NOTES DE LECTURE                                                                       L’Immobilité battante, Pierre Tal Coat


PE 28 - Couverture

Paysages écrits N° 28

Octobre 2017

Il s’agit de la réédition des entretiens publiés en 2007, aux Editions Clivages, où ils étaient accompagnés de dix-neuf dessins au crayon de 1977. Cette fois-ci, ils sont accompagnés de dix dessins au crayon gras de 1976 et ouverts par quinze photos de Michel Dieuzaide, prises en 1982 dans l’atelier du peintre.

Jean-Pascal Léger, dans le mot introductif, fait la distinction entre les entretiens et les écrits de Tal Coat – mais ils ont en commun « une volonté de message, de transmission ».

Alors nous lisons le texte des cinq Grands Entretiens réalisés dès juin 1977, à Dormont, et diffusés, chaque soir d’une semaine, du lundi au vendredi, sur France culture, avec une série d’autres entretiens avec des peintres, à la demande d’Alain Veinstein. A leur suite, d’autres réponses, à d’autres questions, sont publiées – réponses écrites, et non enregistrées, en 1982, à Saint-Prex, sous le titre « Le regard et la marche » Et aussi quelques autres textes plus courts : Le vol (1982), Il ne me sied d’être dans les replis de l’imaginaire (1983), Saisons (1983).

Les mots de Tal Coat restent la meilleure introduction et présentation de sa démarche artistique. Sa lucidité sur son travail et la clarté de ses mots sont épatantes : « Dès l’origine, l’élément majeur [de ses peintures] c’est l’espace. ». Intéressé par le point (« je pars du point, de cette singularité du point occupé », l’énergie, la lumière (« le même phénomène s’exerce partout, c’est le phénomène lumineux »), par l’espace – non pas celui qui est « construit, accordé » (comme chez Cézanne), mais « comme un phénomène surgissant ». « …ce sont les seules gens des cavernes, avant l’histoire, qui ont ressenti le problème de cet espace, de ces énergies. ». Le « surgissement implique des profondeurs, des effacements. »

Pour Tal Coat il n’y a pas le proche ou le lointain – « ce qui est proche, c’est ce qui vous intéresse […] C’est ce qui vous habite. ». « C’est une enveloppe qui vous traverse, qui vous bouscule tout le temps. […] Ce sont des énergies toujours, perpétuellement changeantes. C’est l’inconnu […], on est toujours en face de l’inconnu pour tout, d’abord par le temps. »

Et ceci : « Il y a toujours une partie de soi qui vous a devancé, la partie la plus prompte. C’est cette partie-là que j’essaye de mettre en route, si je puis dire, c’est elle qui risque le moins de se tromper. » L’importance pour ce peintre de la lumière, des accidents… Sur le fameux jaune des champs de colza : « Et profond, pénétré en moi comme un coin, comme douloureuse écharde, ce jaune resplendissant. Et l’en faire sortir, il me faut. Qu’il soit jeté sur la toile, plus que jaune, de mon souvenir, accompagné. »

Sanda Voïca

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Pierre Tal Coat, 
L’Immobilité battante, 

Entretiens avec 
Jean-Pascal Léger. 
Photographies de Michel Dieuzaide, 
l’Atelier contemporain éd., 
2017, 118 p.