NOTES DE LECTURE                                                                           Arrière-saison, Laurent Fourcaut


PE 28 - Couverture

Paysages écrits N° 28

Octobre 2017

Un livre fait seulement de sonnets et de quelques dizains. Formes fixes – mais pas vétustes, quand on sait transgresser les contraintes que ces formes poétiques supposent. Chez Laurent Fourcaut chaque poème est l’expression de la fugacité, de l’intempestif, de la vitesse, de l’urgence, de la fulgurance des moments vécus, qui y sont évoqués. Mais les formes fixes demandent aussi une certaine lenteur : celle de prendre son temps, celui de la réflexion (pour trouver les rimes, qui n’est jamais ou rarement chose « naturelle »)… Il faut remarquer la dextérité de l’auteur à trouver les rimes, à faire des sonnets. Selon lui, le monde serait un sonnet.

Et Laurent Fourcaut prend toujours son temps pour regarder, comprendre et dire le monde. Et il arrive à maîtriser l’immaitraisable : le réel. Le rapport au visible est très important pour lui : « on écrit ce sonnet dans l’air ambiant fusible/lors il n’est plus question de plus longtemps surseoir/à ce qui vous voue à adhérer au visible ».(Le visible)

Dans ses poèmes sont prises, punaisées, figées sans être tuées, des actions du quotidien le plus familier, même si pas banal : voyages bien divers, repas, visites à l’hôpital, l’évocation de lectures, de tableaux, états d’âme. Rien n’est dérisoire, tout a un sens ou est pourvu d’une signification. Souvent il y a des chutes, drôles ou moralisatrices, sans une vraie morale.

Beaucoup d’ironie, auto-ironie, humour. Le « côté » lubrique, dans certains poèmes : « La fille en face a les épaules nues parole/elle est jeune elle a le sang chaud que sa corolle/s’en doit écarquiller en désir d’un chaud sang//qui saurait l’ensanglanter d’un jet magnanime/il s’ensuivrait une incandescence anonyme/question pelure on préfèrerait être sans ». (A poil !)

La distance du poète par rapport au monde est esthétique. Son art poétique est explicite : « Il faut entre les mots ménager une brèche/sur le dehors des mots on prend à contre-pied/l’agencement rassis du sens si ce con crèche/dans un lieu bien commun on bouscule il s’assied//le cul entre deux chaises on met tête-bêche/les mots les plus unis et d’un coup de soulier/on casse la baraque où ils étaient de mèche/avec les plumitifs plus vendus du quartier//. (Art poétique)

Mais il n’est pas toujours évident de trouver la bonne forme : « Ayant bossé d’arrache-pied sur un bouquin/de poésie j’arrive épuisé à la table/du bistro et pour quoi faire ? encore m’esquin-/ter à pondre des vers à mon inimitable// manière mais il faut donner forme au coquin/de sort qui turlupine une forme acceptable/sous peine de sombrer pour la joie des faquins/asphyxié par l’impérialisme de la fable. » (Cirque) Et surtout : «…les petits fruits rebelles/exigent beaucoup d’art pour venir aliment »(Saint-John Perse… Mais il y a mis du temps)

Sanda Voïca

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Laurent Fourcaut, 
Arrière-saison, 

Le Miel de l’Ours éd., 
2016, 44 p.