Numéro 1‎ > ‎

Yannick Torlini

 
Camarade
 
 
 
 
 
camarade crasse ta semelle qui au dessin parcourt ton ombre crasse (l’ombre de) camarade, ta semelle au vent de douleurs, ne cesse le trajet au vent ta fatigue extrêmisée jour finissant + attente + intériorise + frémissant : le geste, le refus, la colère crève sourde la colère sourd par tous les crève les chemins (ta peau) que tu évites où crève oui, ta déchirure au jamais camarade jamais ta viande, n’intériorise le refus de. serrer l’outil dans ta main ta viande comme tu attends la nuit muqueuse (libère et libère et) à (en) crever.
 
 
 
 
au marche globalisé chaque matin vers (sang, sueur, articulations qui) : vis au vivant qui dans le refus vient, vit, toujours accepte. toujours, camarade crasse ta langue longue qui au dessin creuse le chemin de nulle part.
 
 
 
 
(puis) tes dents serrent le non grondé (puis) non au seuil des jours grondent attendus ou. dans le corps arrête ou le corps et non, gronde non, attendu arrête tes dents, tes dents, tes dents, la branche de, ta gorge, ton palais, ta langue non : l’outil te manie te mine tu creuses un sol d’oubli (élague chaque matin, camarade), pelle pioche masse, abattre les murs pour chaque mur construire au sommeil abattre (ta bouche) d’exister : à grande eau tu deviens le mortier chaque jour tu. à grande eau mille et mille et mille ans de vieillesse grondent (te) scellent chaque seconde, mille et mille et mille ans tes dents descellées
 
 
 
 
essaiment.
 
 
 
 
attendre le jour qui le dos vrillé attendre appuyé à ta pelle qui (le dos, la pelle), tu, dans le sol attends le jour tu pour le sol, encore travail, encore travaille camarade encore jusqu’à : la cervelle fermentation tu, la sang coagulation tu, la corps cicatrisation tu, jamais ne t’arrêtes jamais. tu ne peux pas : déroger à chaque geste échappe ta sueur salariée tu ne peux pas, échappe la caillasse tu ne peux pas, écharde strates après strates le sol et la racine (tu ne).
 
 
 
 
ta pelle béquille ta lassitude camarade : ton corps devient la vigie de fatigue chaque matin ta nuit, calcaire, mucus aux abois de la crampe, mucus de tu t’éveilles et tu construis pour ne pas construire. ne plus avoir à construire.
 
 
 
 
perdure la vigie des jours ton corps perclus d’eau, de sperme, de courbatures.
 
 
 
 
camarade renie l’avril attente pour ne jamais au grand jamais du perturbe-perdure, crier la bouche vide, mai au grand jamais, crier juin jusqu’au silence des lilas tenir (la crampe d’exister). camarade ne repose pas tes muscles au désespoir d’un renversement qui juillet crève. tiens. tiens encore dans le semblant de. ta bouche + ta bouche + ta bouche ne font pas une voix dessine ta misère (creuse, coupe, taille, cimente, crampe), au front d’août arase. arase ta langue dans le sillon d’aucune langue arase ta première ligne arase pour.