Koechlin à Désormière


Lundi 19 novembre 1922, à Roger Désormière 


Cher ami, 


En effet, je pense qu'il est préférable que vous soyez au Conservatoire en ce jour solennel. Je ne pourrai malheureusement venir déjeuner chez vous, j'ai une leçon jusqu’à presque midi, et j'en ai une autre à 1h 1/4 et suis pris tout l'après-midi jusqu'à 6 heures 


Donc au mardi suivant à 9h 1/4.


Bon travail sous la double égide Widor-Faucher, et avec mes dévouées et affectueuses amitiés.


Ch. Koechlin 





lettre de Désormière à Charles Koechlin

Jeudi 22 novembre 1922 


Mon bien cher maître, 


J'ai bien eu votre gentil petit mot, ce matin. 


Depuis mardi je vis heureux. J'ai l'impression de sortie de prison. 


Je n'aurais jamais eu le courage de renoncer au Prix de Rome, de moi-même, mais puisque le Conservatoire ne veut pas de moi, je n'y peux rien et je suis tout heureux. 


Je n'ai plus de but dans ma vie, et je me sens vivre, j'ai l'impression de devenir "amateur" après avoir été professionnel. Je puis enfin penser musique musicalement. 


Je vous le jure, je sortais malade des classes Widor, et que je me voyais condamné à écrire la fugue style Fauchet (vous verrez mardi un joli exemple de ce style), je me sentais mourir. 


Voici comment les choses se sont passées. 


Quand je suis allé voir Rabaud, à la rentrée, il m'a dit qu'il tenait beaucoup à ce que j'entre au Conservatoire. Je lui demandais alors s'il y avait un examen et en quoi il consistait. Il me répondit qu'il y avait un examen pour la forme servant de prétexte au renvoi des élèves indésirables, mais qu'il était inutile que je prépare quelque chose spécialement pour cet examen. Aussi je fus tout étonné quand jeudi dernier, à la classe, Fauchet m'a demandé le titre de ce que je désirais présenter à l'examen. N'ayant pas autre chose je décidais de présenter mes 3 pièces d'orchestre pensant que le jury se bornerait à les lire. Ce fut donc une autre surprise quand mardi matin, en arrivant à l'examen, Fauchet m'apprit qu'il fallait jouer les réductions à 4 mains. Je demandais à Guillou et à un autre élève de la classe de bien vouloir les jouer ; sur leur acceptation nous fûmes répéter. Ils se tirèrent pas trop mal de Montluçon mais se refusèrent à en répéter davantage, disant que c'était bien suffisant, qu'ils ne joueraient que cela. 


Mon tour arrive. Je vais porter mes manuscrits à Rabaud qui me reçoit très gentiment, sourire, poignée de mains, etc… j'aperçois dans le jury Widor, d’Indy, Pierné, Georges Hüe, Emmanuel. Et un autre jeune tout rasé que je ne connais pas. L’exécution commence, première partie de Montluçon, ça va encore. Mais dès que commence la seconde partie, violente et par endroit polytonale, (il est d'ailleurs vrai qu'au piano toute cette fin est dure, mais je ne crois pas que ces duretés soient laides), je vois tous les visages se figer, puis se regarder avec étonnement, j'étais fort gêné, j'avais tout à fait l'impression de ne pas être chez moi, et j'avais bien envie de m'en aller, j'avais vraiment trop l'air de troubler la petite fête de ces messieurs. Mais Rabaud, espérant que j'allais me "racheter", me demanda de faire jouer "Versailles". Mes malheureux (c’est bien le cas de le dire ils avaient honte de jouer cette musique et ne savaient comment se cacher derrière le piano, tandis que nous répétions, l'un d'eux m'avait dit c'est dommage qu'il y ait ces harmonies, le thème est bien) pianistes ne l'avaient pas répété, ils attaquèrent cependant avec courage, jouant allegro les adagio et adagio les allegro, faisant beaucoup de fausses notes et ne jouant presque jamais ensemble. Ce fut une salade inouïe. Cette pièce est assez longue, ils n’osèrent pas arrêter (ils, les membres du jury) mais se mirent à causer et par conséquent à ne plus rien entendre à partir du 2eme tiers. Quand je vins à la table directoriale pour reprendre mes manuscrits, Widor détourna la tête (le pauvre, à la classe je ne lui avais jamais rien montré de semblable) pour ne pas me voir. Rabaud non plus ne me regarda pas et l’on n'osait pas me rendre ma musique, sa main ne pouvait avancer et la musique mit plusieurs secondes à faire le trajet (d'un mètre environ) de sa main à la mienne. Je m’en fus me cacher, pour ne pas rencontrer à la sortie Fauchet et Widor, bien persuadé que j'étais "vidé". En effet un camarade (bon musicien celui-ci d'ailleurs, Roubeaud (classe Caussade et Widor) vint m'annoncer que ces messieurs avaient décidé de ne pas m'admettre élève au Conservatoire. Ce que je ne puis vous décrire c'est la tête de ces messieurs du jury pendant l’exécution. 


Une seule chose m'ennuie. c'est que Pierné était du jury et voici pourquoi. Il y a une dizaine de jours Blanquart qui vient souvent me voir pour me demander de le remplacer chez Touche, me dit : nous sommes en retard chez Colonne pour nos 3 heures de musique en 1ère audition, vous devriez présenter quelque chose. Je lui donnais ma suite d'orchestre, sans la moindre illusion, en lui disant que j'irais quelques jours après la reprendre chez sa concierge ; quand j'y fus, nulle lettre n'accompagnait ma musique et je compris qu'elle n'avait pas intéressé Pierné. Je n'ai pas revu Blanquart depuis. Et je pense que Pierné me croit un petit bonhomme prétentieux et persuadé qu'il a bouleversé la musique parce qu’il a aligné 3 fausses notes qu'il croit être des chefs d’œuvres. Et cette pensée me fait rougir de honte. Je vais écrire à Pierné pour lui dire qu'il se trompe s'il croit ça. Après mon âme sera en repos. Je n'ai pas le temps de relire ce fatras. Excusez moi si c'est très mal écrit et peu compréhensible. A mardi ; pour le cas où vous seriez obligé de changer l'heure, je vous dis que mardi matin j'ai un rendez-vous à 11 heures 1/2.


Recevez, mon bien cher maître, l'assurance de mes plus dévoués et affectueux sentiments.


Roger Désormière 



Cette lettre est assez désopilante dans le "drame".


Fauchet = Paul Fauchet


Rabaud = Henri Rabaud


Guillou ?


d’Indy = Vincent d’Indy


Pierné = Gabriel Pierné


Georges Hüe


Emmanuel = Maurice Emmanuel


Blanquart = Gaston Blanquart


chez Touche : Firmin Touche, voir Jean-Claude Touche


chez Colonne





lettre de Koechlin à Désormière


(23 novembre 1922) 


(en voyage de Méry à Paris) mercredi (21) 


Cher ami, 


J'ai reçu hier votre télégramme. Je suis stupéfait de votre "échec" au Conservatoire. Mais vous avez raison de le considérer comme une chose bienfaisante. Je ne vous voyais pas dans le rôle de concurrent au prix de Rome. 


Je voudrais bien avoir quelques détails sur cette audition ? 


Mon élève, Steinert (l’américain) qui est d'ailleurs un excellent musicien, avait renoncé de lui-même à continuer d'aller chez Widor, il s'y sentait paralysé. 


A mardi prochain et bien affectueusement 


Ch. Koechlin 


Steinert = Alexander Steinert




lettre de Koechlin à Désormière


(Lundi) 1er janvier (1923) 


Cher ami, 


alors, je pourrai venir le mardi 9vers 9h 1/4, 9h 1/2. Pas très commode un autre jour, et si cela ne vous fait rien d'attendre jusqu'au 9 pour cette leçon je le préfèrerais. 


Savez-vous par hasard l'heure de la répétition du concert Wiéner (Poulenc-Satie) du 4 janvier ? N'est-ce pas l’après midi à 2 heures ? 


En hâte, bien affectueusement, avec nos meilleurs et dévoués souvenirs et nos vœux 


Ch. Koechlin 


concert Wiéner (Poulenc-Satie) du 4 janvier : Le Figaro du 2 janvier 1923 : Après-demain, 4 janvier, aura lieu, en soirée, au Théâtre des Champs-Elysées, le quatrième concert Jean Wiener, consacré à Erik Satie et à Poulenc. Orchestre sous la direction d'André Caplet.









lettre de Koechlin à Désormière




Samedi matin (20 janvier 1923)


Cher ami, 


Il me faudra sortir lundi soir et je ne suis même pas absolument certain de pouvoir prendre le train de 11h 1/4. Si je me sens trop fatigué mardi matin, je ne viendrais pas chez vous. Mais j'espère pouvoir le faire quand même. Cependant ma journée de mardi est très chargée et je crains un peu la fatigue en ce moment, ayant à faire de plusieurs côtés…


J'ai vu mon fils hier au Hâvre, retour d'Anvers et de Hambourg. Il part ce mati!n, à peu près en cet instant pour le Brésil. J'espère que ce beau voyage se passera bien pour lui. 


En hâte, avec mes alfectueux et dévoués souvenirs 


Ch. Koechlin 




lettre de Koechlin à Désormière


Début avril 1923


Cher ami,


M. Jacob m'écrit que la Séance consacrée à quelques-unes de mes œuvres au Théâtre des Champs-Elysées, aura lieu samedi 19 mai vers 15 heures. Je crois qu'il vous a demandé d'y jouer ma sonate de flûte avec Mme Herscher, je vous renouvelle cette demande. M. Jacob, qui a le sens des précisions (et on ne peut pas lui reprocher, car iI faut éviter les malentendus), me rappelle que le concours des interprètes serait tout à fait à l’œil, je ne comprends pas très bien pourquoi mais je vous fais part de cette décision… Cela m'ennuie un peu car vous voudrez venir tout de même, tel que je vous connais…


Si toutefois vous prévoyez le moindre empêchement, dites-le moi sans vous gêner. 


Ecrivez-moi quand je dois venir vous faire travailler. Je puis le 10 ou le 17 à 9h 1/2 du matin. 


En hâte, avec mes dévouées et affectueuses amitiés 


Ch. Koechlin 


 

Allez voir aussi Bruges si vous le pouvez, c’est une ville inoubliable.



Il y a confusion dans cette lettre entre le concert Straram et le Concert de l'Association Chimère. Voir les notes de la lettre ci-dessous









lettre de Koechlin à Désormière


Jeudi 12 avril 1923

Méry-sur-Oise


Cher ami,


Je suis désolé de vous savoir si mal en point et si découragé, j'espère bien que d'ici quelque temps vous reprendrez le dessus. Vous êtes trop difficile pour vous-même, sans doute ; le malheur est qu'on ne peut changer en un instant cet état de choses. Cependant on peut, dans une certaine mesure, se raisonner, et il faut ne pas craindre d'écrire des choses que l'on croit peu importante, car quelques fois ces choses-là sont mieux réussies qu'on ne le croit, et quand on les revoit un an après, on est tout étonné d'y trouver davantage que ce qu'on pensait y avoir mis de soi-même. Il y a plusieurs de mes Paysages et Marines auxquels, lorsque je les ai faits, je n'ai attaché que bien peu d'importance, et c'est en les revoyant ensuite que j'ai trouvé que cela pouvait être édité, et que cela contenait plus que je n'avais cru tout d'abord. 


Je réponds en hâte au reste de votre lettre, étant assez pressé. Entendu pour la sonate de flûte, c'est à dire que j'avertirai M. Jacob et Mme Herscher, et je comprends vos scrupules (bien que je suis sûr que cela marchera bien), je m'excuse même d'avoir écrit de la musique avec laquelle mes interprètes risquent d'avoir le trac, j’y ai déjà pensé à propos de la partie de piano de la sonate d'alto, par exemple. Mais je n'ai pas pu l'écrire moins difficile.


Voulez-vous la Sonate à 2 flûtes et trouveriez vous un confrère consentant à venir dans les mêmes conditions que celles proposées par M. Jaoob (c’est-à-dire à l’œil) ? Je pense que oui, d'après ce que vous m'écrivez (c'est pour le 19 mai, à 3 heures de l'après-midi). 


Je ne vous ai pas vu hier dans l'orchestre de Straram, à la répétition des Bois. Y serez-vous vendredi ? Ces trois pièces sont naturellement en première audition, je ne comprends pas qu’on n'ait pas spécifié cela sur l'affiche, car Straram sait que c'est une première audition. 


Croyez bien, cher ami, à mes meilleures et affectueuses amitiés 


Ch. Koechlin 


P.S. Entendu pour le compte, il n'y a pas d'erreur. Au sujet de ce compte, je crois voir que vous me réglez les leçons à 20 francs par heure ; oe qui est mon prix habituel en ce moment, mais les années précédentes je ne vous avais fait payer que 10 francs ? Cela m'ennuie un peu d'accepter le même prix de chacun de mes élèves et il est probable que je me déciderai à augmenter notablement mon prix habituel, mais je ne demanderai cette augmentation qu’à ceux dont le revenu me semblera de nature à le pouvoir subir sans difficulté. 


Sans doute vous sentez-vous plus à votre aise vis à vis de moi en me réglant ainsi mes leçons au même taux que mes autres élèves, mais il est bien entendu que si j'augmente mes prix d'ici quelque temps, je vous conserverai le prix actuel de 20 francs par heure. 



 La Sonate pour 2 flûtes de Koechlin sera finalement jouée par Désormière et René Le Roy le 19  mai 1923 au Cercle international des étudiants, 173, blvd St-Germain, au Concert de l'Association Chimère (Maxime Jacob et Jeanne Herscher-Clément).


  Cette lettre nous apprend que Désormière tint la flûte pour Straram en 1923.




   Straram donna bien trois morceaux des Heures persanes op. 65 (d'après Vers Ispahan de Pierre Loti) en concert, les n°8, 9 et 12.

   Le Figaro du 16 avril 1923

   LES CONCERTS WALTHER STRARAM. Le programme du deuxième concert de musique moderne internationale, qui aura lieu demain mardi 17 avril, à 9 heures du soir, au Théâtre des Champs-Elysées, sous la direction de M. Walther Straram, est ainsi composé : 

   Rimsky-Korsakoff la Grande Pâque russe 

   Charles Koechlin les Heures persanes, Clair de lune sur les terrasses, Aubade, Arabesques 

   Franeesco Malipiero Ditirambo tragico 

   Paul Ducas (Dukas) l'Apprenti sorcier 

   Louis Aubert Habanera 

   Claude Debussy la Mer




1 lettre de Koechlin à Poulenc



23-13 CHARLES KOECHLIN À FRANCIS POULENC 

Méry-sur-Oise (S & 0) 

Lundi 21 mai [1923] 

Cher ami, 


J'ai appris avec regret que vous aviez été assez sérieusement souffrant pendant votre séjour en Touraine et que vous alliez sans doute partir pour Vichy. Vous avez raison de vous soigner sérieusement, car, comme on dit : « la santé avant tout » J'ai regretté que vous ne fussiez pas présent aux séances organisées par Maxime Jacob ; vos œuvres ont obtenu un vif succès, notamment la Sonate à 4 mains, que je ne connaissais pas, et qui est si musicale. Le Roy et Désormière ont joué admirablement ma Sonate pour 2 flûtes. G. Auric nous a initiés à l'état d'esprit des jeunes musiciens vers 1913-1914, non sans avoir envoyé quelques coups de patte à Vuillermoz, - et le présentant au public comme un « musicien mort jeune, à qui a survécu l'homme d'esprit ». Tout de même, Vuillermoz a su parler de Fauré comme pas un ne l'a fait ! Je sais bien que Milhaud, Auric, Poulenc d'une part et Vuillermoz de l'autre, sont présentement des adversaires, mais ne se réconcilieront-ils pas quelque jour ? Et, de toute façon, n'est-il pas, en définitive, préférable de rendre justice à ses adversaires ? La conférence d'Auric était d'ailleurs très intéressante, mais à de certains égards, elle m'a semblé incomplète (comme celle de Milhaud) - je vous en reparlerai, c'est trop long à écrire. 


Je serai absent du 15 juin au 5 juillet environ ; ensuite je resterai à Méry, je pense, tout le mois de juillet, jusque vers le 10 août. Vous verrai-je alors ? 


A ce sujet, je dois vous prévenir que je suis décidé à majorer un peu le prix de mes leçons, que j'avais maintenu jusqu'ici à 20 francs. Je demanderai dorénavant 30 francs par heure (excepté pour les élèves qui viendraient travailler à Méry). Je me hâte de vous en avertir afin qu'il n'y ait pas de malentendu à ce sujet entre nous. 


J'ai terminé ma longue Etude sur l'harmonie de 1870 à nos jours, gros travail ! Il y a près de 1.000 exemples. J'en ai encore quelques-uns à recopier, notamment j'en voudrais extraire de vos Promenades : sont elles éditées et pouvez-vous me les faire envoyer ? 


On m'a dit que Rubinstein les a merveilleusement jouées et j'ai bien regretté de n'avoir pu aller l'entendre ce soir-là. 


Envoyez-moi de vos nouvelles et croyez bien, cher ami, à mes dévoués el affectueux souvenirs. 

Ch. Koechlin 




Poulenc séjournait Hôtel Albert 1er et Notre-Dame à Vichy en mai 1923.


Koechlin fait allusion au concert organisé par l'association Chimère au Cercle temational des étudiants 143 boulevard Saint-Germain le 19 mai 1923, précédé d'une introduction d'André Lhote sur « Le cubisme et la tradition musicale ». Le programme comprenait notamment les Mouvements perpétuels (Lola Schlepianoff) et la Sonate à qualre mains (Lola Schlepianoff et J. !bels) de Poulenc et la Sonate pour deux flûtes de Koechlin (Le Roy et Désormière). 


Roger Désonnière dirigea de nombreuses œuvres de Poulenc en première audition : le Concerto pour orgue avec Maurice Duruflé (1939), Les Animaux modèles (1942) et la Sinjonietta (1948). 


Koechlin habita à Méry-sur-Oise de 1922 à 1925. 


Koechlin écrivit deux articles pour l'Encyclopédie de la musique, dirigée par Lavignac et La Laurencie. Paris, Delagrave, 1925 : « Les tendances de la musique moderne française» (p. 56-145) et « Évolution de l'harmonie. Période contemporaine depuis Bizet et César Franck jusqu'à nos jours» (p. 691.760). Ces études sont abondamment illustrées d’exemples musicaux, parmi lesquels plusieurs sont tirés des Impromptus de Poulenc. 


Au cours de son récital parisien du 7 mai 1923 au Théâtre des Charnps-Elysées, Arthur Rubinstein avait joué les Mouvements perpétuels et donné la première audition française des Promenades. 





lettre de Koechlin à Désormière

Mercredi soir (juin ou juillet 1923)  


Cher ami, 


Je reçois votre lettre, qui se croise avec celle que je viens de vous écrire. Impossible à mon grand regret d'aller déjeuner chez vous samedi car 

1°) je suis déjà invité ailleurs 

2°) il faut que je vois Pierné vers 1h 3/4 ou 2h 


Je viendrai chez vous aussitôt après. Si vous ne pouvez, à cause du concert Pasdeloup, prendre qu'une heure de leçon, tant pis, cela simplement complètera la leçon trop courte que je vous ai donnée l'autre samedi. D'autre part je pourrais peut-être aller aussi à ce concert et compléter votre leçon ensuite. Nous en reparlerons samedi.


En hâte, affectueusement 


Ch. Koechlin 


P.S. Je reçois une lettre de Me Robert-Schmitz me disant que le directeur du Conservatoire de Cincinnati a besoin d'un professeur de solfège pour le saison prochaine (1er septembre 1923-1er juin 1924.) Connaitriez-vous quelqu'un (homme ou femme ?) Il faudrait savoir moyennement l'anglais, je suppose. Traitement offert 3.000 dollars pour la saison complète, mais par des leçons particulières ou par l’enseignement d’un instrument (piano, ou orgue, etc.) on peut augmenter notablement ce traitement. Dépenses : 450 dollars aller et retour de Paris à Cincinnati (par paquebots moyens comme Le Rochambeau) 30 dollars par mois pour une bonne chambre et 30 dollars par mois pour la nourriture à l'école de musique. Vous voyez qu'on mettrait facilement 1.500 dollars de côté, si le dollar (comme il est probable) monte à 20 fr. cela ferait 30.000 fr. 


Il faudrait être arrivé là-bas fin août et répondre par câble vers le 1er août au plus tard : télégramme à adresser COBERTROC New-York. Mme Herscher vous donnerait d'ailleurs tous les renseignements, si  elle ne se décide pas à y aller (il n’est pas très probable qu’elle y aille parce qu'elle voudrait ne pas séjourner plus de 2 ou 3 mois là-bas) Vous-même, y iriez-vous ? ou bien verriez vous quelqu'un ? A tout hasard je vous écris. En hâte, et avec mes affectueux et dévoués souvenirs 


Ch. Koechlin 



30.000 francs 1923 équivalent à peu près à 30.000 euros 2014.

Robert-Schmitz ? Sûrement Elie Robert Schmitz

Mme Herscher ? Sûrement Jeanne Herscher-Clément, que l'on voit jouer du piano aux côtés d'Yvonne Giraud (Casa-Fuerte, violon) et Désormière (flûte) pour la création de Paysages et Marines de Koechlin le 11 mars 1917, Galerie Levesque à Paris, lors de la 2ème séance Art et liberté.




lettre de Koechlin à Désormière

(Dimanche) 24 juin (1923) 


(En wagon de St. Raphaël A Marseille)


Cher ami, 


J'ai retrouvé mon fils à Marseille. Lundi, il a bien reçu les lettres en question. Merci encore de votre obligeance. Il tâchera, s'il en a le temps, d'aller voir les ruines d'Angkor. Pour moi, je me contente du soleil sur les pins et sur la mer Méditerranée, c'est d’ailleurs toujours fort beau. 


Croyez bien, cher ami, à tous mes affectueux souvenirs 


Ch. Koechlin 


P.S. Il y avait dans vos œuvres entendues, samedi dernier, d'intéressante et charmante musique. Faites-en d'autres, avec confiance. 






lettre de Désormière à Koechlin

Jeudi 5 (juillet 1923)


Merci bien mon cher maître de votre gentil petit mot. J'ai été content d'apprendre que les lettres étaient arrivées à temps et que les quatrains vous avaient plu. Je les ai écrits très sincèrement, sans rien fabriquer sauf le dernier « lumière dans la nuit » que je n'aime pas, et je suis bien heureux de constater (par votre opinion) que la musique que je sens n'est pas trop fade, ce que je craignais. Personne n'a compris ma Mazurka et pourtant on ne m’a pas convaincu tout à fait de mon erreur. 


Je vais partir en vacances dans huit jours. J’espère avoir le temps de travailler. Je voudrais bien écrire quelques fugues, pourrais-je vous les envoyer ? Vos occupations ne vous empêcheront pas de les corriger ?

 

Croyez-moi votre bien affectueusement dévoué, 


Roger Désormière



En juin 1923, l'Ecole d'Arcueil avait donné un concert au Collège de France avec Jane Bathori au chant, où Désormière proposait les Quatrains (de Francis Jammes) et les Souvenirs du bal bleu.





lettre de Koechlin à Désormière

(Samedi) 14 juillet (1923)


Méry-sur-Oise


Cher ami, 


Vous pourrez m'envoyer de la fugue à partir du 16 juillet, à Villers-sur-mer Calvados. Je compte y arriver à cette date et y rester toute la saison. J'ai hâte de travailler, pour moi, à de la composition et de me convaincre que je ne suis pas trop rouillé, depuis le temps que je n'ai pas eu le loisir de m'y livrer,

 

Ne vous inquiétez pas pour la Mazurka, si elle n'est pas comprise. Je ne puis d'ailleurs vous donner mon impression définitive après une seule audition mais l'incompréhension de la majorité est en  général bon signe. Pourtant le criterium n'est pas absolu. 


Bon travail et bonnes vacances, et affectueusement


Ch. Koechlin





1 lettre de Sauguet à Koechlin
 

Paris, 11 rue d’Orsel, 25 juillet 1923 


Mon bien cher maître, 


Je vous supplie d'excuser le très long retard que j'ai apporté à la réponse de vos deux lettres, si bonnes, et qui me causèrent chacune un bien vif plaisir. La première, venant quelques jours après le concert de la Chimère m'a donné une grande joie et je vous prie d'accepter mes profonds remerciements pour les encouragements si précieux que vous voulez bien me prodiguer et auxquels j'avoue être fort sensible, surtout venant de votre part. 


J'aimerais beaucoup vous soumettre quelques travaux d' « orchestre » que je suis en train d'effectuer, en marge de mes études harmoniques, que je désire reprendre bientôt le plus sérieusement du monde. Je fais cela en vue d'une exécution d'œuvres d'orchestre qui a été demandée à mes camarades et à moi par Mr Rolf de Maré, pour octobre. Comme je n'ai jamais touché à cette délicate branche de la musique, je suis fort inexpérimenté. Désormière, avant de partir en vacances, m'a donné quelques tuyaux. Milhaud aussi, et je lis le livre sur « La Technique de l'Orchestre» de Widor. Mais je suis certain que vos avis me sont indispensables. Je vous serais donc très reconnaissant, mon cher maître, de me dire si je puis vous envoyer ce que j'ai fait dans ce sens. 


J'espère aussi bien vivement pouvoir ce prochain hiver, travailler mon art et mon métier plus assidûment que l'hiver passé. Peut-être entrerai-je chez Pleyel, où j'ai posé ma candidature, avec l'appui de Milhaud, pour une place vacante ? Je le désire ardemment, car cette double vie me décourage souvent et me fatigue beaucoup. 


Je vous souhaite de bonnes et reposantes vacances, mon bien cher maître. Veuillez je vous prie, présenter à Madame Koechlin mon hommage respectueux et croire, s'il vous plaît, à mon très affectueux et profond dévouement. 

Henri Sauguet 



1 lettre de Milhaud à Koechlin


Août 1923 

Mon cher ami, 


Merci de votre gentille lettre. J'allais vous écrire parce que lorsque les Ballets Suédois créeront mon nouveau ballet (vers le 10 octobre) ils auront une partie « Concert » et je tiens essentiellement à ce qu'il y ait une œuvre de vous. Pourriez-vous donner deux de vos Heures Persanes, de celles qui n'ont pas. été jouées ? Je crois que le programme sera assez long. Il y aura les Danses de Méduse de Satie et des œuvres je crois des Six et des bébés d'Arcueil. 


Il y aura 35 musiciens. Je pense que Mr Soyer le nouveau chef d'orchestre va vous écrire pour cela. J'ai beaucoup travaillé. J'ai orchestré ce ballet et orchestré le premier acte des Euménides. 


Je pars le 1et septembre pour la Sardaigne avec Désormière. Je crois que ce sera un très beau voyage. Mon âme de Juif Errant s'en réjouit. 


Mes hommages à Madame Koechlin et croyez moi votre fidèle 

Milhaud 


Je ne puis aller à New York cette année à cause de la Brebis. Je le regrette. 



Les Ballets suédois ne reprendront pas vers le 10 mais le 25 octobre 1923, ce sera Vladimir Golschmann qui dirigera et non ce mystèrrieux Mr Soyer. Encore que… Golschmann était alors marié à la chanteuse Marguerite Soyer et ce Mr Soyer était tout simplement déjà Golschmann, par malice ou volonté encore d'incognito.


Désormière dirigera lui la partie Koechlin (2 chorals pour petit orchestre), Satie et l'Ecole d'Arcueil. Il n'y aura pas d'autres œuvres des Six.


La Brebis = La Brebis égarée de Milhaud sur un livret de Francis Jammes créée à l’Opéra-Comique en décembre 1923, sous la direction d’Albert Wolff. 




1 lettre de Charles Koechlin à Darius Milhaud 


Villers-sur-mer, 28 août 1923 


Cher ami, 


Je vous remercie bien vivement de votre affectueuse pensée, de me faire représenter à la partie concert des Ballets Suédois (puisqu'ils n'ont pas voulu de ma Forêt païenne). Mais je suis bien embarrassé, car vous me parlez du 10 octobre (ce qui correspond à des répétitions commençant sans doute le 5 ou le 6 au plus tard) et j'aurais voulu rester ici aussi tard que possible ayant du travail en train, travail que je ne pourrai évidemment pas continuer une fois rentré à Méry, repris par mes leçons, les concerts, etc... Je sais bien que ce n'est pas en quelques jours de plus que je pourrais achever cette œuvre, long poème symphonique qui n'est encore qu'esquissé et pour lequel il me faut inventer beaucoup. Il n'y a rien de plus difficile à réaliser que les œuvres avec la pensée desquelles on a vécu longtemps sans pouvoir se décider à les commencer, sans oser entreprendre de leur donner la forme, qu'on sait d'avance devoir être inférieure au rêve qu'on a eu. Et c'est le cas pour moi, avec cette Course de Printemps (du Livre de la Jungle) à laquelle je songe depuis que j'ai lu ce livre, c'est à dire bientôt 25 ans. 


Je suis d'ailleurs très heureux de ne pas l’avoir écrite plus tôt car maintenant je possède un vocabulaire et une technique qui me faisaient défaut en 1898 ; et si à ce moment là je pouvais écrire, sans trop d'infériorité de réalisation, les 3 poèmes avec chant et chœurs (de mon recueil), ce que j'aurais fait pour la Course de Printemps n'eût pas été au point. Mais d'autre part, j'ai infiniment plus de facilité à improviser des œuvres de musique de chambre, ou de piano, au hasard de l'inspiration, sans m'imposer d'avance un sujet, sans avoir eu une vision, un rêve préalable. C'est vous dire que, si j'ai esquissé les grandes lignes et pas mal de détails de ce poème symphonique, depuis que je suis ici, cela n'avance pas vite, néanmoins. Une fois que j'aurai vu clair et que les principaux détails seront réglés, le reste ne sera plus très difficile à réaliser et je voudrais avoir mis cela en train avant de rentrer à Méry. 


Je vous écris cela tout au long afin de vous expliquer que, si je redoute de rentrer à Méry vers le 1er octobre, c'est pour ces raisons très sérieuses. 


Peut-être serait-il donc plus sage pour moi de renoncer à cette exécution, pour cette fois-ci, à moins toutefois qu'elle ne soit reculée, et que ma présence ne soit nécessaire que vers le 12 ou 13 octobre ? 


A côté de ce poème symphonique, je travaille à plusieurs choses en même temps, suivant mon habitude. J'ai à peu près terminé deux petites sonates pour clarinette et piano, huit mélodies nouvelles sur des poésies de Shéhérazade, plusieurs chorals, deux fugues (d'école, mais musicales) sur des thèmes de Jean-Michel que j'avais notés, dans le temps où il chantait en jouant... Aujourd'hui c'est pour lui un temps lointain. Il doit être en train de revenir de l'Indo-Chine. La dernière lettre qu'il nous a envoyée était de Singapore. Je crains qu'il n'ait peu de temps dans les escales, étant obligé de surveiller le déchargement et le rechargement du navire. 


Dites à Désormière qu'il ne se décourage pas si la fugue lui paraît une chose difficile. J'ai eu moi-même assez de mal avec les strettes des miennes (il est vrai qu'elles sont assez serrées) et aussi avec les divertissements. Quant aux chorals, ils sont de style assez divers, les uns très consonants, d'autres avec des harmonies chromatiques tournant parfois à l'atonalité, peut-être en orchestrerai-je quelques-uns cet hiver, si j'en ai le temps. 


Je vous souhaite un agréable voyage en Sardaigne. On dit que c'est un pays admirable, mais fiévreux en certaines parties. 


Croyez bien, cher ami, ainsi que Désormière, à mes meilleures et affectueuses amitiés. Veuillez me rappeler au souvenir de Monsieur G. Milhaud, et présenter mes respectueux hommages à Madame votre mère - et encore merci de votre projet des Heures Persanes. 


Ch. Koechlin 


Finalement, la Course de printemps sera créée par Désrmière avec l'Orchestre symphonique de Paris le 29 novembre 1932 dans un concert intégralement consacré à Koechlin. Et le Livre de la jungle en intégral le 15 avril 1948 pour les 80 ans de Koechlin, toujours par Désormière avec l'Orchestre national.


Aux Ballets suédois, il donnera en création 2 petits chorals dirigés par Désormière.


Jean-Michel : l'un des 5 enfants de Koechlin qui, comme plus tard un autre de ses fils, fit carrière dans la Marine.




lettre de Désormière à Koechlin

Jeudi 30 août 1923


Mon bien cher maître, 


Je n'ai rien fait. Aussi extraordinaire que ça puisse paraître, je n'en ai pas eu le temps. Je suis allé jouer au théâtre d'Orange, j'ai profité que j'étais en Provence pour m'y promener un peu en bicyclette, durant une douzaine de jours. Aussitôt rentré j'ai commencé ma cure, je la terminerai ce soir. Samedi matin je partirai pour Marseille, j'y rencontrerai Milhaud. Nous irons à Gênes, Pise et Civitavecchia où nous embarquerons pour la Sardaigne. Je rentrerai à Paris dès la fin de ce voyage. Là j'espère pouvoir m'organiser un peu et trouver le temps de travailler.


Je pense que vous avez passé de bonnes vacances et que vous avez pu composer longuement.


J'espère que Madame Koechlin, vous et vos enfants êtes en bonne santé. Veuillez, je vous prie, transmettre aux vôtres mes meilleurs souvenirs.


Darius m'a dit que vers le 12 octobre de Maré allait présenter au public parisien le nouveau ballet : La Création du Monde de Milhaud, Cendrars, Léger. Cette présentation ne fera pas partie d'un spectacle de danses. Elle sera encadrée d'un concert.


La 1ère partie comprendra des œuvres des Six dirigées par Honegger et par Milhaud.


En seconde partie sera donné le ballet.


La 3ème partie sera composée de pièces de Sauguet, Cliquet, Maxime Jacob et moi, que je dirigerai. J'ai dit à Darius que j'aimerais beaucoup que cette partie soit accompagnée d'une œuvre de vouss et d'une de Satie. Je l'ai prié de transmettre ce désir à M. de Maré qui s'est empressé d'accepter. Je vous demanderais de me préparer, si ça ne vous ennuie pas, pour les premiers jours d'octobre, une pièce courte et si possible d'allure vive, parce que notre programme comporte beaucoup de choses lentes. Je vous aurais bien demandé "Arabesques" mais je crains d'avoir peu de répétitions et je voudrait les donner mieux qu'elles ne le furent en 1ère audition.


Si vous avez à m'écrire, voici deux adresses :

Consulat français de Cagliari où nous passerons le 10

Chez Mme Friedmann 29 Piazza Monte d'Oro à Rome où nous serons une dizaine de jours plus tard. Je compte donner 4 de mes quatrains que j'ai instrumentés. Je voudrais y joindre deux courtes mélodies, une sur un charmant poème de Chalupt et une eutre sur une stance remarquable de Cocteau.


Roger Désormière



Within the quota de Cole Porter prit place au programme et les pièces des Six disparurent.


Arabesques de Koechlin est la 12ème des Heures persanes (elle fut créée par Walter Straram le 17 avril 1923).


Mme Friedmann 29 Piazza Monte d'Oro à Rome : Milhaud donnait encore cette adresse deux ans plus tard à Paul Collaer.


Désormière donna, lui, la mazurka de Souvenirs du bal bleu.





lettre de Koechlin à Désormière


(Dimanche) 2 septembre (1923) 

Villers sur mer Calvados 


Cher ami, 


Cela va, pour le concert en question. Rolf de Maré m'écrit que ce sera vers le 24 octobre, ce qui me permettra d’y prendre part. (Je n'aurais pas pu pour le 10 octobre, comptant rester ici jusque vers le 10 ou le 15) 


Mais je crois bien que je n'ai rien de court et vif à la fois, sauf les Arabesques et je n'aurais pas beaucoup aimé n'avoir que les Arabesques. Peut-être orchestrerai-je un ou deux chorals que j'ai écrits ces jours-ci ? Ce serait relativement facile d'orchestre. Mais ce n'est pas un allegro. 


Je puis heureux que ce soit vous qui conduisiez en cette occurrence. Je travaille beaucoup ici. Mais « c’est bien difficile, la musique », comme disait Debussy et comme dit Fauré également ! A côté de choses plus longues, d'ailleurs non achevées (et pas de longtemps), j'ai écrit 3 petites fugues d'école (pas facile à faire non plus, les divertissements et les strettes ! ) sur des thèmes que j'avais notés, de mon fils Jean-Michel, dans le temps où il chantait en jouant, il y a quelques années. Je les ai à peine modifiés en certains endroits. J'ai écrit aussi plusieurs chorals. 


Je vous souhaite un beau voyage. On dit que la Sardaigne est un pays admirable. Il doit avoir gardé tout son caractère et je suis certain que ce ne sera pas pour vous du temps perdu.


Croyez bien, cher ami, ainsi que Milhaud, à mes meilleures et affectueuses amitiés 


Ch. Koechlin 





1 lettre d'Henri Sauguet


Paris, 11 rue d’Orsel, 18 septembre 1923 


Mon bien cher Maître, 


Excusez-moi, je vous prie, de ne répondre qu'aujourd'hui à votre lettre reçue il y a huit jours. Je ne savais quelle décision prendre au sujet de l'œuvre à orchestrer. Celle que j'ai prise enfin est - je crois - la meilleure et la moins gênante. Je ne donnerai pas au concert de Mr de Maré ce que je pensais lui donner. Voilà tout. Jamais je ne serai prêt à temps et il vaut mieux ainsi. Avant les vacances j'avais orchestré avec Désormière et Milhaud un Nocturne que je vous avais montré - je crois - et qui s'appelait « Le Repos de Virginie ». Je donnerai cela. Ce n'est évidemment pas « dernier bateau ». Mais je m'en soucie fort peu ! cela me servira toujours à me rendre compte des transformations que peut subir une œuvre de piano à l'orchestre. Je pense avoir choisi ainsi le plus sage parti. Au moment de votre retour à Méry je pourrai vous montrer cette pièce ainsi orchestrée, car votre avis me sera bien précieux ! 


Veuillez bien, mon cher maître, présenter à Madame Koechlin mon hommage le plus respectueux et croire je vous prie à mon fidèle et profond dévouement. 


Henri Sauguet 


Il ne m'était pas possible d'aller dimanche à Villers, mon père étant à Paris. Je vous remercie mille fois cependant de votre très aimable invitation qui me touche beaucoup. 


Finalement Sauguet donna Paul et Virginie et une Danse des matelots aux Ballets suédois, sous la direction de Désormière.




lettre de Koechlin à Désormière

Samedi (6 octobre 1923) 


Villers-sur-mer Calvados 


Cher ami, 


je pense que voue devez être de retour à Paris : je voudrais bien si possible savoir la date exacte de la 1ère répétition au Théâtre des Champs-Elysées pour le petit concert en question, parce que je voudrais rester ici le plus longtemps possible, mon fils doit arriver au Hâvre vers le 14 et viendrait passer quelques jours ici. De toute façon je serai aux répétitions quand il le faudra. J'ai orchestré le ballet de Cole Porter. Je crois que ça sera d'un effet amusant, mais c’est ennuyeux d'orchestrer avec si peu de quatuor, d'autant que dans ce ballet il y a plusieurs thèmes à faire ressortir. 


En hâte, avec mes meilleures et affectueuses amitiés 


Ch. Koechlin




lettre de Koechlin à Désormière

(Mardi) 9 octobre (1923)


Villers 


Cher ami, 


j'ai les dates des répétitions, par Mr Soyer, je vois que pour le concert ce sera le 15, le 18, le 20 et le 24. Mais il me sera impossible d’être là le 15 car je ne pourrai partir avant le 16 ou le 17 pour Paris. J'attends mon fils qui doit arriver au Hâvre (revenant d'lndo-Chine) vers le 14 et espère pouvoir venir ici nous voir. 


Mes chorals sont très faciles à jouer, et d'une écriture très simple, je crois qu'il n'est guère nécessaire que vous ayez. la partition d'orchestre à l'avance (ce n’est que du quatuor, avec quelques additions de Bois) et comme il est probable que je serai là pour le 17 (1ère lecture de mon orchestration du ballet de Cole Porter) je vous la remettrai alors. Je vais recopier les réductions de piano et vous les envoyer. Il suffira amplement des répétitions du 18 et du 20, plus celle du 24. 


Quel dommage que vous n’ayez rien écrit ! J'espère cependant qu'on entendra de vous des œuvres déjà écrites précédemment. 


Croyez bien, cher ami, à mes meilleures et affectueuses amitiés 


Ch. Koechlin 




lettre de Désormière à Koechlin


Mercredi 10 octobre 1923


Mon bien cher maître, 


Oui, je crois aussi, que ça ira bien ainsi, d'autant que j'aurai fort à faire à la première répétition pour débrouiller la danse des matelots de Sauguet, qui ne me semble pas très bien équilibrée d'orchestre, et les tangos de Cliquet, écrits difficile. J'irai à la répétition du ballet Cole Porter chercher votre partition, j'aimerais bien la regarder un peu avant la répétition du lendemain. Peut-être pourriez vous, après cette répétition du 17, venir déjeuner chez moi, vous pourriez me jouer vos chorals et m'en parler de cette façon. J'ai orchestré ma Mazurka : souvenir du Bal Bleu. J'aurais bien aimé vous montrer ce travail, mais tant pis, j'espère que "ça sonnera bien" quand même. 


Mes bons souvenirs à votre fils marin quand vous le verrez au Havre. 


Recevez, mon bien cher maître, l'assurance de mes sentiments les plus affectueux et dévoués 


Roger Désormière 




lettre de Koechlin à Désormière

(Jeudi) 11 octobre(1923) 


Villers sur mer 


Cher ami, 


je vous envoie mes 2 chorals (la réduction) C'est si simple d'orchestre,que je crois que ce n'est pas la peine que vous ayez la partition avant le 17. Je serai (je pense) à la répétition du 17, du ballet de Cole Porter, que j'ai orchestré. Si vous y êtes, je vous remettrai la partition de mes chorals. Je viendrai à la lecture d'iceux le 18, mais peut-être pas le 20 (parce qu’avec vous je suis tranquille). De toute façon je serai là le 24 à la répétition générale et même le 23. Mais entre le 20 et le 23 je retournerai peut-être à Villers, ma femme ne rentrera probablement que le 22 à Méry et il serait utile que je l'accompagne dans ce voyage de retour. Ce que j'ai écrit cet été possède de quoi déconcerter les classificateurs. Car il y a ces chorals (et plusieurs autres, certains à 3 parties et même à 2 parties, aussi dépouillés que consonnants) et il y a aussi mes projets de poèmes symphoniques d'après le Livre de la Jungle, dont l'un fait appel aux dissonances les plus multiples, à tel point que je n’ai plus assez de notes dans la gamme pour trouver des notes étrangères à tel ou tel groupe. 


A bientôt, avec mes meilleurs et affectueuses amitiés. 


Ch. Koechlin 


P.S. Vous ai-je dit que j'ai écrit 4 fugues, à peu près "d'école" ? Mais ça m'a donné du mal. Ce n'est vraiment pas facile et j'ai des divertissements qui ne sont pas toujours très serrés.



 



lettre de Koechlin à Désormière

(Vendredi) (26 octobre 1923)


Cher ami, 


Deux mots en hâte. D'abord mes félicitations pour votre succès comme chef d'orchestre, et comme compositeur, surtout après le 5ème Tango de Cliquet, je me demandais comment la salle, mal disposée, vous accueillerait, et j'ai vu avec plaisir que ça a très bien marché.

 

D'en haut, on entend mal les basses dans mes chorals, surtout vers la fin du 2ème et je crois qu’il y aurait lieu de leur demander un léger renforcement pour les dernières mesures du 2ème choral, au moment du retour en mi, après l'accord de 7ème sur Ré bécarre (et même avant, â l'endroit des basses descendant contre le mouvement montant des autres parties). Et pour toute la fin j'aimerais que cela fut ralenti davantage, surtout l'endroit de ce retour en mi. Egalement dans le 1er, on peut élargir un peu plus au moment du 2ème crescendo. Pour tout le reste de mes chorals c'était très bien. 


Je pense ne pas venir le 29, mais le 31. Encore mes meilleures amitiés 


Ch. Koechlin 

 



lettre de Koechlin à Désormière

Mardi (30 octobre 1923)


Cher ami, 


Puis-je compter sur vous pour prévenir au Théâtre des Champs-Elysées, de rapporter le Xylophone au Châtelet Jeudi matin pendant la répétition des concerts Colonne ? Pierné m'a bien recommandé qu'on le renvoie, sitôt finie la dernière représentation. 


Je pense retourner demain soir au Théâtre des Champs-Elysées. J'espère que tout a bien marché. Avez-vous lu l'article de Vuillermoz ? Quel accès de mauvaise humeur lui a pris ? Il aurait pu, au lieu de critiquer vos "gestes de chef d'orchestre", constater que ç’avait été très bien dirigé. Mais il s'est contenté de goûter les Tangos de Cliquet et (saluer) l'orchestre de Sauguet. 


En hâte, avec mes dévoués et affectueux souvenirs 


Ch. Koechlin

 



lettre de Koechlin à Désormière

Vendredi soir (2 novembre 1923)


Dans le train d'Anvers à Bruxelles 


Cher ami, 


Je viendrai chercher chez vous, un de ces jours, mes deux chorals, partition et parties. Je serais content de causer un instant avec vous, pour échanger nos impressions sur ces représentations. (je n'ai pu, malheureusement, y aller ni le 29 ni le 31) 


J'espère que le Xylophone a été rapporté au Châtelet ? Je m'excuse de vous en avoir parlé plutôt qu'à Goldschmann, mais j'ai pensé que vous auriez moins de chance d'oublier la commission (Goldschmann partant je crois, quelques jours, pour l'Amérique ?) 


Vous trouverais-je Mardi le 6 à la fin de la journée vers 6h 3/4 ? (j'ai comité S.M.I. auparavant et je rentrerai probablement par le train de 7h 43).


J'ai passé la journée à Anvers, et ai visité avec mon fils le musée Plantin et le musée de peintures que j'avais déjà admiré il y a quelque vingt ans. 


Demain je verrai Ounon (du Pro Arte) et lui remettrai mon 2ème et mon 3ème quatuor à cordes. Après cela j'irai à Bruges, et je serai rentré, je pense, à Méry Dimanche soir. 


A mardi j'espère, avec mes meilleures et affectueuses amitiés. 


Ch. Koechlin 


P.S. Merci encore de votre interprétation excellente de mes Chorals. 




faute avec Goldschmann au lieu de Golschmann. Les Ballets Suédois le conduisirent à New York et à travers les Etats-Unis pour 64 dates à partir du 28 novembre 1923 et retour à New York où il dirigea le New York Symphony, à la demande de Walter Damrosch, le 6 avril 1924.


Le musée Plantin-Moretus est un musée belge consacré à l'imprimerie à Anvers.


le musée de peintures : sûrement le Musée royal des beaux-arts d'Anvers.


Ounon (du Pro Arte) = en fait Alphonse Onnou (fautivement écrit Aunnou parfois), 1er violon du Quatuor Pro Arte de sa création en 1912 à 1940.



lettre de Koechlin à Désormière

Jeudi Janvier 1924


Cher ami,


Merci de votre carte et de vos bons vœux, auxquels je réponds par les miens, qui sont de vous souhaiter, avec une bonne santé, une optimiste confiance dans ce que vous écrivez, cette confiance vous viendra au fur et à mesure que vous écrirez davantage. De toute façon notez vos idées même si elles vous semblent inférieures. On n'est pas toujours bon juge soi-même dans le premier instant qu'une idée se présente. Et il y a des idées qui n'ont l'air de rien, dont on fait parfois des choses inattendues.


Je vous écris aussi ce soir pour vous dire que ma jeune élève, Melle Philippart, a eu trois morceaux reçus à la S.M.I. Ce sont un prélude, (court), et deux mélodies pour chant et deux flûtes sans piano. (Le prélude est pour les flûtes seules). C'est Mme Vié qui chanterait. Seriez-vous disposé à jouer avec Le Roy (ou tel autre flûtiste que vous choisiriez) l'accompagnement de flûtes ? Cela serait, je crois, pour le 6 mars. Inutile de dire que cette collaboration vous serait payée et qu'il ne s'agit pas du tout là d'une exécution "oculaire"! Ce serait tout de même une complaisance de votre part car vous êtes sans doute très occupé, mais je serais très content si Melle Philippart pouvait vous avoir, ainsi que Le Roy, pour interprètes. Ces mélodies, pour être d'une débutante, ne sont pas moins charmantes et pleines d'idées, pas du tout maladroites, bien que sans l'habileté banale qui est parfois à craindre avec les élèves bien douées. Melle Philippart est remarquablement douée, et mérite vraiment d'être encouragée par une bonne éxécution. Dans le cas où vous ne pourriez pas y collaborer,  pourriez vous m'indiquer quelqu'un d'autre ? Si vous acceptez, voudriez vous écrire directement à Mademoiselle Philippart (ou à Madame) 9 rue des Saints Père. Ce sont des gens très artistes et cultivés, qui aiment la musique pour elle-même.


Croyez bien, cher ami, à mes meilleurs et affectueux souvenirs.


Ch. Koechlin


René Le Roy  était un flûtiste, ancien camarade de Désormière au Conservatoire.




lettre de Koechlin à Désormière

(vendredi) 25 janvier (1924)


Cher ami,


Merci de votre acceptation, et de vous occuper de trouver un second flûtiste. Dès que quelque chose sera décidé, écrivez—moi pour que je le dise à mon élève et que vous vous arrangiez avec elle et Mme Vié pour répéter.


Une de ses parties de flûte est pour flûte grave en sol. Il n'y a pas eu moyen de faire autrement, vu la tonalité employée. Et c'eût été dommage d'avoir la clarinette. J'espère que cette nécessité de flûte en sol ne sera pas un obstacle à votre concours. Pour un opéra comique de Boëldieu ou d'Offehbach, je crois que ça pourrait être joli.


Mais je suis très ignorant en la matière. A première vue, j'aimerais mieux Boëldieu. Mais on ne peut pas savoir.


En hâte, avec mes meilleurs et affectueux souvenirs»


Ch. Koechlin




lettre de Désormière à Koechlin



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