Philippe Labaune


PE30 - 1ère Couv

Paysages écrits 
N° 30 / Octobre 2018

C’est dans la vallée

 

je suis un espace ouverte à l’horizon toujours fuyant je ne suis pas l’océan je suis la vallée collines ruisseaux creux et bosses bosquets et fourrés champs d’herbes hautes et bois profonds je suis le paysage c’est un rêve je suis le chant je suis la bataille encore et bleu du ciel toujours je suis poursuivi par l’azur et l’ombre des ombres à jamais mobiles infixées lent mouvement lent danse ralentie des hêtres en boucle je suis le champ de la bataille fête profonde de la pensée dans la bouche sous la langue troupeaux d’éléphants en rut qui chargent et s’affrontent ma parole ç’aurait pu être une épopée ma parole de vallée eau et flammes par les trompes et trompettes jéricho sous les eaux éléphants-dragons aveugles et sourds pris en leurs tensions inverses font des nœuds de leurs puissances respectives et mêlées emmêlées je suis la vallée le sol qui vibre toute la vie d’un homme chien chien mon chien viens couché-là contre ton maître-maîtresse

                — C’est quel genre ce poème ?

                — C’est est un poème neutre, un poème sans sexe. Surtout pas.

 douceur et fidélité du chien prenons un cliché de cet instant pour notre diaporama de noël cadrons découpons évacuons le reste autour welcome silence dans la vallée c’est l’aveu la liste de mes crimes c’est le temps de la passe le passage l’instant impasse ça s’étire en longue langueur je suis la vallée de mon enfance je recommence repartir à zéro vallée année 0 écran blanc de quoi ai-je peur je voudrais plus d’un soir temps de dire mon secret j’ai peur de sortir sans casque sans masque sans combinaison j’ai peur d’avoir les yeux rouges de pleurs pour l’éternité j’ai peur d’avoir les yeux rouges de pleurs pour l’éternité temps de dire toute la vie d’un homme je suis cette vallée-enfant vallée d’un simple geste d’enfance en signature une tête oblique une main ouverte et qui protège de la lumière tant de douceur à être penché les yeux mouillés bleu

Attaquer le soleil, à la Villa des roses, en décembre 2017.


Texte extrait de la série « Panoptikon » - 4 juin 2018

 



Yeux de Marine

j’aime vraiment

beaucoup cette image

 

bientôt ce sera l’hiver

je frappe à la porte de la caverne

toc toc toc

lumière du mirador tchak ça pète les yeux

loin je la vois loin mais grand

elle lit la poésie en se pinçant les seins

elle dit les mots droit devant elle

elle abysse les cuisses très largement

entrée du vagin philosophique en pleins feux

c’est tout blanc et rosé cru

gouttes de miel Glue colle adhère Sucre

larmes d’éros sur les pages ouvertes

M…M…M…M…

 

qu’est-ce qu’elle gueule la tchétchène ? j’comprends rien

entre et disparaît chuchote-t-elle

et cherche le bleu du ciel à tâtons dans les profondeurs

 

pendant ce temps dans les alcôves de velours rouge

Pépère joue de ses cent reflets dans les miroirs dorés

il rigole de se voir si laid l’origine de l’immonde

elle dit 

enlève ta main d’mon cul s’il te plait

essaie d’poser les valises que t’as sous les yeux

et je vais te dire une chose

les vingt-six salaires des ouvreuses du bordel municipal c’est à peine la solde d’la mère maquerelle tu vois ?

alors range ta bite avant que j’la coupe

ou paie

 

bientôt ce sera l’hiver la neige couvrira tout

je suis au fond du cœur du monde

Ma.Ma.Ma.Ma.

l’infirmière visite les bauges toutes les trois heures

et nous on fornique comme des castors

joie Oh joie.

l’auroch a des couilles énormes, elles pendent et je vais bander jusqu’à l’éventrer

mort en héros le guerrier à tête de piaf

trois à six fois par jour je mets la main dans ma culotte

et oui je viens de là

bêtement

 

pendant ce temps

dans un jardin de tous les délices dépourvu de tristesse

la tchétchène rase soigneusement son petit crâne

elle cherche la sensation d’une pierre l’endroit où ça noue

elle cherche chatte contre chatte

elle entre elle met

elle joue avec la nourriture posée sur le ventre des courants marins

avant de tirer dans le tas elle fut escrimeuse un gant à la main droite

 

il y a une variation d’intensité dans mon image n’est-ce pas ?

les bêtes dansent à la lumière de la torche

c’est un certain enchaînement d’idées

je vois mon corps galoper dans les bêtes

un grand nombre de corps et de bêtes

et j’en suis comme continuellement régénéré

MatriceMadonneMarieMadeleine

bientôt ce sera l’hiver la neige couvrira tout

et moi je travaillerai

l’esprit fendu d’effroi

Philedonius ! Philedonius !

je les entends m’appeler

 

ils ne me forcent à rien que je n’aurais fait de moi-même dit la jeune femme   

as-tu essayé de te faire du mal ?

 


Texte extrait de la série « Oeils »