NOTES DE LECTURE                                                                   Rupture d’équilibre, Paul de Brancion


PE 28 - Couverture

Paysages écrits N° 28

Octobre 2017

En peu de mots, discrets mais puissants, Paul de Brancion fait le récit d’un double accompagnement réciproque homme-cheval (compagnonnage même !) qui se déploie, en alternance ou voisinage proche avec les dessins, tout aussi discrets et puissants d’Hervé Borrel (autre accompagnement réciproque et compagnonnage !). Sans séparation possible, car le sujet même est une totalité : « le cheval est une totalité/qui va de l’herbe au foin/de l’avoine au soigneur/de l’exercice le plus simple/au maître/du cheval à la faille de l’homme… » (p.39)

Les poèmes ont l’apparence de quelques leçons d’équitation, mais ce sont en même temps des leçons de vie : « …infime/ne pas fuir//à l’opposé du geste au contraire/donner/y aller comme à l’abîme discret/d’un moment contrôlé/en pesant sur sa jambe qui va/retenir/encadré par celle qui pousse/vers cet aller là/ou cet ailleurs là » (p.27)

Le poète s’arrête sur les moments les plus saisissants, depuis leur rencontre jusqu’à l’accident et le départ d’Envolto, le cheval. Et cela ne se passe pas complètement déconnecté du reste du monde : l’enfance, la mère y sont aussi.

Et l’écriture aussi en fait partie : « loin des chevaux/dire les mots/tordre l’espoir/corps mesuré/plus juste/pas désespéré/ils sont là/par l’esprit » (p.35) Où commence et où finit la vie, où commence et où finit l’écriture, en lisant ces vers ?

Nous avons perçu ce livre surtout comme une (grande !) leçon de poésie. Nombreuses sont les définitions qui en ont été données et qui s’aventurerait à la définir encore ? Paul de Brancion ne le fait pas non plus, du moins pas explicitement dans les poèmes mais pourquoi avons-nous senti, en lisant ces vers : « Trébuché/il a trébuché/sur le sable/l’équilibre rompu/peur du froissement/dans sa façon d’aller » – pourquoi donc, les mots l’équilibre rompu, m’ont-ils dit qu’il s’agit là de la POÉSIE ? Pas compris pourquoi, d’ailleurs. Une intuition seulement – une clé, mais pas encore la porte. La conversation que Thierry Renard a eu avec Paul de Brancion et qui est publiée après les poèmes nous a montré cette porte : « On devient cavalier par force de concentration intérieure. Il y a une tension et une position qui ne sont pas naturelles, une mise en cause du corps. Monter à cheval, c’est toujours être dans une suspension, un risque de rupture, une recherche d’équilibre à deux. Le poème est aussi une rupture, c’est-à-dire qu’on va jusqu’à l’extrême de la langue et puis tout à coup ça s’arrête, il y a une chute et ça redémarre, c’est ainsi que le vers se crée justement dans une rupture d’équilibre, c’est d’ailleurs le titre du recueil. » (p.57)

C.Q.F.D.

Sanda Voïca

9782845622579FS

Paul de Brancion, 
Rupture d’équilibre, 

ill. d’ Hervé Borrel, 
La Passe du vent éd., 
2017, 72 p.