Christian Viguié



Paysages écrits N° 28

Octobre 2017


*

J'ajoute un ciel

à chaque chose

un ciel à chaque pas

un ciel pour les orties

et les ronces

J'ajoute un ciel

même lorsqu'il n'existe pas

pour le froid et la fenêtre cassée

dans le cri de l'épervier

à l'intérieur de l'ombre d'une pierre

un peu comme si j'ajoutais

des feuilles à un arbre mort

un peu comme si les feuilles

étaient le pluriel d'un arbre.

 

 

 


 

*

 

Pourquoi le jour

que nous n’avons su retenir

aurait un dieu

ou un corbeau sur son épaule ?

 

Pourquoi garderait-il les yeux ouverts

à notre place

nous qui ne savons garder

ni la forme d’un nuage

ni celle d’une pierre ?

 

A cause de cela

je préfère être un mystère sans importance

au milieu des mystères des choses

aussi insignifiant qu’une porte qui grince

ou qu’une pomme qui tombe

emportant avec elle

la couleur du soleil


 

*

 

Quand j’ouvre une fenêtre

j’ouvre un paysage

Je me dis : je suis réel

comme peut l’être un oiseau

ou une orange

sans me poser la question

s’il y a autant d’horizon

en moi

ou en dehors de moi

 

si l’horizon n’est pas déjà

d’ouvrir une fenêtre

et de croire à ce qu’il va être

 

Je me persuade

qu’il y a une équation pure

entre l’oiseau et l’orage

des milliers d’équations

aussi innombrables

que les reflets sur la vitre.