01 - Un peu d'histoire

1891 - 2016 et bien plus encore...

Pour bien comprendre la genèse de la société, il faut remonter à la naissance d’une autre phalange musicale de Wihéries, à savoir la Royale Fanfare L’Union. Sous la dénomination de Fanfare Communale de Wihéries, celle-ci voit le jour en 1864, à une époque où le village n’est encore relié aux communes voisines que par des sentiers et des chemins de campagne

 

Après des débuts modestes sous la direction d’un « musicien-artiste », Monsieur Victor REGNART, la phalange se développe rapidement, accroissant ses effectifs. Devant cette réussite, certains finissent par réclamer que les destinées soient confiées à un chef de plus large formation musicale. D’autres voudraient au contraire continuer comme dans le passé et quittent la Fanfare.

 

Conduits par le contesté Monsieur REGNART, ces dissidents fondent l’Harmonie Communale « La Persévérance » en 1891. Parmi les quelques 25 membres qu’elle compte alors, figurent notamment, Messieuers E.F. COULON, V. DELATTRE, A. DEQUEVY, J.B. et V. DESCAMPS, A. et C. DUFOUR, F. FAID’HERBE, L. FRAIPONT, E. GLINEUR, A. LEBON père, A. OREINS, H. PERNET, C. et F. ROMBEAU.

Monsieur REGNART devient le premier directeur artistique de la société (après avoir été celui de la Fanfare) et Monsieur Victor DESCAMPS est nommé président.

 

 

Monsieur Victor REGNART

 

Les membres de l’Harmonie se coiffent bientôt d’un béret rouge (qui sera remplacé plus tard par un chapeau), par opposition aux sympathisants de la Fanfare, qui portent un béret bleu. Les appellations « Les Rouges » et « Les Bleus » proviennent donc avant tout de ces choix vestimentaires, plutôt que de divergences politiques. Si l’on peut considérer que la fanfare est bel et bien issue de milieux plus ou moins bourgeois et libéraux, l’Harmonie se voudra en effet neutre et apolitique tout au long de son histoire.

 

A neuf ans près, l’Harmonie « La Persévérance » naît donc avec le 20ème siècle. Bien qu’isolée, la localité de Wihéries compte néanmoins quelque 3.800 habitants à l’époque de ses premiers pas dans l’art musical amateur. Mi-ouvrier, mi-agricole, le village étage ses maisons à flanc de coteau, de part et d’autre du ruisseau qui le traverse, et ne compte encore que quelques rues.

 

Les déplacements se font à pieds car la station de chemin de fer est très éloignée et presque toute la population est pauvre, puisque essentiellement composée de mineurs, d’ouvriers d’ateliers et de familles nombreuses souffrant de l’absence de lois sociales. Il en résulte un sentiment casanier, un esprit de clocher, les habitants n’ayant de distraction que par leur seule initiative.

 

Le cinéma en est encore à ses premiers balbutiements et c’est donc tout naturellement que la population cherche à oublier quelque peu ses peines quotidiennes en se reportant sur les concours colombophiles, le crossage en plaine, le tir à l’arc et bien sûr la musique. De pratiquement toutes les maisons, fusent ainsi le soir des arpèges de clarinette, des trilles de trompette et des trépidations de tambour.

Pour l’Harmonie « La Persévérance » les premières années sont particulièrement pénibles. Pour répéter le dimanche matin, les musiciens se réunissent d’abord dans une grange à la rue Nacfer et ensuite dans des salles précaires. Ils n’en parviennent pas moins à mettre sur pieds plusieurs concerts et l’effectif monte à 37 unités. En 1894, Monsieur REGNART cède la baguette de directeur à Monsieur Constantin DERAMAIX, de Quiévrain ; le sous-chef étant Monsieur Léopold ROBETTE.

Musicien de talent, initiateur de mérite, ce chef d’orchestre énergique formera une pléiade de clarinettistes remarquables dont le souffle se fait encore sentir aujourd’hui.

 

 

Monsieur Constantin DERAMAIX

 

Disposant  d’un local fixe devenu aujourd’hui le café L’Eden, à la rue Sainte-Cécile, la société va ensuite connaître une envolée vers la gloire avec son nouveau directeur et son nouveau président, Monsieur Emile RICHEZ, qui a succédé à Monsieur DESCAMPS en 1902. Elle parvient progressivement au pinacle où figurent ses rivales du Borinage. Les clarinettistes talentueux formés par Monsieur DERAMAIX inculquent à leur tour leur savoir aux jeunes. Cette méthode, qui fera rapidement son chemin, est d’ailleurs toujours en vigueur aujourd’hui.

 

Monsieur Emile RICHEZ

 

Devenue l’un des meilleures groupements musicaux borains, l’Harmonie « La Persévérance » atteint un premier somment le 04 juin 1910 en se classant première en 2è division au concours de Clichy (Paris). Devant un public parisien qui se demande où peut bien se situer Wihéries, elle remporte également le premier prix de lecture à vue, d’exécution et d’honneur (couronne de vermeil), tandis que son chef s’adjuge le premier prix de direction.

 

L'Harmonie "La Persévérance" à Clichy en 1910

 

Le ton est déjà donné car le succès de ne démentira plus par la suite. Au niveau du village, cet embryon de renom va exacerber la rivalité qui opposait les sociétés existantes. Ainsi, il n’est pas rare que, lorsque les sociétés se rencontrent en rue, les peaux de grosses caisses respectives ne soient crevées par l’adversaire et que les cuivres ne pâtissent de quelques bosselures, ce qui entraîne malheureusement des frais lourds à supporter.

 

Et s’il arrive que des musiciens des trois sociétés wihérisiennes se retrouvent assis côte à côte dans les sociétés de communes voisines, il est tout à fait impensable qu’ils en fassent de même dans leur société d’origine. A quelques rares exceptions près, ce phénomène persistera d’ailleurs au fil des décennies.

 

Cette rivalité, qui demeure heureusement plus musicienne que pugilistique, est entretenue par les autorités communales de l’époque. Celles-ci organisent chaque année deux concerts au parc communal à l’occasion de la kermesse, où les trois sociétés se retrouvent face à une foule nombreuse. Les auditeurs ne manquent pas de juger et de critiquer les prestations respectives, les concerts se muant ainsi en de véritables joutes artistiques.

 

L’année du succès mémorable de Clichy, Monsieur RICHEZ cède son poste de président à Monsieur Henri ROUCOU. Ainsi s’ouvre, pour la présidence de la société, ce que l’on a appelé souvent l’ « époque ROUCOU » puisque Monsieur Henri ROUCOU sera remplacé en 1927 par son fils Marcel. qui régnera sur le comité directeur de l’Harmonie jusqu’en 1940 et qui, outre les prestations musicales, encouragera fortement les activités du cercle dramatique de l’Harmonie.

 

Monsieur Henri ROUCOU

 

La guerre 14-18 ouvre une première parenthèse douloureuse dans l’histoire de la société et le son du canon fait taire celui des instruments. En 1922, alors que la société se remet lentement du long conflit passé, elle est de nouveau frappée par le sort. Elle a en effet la douleur de perdre Monsieur DERAMAIX, qui l’a conduite pendant 25 ans et lui a fait gravir un échelon décisif dans la hiérarchie de l’art musical.

 

Après le décès de cet homme qui restera dans les mémoires comme l’un des principaux artisans de la maturité musicale, la direction est confiée à Monsieur Robert MALBRECQ de Wasmes, titulaire d’un premier prix de clarinette obtenu au Conservatoire Royal de Bruxelles. Grâce à ses éminentes qualités de musicien et de directeur, celui-ci va asseoir encore davantage la renommée de « La Persévérance ». Celle-ci aura l’occasion de se produire un peu partout dans la province et même à Bavay. A l’époque les déplacements se font en « camion-tiré-par-des-chevaux », en train ou un peu plus tard en tram, mais quand le concert a lieu dans les environs immédiats de Wihéries, de nombreux musiciens s’y rendent à pieds ou en vélo.

 

Devenue Royale en 1924, lors d’un concert donné au Festival de Hal en présence du Prince Léopold, Duc de Brabant et futur Roi Léopold III, l’Harmonie va aligner plusieurs succès retentissants, notamment lors de sa participation magistrale aux Tournois provinciaux, organisés au Théàtre Royal de Mons, en Première Division (1928) et en Excellence (1930). L’apothéose survient en 1934, quand la Royale Harmonie « La Persévérance » est classée en Division d’Honneur, après être restée en compétition avec la Royale Harmonie de Wasmes. Elle recevra les félicitations du maître Paul Gilson.

 

Monsieur Robert MALBRECQ

 

La fin de la décennie va de nouveau briser cet élan on ne peut plus prometteur ; la société allant, selon certains témoignages, jusqu’à totaliser plus de 100 musiciens dans ses rangs. De 1940 à 1945, la société cesse toute activité, certains musiciens devant même subir la captivité.

 

Après le conflit, la société se réorganise sous l’impulsion de Monsieur Elie QUENON épaulé en cela par quelques vétérans désintéressés et résolus. Monsieur QUENON succède donc à Monsieur ROUCOU à la présidence. Leader charismatique par excellence, il occupera cette fonction jusqu’en 1970 et marquera incontestablement l’histoire de la société par son énergie et son autorité constructive, jouissant d’un immense respect auprès des membres. Il jouera sans conteste un rôle-clé dans la croissance d’après-guerre.

 

Monsieur Elie QUENON (Père)

 

Et pourtant de nombreuses difficultés l’attendent en 1945. Elles sont d’abord d’ordre matériel : l’ancien local ayant été transformé en cinéma, le Président qui avait d’ailleurs été nommé sous-directeur artistique bien avant la guerre, continue provisoirement les répétitions dans le café avec un groupe imposant de 75 musiciens. Cet inconfort ne pouvant naturellement s’éterniser, le Comité de la Royale Harmonie acquiert le local de la rue de l’Eglise qui abrite aujourd’hui la phalange et fonde une Société Coopérative intitulée « Les Rouges ». Les quelques 400.000 francs, somme importante pour l’époque, nécessaire à cet achat sont souscrits auprès de la population de 2.500 habitants, composée essentiellement de mineurs et d’ouvriers métallurgistes.

 

La société se doit de résoudre également au plus vite le problème de la direction. La nomination de Monsieur MALBRECQ comme directeur à l’académie de Musique de Wasmes empêche celui-ci de poursuivre ses fonctions au sein de l’Harmonie et, en dépit de polyvalence dont il fait preuve, Monsieur QUENON ne peut éternellement être au four et au moulin. Le Comité décide donc de confier la direction de l’Harmonie à un de ses jeunes membres, Monsieur Felix OREINS.

 

Né en 1908 à Wihéries, Monsieur Oreins a  appris la musique dès son enfance au sein de la société. Il a ensuite poursuivi l’étude de son art favori à l’académie de Wasmes et a finalement conquis ses prix musicaux au Conservatoire Royal de Bruxelles, dont un brillant premier prix de clarinette. Entré comme clarinettiste dans les rangs de la Musique des Guides en 1930, il y accédera, après une période d’interruption due à la guerre et la captivité, au titre de soliste du saxophone baryton après 1945.

 

Monsieur Félix OREINS

 

Avec trois collègues, il fondera le Quatuor de Saxophones Adolphe Sax, qui s’illustrera, dans les années 50-60 par de nombreux concerts en Belgique et à l’étranger. Il deviendra ainsi professeur au Conservatoire Royal de Mons et interviendra comme membre du jury de nombreuses institutions, notamment au Conservatoire de Valenciennes. A côté de ses activités professionnelles, il se consacrera avec une énergie inlassable à la direction ou la sous-direction de plusieurs sociétés d’amateurs de la région. Mais parmi celles-ci, la Royale Harmonie « La Persévérance » occupera toujours une place privilégiée : jusqu’à son dernier souffle, il ne cessera jamais de communiquer aux musiciens un esprit de rigueur et une sensibilité qui amèneront ceux-ci à un niveau inespéré.

 

En 1945, les musiciens ne le savent bien sûr pas encore, mais Monsieur OREINS va, de nombreuses années durant, marquer l’Harmonie de son influence artistique indélébile. Sans remettre en question les mérites de Monsieur DERAMAIX et de Monsieur MALBREQ, ni même d’un pionnier de la première heure comme Monsieur REGNART, on peut en effet affirmer que la Royale Harmonie « La Persévérance » atteindra sa plénitude, sous la baguette de Monsieur OREINS. Il imprégna au groupe un esprit et un style qui ne seront jamais pris en défaut. Pendant pus de 30 ans, il sera « LE CHEF » et sera respecté comme tel au sein de la société et dans le monde impitoyable de la musique en général.

 

La nouvelle équipe dirigeante crée en 1946 une école de musique, afin d’inculquer aux élèves, tant par des cours théoriques que pratiques, l’expérience acquise par les meilleurs musiciens. L’initiative fait malheureusement long feu, car la publication des résultats donne lieu à des controverses. Pour éviter tout incident, les cours pratiques se poursuivront, mais sans cotations. Cet échec sera toutefois la seule ombre eu tableau de l’immédiat d’après-guerre.

 

Le 07 juillet 1946, la Royale Harmonie « La Persévérance » est la première société d’amateurs à donner, après la Libération, un concert radiodiffusé par l’INR, l’ancêtre de la RTBF. Lors de l’audition préliminaire, un journaliste surprend une larme dans les yeux du grand compositeur belge Monsieur Marcel POOT, à l’écoute du célèbre ballet d’Isoline interprété par l’Harmonie. Cette dernière se produit à nouveau dans le même contexte le 22 février 1947 et le 18 avril 1948. Le coup d’essai ne sera donc pas resté sans lendemain.

 

L'Harmonie "La Persévérance" à l'INR

 

Ces brillantes prestations ne sont naturellement pas passées inaperçues et, le 09 décembre 1951, la société est invitée à participer au Grand Concert de gala du Cercle Borain de Bruxelles, au Palais des Beaux-Arts et en présence de Sa Majesté le Roi Baudoin et de hautes personnalités. Le concert est une fois de plus retransmis, en direct cette fois, sur les ondes nationales. A l’issue de l’exécution, le Souverain tiendra à féliciter, dans sa loge, le chef Monsieur OREINS et le président, Monsieur QUENON, qui commencent inévitablement, à l’instar de leur société, à être connu au-delà de leur région.

 


L'Harmonie "La Persévérance" au Palais des Beaux-Arts

 

Les succès nationaux ont des retombées appréciables sur les invitations adressées à la Royale Harmonie à l’échelon régional et l’orchestre ne chôme pas, se produisant à de nombreuses reprises dans les communes voisines et déjà un peu plus éloignées. Le prochain événement marquant se situera néanmoins encore au niveau national, à l’occasion de la participation de la société au Tournoi national d’honneur de la ville d’Anvers en 1953.

 

Cette année là, la société est choisie pour représenter la province du Hainaut au dit tournoi. Le 20 septembre, elle y obtient un succès  triomphal en se classant en division supérieure avec la mention « Premier prix à l’unanimité, félicitations du jury » et en décrochant la médaille d’or. Anecdote révélatrice : en remettant, le soir même à Anvers, les diplômes et récompenses attribuées à la société, Monsieur DHEYER, membre du jury, confiera à Monsieur QUENON qu’il lui avait d’abord était difficile de croire que la Royale Harmonie de Wihéries était strictement composée d’amateurs et qu’il avait fait une enquête, tout à fait concluante, sur le sujet.

 

A l’époque, la société compte effectivement 92 musiciens, de tout âge et tous amateurs. Parmi eux, on ne relève aucun prix de conservatoire. Ce sont, pour la plupart, des ouvriers dont l’idéal est de plaire au public et de se perfectionner sans cesse. Ils s’astreignent à de longues répétitions chaque dimanche matin et rejouent chez eux le plus souvent possible. Et aucune société privée ni mécène ne patronnent leurs activités : tout est financé en partie par les cachets et en partie par la vente des cotisations (les « actions ») ; l’exploitation commerciale du local étant du ressort de la société coopérative. Preuve que l’amateurisme à l’état pur n’est pas incompatible, en ce temps là du moins, avec une brillante performance dans une compétition nationale relevée.

 

L’ « effet Anvers » va bien sûr jouer à fond durant les années 50, la carte de visite de la société devient, il est vrai, un peu plus impressionnante et les invitations sont légion. De 1953 à 1960, la Royale Harmonie « La Persévérance » se produit un peu partout dans le Borinage et les Hauts-Pays ainsi qu’un plus loin dans la province (Châtelet et Seneffe). On relève également quelques incursions dans le nord de la France, à Ferrière-la-Grande notamment.

 

Toutes ces prestations nous amènent à évoquer le principal concert, sinon le plus retentissant, que la société présente durant chaque saison musicale : le concert annuel donné dans son local le dimanche des Rameaux, c’est-à-dire une semaine avant Pâques, donc tantôt en mars, tantôt en avril. Cette tradition date de bien avant la guerre et existe toujours aujourd’hui. Bien sûr sa conception évoluera grandement au fil du temps, puisque à une certaine époque les prestations musicales sont suivies d’une pièce de théâtre et/ou d’un bal. Mais une bonne partie de la tradition restera immuable ; la société se produira toujours en lever de rideau, ses musiciens auront toujours la possibilité de s’exprimer en solistes soit avec l’orchestre soir en deuxième partie. D’autres sociétés d’amateurs sont toujours invitées. Cette manifestation drainera presque toujours un public nombreux au salon de l’Harmonie.

 

A l'image d'une entreprise florissante qui crée une filiale, la Royale Harmonie, sous l'impulsion de Monsieur Elie QUENON fils, par ailleurs sous-directeur de la société, forme en 1946 un groupe avec une trentaine de ses jeunes musiciens: « Les Juniors ». Dirigés de main de maître par Monsieur QUENON fils, Les Juniors s'imposent d'emblée comme un solide orchestre, proposant des programmes de haut niveau (comportant entre autres et excusez du peu, les ouvertures du Barbier de Séville et de Cavalerie légère, le ballet Coppélia...).

 

Les Juniors se produisent à leur tour un peu partout dans la région et organisent eux aussi un concert annuel, qui tient la dragée haute à celui de la société. Chacune de leurs ap­paritions sur scène est un sujet d'admiration: le public est confondu devant cette brillante relève, devant l'admirable tenue des pupitres bien garnis, notamment celui des clarinettistes. Lors de son concert annuel de mai 1958, l'orchestre compte déjà dans ses rangs un jeune cornettiste de talent, Monsieur Jacques HAESEVELDE (magistral dans son exécution de la cavatine du 2e acte du Barbier de Séville), qui n'a pas fini de s'illustrer dans l'histoire de la Royale Harmonie.

 

La merveilleuse aventure se terminera malheureusement en 1962. « Les Juniors » ont-ils gravi trop vite les échelons du succès? La question restera probablement sans réponse satisfaisante. Une chose paraît sûre: ils auront plus ou moins été les victimes de leur réussite car, à terme, leurs nombreuses prestations risquaient de compromettre leur participation à celle de la grande formation, ce qui aurait immanquablement porté pré­judice à tout le monde. Avec le recul, on peut néanmoins affirmer que l'expérience valait la peine d'être vécue et que c'est le coeur serré que ces jeunes y ont mis fin. Cependant et nous y reviendrons plus tard, un « second » orchestre des jeunes a été mis en place, en 1984, par Monsieur Eric CAPOUILLEZ.

 

Les "Juniors" photographiés à Elouges le 25 mai 1953

 

Si d'aucuns sont tentés de situer l'apogée de la société au début des années cinquante avec en point d'orgue l'inoubliable prestation de 53 à Anvers, d'autres pensent que celle-ci a plutôt été atteinte dans les années 60, se prolongeant jusqu'en 1971 avec la seconde médaille d'or d'Anvers ou même quelques années plus tard, avec l'interpré­tation d'une oeuvre qui rebute jusqu'aux harmonies les plus renforcées: la Symphonie dite du Nouveau Monde, de Dvorak.

Il serait vain de vouloir trancher ce genre de débat. En tout état de cause, on peut affirmer que, durant cette décennie connue comme celle de l'essor économique en Belgique, la Royale Harmonie « La Persévérance » ne va pas se contenter de vivre à l'ombre de ses lauriers. Si le début des années 60 est peut-être un peu plus calme, la société continue néanmoins à être invitée régulièrement dans le nord de la France, notamment à Sedan, où elle se produira pendant plusieurs années malgré le déplacement éprouvant.

Ces années en demi-teinte vont être suivies d'une nouvelle période particulièrement riche. En 1966, La Royale Harmonie de Wihéries a 75 ans et va dignement fêter ce jubilé. En plus de ses concerts traditionnels, elle organise entre autres festivités quatre grandes manifestations qui, deux d'entre elles surtout, marqueront les mémoires:

- le 15 mai, un concert avec les deux autres sociétés du village et la Chorale de Pâturages;

- le 5 juin, un concert au Parc Communal de Wihéries avec la Musique Royale du 1er Régiment de Guides, conduite par le lieutenant Yvon DUCENE et forte de 110 exécutants;

- le 25 septembre, un concert avec les Royales Fanfares d'Elouges, de Montignies-sur­Roc et d'Athis et la Royale Harmonie de Montignies-sur-Roc, dirigée par Monsieur Elie QUENON fils; et enfin…

- le 30 octobre, un gala musical et théâtral en hommage au Commandant Arthur Prévost, ex-chef de la Musique des Guides, qui dirige une de ses oeuvres à la tête de la Royale Harmonie « La Persévérance ».

 

La Musique des Guides au Parc Communal de Wihéries

 

Le 12 juin de la même année, au Parc Communal, la société prend part à un concert de gala en compagnie de la prestigieuse Garde Républicaine de Paris, dans le cadre d'une grande journée franco-belge commémorant la fondation des Associations des Prison­niers de Guerre et des Prisonniers Politiques. La période est placée sous le signe de l'amitié entre les deux pays, puisque l'Harmonie se rend de nouveau à Ferrière-la­Grande une semaine plus tard.

En 1967, elle participe au Festival de Musique Populaire organisé à Wihéries par l'I.P.E.L., en collaboration avec la Fédération Musicale du Hainaut. Le 6 juillet 1968, elle remporte plus de 90 % des points aux Tournois Provinciaux d'Art Musical en catégorie «Excellence» (Oeuvre imposée: «Ouverture de Concours» de Marcel Poot). Durant ces deux années, elle donne en outre plusieurs concerts dans la région et en France.

L'année 1969 est tout aussi importante. Lors de son concert annuel, le 30 mars, la société inscrit pour la première fois à son programme la Symphonie n° 5 en mi mineur de A. Dvorak. Le public est sidéré de voir une société d'amateurs exécuter avec brio une oeuvre aussi riche et complexe. A intervalles, cette symphonie sera interprétée jusqu'en 1975 et suscitera toujours l'enthousiasme du public, mais aussi des musiciens, car ceux-­ci sont conscients de leur chance de pouvoir jouer un tel monument.

La société participe en octobre de la même année à une soirée de gala organisée au Théâtre Communal de La Louvière, dans le cadre du Cinquantenaire du Centre Culturel du Hainaut. Cette brillante manifestation ne réunit que des cercles musicaux et chorales ayant remporté des prix aux tournois provinciaux en catégorie Excellence. Si les années 60 avaient, pour l'Harmonie, quelque peu débuté sur un mode mineur, on peut donc dire qu'elles se terminent en apothéose.

 

L'année 1970 est un peu moins mouvementée sur le plan musical. La prestation la plus marquante étant la participation, en avril, de la société à la Quinzaine Hennuyère de Huy, où elle représente la province du Hainaut. Au Comité, Monsieur Elie QUENON, souffrant, cède sa place à son fils. Il met ainsi un terme au tandem qui présidait aux destinées du groupe depuis 1945 (Monsieur OREINS à la direction artistique et lui à la direction du Comité). Incontestablement, ce quart de siècle est à marquer d'une pierre blanche dans l’histoire de la société, car elle coïncide avec d’innombrables succès de tous ordres.

 

Monsieur Elie QUENON (Fils)

 

Les musiciens n'ont cependant pas le temps de se ressaisir car ils vont connaître une nouvelle année chargée. Le 15 mai 1971, en effet, la Royale Harmonie se comporte une fois de plus brillamment aux Tournois Provinciaux d'Art Musical, qui ont lieu à Frameries (oeuvre imposée: Cortège Festival d'Alex De Taye). Trois ans après la précédente compétition provinciale, la société relève une fois de plus le gant... et toujours sans recourir à des renforts extérieurs.

 

Ce résultat la fait désigner, parmi les sociétés ayant participé au tournoi provincial, pour défendre le renom musical du Hainaut au tournoi national d'Anvers. Outre le morceau imposé (Trois Vitesses de G. Follman), la société inscrit à son programme l'Ouverture de Concours, qui lui a déjà porté bonheur dans le passé, et Al Piemonte de C.A. Pizzini. Rééditant son exploit de 53 et avec 66 exécutants, elle recueille 90 % des points et enlève la médaille d'or, devant les autres provinces du pays.

 

Le dimanche suivant, une réception grandiose est organisée au salon de l'Harmonie pour rendre un hommage largement mérité à Monsieur Félix OREINS, qui a conduit sa société vers un nouveau succès. Devant de nombreux musiciens et sympathisants ainsi que le conseil communal au complet, Monsieur Elie QUENON fils, président faisant fonction et sous-­chef, remet une gerbe et un cadeau à Monsieur Félix OREINS.

 

Emu par les marques de sympathie qui lui sont témoignées, le chef aura des paroles qui conservent aujourd'hui tout leur impact:

«Merci à vous tous, à l'Harmonie, aux musiciens qui forment une grande famille et acceptent mes critiques, à leurs épouses, patientes et compréhensives. Mon voeu le plus cher, chers amis musiciens, c'est de vous demander de rester frères et de conserver le bel esprit qui nous unit».

 

En plus de ses concerts habituels, la société doit répondre à une multitude d'invitations en 1972: Dour (Parc Communal), Autreppe, Sedan (pour la dernière fois), Athis, Montignies-sur-Roc. Frameries et bien sûr La Louvière, où elle participe de nouveau, en octobre, à un festival d'honneur réunissant les meilleures sociétés classées en Excellence l'année précédente.

Attardons-nous un peu au concert d'Autreppe, car il marque le début d'une relation d'amitié ininterrompue entre cette commune des Honnelles et la Royale Harmonie: aujourd'hui encore, notre société livre concert à chaque kermesse de juillet (le lundi) à Autreppe. Une telle fidélité qui surclasse encore celle, déjà infiniment appréciable, témoignée par d'autres com­munes, appelle toute notre reconnaissance.

 

L'année suivante est sans doute nettement moins remplie. Après cette transition, l'activité reprend de plus belle en 1974. Outre les concerts «d'usage», la société remporte une nouvelle victoire dans la catégorie «Excellence» aux Rencontres Provinciales d'Art Musical, le 30 juin à Wihéries (oeuvre imposée: Mouvement symphonique de Marcel Poot). Victoire qui lui vaut en 1975 une nouvelle participation au tournoi provincial d'honneur, organisé le 23 novembre à Mouscron, ainsi qu'une avalanche d'invitations.

 

Si la période qui suit immédiatement peut à nouveau être considérée comme fertile en prestations musicales, elle le sera malheureusement aussi en événements divers ris­quant d'ébranler la société. Au début du mois de janvier, la société a les honneurs de la télévision, puisque la RTB lui consacre une émission Antenne Soir intitulée «Activités à la Royale Harmonie» et un débat sur le thème «Musique d'amateurs en Hainaut». A la suite d'un regrettable malentendu lié à cet événement, M. Elie QUENON fils démis­sionne de son poste de président, provoquant la stupeur générale.

Président depuis 1972 officiellement et depuis 1970 dans la pratique, Monsieur Elie QUENON quitte ainsi prématurément son harmonie après lui avoir rendu des services inestima­bles: il a en effet été sous-chef et régisseur pendant de nombreuses années et a dirigé l'orchestre des Juniors durant les années 50. Digne successeur de son père, il avait normalement encore de nombreuses années devant lui à la tête de la société. Sa décision doit néanmoins être respectée, même si beaucoup de ses compagnons de route ne la comprennent pas encore aujourd'hui.

La société ne peut cependant se permettre de s'apitoyer sur l'incident et, quelques jours plus tard, Monsieur Pierre CAPOUILLEZ est nommé à la présidence. Né en 1930, Monsieur CAPOUILLEZ est un sociétaire omniprésent de longue date, puisque son entrée officielle dans l'orchestre remonte à 1946. Depuis 1950, ce fervent défenseur de l'art populaire fait partie du pupitre des clarinettes solos et est estimé de tous au sein de la société. Son élection à l'unanimité en témoigne. Investi de son mandat dans des conditions difficiles, il parviendra à faire franchir à la société l'écueil constitué par le départ inopiné de son prédécesseur.

 

Monsieur Pierre CAPOUILLEZ

 

La vie musicale doit en effet se poursuivre et, sous la houlette de son nouveau prési­dent, la Royale Harmonie participe le 24 janvier à un grand concert organisé au Centre Culturel d'Auderghem par le Cer­cle Royal Borain de Bruxelles, qui fête son cinquantième anniversaire. Outre diver­ses prestations, il convient de noter particulièrement deux autres mani­festations: le concert annuel du 11 avril, dédié à Monsieur Félix OREINS pour ses 30 années de direction artistique, et le grand concert de gala du 24 octobre, expressément organisé pour célébrer ce trentième anniversaire. La société a été bien inspirée de rendre cet hommage ô combien mérité à son chef, car le destin va bientôt frapper.

En effet, une autre date de 1976 restera à jamais tristement célèbre dans notre histoire. Le 7 novembre, durant un concert en l'église Saint-Ursmer à Athis, alors que l'orchestre vient d'entamer l'ouverture des Francs Juges de Berlioz, notre directeur s'écroule, victime d'un malaise cardiaque. Tant le public que les musiciens sont frappés de stu­péfaction: ramené à son domicile, Monsieur OREINS décède peu après. S'il a eu la fin à laquelle de nombreux chefs d'orchestre rêvent probablement, son départ inopiné plonge en tout cas sa société dans le désarroi. Celle-ci perd en lui un maître de l'art musical qui l'a hissée à un très haut niveau. Il aura osé inscrire au programme des oeuvres que très peu de sociétés instrumentales d'amateurs pouvaient encore aborder.

 

Une fois de plus, la Royale Harmonie se doit pourtant de remonter le courant. La direction est confiée à Monsieur Jacques HAESEVELDE, que Monsieur OREINS avait proposé un an plus tôt au poste de sous-chef. Né en 1940, Monsieur HAESEVELDE a eu les vétérans de la société pour premiers maîtres, à savoir MM. E. DUBOIS, E. LEVECQ père et F. OREINS. Après l'Ecole de Musique de Saint-Ghislain, il obtient plusieurs prix, dont un premier prix de trompette, aux Conservatoires Royaux de Mons et de Bruxelles et au Conservatoire de Valenciennes. Entré à la Musique Royale des Guides en 1968, il y est premier soliste au pupitre des bugles. Il est également professeur de cuivres aux écoles de musique de Baudour et de Saint-Ghislain ainsi que répétiteur pour les jeunes de «La Persévérance» (depuis 1964).

 

Monsieur Jacques HAESEVELDE

 

D'emblée, le 27 novembre 1976, Monsieur HAESEVELDE se distingue à la tête d'un groupe imposant de 120 exécutants réunissant, pour la deuxième année consécutive, notre société et les choeurs « Les Valeureux Liégeois », lors d'une messe de Sainte-Cécile télévisée en l'église des Franciscains à Woluwe-Saint-Pierre. Tout le monde, et pas seulement les esprits bienveillants..., retenait son souffle, mais le virage délicat vient d'être négocié de maîtresse façon. Ce brillant concert, 15 jours après la prise en direction par leur jeune chef, galvanisera la foi et le dévoue­ment des musiciens. Après le deuil cruel qui vient de les frapper, une nouvelle ère s’ouvre.

 

Après une année aussi éprouvante, la société aurait été en droit d'espérer une période de tout repos. De nouvelles difficultés, d'un tout autre ordre il est vrai, vont pourtant surgir. Depuis les années 20, un cercle de jeunesse existait dans la société, qui avait mis sur pied de nombreuses activités (ex. des cavalcades et des bals). Au fil du temps, celles-­ci s'étaient pratiquement réduites à néant. En juillet 1976, une poignée de jeunes de la société et de l'extérieur avaient donc décidé de créer un groupe structuré pour relancer de semblables manifestations.

 

Après une première période de grâce, des dissensions provoquent toutefois leur scission, ce qui compromet indirectement l'unité de la Royale Harmonie. L'un des groupes quittera finalement le local, tout en y organisant encore des activités à succès, notamment des expositions et des séances de ciné-club. Tour à tour, les deux cercles cesseront d'exister, mais pendant cette période les musiciens des deux «factions» continueront à participer aux activités de la «société mère». Et au terme de cette épreuve, ils se retrouveront sur le même chemin, aussi unis qu'auparavant.

 

Heureusement, les jeunes ne se distinguent pas seulement par leurs frictions internes. C'est ainsi que de 1976 à 1978, plusieurs jeunes instrumentistes vont remporter de brillants résultats à des concours nationaux et provinciaux du jeune soliste, respective­ment mis sur pied par la Confédération Musicale de Belgique et la Fédération Musicale du Hainaut. La relève est indéniablement assurée.

 

La société semble de son côté avoir définitivement repris son rythme de croisière. Outre ses nombreux concerts en 1977, elle participe le 11 juin aux Rencontres Provinciales d'Art Musical en catégorie Excellence (oeuvre imposée: Pièce Héroïque de H. Sarly) à Frameries, où elle remporte tous les suffrages du jury. Le grand concert artistique du 23 octobre est consacré au 85`' anniversaire de la Royale Harmonie.

 

L'Harmonie "La persévérance" en 1977

 

Pour l'année 1978, notons la brillante exécution de la célèbre Ouverture Solennelle «1812» de Tchaïkovsky lors du concert annuel, la participation au festival d'honneur de Frameries en avril, le long mais agréable déplacement à Halanzy (à la frontière belgo­-luxembourgeoise), les nombreuses prestations régionales et deux concerts mémorables dans le Tournaisis.

 

1979 est sans doute un peu plus calme mais on en retiendra certainement la venue, le 9 novembre 1979, de la Force Terrestre Allemande au salon de la Royale Harmonie, dans le cadre d'un concert organisé par le Centre Culturel du Hainaut. Nombreux sont ceux qui se souviennent de l'événement.

 

La dernière année de la décennie confirme que la société a définitivement digéré les soubresauts de 76 et 77. Le 4 mai, elle se comporte brillamment aux Rencontres d'Art Musical organisées à Wihéries, catégorie Excellence (œuvre imposée: Festa de M. Poot). Outre les prestations «habituelles», elle participe également à plusieurs concerts placés sous le signe du 150e anniversaire de la Belgique. Au niveau du Grand Dour, elle sera sur la brèche durant tout un week-end (26-28/9/80), les musiciens prenant part au grand concert «Musiques en fête» du vendredi et en costume d’époque au défilé historique du dimanche. Autant de jours à marquer d'une nouvelle pierre blanche. Et, comme c'est pratiquement devenu la tradition, l'année se termine par une enième «escapade» bruxelloise le 8 novembre, en collaboration avec la chorale Pandore de Bruxelles. Le moins que l'on puisse dire est que le navire est encore loin de tanguer.

 


L'Harmonie "La Persévérance" dans la Grand'Rue de Dour
à l'occasion du défilé du 150è anniversaire de la Belgique

 

La décennie suivante débute lentement par quelques prestations dans la province. Le 5 septembre 1981, la société se produit au Centre Culturel Jacques Franck à Saint-Gilles, accompagnée de nouveau par la chorale Pandore. Le 9 octobre, elle célèbre son 90e anniversaire en invitant une nouvelle fois la célèbre Musique des Guides, toujours dirigée par le major Ducène. Ce concert exceptionnel attire près de 500 personnes. L'année se terminera malheureusement par ce qu'il convient d'appeler un demi-échec. Le 6 décembre 1981, la Royale Harmonie La Per­sévérance participe au 30e Tournoi National d'Anvers et, contrairement à ce qui s'était passé en 53 et en 71, elle n'y obtient pas la médaille d'or. II serait vain de vouloir épiloguer sur ce résultat, mais personne n'a pourtant eu le sentiment d'avoir démérité à cette occasion.

Après cette déception, l'année suivante se caractérise par un certain ralentissement. Il convient tout de même de souligner le grand concert présenté par l'Orchestre National de Belgique (soliste: Véronique Bogaerts) en l'église de Wihéries, le 12 mars 1982. Cet événement très réussi clôture les festivités du 90e anniversaire de la Royale Harmonie. En dehors des concerts locaux, l'on retiendra encore les traditionnels dans la région bruxelloise.

Le bilan de la saison 83 va heureusement s'avérer plus positif. Les invitations dans les communes proches se font plus nombreuses, mais la société connaît aussi des succès indiscutés dans des cadres plus académiques. Mais sans doute faut-il réserver une mention spéciale à la prestation du 4 juin, dans le cadre des Rencontres Provinciales d'Art Musical (Excellence). Le jury accorde à l'orchestre et à son directeur des «louanges sans détours» et parle, selon ses propres termes, d'une «exécution digne d'éloges, de haute qualité, émouvante dans sa prestation et où le souci de relief et de coloris est à l'unisson de la mise au point». Et tout cela... toujours sans aucun renfort.

L'année 1984 est marquée par un nombre élevé de concerts régionaux et par le Festival d'Honneur à Wihéries. A Hensies, la société interprète l'ouverture de Rienzi de Wagner avec l'harmonie locale La Renais­sance. Elle aura aussi l’occasion de se produire à Aubange dans la  province du Luxembourg, dans le cadre du 2e Festival Musical Interfédéral de Wallonie et en présence de Monsieur Charles Ferdinand Nothomb, ministre de l'Intérieur à l'époque.

 

Elle est malheureusement aussi frappée par le décès accidentel, le 3 octobre, de l'un des membres les plus talentueux de la société: Monsieur Frans GERARD, clarinettiste solo. Il était âgé de 27 ans.

Ironie du sort, l'année de cette perte cruelle est aussi, pour la société, celle de la renaissance d'un orchestre de jeunes, dirigé par Monsieur Eric CAPOUILLEZ, clarinettiste solo, et composé d'une trentaine de musiciens. Il se produit pour la première fois lors du concert annuel de la société, où il est fort apprécié par le nombreux public traditionnellement présent.

Les oeuvres inscrites aux programmes sont plus modernes et plus légères que celles habituellement proposées par le grand orchestre (citons l'une des plus applaudies: Moment for Morricone, un pot-pourri des musiques de film composées par Ennio Morricone). L'orchestre des jeunes n'en remporte pas moins un vif succès à chacune de ses apparitions. Les années suivantes, il poursuivra ses activités au rythme de quelque 3 concerts par an, au salon de la Royale Harmonie (dans le cadre des concerts de gala d'octobre) ou dans des communes avoisinantes. Comme pour « Les Juniors », l’ « Orchestre des Jeunes » n’existe plus aujourd’hui mais, chacun est à même d’affirmer que ce fût une expérience très encourageante pour le futur de la Royale Harmonie « La Persévérance » de Wihéries.

 

L'Orchestre des Jeunes

 

L'année 1985 est importante sur le plan musical, puisqu'elle a été désignée «année européenne de la musique». Elle vaudra deux prestigieux concerts à la Royale Harmonie: le premier en mars, à Villerot, avec les chorales de Baudour et de Jemappes et le second en juin, au 3e Festival de l'Association Musicale Interfédérale de la Communauté Française, à la Maison de la Culture de Tournai.

 

L'année 1986 laissera certainement de moins bons souvenirs aux musiciens. Elle avait pourtant bien débuté, par une prestation exemplaire au Centre Culturel Jacques Franck de Saint-Gilles, en février, à l'invitation des «Borains de Bruxelles». Le 10 mai, la société participe dans son propre salon aux traditionnelles Rencontres Provinciales. A l'issue de sa prestation, la Royale Harmonie est chaleureusement applaudie par les nombreux mélomanes présents. Le jury ne sera toutefois pas du même avis et lui attribuera une note inférieure à celles qu'elle obtenait habituellement au cours des tour­nois provinciaux. Mais la vie et les concerts continuent: il faut accepter ce verdict souverain. Et quand, au concert de gala du 26 octobre, les musiciens commémorent la disparition de leur ancien chef, Monsieur Félix OREINS, le goût amer s'est déjà quelque peu estompé.

 

 «Le calme après la tempête»: c'est bien ainsi que l'on pourrait résumer l'année qui suit. Les concerts se limitent pour ainsi dire à Wihéries et aux Honnelles, hormis celui livré au Centre Culturel d'Auderghem en octobre 87. On ne peut toutefois passer sous silence l'excellente prestation de la Musique de la Gendarmerie, lors d'un concert organisé en avril en l’honneur du regretté Frans GERARD.

 

Mais alors que l'on aurait pu croire que la société faisait moins recette et allait subir un «purgatoire» dû à la contre-performance susmentionnée, les invitations se remettent à affluer dès 1988.La barre fatidique des 10 concerts est à nouveau franchie. Et que dire de 1989! Cette année-là, la Royale Harmonie se produit 17 fois en concert, chiffre qui n'avait plus été atteint depuis un certain temps, et notamment dans presque toutes les communes de Honnelles ainsi qu’à Quiévrain.

Il serait cependant dommage de ramener cette relance à une notion de quantité. Cette période est sans nul doute marquée également du sceau de la qualité. Le 21 mai 1989, la société se présente en effet aux Rencontres Provinciales d'Art Musical et interprète notamment le Divertimento de M. Poot (morceau imposé en Excellence). L'on pourrait difficilement dire que l'orchestre aborde cette prestation sans la moindre appréhension. L'expérience de 1986 est encore dans toutes les mémoires et le risque est grand. Mais quand la dernière note tombe, l'orchestre est soulagé: l'exécution ne souffrait cette fois aucune discussion et les félicitations du jury seront sans réserves.

 

L'année est aussi marquée par plusieurs changements de postes au sein de la société. En juin, Monsieur Fabien LEVECQ, qui secondait notre directeur artistique depuis plus de 10 ans, cède son poste à Monsieur Eric CAPOUILLEZ.

Sans vouloir diminuer en rien le mérite de ces deux sociétaires particulièrement fidèles, il faut néanmoins admettre que l'événement est éclipsé par un autre, beaucoup plus triste: le 8 décembre 1989, Monsieur Pierre CAPOUILLEZ rend le dernier soupir, des suites d'une longue maladie. Souffrant depuis quelque temps déjà, il était toujours resté fidèle au poste, témoignant d'une abnégation et d'un courage inouïs. Presque jusqu'à la dernière minute, il avait notamment travaillé aux préparatifs du Centenaire. Outre sa gentillesse naturelle et son dévouement sans bornes, l'image de ce courage exemplaire restera à jamais gravée dans la mémoire de tous.

 

Comme le veut sa loi implacable, la vie doit cependant continuer et, le 31 décembre 1989, Monsieur Fabrice CAPOUILLEZ, qui était vice-président depuis quelques mois, succède officiellement à son père. Agé de 32 ans, il devient ainsi le plus jeune président de l'histoire de la Royale Harmonie La Persévérance.

 

Monsieur Fabrice CAPOUILLEZ

 

Année de transition, 1990 est relativement plus calme, du moins en ce qui concerne les concerts. Notons toutefois, outre près de 10 prestations dans des communes voisines, la participation de la société aux festivités du 160e anniversaire de la Belgique à Dour, à la fin du mois de septembre.

 

Les préparatifs de notre Centenaire sont quant à eux entrés dans la phase finale et le Comité du Centenaire, créé dès 1988, ne chôme certainement pas. A bon droit d'ailleurs, car ce centième anniversaire constitue une étape importante dans l'histoire de notre société.

 

Le comité du Centenaire. Debout (de gauche à droite) : MM Marcel QUENON, Robert DEBIEVE, Fabien LEVECQ et Michel LEVECQ - Assis (de gauche à droite) : MM Raymond DURAND, Jean DEGROOTE, Fabrice CAPOUILLEZ, Edgard SAUTELET, Adolphe OREINS et François CLIQUET

 

Naturellement, cette célébration offrira plusieurs occasions de jeter un regard sur le passé de la Royale Harmonie La Persévérance de Wihéries. Quoi de plus légitime? Notre société est tout à fait en droit de s'enorgueillir de ses brillants états de service et se doit de rendre hommage au dévouement qui s'est manifesté de tout temps dans ses rangs.

 

De 1991 à 2007 : En construction

 

Bien que cette partie de notre histoire soit encore à la rédaction, nous pouvons déjà souligner quelques événements qui se sont produits au cours de ces 15 dernières années :

 A la présidence :

- Démission de Monsieur Fabrice CAPOUILLEZ et son remplacement par Monsieur Hervé AMAND.

- Démission de Monsieur Hervé AMAND et son remplacement par Monsieur Michel GAUTIER.

- Démission de Monsieur Michel GAUTIER et son remplacement par Monsieur Fabrice CAPOUILLEZ.

- Démission de Monsieur Fabrice CAPOUILLEZ et son remplacement par Madame Laurence CAUCHETEUR

 

 

 

Madame Laurence CAUCHETEUR

 

A la direction :

- Démission en 2004 de Monsieur Jacques HAESEVELDE et son remplacement par Monsieur Eric CAPOUILLEZ

 

 

Monsieur Erc CAPOUILLEZ

 

- Démission en 2007 de Monsieur Eric CAPOUILLEZ et son remplacement par Monsieur Christophe DINO.

 

Monsieur Christophe DINO

 

 

 

Il ne faudrait toutefois pas se braquer exclusivement sur la dimension de cet historique et encore moins sombrer dans une nostalgie exacerbée et paralysante. Nous devons aussi, et surtout, songer à l'avenir. Les sociétés d'amateurs auront de plus en plus de difficultés, au fil du temps, à subsister ou à ne pas recourir à des renforts extérieurs. Ce défi ne doit pas pour autant nous effrayer: notre société a certes connu des moments difficiles et certains l'ont un peu trop vite enterrée. Plus que jamais, la confiance en Monsieur Christophe DINO et en son travail inlassable demeure intacte. Grâce à la tâche, souvent ingrate, du comité directeur, l'Harmonie a largement les moyens de survivre et même de continuer à prospérer. Pour cela, tout le monde devra bien sûr se serrer les coudes mais il ne faudra pas non plus oublier que la vie a fortement évolué depuis 1891 et que chaque membre doit avoir la possibilité de s'exprimer. S'il est vrai que la société n'existerait pas sans la compétence et l'expérience de tous les anciens qui encadrent les jeunes, il est tout aussi vrai que, sans ces derniers, la société serait vouée à un processus naturel: celui de l'extinction.

 

 

Cet historique est extrait de la brochure éditée à l'occasion du 100è anniversaire de la société. Nos remerciements vont à Monsieur Michel LEVECQ et Monsieur Hervé AMAND qui ont participé activement à la réalisation de cette brochure. Nos remerciements vont également à tous les membres qui ont contribué à cette entreprise ainsi que toutes les personnes qui ont aimablement prêté leur documentation et/ou accordé un interview.

Nous saluons enfin la mémoire de Monsieur Pierre CAPOUILLEZ qui en a dessiné la couverture.