Dennis Crowch


PE30 - 1ère Couv

Paysages écrits 
N° 30 / Octobre 2018


Le délire dans ses retranchements

Guérilleros bravaches d’une poésie ravagée, confrérie errante d’une nuit sans lune.
Les réconforts tranquilles ont cessé depuis longtemps de nous affecter, les portes de la perception, de leurs béances irisées, nous aspirent.
Et s’engouffrent les esprits tâtonnant, les balbutiements du psychédélisme sont les matins tremblants d’un périple amorcé.
Engageons-nous sur les routes rarement parcourues, trouvons le rendement optimum de nos divagations, leur magicité maximale. Là où le kaléidoscope des rêves éjacule sans trêve.
Héraut d’une ère qui ne vient pas, nous tuons le temps et nous épuisons d’impatience. La route est longue pourtant.
Notre grand œuvre est dans les failles de nos créations, dans les interstices de notre parole. L’ombre révèle la lumière.
Nous butinons les instants chavirés pour le miel acide d’une vivacité tenace, que la répétition ennuie et le rire féconde. Plutôt les nuits sans sommeil que les jours sans pensée.
Rageurs, nous ouvrons la chasse aux états pulsionnels. Repoussons la bile du quotidien, la pâte visqueuse de la routine invertébrée.
Défaillance du sens, fouillis d’inventivités, avec délectation la nuit sur les autoroutes hantées. L’absence fait alors jaillir de grandes giclures de couleur.
Dussions-nous être plus abscons que les héros de l’absurde conceptuel, il faut pousser le délire dans ses retranchements, et au-delà. Le poursuivre et se perdre.
Ouvrir les vannes du temps et lâcher sur l’univers une fièvre anarcho-cosmiste, un triomphe incorporel.
Il ne faudra refuser aucune possibilité d’itinérance, et saisir les destinations les plus folles. Les lieux abstraits seront nos palais, et vos demeures nos abîmes.
Encore et encore des bouffées délirantes spiralerons dans nos esprits,
et dans une transe chancelante se rapproche,
le point d’ébullition de l’imaginaire…




Déambulations spéculatives

C’est par hasard qu’il traversait cette ruelle ombragée.
Dans cette errance la destination est accessoire, le mouvement est son tout, enveloppant le départ, les étapes, la progression et des haltes qui ne sont que temporaires…
Qu’il est parfois bon de s’affranchir de l’objectif pour ne pas étouffer le présent, pour étreindre le souffle et les battements du maintenant…
Une critique en perpetuum mobile accompagnait sa flânerie, lente déambulation en enfant perdu.
Un vagabondage spéculatif sur les terres d’une communauté nébuleuse.
La marche n’est que le véhicule, l’incarnation des mouvements d’un esprit en recherche.
Tantôt la curiosité, tantôt le doute sont le carburant, mais parfois l’incertitude s’abandonne.
Quelques notes de saxophone, cette fenêtre, là-haut. Impressions fugaces.
Un marteau-piqueur. Démolition des certitudes.
Une idée se forme.
Le répit de la raison est éphémère.
Sans relâche le travail du négatif, jamais ne trouve son port d’attache.
Les senteurs d’un figuier dans la moiteur printanière. Vivacité du sensible.
Et par ici, trouverait-il des résidus de matière poétique ? Des images de contrebande ?
Ou alors quelque fil du tissu dont sont faites les visions ?
Plissement du temps, dilution de l’espace. Les sens en alerte, les échos des regrets passés s’évanouissent dans le lointain. Bon débarras.
L’Amérique alors est au coin de la rue.
Une volée de marche, la pierre médiévale succède au bitume.
La chronologie se déboussole et se défait.
Torréfaction des instants critiques, transmutation du qualitatif.
Une dialectique qui s’affole, aufheben dans un pas de danse, dépassement par l’humour. Est-ce possible ?
Un escalier tortueux, traversée du canal.
Passage dans une autre unité d’ambiance.
L’esprit perdu, les yeux qui rêvent.
Une volupté ordonnée de façon soigneusement aléatoire.
Une logique labyrinthique ne peut désorienter que ceux qui le veulent bien. Est-ce bien sérieux ?
Une phrase laissée en suspens, une trajectoire qui se brise…
Les pavés, la critique, le voyage…
Glissement vers l’inconnu, le loufoque et l’ivresse…


Je ne t’aurai pas

Je te désire et je ne t’aurai pas

Le fantasme cependant, dans toute sa perfidie et sa majesté, a ses mérites lui aussi 
Ivresse de l’évocation, à l’emprise sans rivale 
La proie vaut-elle son ombre ? 

Reflets mordorés, carmin et ambre 
Des crachats dans l’infini, il en faudra beaucoup 
Et j’ai bu, et j’ai vu le jour se lever 
Mais je sais que les lueurs spectrales se ressaisiront de moi 

septembre 2018