Fabien Drouet



Paysages écrits N° 28

Octobre 2017


Égoïsmes

 

Ce que j’ai lu relu entendu écouté réécouté de Pénélope Corps m’habite et me passionne

Ce que j’ai vu regardé revu gardé des photos de Daijiro Art me repose

me rapproche de mon centre

Celles de Ladjo Persot me provoquent autre chose

 

La poésie de STEPHANE CASENOBE m’impressionne et me fait croire en la géométrie

Ce que j’écris me fait du bien me fait grandir un peu

ce que je prends de Cédric Merland

me révèle chaque jour un autre levée du jour

en parallèle

j’avais déjà deux lunes j’ai maintenant de nombreux soleils si je veux bien les voir

 

Il y a quatre semaines j’ai décidé que Joe Dassin serait mon nouveau coloc'

il est bavard et surprenant

il me raconte plein d'histoires il me connaît très bien

il ne paie pas le loyer

et il agace mon fils

mais on déjeune presque toujours ensemble

(et je n'ose pas lui dire que j'aimerais beaucoup qu'il m'aide à payer ce foutu loyer, je n'ose pas parce que je crois qu'il n'a pas les moyens)

 

Laura me hante

 

ce n’est pas un fantôme elle existe encore

elle a voulu mourir et elle a réussi mais elle existe encore

puisque je l’entends

puisque je lui parle

 

Mon chat m’apaise

il m'a appris que je pouvais aimer un chat

il m’a appris un nouvel amour il m’accompagne dans mes rêves

j’espère le suivre dans les siens

 

Bashung ma seule idole m’a élévé

autant que ma mère

différemment

évidemment

et lui non plus il n’est pas mort

parce que je crois qu'il a toujours chanté de là

 

Mes voisins du dessus me font habiter quelque part

ils me localisent

Kader m’envoie des messages quand je fais trop de bruit

on s’entraide et c’est précieux

 

je vis dans mon quartier

 

L’épicier me salue je le salue je mets ma petite main dans deux de ses doigts je prends deux clémentines

et il me dit c’est bon j'en épluche une et on bavarde

 

Si mon fils est là nous avons droit à un tour de magie

il fait un tour et lui en apprend un autre

quand l'enfant n'est pas là il me demande comment va mon fils

je lui demande comment va le sien

je veux vraiment savoir

ce n'est pas par simple politesse

on se parle un peu de nous

deux trois conneries et puis mon bus arrive

 

Je suis heureux d’avoir revu Malika hier j’avais peur qu’on ne se voie plus jamais

 

Ce que je reçois de Bernardino Costantino me fait changer de décor

je me balade au pays des ombres

je me balade et puis je siffle un air en noir et blanc

Ce que je perçois de Patrick Mosconi me parle avec grandeur de la solitude des autres

me donne envie de peindre

ELLE m’a ouvert de nouveaux espaces

des lieux neufs où je pleure avec délice

et puis je pète joyeusement

en me disant que celui-là l’aurait bien fait rire

Arno me simplifie la vie Eddy Mitchell me fait sourire Brigitte Fontaine aide mon fils à s’habiller le matin le curé me renvoie le ballon Moriarty me ramène au Printemps de Bourges il y a 10 ans avec les copains autour du feu cheveux plus longs et quelques champignons les couples emmêlés on n’a pas fait mai 68 n’empêche qu’on a quand même vécu

 

Bjork et Ferré discutent dans mon salon

Ferré n’écoute pas du tout Bjork quand elle parle

il s’occupe de Pépée et hurle à l’anarchie

Bjork est forte et douce et faible et rugueuse

ils dansent dans mon salon sans se toucher

ils ne dansent pas au même étage

Mon fils me rend père quand il m’appelle papa et quand il ne m'appelle pas

je suis son père et maintenant quand quelqu'un

lui demande comment je m’appelle il dit « Fabien » (je me sens bien ici, au sein de ses guillemets)

il ne dit plus papa et il s’habille tout seul il m’apprend la Vie et la Philosophie lui

il sait pourquoi les humains ont inventé des dieux

Ma voisine du dessous s'appelle Catherine elle tenait le bar au rez-de-chaussée

elle a vendu c’est dommage j’adorais son bar

elle me prête des livres de psychologie et d’éthologie nous nous vouvoyons nous nous confions nous nous racontons quelquefois nos rêves et nous rebuvons encore un autre café

Mon voisin d’à côté s'était rendu chez moi sans que j'y sois

(je laisse toujours ouvert)

j’étais à Marseille mon chat pleurait

Jérôme qui a un chien bruyant m’avait téléphoné pour me demander la permission d'entrer

il me proposait d'aller caresser Malosol

 

Gabriel Aubert mon ami

 

Izia ma filleule même si je ne suis pas son parrain

 

Matthieu mon élève de guitare depuis 3 ans qui joue Piensà en Mi à merveille Matthieu avec deux T qui sort des notes bien mieux senties que les miennes

 

j’adore son jeu

 

c’est vraiment le sien

 

je suis très fier de ça

 

Maëlys qui sent qu’elle progresse et qui a toujours envie

qui s’ouvre aussi

Ma grand-mère qui est éternelle vous me croirez plus tard vous verrez

ça ne me gêne pas que vous ne me croyiez pas encore

Ma mère qui me dit que depuis peu elle vit et qui me dit qu'elle m'aime

Ma sœur que j’aime tellement fort

ma sœur qui hier soir m'a invité à emprunter le cimetière qu’elle traverse chaque matin pour se rendre au travail

Mon frère presque jumeau presque siamois qui me fait savoir qui je suis et qui je ne suis pas (juste au bord)

Barbara qui me parle de mon père et de Nantes

et des regrets que j’aurai quand je le saurai mort

sans lui avoir parlé

Katia Jayle qui me parle de ce que je publie qui me lit et qui m'offre des larmes

Mes voisins du Pavillon N que je n’ai pas revus

mes co-patients qui m’ont construit un pont vers la sortie m'ont dépanné une clope prêté leur briquet accepté un café accepté un échange

un truc en dur qui m'a mené tout droit vers une entrée neuve au monde

 

Ma voisine de chambre qui m’avait offert un dessin

c’était le plus beau jour de ma vie je voudrais la revoir

et lui offrir des crayons

 

Cyril Leloup qui m’a aidé à repeindre chez moi

qui m’a apporté des BD Cyril à qui je n’ai pas dit merci parce que je ne lui devais rien

je l’ai vu dans ses yeux

 

Julie Poncin qui m’a fait découvrir l’atelier de philo pratique et ses cours de dessin

j’apprends la perspective

 

ma vie m’obsède.


 

*

 

« Demain tu vas mourir

tu le sais

tu l'as appris tard mais maintenant tu le sais

alors tu voudrais tout régler aujourd'hui

tu veux trouver les solutions

ou

au pire

payer l'addition

maintenant

tu as vu des vivant-es à 12H03 et leur cadavre à la même heure

depuis tu vis depuis,

tu l'as appris tard mais maintenant tu le sais

tu veux régler tout de suite

tu voudrais tout régler

d'une manière ou d'une autre
mais

surtout

ne pas

en

rester là.

Tu dis que tu ne crois pas en Dieu

alors dans le Jugement c'est qui le juge ?

C'est toi ?

Tu te prends pour un juge ?

Tu t'accuses et puis tu te juges ?

Tu es seul

crois-moi

je ne suis pas toi

personne d'autre que toi n'est aussi seul en toi que toi tu le sais ça?

Tu le sais tu te le caches mais tu le sais

allez

 

fais pas la tête

et n'aie pas peur

Un juge mort c'est juste

qu'un cadavre

Alors tu ne le sauras pas ça,

que tu n'as rien réglé

que tu n'as.........................................rien réglé.........................................du tout

tu ne sauras rien

de tout ça

et tu ne sauras .........................................................rien du tout

tu n'auras rien oublié

tu verras tu ne regretteras pas

ou tu ne sentiras pas que tu regretteras

 

mon cher Ego Coulpa,

toi qui te sens si seul

ce qu'on se dit

ça te console un peu ? »

 

non