NOTES DE LECTURE                                                                                     Fatras du Soi, fracas de l’Autre, Stéphane Sangral




Paysages écrits N° 26

Décembre 2015

Fatras du Soi, fracas de l’Autre, de Stéphane Sangral, est un livre étonnant. Le livre commence par une réflexion sur l’identité, le groupe. D’où la guerre, le monde, la mondialisation, etc. Il s’agit de tenter de raisonner et d’avancer dans la pensée. Par l’absurde, par la contradiction, l’opposition, la négation et le retournement. Le principe mis en œuvre tout au long du livre fait un peu penser aux dialogues de Platon : il y a le contestateur et le contesté. Qui essaie toujours de retourner le discours qui est tenu devant lui. Mais les rôles s’inversent toujours vite : du contestateur au contesté et du contesté au contestateur.

Le Moi, l’Autre : quel est la frontière ? Qui est moi et qui n’est plus moi ? Thème, mais qui était alors exploité par le poétique, qui était déjà celui d’Ombre à n dimensions (Soixante-dix variations autour du Je. Le tout s’emboîte comme dans une partie de dominos : le livre est ponctué d’entretiens – fictifs ? ou ayant existés et retranscrits ? Suite de petits bouts et fragments de pensée. Et toujours la réflexion qui avance, bien loin d’une pensée fragmentaire… De scénettes en aphorismes, elle avance elle avance.

Chaque nouvelle pensée, chaque nouveau dialogue, contradictoire, est un pas vers la grande marche en avant du déroulement du discours. D’un fil à l’autre, et d’un bout à l’autre du corpus qui se développe, au fur et à mesure de la lecture. Dialogue, parfois long voire très long (comme celui débutant page 114 et finissant page 139… partant du thème de la Shoah en passant par une réflexion sur les groupes, cercles et autres, prenant l’exemple de la musique classique, par rapport aux autres et posant la question « Mais qu’est-ce que cela implique, délimite, oriente ou induit, de nommer et pointer ainsi un groupe, un ensemble de personnes ou de pratiques ? », ce qui définit toujours, insensiblement, une identité, plus ou moins floue : je suis / tu es. Et ostracise.

Les dialogues sont toujours menés au « tu », orientant insensiblement vers la discussion de bistrot ou de comptoirs, familiarisant le discours mais aussi le rapprochant de l’intime, le rendant plus présent, moins distancié et l’éloignant du discours académique et théorique. Tout en l’étant, car maniant le concept sans en avoir l’air.

Ce livre est un livre mené tambour battant. Avec l’utilisation notamment de l’humour, clôturant souvent un aphorisme naissant. Car l’humour est souvent pirouette ! Sans oublier l’usage également de la typographie, du changement de police de caractères ou de son attribut et l’utilisation du blanc et de l’espace de la page. Stéphane Sangral, que ce soit par la poésie ou un autre biais, porte toujours à penser. 

Alain Marc

Stéphane Sangral,
Fatras du Soi, fracas de l’Autre, 

essai, coll. « Débats », 
Editions Galilée, 
avril 2015, 224 pages.