Gérard Leyzieux


PE30 - 1ère Couv

Paysages écrits 
N° 30 / Octobre 2018

1

 

 

Du vide empli de vies entre nous

Autres échelles, autres dimensions

Nos corps dans le transport immuablement mouvant

Indé-sens de la multiplication des expériences

Je qui interpelle son tu

Dans la parole diversement émise

Au travers des assemblées de silence

Il parcourt l’imprécis trajet de l’attente

Sans cesse en manque d’écho et de sensations

 

 

2

 

 

Souffre le souffle sous

le Regard

L’en voir changer sa force

Transformer la ph(r)ase de la parole vue s’écouler

L’espace confronte son étendue au vide

Là tu-meubler-la multitude de ta solitude

Pendant que le silence effile le temps de ses aspirations


 

 

 

 

De la bouche s’évaporent les désaccords du corps

Visiblement transparents et indolents

Ils partent à l’écart de la chair dans la clarté des journées

Brume humaine se répand sur la matière des jours

Et la vie reprend son souffle à l’empire des airs

Évidant quelques trop-pleins de présences passagères

 

 


 

 

Voyelles en l’air où s’échouent les échos

Sons épinglés au fil à mots étendus

Avancent les corps humains au long des discours

Et marche la foule des chalands sous la cohorte des phrases répandues

Qu’on sonne le cor ou siffle l’heur

S’enchaînent les lignes aux formes de lettres

S’agglutinent jusqu’à engorger le passage des sens

Dans cet espace étroit du silence aussi parlant que subtil

 

 


5

 

 

L’étamine de tes mains aux doigts fins

Emprunte le chemin charmant des matins

Pour s’épanouir dans les limbes des nuits

Et offrir ses manies aux échanges mâtins

Tes visages aux heures mutines et chagrines

Tes pistils qui fuient et effleurent la corole marine

Un éclat millénaire sur le fil des jours

Écarte sans égard le silencieux toucher du regard

Qui mène chacun sur la voie des émois ultimes

 

 


 

 

Regard brille dans la nuit du jour

Ton œil au plus près des faits illumine l’horizon

Iris se hérisse et irradie alentour

Regard qui parle à la vue du monde

Phare de toute envie qui éblouit

Ton œil irrémédiablement bleu sous ses cils

Ton œil au regard qui parle et touche toute matière d’être

Il épie et puise la vie de son sourire agile


  

 

 

 

Appel à l’abandon, à la fuite, au départ

Bras levés, jambes écartées, retentit le cri

Dans le silence où la vie t’a réduit

Tu parles hors de ta bouche, hors de la parole

Appel à la destruction, à la disparition, au départ

Étendue du corps sur la nature aux variations sans fin

Sous l’emprise du vide que tu emplis de plus en plus

L’appel reçoit l’écho qui s’impose à toi

 

 


 

 

Élanguation du mot

Sous les syllabes étirées

Les sons s’es-souffle-nt

Et le silence s’emplit de sifflements

Bruits désarticulés sur les journées infinies

Phrases vides, phrases soupirs

Où mot creuse ses galeries en ton corps


  

 

 

 

Noir lui soulage le regard

Dans le soir sous l’orage

Y voir si clair de tonnerre

Qu’à l’oreille s’estompe l’éclat

Dégradé vers le gris de la nuit

Jeu de couleurs aux rayons de lune

Qui impriment ses ombres sur les parois de ta vision

 

 


10

 

 

S’étirent les jours par-delà le décor

Sans relief ni obstacles s’étendent aussi les années

Chœur empli de plaintes implicites

Fuient les poussières de toutes matières

Dans le grand charroi des ordres de la nature

Pluie, vent, brume, bruit et cris sur la nuit

Matinée crépusculaire qui t’enterre

Il te reste le clystère des mots à taire

 

 

 

février 2018