Daniel Rivel


PE30 - 1ère Couv

Paysages écrits 
N° 30 / Octobre 2018


octobre au point du jour 6

jardin

terre acculée à l’estuaire
la digue cautionne le travail
d’après le temps des marais
le mandala du jardin libre
transcende le silence
ce silence signé d’un coup de bec

autour des cercles
s’éveillent les paroles aigües
des tenants du ciel
demeure sans étranger
à la bordure des tamaris
un œil d’eau où quête le regard
alors que se pose le corps engourdi de travail

la méditation
de l’épouvantail au parapluie
donne asile aux passereaux
le soleil en grand habit
ouvre les arches du jour
au plus près de la digue
et sèche les larmes matinales d’octobre
sur le pas de la porte



octobre au point du jour 7

rêves flétris dans les vasières
sous la quête des aigrettes
la voix affaiblie de l’estuaire
piquée du cri
des arpenteurs de laisses

au loin la fente blanche
d’une voile
réécrit le chenal à mi-passage
la lumière trace
les falaises outre-eau

le ricanement des grenouilles
crissant aux rives des canaux
tétanise le silence
recueilli à marée basse
dans les brumes de l’automne

les fresques de lumière
sur la pierre au dos de lichen
guident ma main



octobre au point du jour 4

épine rouge
plantée dans la main de la nuit
ce feu des alambics de l’aurore
distille un alcool froid
couleur de fer fondu
sur le miroir de l’estuaire
les vasières l’absorbent
l’œil du carrelet s’enivre
et tremble sur ses jambes
dans son reflet de boue